mercredi 5 avril 2023
Je suis venu à Montpellier, en janvier, il y a trois mois, pour trouver des alliés, pour créer ensemble les infrastructures écologiques de demain. Je dois dire que l’expérience a été très riche et que Montpellier me paraît être une ville qui pourrait casser le moule, si sa population s’y engageait.
Avant, j’étais en Ariège – 15 ans, depuis 2008 – et à Toulouse. J’ai poursuivi une expérience d’immersion écologique rigoureuse pendant environ dix ans, où je faisais à vélo le tour des marchés en Ariège, Saint Girons, Foix, Montbrun Bocage, 120km, chaque semaine. Je vivais strictement sans argent et sans essence, pour ne pas fausser cette expérience, mais pas du tout en autarcie – je faisais des espaces de partage – des espaces de gratuité et d’échange, sur les trois marchés, je créais des jardins dans chaque endroit, je glanais au bord des routes.
Le but était d’appliquer strictement la logique de l’écologie, dans la société réelle – de réduire mon empreinte carbone à moins d’une tonne par an, contre les 7 tonnes en moyenne des français, ou le 12 tonnes en moyenne à la campagne française. Comme cela, je pouvais parler de ce que j’ai réellement fait et cela pourrait servir, pensais-je, à gagner du temps pour tous, lorsque le moment venu, on commençait à avoir la volonté d’agir vraiment. C’est la phase transmission dans laquelle je suis engagé, maintenant. Vous pouvez noter le site web sur lequel j’ai mis mes expériences et mes réflexions – www.cv09.toile-libre.org .
Il faut se mettre à la place des animaux et des plantes, face à notre civilisation tout-envahissante, qui a pris pour habitude de casser le sol chaque année, de remoudre la terre, sans jamais la laisser quiète. Je l’ai fait. J’ai vécu, exposé, la où les murailles d’isolation sonique et les maisons cessent, là où les arbres poussent, là où les animaux broutent, au bord des routes, le charnier de ce triste festin auquel ils assistent, là où des milliards d’insectes perdent leur vie contre les pare-brises des voitures. C’est la terreur, tout simplement. Les décibels de cette énergie débordante sont insupportables.
Montpellier est l’une des premières villes à adopter des techniques de l’industrie verte, on peut mentionner les tramways et les composteurs, mais aussi le broyage des déchets verts, les incinérateurs et, sans doute, la méthanisation.
Pourquoi ? D’un côté, à visée électorale – une véritable stratégie écologique et sociale toucherait aux intérêts de tout le monde et il transformerait l’articulation du pouvoir. De l’autre côté, la plupart des groupes qui décident aujourd’hui sont des produits de l’épopée industrielle, ils défendent leur gain-pain.
On peut se centrer sur les terrains vagues et lotissements vacants qui attendent d’être développés, souvent des années. Lorsqu’on calcule l’empreinte écologique de ces endroits, on peut observer que ces travaux et chantiers divers occupent une bonne partie de la métropole. Lorsqu’on regarde la conjoncture écologique, et l’urgence d’agir, ces logiques de redéveloppent vert ne peuvent pas tenir, en toute logique. On réduit d’une bonne moitié, ce n’est pas suffisant. Juste l’entretien des réseaux actuels coûte plus qu’une tonne de carbone. L’empreinte énergétique de ces investissements en infrastructure industrielle mais économe est tout en amont, les retours, en économie d’énergie, peuvent éventuellement s’attendre à des décennies dans le futur. Mais la réalité, elle est que les changements climatiques déjà en cours risquent de déstabiliser nos vies de manière si profonde que toutes ces conjectures sont vaines.
Il faut agir maintenant. Mais comment ? C’est un monde inconnu, profondément transformé, qui nous attend. D’abord, il faut y croire, à la possibilité de pouvoir agir en conséquence de ces enjeux.
Les téléphones portables, dans leur ubiquité, ont pris tout le monde au dépourvu. Peu à peu, tout le monde s’est mis à les utiliser. Cela a fait un effet de pédagogie en boule de neige. La grand-mère a demandé à sa petite fille comment faire. Les gens se sont envoyés des smileys d’essai. Tic-toc est arrivé. Etc. Etc.
Il est donc possible de transformer une société en peu de temps, par un effet d’auto-apprentissage mutuel. Maintenant, il nous faut faire de la retro-ingénierie de ces techniques vers le vivant, d’utiliser nos techniques pour nous ré-immiscer dans le monde physique tangible, autour de nous. Ce n’est pas rien, mais c’est faisable. C’est ce que je propose.
Je propose de recréer un monde digne de nous, où il fait bon vivre. Plus besoin de s’enfuir dans un téléphone, ou un vidéo. Nos yeux s’appliquent de nouveau à nos environs, avec intérêt, avec engagement. Métro-dodo-boulot devient un chemin de découverte. Par exemple, sur un circuit de marchés ruraux, on peut faire trois jours sur le chemin, logés-nourris sur place, laissant trois jours à occuper dans un endroit statique où sur un chantier et un jour de récupération. Lorsqu’on marche, ou on fait du vélo, ce n’est pas la durée qui compte, c’est l’exercice. C’est comme faire deux petits marathons ou deux matches de foot par semaine.
Les implications en termes d’infrastructure, ce sont qu’il faut plus, beaucoup plus, de petits lieux de stockage stratégiquement placés, des gîtes de passage qui sont aussi des jardins, et des espaces de partage et d’échange sur les marchés. Rappelons-nous que la biodiversité se trouve sur toute la surface de la France. Les populations urbaines, dangereusement denses, doivent réinvestir le paysage sans le périurbaniser. S’ils ne le font pas, la désertification continuera. Désertification signifie « absence de vie ». Biodiversité signifie « présence de vie » . J’espère que c’est clair. C’est nous, la vie, aussi. Si nos méthodes industrielles détruisent la vie, pour la reconstituer, le pari est déjà perdu. Cela requiert énormément d’énergie – trop d’énergie – et ça nous tue. Pas juste quelques uns, mais des vastes populations.