mardi 23 mars 2021

Zoonose, zoophobie

Et si on se trompait carrément sur ce qu’on appelle les zoonoses, les maladies dont la hôte d’origine est animale?

L’hypothèse, rappelons-nous, est qu’à cause de notre invasion de la nature, on se met en contact avec des animaux qu’on ne rencontre pas habituellement.

Prenons la chauve-souris. Apparemment, on vie plus à proximité avec elles qu’auparavant. L’homme des cavernes habite maintenant plus les mêmes lieux avec les chauve-souris qu’il faisait dans le passé. Il mange plus de «bushmeat». Il utilise plus la médecine traditionnelle.

Identifiez l’erreur.

A l’origine de ces pensées-là, je pense qu’on a l’hygiénisme et la méthode scientifique. Je dis «scientifique», mais en fait c’est plutôt industrielle, puisque la science est censée être basée sur la raison.

On tue tous les animaux, on élimine le vecteur, dans les élevages. On tue toutes les chauve-souris? On tue tous les animaux? On vie dan des endroits hyper-cleans, où il n’y a aucune risque de contact avec la règne animale? Quelle idée géniale, il fallait bien une post-justification.

Et puis on dit que c’est parce qu’il y a plus de contact avec les animaux sauvages aujourd’hui?

En fait, la quantité d’endroits dans lesquelles j’ai trouvé des chauve-souris, dernièrement, est très grande – c’est plutôt de ne pas les trouver, dès qu’un endroit avec un toit au sec est marginalement désaffecté, qui est inattendu. Et leurs excréments. Je n’ai jamais vu d’animal qui choisit de vivre autant à proximité de l’homme, à part les rongeurs.

Elles s’en nourrissent, de nous fréquenter – c’est nous qui attirons les moustiques et autres insectes, avec notre sang et notre lumière. Elles volent souvent autours de nous quand nous dormons, pour prendre les moustiques, ce qui est plutôt sympa. Je crois qu’elles ne le font que lorsque nous cessons de bouger nous-mêmes. Il faut s’y connaître un peu pour savoir qu’elles sont là, tellement elles sont silencieuses, discrètes et rapides – elles n’aiment pas qu’on leur prête attention mais on peut leur parler.

Dans mon enfance, au fond du jardin de mes grand-parents, il y avait l’hôpital expérimental de la Rhume Commune, c’était une série de huttes de l’époque de la guerre dans un champs au plein vent. Des volontaires étaient payés pour venir s’infecter et être étudiés – on cherchait un vaccin – on ne l’a jamais trouvé, il me semble, le virus n’arrêtait pas de muter. Ils étaient souvent très malades, on les rassurait que ce n’était rien et que c’était pour le bien commun. En tous cas, ils étaient en quarantaine, pour des raisons évidentes et ils restaient dedans, il faisait sacrément froid là où ils étaient et ils étaient très malades.

Quand on se baladait, on se demandait si on n’allait pas attraper une rhume, nous aussi, selon la direction du vent. Pour une raison et autre, depuis le plus jeune âge, j’ai côtoyé des scientifique de diverses espèces. C’est vrai qu’il y en avait certains qui se prenaient pour une caste à part. Mais d’habitude c’est parce qu’ils travaillaient sur quelque chose de secret, comme la bombe atomique, ou de contaminant, comme les virus, ou les deux, comme la guerre bactériologique.

Une fois j’en ai rencontré un sur les bancs arrière d’un bus, il était très saoul. J’avais douze ans. C’était une de ces bus de campagne, ou on allait loin et il n’y avait personne. Il me racontait des histoires pour me faire peur. Son chef gardait toujours de l’atropine (je crois que c’est ce qu’il a dit, c’était un genre de botulisme qui était l’arme) dans son bureau, dans le cas où il se faisait contaminer. C’était le seul remède, il fallait le faire tout de suite, - ces armes chimiques peuvent te tuer en quelques minutes. Donc il se présente au bureau de son chef un jour, et tout est obscur, il n’y voit rien. Peu à peu son chef sort de l’ombre, il porte des lunettes de soleil. Il paraît qu’il a du se piquer de l’antidote alors qu’il n’était même pas contaminé – l’un des effets marquants dans ce cas est de dilater les pupilles, pendant des jours entiers.

Une bonne proportion des scientifiques étaient des malades mentaux – ceux qui n’étaient pas des psychopathes. Ils avaient mauvaise conscience de ce qu’ils faisaient et ils étaient voués au secret en plus, même pas de psychanalyse. Il se passait n’importe quoi dans leurs laboratoires.