jeudi 20 mai 2021
Il y a des risques. Je risque de devenir rancunier, de voir peu à peu s’installer, à tort et de travers, les diverses réformes que j’ai proposé depuis des années.
La conversion écologique prend son élan social, ce qui veut dire qu’il s’intègre au quotidien.
Le quotidien. Une question d’habitude. D’administration. De hiérarchie inébranlable.
Pas du tout dynamique.
Un quotidien dynamique, créateur – n’est-ce pas la mission ? De voir se récupérer et se détourner les propositions qui, mises en œuvre telles qu’elles ont été conçues, représentent des voies solutionnaires, cela écœure.
Faut-il montrer cette écœurement, au risque de paraître grincheux ?
Oui, mil fois oui. La tyrannie du bien vouloir devient champs de bataille. L’humour est toujours ironique, même acerbe, même coupant. La propagande de la bienfaisance tue l’évolution écologique nécessaire dans l’œuf.
Une parenthèse – il y a l’écologique et il y a le numérique. L’écologique est inébranlable, il englobe tout, avec ou sans système déclaratif. Le numérique est à l’opposé d’une force immuable – pour cela que ses avocats sur-enchérissent sur son inévitabilité marchande. La reconstruction sociale « peut » se faire avec ou sans numérique – le numérique peut même faire un pont entre le monde d’avant et le monde d’après – un numérique au maximum facilitateur, jamais dominateur. Nous sommes en bonne position pour rejeter sa mainmise. « Continuer sans accepter » est une rubrique qui devient obligatoire - « Non, nous n’acceptons pas vos cookies, oui, nous voulons quand même avancer ». Numérique est informatique. Informatique est communicatif. Communicatif est interactif. Rien n’est écrit dans le marbre.
Dynamique. C’est dynamique ! Cyclique, comme les saisons, comme les récoltes annuelles, n’est dynamique que dans le menu. C’est l’évolution d’une routine qui justifie le terme « dynamique ». La routine en soi est pro- ou anti-dynamique.
On oppose deux modèles – le chinois autoritaire et l’occidental libre. Les « nudges » de la démocratie numérique ne se différencient guère des contraintes et des motivations d’un système autoritaire, où l’argent comptant conditionne tout. Les deux modèles qu’on représente comme des modèles opposés ne font qu’un en réalité. Leur conflit hypothétique ne mène qu’à une convergence réelle, absorbe les énergies, distrait l’intellect, désabuse l’avenir.
Le champs du possible passe outre, c’est sûr. Il n’est pas en opposition, il n’est pas réactionnaire, il n’est même pas alternatif – il est outre. Le monde parcellisé, cantonné, cadastré, cadenassé n’est pas le champs de bataille – le champs est de loin plus vaste. Il est extensible. Il est vectoriel. Le monde « global » n’est pas un monde qui se rétrécit, où les distances se dématérialisent. C’est une évidence – ce monde oh combien physique est l’écologie dont on parle. Le « miracle » de la vie est qu’elle est élastique – pour cela que les chiffres ne sont que les clichés d’une réalité transitoire. 2 % d’espaces intacts, 50 %, qu’import le chiffre si la flèche dynamique, du dépeuplement ou de repeuplement, est l’indicateur clé ? Il est, de fait, exponentiel.
Une caractéristique française assez distinctive est de passer pas mal de temps dans la synthèse, de s’en convaincre avant de passer au pratique, comme si les deux avaient des vies indépendantes, mais hiérarchiquement liées. Par contre, la méthode pratique de mise à l’épreuve s’appelle « trial and error » en anglais – on apprend par ses erreurs, on reprend, on adapte, mais on est déjà en mouvement. La politique agricole française, devenue européenne, est en réalité une vaste expérience non-mise à l’épreuve – une synthèse d’aboutissants théoriques suivie d’un passage à l’acte total, sans possibilité de revenir en arrière.
Le résultat ressemble au bricolage. Force est de constater que cela n’a pas marché, on subventionne, on recentre, on comble les trous, on dédouane les déficitaires, le plan persiste. Les décisionnaires restent en place. Un tel système, tellement fragile, doit se défendre, jusqu’au dernier souffle. Quel pathos !
Modéré devient « anti-système ». On le voit déjà lors du schisme Robespierre-Danton. Modéré = raisonnable. Raisonnable = radical. Mais comment changer, avec modération, l’ancien régime totalitaire ? Si nécessaire, ce système se fera fasciste pour défendre « les valeurs républicaines ». Le bloc du pouvoir s’alliera avec les lobbies anti-constitutionnels pour « défendre la constitution ». On se voit bien obligé de passer outre, de manière informe, lorsque les anarchistes détiennent le pouvoir.