dimanche 13 juin 2021

technique

Ceci est une explication renouvelée des propositions et pratiques donnant chair à une organisation sociale humaine qui remplit les critères écologiques de viabilité que nous cherchons tous.

Je récupère le mot « technique » pour indiquer qu'il se traite d'une ébauche de solution technique à la crise écologique, mais dans le sens strict du mot « technique » - les moyens dont on s'occupe, dans la technique proposée, sont exclusivement humains.

En ce qui concerne nos rapports avec la nature, nous sommes devenus des sédentaires mécanisés. Lorsque nous pensons à faire des jardins, c’est chez nous où dans des jardins partagés auxquels nous accédons grâce au fait que nous sommes des locaux ou des dépendants des locaux. Lorsque nous pensons à les faire chez les autres, le déplacement se fait en voiture avec une panoplie d’outils mécaniques, surtout faites pour nous « épargner » l’effort du travail et augmenter « notre » rendement. De telle manière qu’étant jardiniers, nous nous trouvons isolés et marginalisés, si ce n’est que par le bruit de la débroussailleuse. C’est très paradoxal, étant donné la conjoncture écologique.

Il y a donc besoin de développer une méthode qui met ceux qui sont capables et volontaires pour entretenir une économie basée sur le jardinage ensemble avec des gens qui ont les terrains, l’outillage à main et le savoir faire. Je l’appelle « jardinage mobile ». Le woofing paraît être la solution et existe déjà. S’il n’est pas devenu « mainstream », c’est qu’il donne peu d’initiative et d’autonomie aux woofers par rapport aux propriétaires des terrains et a tendance à se réserver à une clientèle très restreinte de privilégiés. L’infrastructure qui assure la mobilité – les gîtes de passage, les chemins réguliers, l’alimentation de base, le cadre social, ne sont pas centrals au woofing. C’est un système morcelé et donc hasardeux, on dirait intentionnellement, qui ne favorise aucunement l’égalité de dignité des participants. Ceci dans un cadre, bien entendu, qui est massivement en faveur des producteurs industriels, chez lesquels les woofers vont forcément se retrouver en leur grande majorité.

La méthode

Pour s’adapter à la croissance écologiquement et économiquement nécessaire de ce secteur, il y a besoin de clarté – de prévisibilité, de ce qu’on appelle actuellement « la transparence ». Je propose (et je pratique) que l’on s’adresse d’abord à l’infrastructure de transport et de communication qui nous permet d'identifier et de nous déplacer envers les lieux de travail et de ravitaillement.

Le cadre logique

Le cadre dans lequel ce système opère est celui de la vraie vie, aujourd’hui. C’est un système ouvert à tous, sans discrimination. On s’impose d’avoir un bilan écologique net positif, dès maintenant – on le mesure. Comme pour les entreprises géantes du pétrole, cela signifie que nous arrêtons immédiatement d’utiliser ou de contribuer à ce qui ne peut pas donner un bilan écologique (net) positif. Nous n’utilisons pas de voitures, pas d’essence, pas d’informatique antisociale. Nous créons de la biodiversité, de la dignité humaine, des rapports sociaux de respect et de force égaux entre les partenaires – qui sont ceux qui sont physiquement là, y inclus les voyageurs. Là où nous nous trouvons bien obligés, pour des questions de survie et de communication sociale à but de réaliser nos projets (comme dans le cas actuel de cet écrit), nous opérons une analyse bénéfice-risques qui nous permet de le calculer - le bilan écologique net positif que j'ai nommé. Dans d'autres écrits je rentre dans les détails de comment faire ce calcul quantitatif et social.

Le cadre physique

La communication – l’information – passe avec les voyageurs, qui se déplacent sur des circuits rythmés par la vie hebdomadaire de la localité. Ceci veut dire, habituellement, les marchés à ciel ouvert hebdomadaires du coin. Ce sont des circuits parce que l’objectif est de ne pas faire des allers retours motorisés entre chaque marché et son lieu de résidence, sinon de passer la nuit sur place avant de prendre la route pour le prochain marché. On devient soi-même véhiculaire – de l’information et des affaires qui vont sur les marchés. De par l’expérience, il est conseillé de n’entreprendre que de se déplacer entre trois marchés (trois jours) par semaine, ce qui laisse deux ou trois jours pour un travail appliqué, deux ou trois jours pour le repos et le divertissement. La machine que nous entretenons est nous-mêmes, le but n'est pas de s'exténuer sinon de se rendre performants sur la durée.

En résumé, ce plan de vie impose d’avoir des points information à la fois sur les marchés et des gîtes ou jardins de passage près des marchés ou sur les routes entre les marchés disponibles à ceux qui font ces circuits. J’ai inventé des noms génériques pour ces entités conceptuelles, pour qu’on les visualise mieux. Les circuits s’appellent des « boucles de marché ». Les voyageurs s’appellent des « domiciliés boucle ». Les points infos sur les marchés s’appellent des « espaces de partage ». Les lieux de ravitaillement, d’hébergement, de production, transformation et stockage s’appellent des « gîtes de passage ». La date de création/formalisation de cette idée est à peu près 2012-13 et elle a été pratiqué pendant six à sept ans en continu.

Le cadre économique

Le cadre économique est plus que viable pour tous ceux qui y participent. ôter les frais de voiture – ôter « l’essence » de l’équation, est une révélation en termes économiques – tout ce qui est gagné peut aller directement aux êtres humains et à la nature concernée. Le contact social nécessaire à tout être humain est assuré par la participation au circuit. Un étrange sens de liberté se produit. Si l’idée « prend », elle est auto-régulatrice, elle peut faire boule de neige tout en maintenant son intégrité structurelle. Ses composants (nous) peuvent prendre de décisions et les mettre en oeuvre de manière autonome et immédiate. L’expérience de base s’est faite à l’échelle d’un département – l’Ariège, elle est donc extensible et adaptable – réproductible à l’échelle de tout département français métropolitain, en se greffant sur l'infrastructure pré-existante.

Le cadre théorique proche

Comme on le sait, on peut voyager intellectuellement sans bouger physiquement de son fauteuil. Il suffit d’être connecté au « monde qui bouge » – par exemple parce qu’on reçoit ses petits enfants venus de loin – pour se sentir faisant partie du grand monde. Le problème est que ce sens d’inclusion se fait à distance indiscriminée, moyennant des coûts énergiques hors de raison. Les géographes observent que ceux qui se sentent vraiment partie de leurs communautés locales se trouvent plus en ville qu’à la campagne maintenant, de ce fait. Les transports à distance et de grande vitesse ne nous rendent pas plus proches socialement, sinon plus loin les uns des autres et servent à exacerber les différences entre ceux qui sont socialement inclus et ceux qui sont socialement exclus. La campagne devient un désert social sauf pour les riches et leurs dépendants. C’est un cercle vicieux. Il est évident que des circuits tels que ceux que je propose s’attaquent bien à ce problème, en réhumanisant à la fois la transmission d’information et en faisant que les messages courent entre environnements avoisinants et non pas entre interlocuteurs centraux et leurs envoyés, par-dessus la tête de la majorité de la population réelle. En donnant la possibilité présentielle à des sociétés écologiquement frugales de nouveau, on fait vivre de nouveau le désert rural, à bénéfice mutuelle.

Le cadre théorique lointain

Selon certains – dont je fais partie – notre déroute écologique a commencé au néolithique, lorsque nous avons commencé à stocker systématiquement des denrées et des semences, lorsque nous sommes devenus des pastoralistes et des agrariens, plus que des chasseurs collecteurs. Avant nous pouvions, comme tout animal, nous déplacer en groupes à volonté – lorsque les populations devenaient trop denses, nous allions plus loin. Le monde était vaste et nos populations infiniment petites par rapport à maintenant. Notre fertilité était subtilement réactive à cette situation – en déplacement, ou lorsque les sources d’approvisoniemment se faisaient maigres, nous ne concevions pas ou peu d’enfants. Dans les années grasses, lorsque nous nous posions un temps dans un endroit clément, nous pouvions mener des grossesses à terme et créer des conditions propices à la survie des nouveaux nés.

En se sédentarisant et en domesticant des espèces « sauvages » (nous-mêmes en premier), nous avons transité de l’état d’équilibre que je viens de décrire à un état où nous devions dépendre de la formalisation de nos rapports socio-économiques, à la fois entre nous et avec les environnements qui nous entouraient. Nous en avons fait des « systèmes ». Ces procédés d’apprivoisement furent assez binaires – il s’est créé une division très nette entre l’artificiel et le naturel, au moins dans nos têtes. Nous sommes devenus des terraformistes d’abord, plutôt que des interacteurs avec la terre d’abord – nous sommes arrivés à chercher à imposer notre volonté sur une nature qui avait été conçu, auparavant, plus en partenaire munificent.

A présent, nous sommes toujours dans ce processus d’apprendre « comment faire système » avec la nature, souvent contre-nature. Nous n’avons guère commencé – le « néolithique » existe depuis à peine 10 000 ans, l’homo sapiens moderne depuis 300 000 ans, en chiffres ronds. Les grands changements lents des écosystèmes néolithiques ont souvent été assez invisibles à l'échelle d'une génération à l'autre, l’assèchement et la salinisation des terres, la destruction de la biodiversité au cours des siècles ont nécessité une transmission orale et ensuite écrite de plus en plus réussite pour rendre détectable nos erreurs, qui ont eu une périodicité de centaines et de milliers d’années. Ce n'est que très récemment que nous arrivons à lire dans le couches successives de glâce et par d'autres méthodes les traces de notre passage sur la terre pendant cette période, qualifiée d'anthropocène.

L’artificialisation de nos vies s’est manifestée dans notre obsession avec nous-mêmes, à l’échelle de nos courtes vies, de celles de nos proches, de celles de nos aïeuls et notre fratrie, malgré et parfois à cause de la sagesse collective qui naissait avec la manifestation de ces nouveux problèmes. Il faut que nous ôtions nos chapeaux devant l’intelligence de nos ancêtres, étant donné le peu de vraie information qui leur était disponible. Mais la sagesse de l’un est souvent converti en dogme par l’autre – l’élargissement conceptuel de l’histoire de l’humanité à des milliers d’années par des écrits comme la Bible pouvait toujours devenir une interdiction littéraliste de concevoir que le monde avait une histoire beaucoup plus longue, en réalité, par des bornés d’hier et d'aujourd’hui. Ceci peut nous servir de rappel à l’ordre – le projet technique que je propose est d’abord une étude de faisabilité écologique, toutes les questions amères de dominance, de cruauté, de brutalité et d’indoctrination humaines sont subsidiaires à cette question centrale. Il faut un cadre référentiel pratique viable pour penser clair là-dessus. C'est ce que je tente de provoquer.

Ce cadre s’impose à nous que nous soyons des « amateurs de la nature » ou des amateurs de la civilisation dite « artificielle », de par notre très grand nombre et notre très grande capacité de nuisance mutuelle. La survie du plus apte, dans notre cas, doit être conçu comme la survie de tout le monde pour ne pas mettre presque tout le monde à dos. C'est ce que les prétendus écologistes n'ont absolument pas réussi à faire jusqu'à maintenant. Nous ne sommes plus capables, socialement, de vivre de la chasse et de la cueillette, bien qu’individuellement en petit nombre nous le soyons. Mes propositions s’addressent à la résolution de ce problème systémique, infrastructurel, plutôt qu’à l’importance des menus détails de la vie préférentielle d’un groupe ou un autre. Ces détails, il y en a d’autres qui s’en occupent déjà très bien. La réalité humaine est que les libertés individuelles (l’autonomie) augmentent lorsque le cadre ou enveloppe environnant le permet, et diminuent lorsqu’on ne pense qu’à ses propres intérêts, en trépignant sur les intérêts des autres.

Il reste que la dynamique entre populations en mouvement et populations sédentaires continue d’être le nerf de la guerre en termes de notre convivance mutuelle. Dans le sphère de la géopolitique, on utilise un modèle qui articule une polarité « haut-conflit – bas-conflit ». Le bas-conflit est une convivance heureuse et complémenaire entre « saisonniers » et sédentaires. Le haut-conflit est le déplacement de forces armées qui pillent et mettent à ras les structures des sédentaires sur leur chemin. C’est la négoce entre ceux qui bougent et ceux qui restent sur place qui devient le point critique, dans ce genre d’analyse.

La notion de tributs et d’exactions de ceux qui bougent et qui sont capables d’infliger leur volonté sur des population locales a son contrepoint dans la taxation des voyageurs par ceux qui arrivent à canaliser leurs mouvements. Il en émerge, logiquement, une fusion territoriale des deux intérêts. Ceci a tendance à produire une fixation des populations sur place, ou au moins dans le territoire auquel ils sont identifiés, ne laissant qu’à une population d’élite (et ses dépendants, et ses facilitateurs) la vraie liberté de mouvement.

Mais même une étude très simple est révélatrice de la superbe efficacité énergique et matérielle d’une vie en mouvement, spécifiquement pour les êtres humains, qui sont à la fois physiologiquement (somatiquement) adaptés à cette mode de vie et adaptatifs aux intérêts de la sphère naturelle dans laquelle ils vivent. Si nous parvenons collectivement à « vivre en mouvement », notre empreinte écologique devient net positive, même avec les populations énormes existantes. De nous en empêcher est à la fois anti-écologique et génocidaire. Nos systèmes se doivent, au nom de notre survie collective, d’être « dynamiques » (en mouvement). La question spécifique est "comment?" et elle est très pointue. On peut déjà observer que cette question n'a rien d'Utopienne, tandis que la société productiviste de surconsommation nous tue.

Des arguments pour moi spécieux peuvent être avancés contre le mouvement arbitraire de populations sans justificatif. Il vaut mieux réorienter les termes du problème. Est-ce qu’on a créé l’infrastructure – la « motivation » pour cette mobilité? Est-ce qu’on a des récoltes à récolter, des récoltes à transformer, des récoltes à transporter, là où en ont besoin ceux qui s'y trouvent ? Avec le mouvement régulier en circuit, sans assistance énergique des machines, la redistribution efficace se fait sans peine par intérêt – il est normal de chercher à distribuer des vivres sur le chemin, plutot que de transporter des poids innécessaires avec soi. Les fonctionnalités des sédentaires et des voyageurs se complémentent.

J’ai évité d’employer le mot « nomade » parce que, tout simplement, il ne convient pas. Dans notre folklore collectif, le nomade voyage avec sa maison sur le dos, comme s’il était coupé du monde qu’il traverse. Ou bien, s’il est riche, sa carte de crédit ou téléphone fait voyager tous les biens qu’il désire jusqu'à lui, comme par la magie. Pour moi, les codes réciproques de l’hospitalité évitent ces éventualités - j'essaie de ne jamais porter ma maison sur le dos mais de chercher des interactions de bénéfice mutuelle avec ceux qui sont sur mon chemin et j'exècre l'autarcie dont je suis, cependant, obligé d'être un passé mâitre, tellement les positions des populations en déplacement et ceux qui se qualifient de résidents deviennent retranchées, à cause de la pression démographique que notre surconsommation nous fait sentir.

Si j’ai évité de donner des conseils de contraintes rigides, à part l’exigence d’un bilan écologique net positif – qui paraît déjà énorme pour une population de surconsommateurs – c’est que l’infrastructure minimale proposée en haut de cet écrit, une fois intégrée aux us et coutûmes des gens qui interagissent, sera dans les mains des participants aux circuits, bon gré mal gré. C’est-à-dire les interactions entre les voyageurs et les administrations locales (qui se chargent par exemple des aménagements des campings municipaux ou privés), les particuliers (qui résuscitent la convention de la place de l’étranger réservé à la table de l’hôte) et les entrepreneurs (restauration, transformation, transport) du coin ou de passage. Je mentionne en passant qu’évidemment, ces circuits locaux se rencontrent, il est tout-à-fait pris en compte qu’un voyageur à grande ou à courte distance peut laisser des traces positives sur son passage. Le voyageur est forcément domicilié sur la boucle locale qu’il parcourt, qu'il soit sur un voyage long ou court, que ce soit sa mode de vie ou son moyen de se déplacer pour des raisons ponctuelles. La voie publique – le concept de la voie publique, est de cette façon entretenue par l'usage. Notre accommodation de l'altérité également.

Un autre élément à souligner est que, contrairement à ce qu’on pourrait supposer, ce projet est conçu comme un projet très pratique d’application immédiate, un projet qui accélère et qui est à la portée de tous – la conjoncture écologique l’exige. Pour cela que l’un des problèmes majeurs – la crédibilité de l’entreprise – a été adressé par le fait que je l’ai déjà fait, pendant des années, de manière strictement scientifique, en éliminant au maximum les facteurs qui pourraient fausser les résultats, comme l’argent et la dépendance sur l’infrastructure industrielle existante. Le bilan écologique net positif est un fait accompli.

Problèmes et faiblesses de la technique

Le mot « problème » en dit loin sur la faisabilité de tout projet écologique. Suuposons que l'on me fait subir les conséquences d’un acte – est-ce donc moi qui ai le problème? Assurément. Mais l'origine du problème est l’acte qui le crée, c’est donc celui qui commet l’acte qui a le problème.

Il est évident que si on crée un monde propice à l’industrie agro-alimentaire, principalement en éliminant sa compétition - en rendant la vie impossible à tout indépendant de taille mineure, de toute tentative d'étoffer des modèles alternatifs, on ne peut pas ensuite accuser ce dernier de défaillance. C’est cependant ce qu’on a fait et ce que par inertie conventionnelle on continue de faire, malgré toute pédagogie raisonnée qui est tentée pour contrer cette tendance. Si les gens cherchent les extrêmes dorénavant, c'est parce que la raison n'a pas prévalue - même la raison électorale. L’agriculture de grande échelle qui utilise des machines n’est ni plus productive ni plus efficace que les petits jardins qui utilisent le travail non-machine-assisté des humains. Elle est tout simplement plus subventionnée et non-tenue responable pour ses conséquences dévastatrices sur la nature. Là où ça ne lui permet toujours pas d'avoir le dessus, la législation qui interdit au petit d’en faire sa vie prend le relais.

Mais il faut encore mieux poser le niveau qu'a atteint ce problème. C’est lorsqu’elle menace de réussir qu’on va attaquer l’entreprise écologique. Le système pro-industriel « aime » les petits qui ne réussissent pas et qui ne promettent jamais de le faire. Attention ! Il faut pouvoir détecter les implications. C’est là où on détruit une entreprise écologique qu’on signale son risque de réussite. Si elle a l’air de réussir, c’est probablement parce qu’elle n’est pas écologique - la taréture de la situation est arrivée à ce point-là, puisqu'un entrepreneur qui ne veut pas s'endetter ou qui n'a pas de l'argent à brûler est interdit de participer à l'affaire.

C’est pour cela que je me suis concentré sur la modélisation d’une infrastructure qui est susceptible de pouvoir rassembler et concentrer suffisamment de gens pour être fonctionnellement capable de soutenir et défendre des tentatives vraiment écologiques avant qu'elles ne soient déracinées ou tuées dans l'oeuf.

éléments statiques - jardins collectifs

Les jardins collectifs indépendants (autonomes) sont intéressants s’ils réussissent à générer l’adhésion et la participation de plusieurs membres d'une communauté. Pourquoi ? Parce que si l’on s’y attaque, les conséquences politiques peuvent être très graves pour l'attaquant. Le fait d’avoir un département d’université ou la CNRS, un membre de chaque communauté noire, blanche et verte des alentours, chacun qui cultive son lopin de terre, fait qu’il devient très risqué de s’y attaquer. Un jardin collectif, avec des petites parcelles très autonomes, devient ainsi un point de rassemblement et d’organisation écologique très fort. Par contre, si le jardin collectif n’est pas ou peu parcellisé, avec beaucoup de règlements et obligations de faire des travaux collectifs ensemble, si le jardin est en réalité sous le joug d'un monopole ou d'une administration locale, d’un groupe ou d’un individu trop enclin à dominer, il est peu probable qu’il peut effectuer une influence écologique positive.

J’ai formalisé ou encapsulé quelques concepts là-dessus. De tels jardins, à part les critères d’être à bilan écologique net positif (ce qui est sous-entendu dans toutes les propositions qui se trouvent dans cet écrit), peuvent s’appeler des jardins « pluri-cultures » du fait que les gens sont encouragés à partager leur savoir faire, leurs semences et leurs plants, tout en retenant à eux le pouvoir décisionnaire sur ce qu’ils font ou ce qu'ils ne font pas sur leurs parcelles et le niveau de participation qu’ils ont dans le collectif global.

Jardinage Mobile

Le jardinage mobile apporte à la fois de la main d’œuvre et des compétences aux habitants de tout coin et la possibilité de créer des jardins linéaires sur les parcours réguliers qu’on fréquente. Il permet aussi un fort composant pédagogique d’interactivité avec le monde naturel à l’échelle du pays par lequel on passe. Le jardin-monde dont on a tant besoin est ainsi visualisé en vrai, aussi bien que l'auto-suffisance mutualisée de ceux qui y participent. Dans le monde d’aujourd’hui, le jardinage mobile crée des conditions pour l'émergence de lobbies composés de plusieurs types de membres de la société civile. Ceci parce que la voie publique, par laquelle on passe et auprès de laquelle on fait ses jardins, est propriété publique et pas privée. On peut par exemple déléguer l’entretien des bouts de bord de route à des entités particulières – des gens, des individus, des écoles, en remplaçant le système de cantonniers présent. Ce n’est pas pour autant que le vaste contingent d’employés municipaux et autres doivent se sentir personnellement menacés, bien que leurs machines, de ce fait, deviennent caduques. Au contraire, leur pragmatisme, leur effort physique et leur conversion à des critères écologiques est une nécessité primordiale. C’est donc un projet d’intégration et d’apprentissage mutuel qui est de mise.

Le jardinage mobile est donc un flexi-outil, très adaptable aux ouvertures qui se présentent et on espère instoppable de ce fait, puisque il s’adapte à ceux qui s’y investissent. On peut même le pratiquer seul et contre tous, ou en petit groupe de collaborateurs. Le monde est vaste – surtout le monde linéaire, ce qui rend très difficile de détruire des jardins ainsi créés – on doit parcourir des dizaines de kilomètres et pouvoir identifier des signes de « culture sauvage » pour ce faire, alors que ceux qui s’occupent d’un ou de plusieurs jardins linéaires savent précisément où aller et n’y sont presque jamais. Dans la mesure que ce type de jardinage devient populaire, on peut espérer que de plus en plus de gens, y inclus ceux qui s’y opposent, apprennent, au moins, les méthodes de jardinage qui sont pratiqués, qui étant essentiellement bénignes, peuvent créer une certaine attitude positive, surtout parmi les plus dogmatiquement formatés et idéologiquement opposés.

par voie de conclusion

La libre-circulation tant challengée par la crise covide est à la fois essentielle pour des telles entreprises et soutenue par leur pratique.

L’un des points délicats et relativement non-exploré, jusqu’à là, par ces méthodes proposées et en partie déjà mises à l’épreuve, c’est leur susceptibilité à tomber sous la domination de ceux qui ont des desseins antithétiques à celui qui est recherché. Des zones de non-droit, de désobéissance civile et de liberté sont souvent des zones plutôt dystopiques qu’utopiques pour ces raisons.

C’est pour ces raisons que j’ai pris tant de peine à créer cette proposition sous sa forme présente, la croyant très costaude par rapport à ces enjeux. Le fait qu’elle est construite en circuits, avec des gens qui font courir des bruits qui sinon resteraient secrets, de gens qui ne sont pas cantonns mais libres de leurs mouvements, milite contre la formation de sectes et de centres de pouvoir hermétiques. La liberté de mouvement physique est en réalité le prérequis d’une autonomie sociale réelle – toutes les autres libertés et responsabilités en écoulent. En contrebalance, la recherche d’un engagement dynamique entre citadins du coin et voyageurs permet de souder de multiples alliances, plutôt que de créer une domination ou un clique basé sur le fait d’être sédentaire ou voyageur, riche ou pauvre. Ces écrits sont destinés à servir de point de repère à cet égard – l’intentionnalité et les buts d’origine sont exprimés, si l’interprétation qui s’en enchaîne paraît diverger, il y a la possibilité de comparer tenants et aboutissants sans la présence de l’initiateur, sans l’imposition d’une dogme et sans devenir réactifs plutôt que proactifs.

Plusieurs questions sont donc laissées ouvertes, délibérément. Par exemple, des questions de démocratie représentative et ou participative sont vues plutôt comme le propre de ceux qui participent à ces boucles et leurs interlocuteurs. Même l’aboutissant est dépersonnalisé – on suppose qu’il existe une intentionnalité non-suicidaire écologique, on propose une solution, une vraie solution, générique. Il faut pourtant se méfier des vérités communes pour accéder à cette connaissance – par voie d’exemple, je cite une émission principale sur l’écologie (France Culture) où, ayant présenté Tinkers’ Bubble, un collectif d’intellectuels et économistes centristes qui vit dans les sous-bois du Sud-Ouest de l’Angleterre depuis près d’un demi-siècle, comme la révélation du moment d’une communauté ensauvagée et tendancieuse, la journaliste dit « mais tout le monde ne pourrait pas vouloir vivre comme ça ! » Ou des mots à cet effet. La réponse est simple – si la plupart des endoctrinés (par les nudges des gens comme elle) tentaient l’expérience, et de par leur présence assuraient une socle sociale plus grande en envergure, il est probable qu’ils ne voudraient plus revenir en arrière. Ce qui est interprété comme inconfort et stress par les occupants du monde industriel donnerait la pêche et la joie de vivre à la plupart d’entre eux. Le problème est plutôt la traduction d’une culture qui y est radicalement opposée en une culture qui lui devient acquise, ce que certains appellent « la Transition ». Ce problème est à ne pas sous-estimer, mais il n’est pas non plus à se faire désespérer. Apprendre à nager, surtout à une certaine âge, est difficile, mais la peur obsessive de le faire, jusqu’à ne jamais tenter, a un nom en psychiatrie – la paranoia – parce qu’elle est pathologique – infondée et exagérée. Soyons contents que je l’ai déclaré – l’émission de France Culture sur l’écologie fait exprès de nous induire la paranoïa de la vie écologique – par subterfuge, en plus. Ceux qui ont fondé Tinker’s Bubble sont, si je me souviens bien, les fondateurs de la célèbre revue The Economist – c’est comme si elle accusait Bernard Maris d’être un extrémiste psychoriide. Non – quelqu’un qui réfléchit et qui a essayé de dire vrai, avec beaucoup de chaleur, d’honnêteté et d’humour, ne peut pas être qualifié d'un tel épiphète, même ellitiquement, en toute logique.

Je ne souscris pas aux théories du complot, mais je comprends que le paternalisme/maternalisme déplacés existent bel et bien et j’apprécie que l’auto-censure et l’auto-aveuglement se présentent de plus en plus comme des bonnes manières d’avancer ou au moins de préserver sa carrière personnelle. Je questionne sévèrement la bonne foi d’une société qui est clairement plzin dans des pratiques anti-écologiques et qui réfuse de se culpbiliser, demandant à être charmé pour adopter des modes de vie qui assureront la survie de ses enfants.

Il nous faut comprendre que ceux qui se prétendent écologistes dans l’œil publique ne le sont point, en général, que le climat social et politique est construit pour tuer dans l’œuf presque toute expérience véridique de l’écologie, et que ceci fait partie d’un processus organisé continu depuis que De Gaulle l’a adopté – « il faut couper le paysan de sa culture vivrière en l’endettant », a-t-il dit, c’est un résumé de la citation extrait d’un œuvre d’Alain Peyrefitte, son porte-parole de l’époque. Prenons l'usage du métaphore de la guerre par rapport à la situation écologique, c’est peut-être une erreur, bien que dans le sens de la gravité de la situation, ce n'et pa de l'hyperbole. Dans une guerre, c’est le vainqueur qui écrit l’histoire, mais dans ce conflit mondial écologique, il n’y a pas de vainqueur humain pour l’écrire. Ce n’est pas de généraux et de politiciens qui arrivent toujours à survivre, politiquement, en tirant leurs épingles du jeu, dont on a besoin, pour solutionner cette crise. Notre meilleur espoir est de commencer nous-mêmes, les chefs prendront leur courage de notre exemple.