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mercredi 18 mai 2022

Le mécanisme par lequel on vit est qu'il n'y a pas d'alternatif, comme l'a dit Margaret Thatcher. Ce sont des choix contraints qu'on prétend "pragmatiques", entre "le moins pire" et "le pire". Mais dire qu'il n'y a pas d'alternatif est reconnaître qu'il n'y a que le rapport de force qui prévaut ... qu'il n'y a que ça qui compte. A quoi sert la conversation? Sûrement pas à encourager le débat. A quoi sert l'innovation ? A s'exposer innécessairement par sa non-conformité aux "normes" sociales.

dimanche 1 mai 2022

Mobile

Portable complexe – mutualiser la mobilité

ripples

Mobile … mais c’est les machines qui sont mobiles, finalement. Nous, non. Nous restons assis, nous nous laissons transporter. Nos voix se communiquent par interposition électronique, jusqu’à se séparer de nous dans ce métavers d’illusions de masse. Sans prothèse électronique, perdu - tu n'as pas de portable, tu n'es pas potable. Il paraît être dans l'intérêt relatif de chacun de démutualiser la mobilité, mais à quel coût ! L'eau potable, elle manque maintenant aussi, mais de l'eau, il y en a partout - je ne sais pas si c'est un métaphore ou un mode de désemploi.

L’âge de la machine est un âge de remplacement terminal des capacités humaines (et du vivant en général) par les capacités limitantes des machines. Y inclus en ce qui concerne nos choix sacrés - point devenu tendre. Le GPS, ne choisit-il pas notre parcours à travers les embouteillages ? On traverse une ville schématique, une radiographie de ville matrix. Et l'errance? Pour ceux qui ne peuvent plus s'orienter ? Rien de neuf, l'ordi l'a tout avalé. Que des rubans de voitures, des peuples rendus intangibles, illisibles. Une ville c'est quoi? Un hoquet, une interruption du flux.

La simplification de nos parcours supérieurs de vie fait que chacun de nous se fie plus au jugement des machines qu’à son propre jugement – ou à celui d'un quiconque humain – cela nous dépasse. Pourquoi parler avec un pair, sans accompagnement machinal, c'est un moins que rien ? Comment négocier notre amour propre lorsque ceci ne se confirme pleinement que par "réseaux sociaux" ?

rockripples

Plus loin, comment tout simplement « agir » lorsque la vision devient paysage, un flou en mouvement ? Déjà que notre vécu à haute vitesse nécessite des routes larges comme des fleuves avec des panneaux indicateurs taille HOLLYWOOD – ce qui devrait nous indiquer l’erreur de nos rêves de grandeur. Les avions de chasse qui ne sont déjà plus en mesure d'esquiver drones et missiles, cette vitesse qui tue. Ce toujours plus qui nous a assuré la motivation de la survie fait qu’on a toujours moins de prise sur les excès de la réussite. Dans le domaine auditif, la puissance indiscriminée de nos amplis nous rend sourds, voir séniles, incapables de différencier la direction, la distance et le sens des sons qui nous parviennent, au niveau strictement cognitif. Nos muscles mentales s'atrophient, faute de pratique, notre rédondance nous ouvre la voie sans issu de la paresse, la recherche infantilisant du "facile", du "confortable". Sommes-nous destinés à devenir surnuméraires, inécessaires ? C’est impossible. Sans nous, nos machines font quoi ? La science du « comment » ne donne pas la raison du « pourquoi ». Pourquoi vivre ? Pourquoi sentir ? Peut-être la vie incarne la réponse, et que les machines n’ont que faire de cette intelligence, qui les empêche de nous simplifier l'existence. Si un jour une machine trouve la volonté et la joie de vivre, ce ne sera plus une machine, par définition ce sera un être vivant.

J’écris dans l’enceinte d’une énorme bâtisse de l’époque industrielle, devenue une ressourcerie, dont je suis, à cette heure de la nuit, le seul occupant humain. L’endroit est engorgé de toutes les reliques – les trésors de l’épopée industrielle. Malgré leurs meilleurs vœux, les « bénévoles » du recyclage peuvent se trouver noyés sous des océans de désuétude, et au lieu de remettre en état ce qu'ils sont censés donner une seconde vie, sont souvent réduits à l’amener à la déchetterie pour être broyé. Ils deviennent ainsi les complices du système auquel leur mission, normalement, les oppose.

Je ferai ici, s’il n’y a pas d’accroc, le pôle du vivant ?! A côté de cette montagne de matière industrielle je tenterai de créer un jardin d’échange de graines et de plants, mais je serai un sur vingt. Le bâtiment avec ses murs met la barrière, crée le carcan sécurisant de l'artificiel, confectionne l'illusion du cadre logique hermétique. Lors du vote, donc, la vie foisonne, mais sa voix est muette pour les malentendants. Comme dans ce bâtiment où les oiseaux chantent lorsque le vacarme du non-vivant s'apaise, au milieu de la nuit, à l'aube - c'est ce que homo industrialis appelle le silence(!). La nature est trop économe en ressources pour compter dans un monde de surconsommation, ses chiffres sont ridicules, pathétiques, elle réussit trop bien à se multiplier, dans chaque anfractuosité de ce monde que nous nous sommes créé. Lorsqu’on a tout cramé, tout broyé, cette nature commencera à sortir de son coquillage, comme l’escargot qui attend que ça passe … La nature recycle sans en faire une histoire, elle est si efficace que cela ne se remarque même pas. La nature pourrit la vie ? Je rigole. La pourriture est la vie.


coulé!
Coulé!

Bateau

Un bateau, c’est une yourte à l’envers. Sur terre, yourte : ça bouge pas. Sur mer, coque, ça bouge. Rien d’étonnant à constater que dans un monde de sédentaires, les bateaux ne bougent pas, ils sont tous rivetés sur terre – et voilà que la vérité toute nue du nomadisme de riches s’étale devant nous – des milliers de cales et de coques valant des millions d’euros plaqués dans un parc à voiliers au port de plaisance du Port Saint Louis, à l’embouchure du Rhône.

yacht club

Un yacht club est un petit monde, des efforts d’ingéniosité herculéens se sont dépensés pour faire rentrer la tracasserie des plus grands dans le plus petit espace possible. Le résultat : un aire pour les gens de voyage – on me dit que le tiers des bateaux sont occupés à l’année et on ne peut pas dire qu’à 300 euros par mois ils payent bien cher … Un mec avec son bateau, face à une éternité de bricolage, tableau typique. Qui ne va jamais en mer, mais qui fait tout comme si … j’imagine que la complexité de la tâche et les rêves de liberté suffisent, et qu’en tout cas, le risque de l’océan déchaînée qui peut casser ces odes à la technologie comme des boites à allumettes, crée cette latence de jeu virtuel, sans danger réel.

hulk

Et les coques et les cales sont belles – mais vraiment belles. D’habitude cette partie de la machine se cache sous la mer, mais ici il faut des échelles pour arriver jusqu’à sur le pont. Un bateau, il peut être plus grand qu’une baleine … ou plus petit qu’un kayak, svelte ou rond, catamaran, à trois coques, vieux, en bois, en fibre de verre, en alu, même en béton armé. Pour dire qu’on comprend subitement que les voitures super « stream-lined » (aérodynamiques) d’aujourd’hui ne sont que le reflet de toute l’inventivité marine de tous temps. Que la beauté de la forme – et même sa laideur performante, ne sont que les manifestations de sa fonction. Il y a plusieurs espèces de bateau, qui vivent plusieurs vies, qui se transforment, s’adaptent, coulent, s’incrustent, évoluent, polluent.

pampas grass

Ma présence est possible parce qu’il existe encore et tout juste l’amarrage pirate, en menace d’élimination par la mairie, et un pote y a trouvé un bateau qu’il retape. Moi, j’observe et je prends des centaines de photos, de cette beauté d’une nature désuète, industrialisée. Contre ciel, les mâts, les grues du port industriel, mais aussi la plante à genêts, les lichens, les aulnes, les peupliers, les maints roseaux, graminées et autres rugueux s’accrochent au sol graveleux et pollué. Sous l’eau, accrochés aux épaves, indifférents à la pollution cependant gravissime des peintures antisalissure des bateaux, des anémones de mer, des moules, des algues, des rochers roses …

anémoules

vendredi 11 février 2022

Proprioception Sociale

« Ils font partie de l’organigramme » (la manière de décrire/percevoir l’organisation d’une entité)

Un corps social a besoin d’étrangers – d’interaction avec ceux qui le font se voir dans son intimité sous l’angle d’une autre paire d’yeux.

Humano-industrialisme

L’homme pense créer et manier la machine, qu’il lance et il lâche – c’est la soumission industrielle. Mais sur le dos de chaque projet industriel s’accrochent des femmes et des hommes, avec leurs valeurs. De la fusion de ce mixte naît un être multiloculaire, dont l’homme et sa culture, la machine et sa performance sont les principaux composants.

Préconisations

- Binomie systémique – « deux parfaits » – référant à la coutume Cathare d’avoir un homme et une femme (ou deux hommes, ou deux femmes) qui s’accompagnent en apportant leurs savoirs (tisserands, médecins, sources de grâce spirituelle, etc.) à la population. Cette forme à minima binaire a l’avantage de permettre l’encadrement social à tout acte social – il y aura toujours au moins trois personnes dans l’échange. De ce fait, la transmission de savoirs est plus assurée, la boule de neige de cette transmission sociale peut exister parce qu’il y a « encadrement social », au sens purement mathématique !

- Accueil ≠ assimilation à un corps social statique – une « attitude » d’accueil est celle de créer de l’infrastructure à bénéfice de l’autre en voyant son intégration et même sa simple présence comme un bienfait « utile », qu’elle soit transitoire ou non.

Il s’ensuit qu’il y a besoin de lieux de stockage, d’être nourris-logés de manière non-aléatoire, prévisible. La logistique à taille unique (les conteneurs en bref) a l’effet d’assécher le stockage autre que lui et de « statifier » ou figer les mouvements.

Il y a besoin, pour faire autrement, de « motels » de la transition, sans essence, qui permettent d’établir un équilibre dynamique. La vie menée dynamiquement – la vie légère en mouvement devient ainsi faisable. L’égalité de dignité, qui est la précondition du « commerce équitable » entre les humains, est réalisée grâce à l’équilibre de droits et de devoirs accordés entre les parties. Un commerce vraiment équitable est à l’opposé de la précarité.

Ceux qui parlent de s’accommoder à « l’aménagement du territoire » industriel sont en train de non-dire, de crypter le mot « taille » – taille industrielle. Lorsqu’ils parlent de l’agriculture, ou de l’agroforesterie, parlent-ils de l’acheminement des petites et des grandes machines agricoles, des balafres dans les coteaux créées par les machines qui extraient le bois, des autoroutes, des routes nationales et départementales qui strient le paysage, des « externalités » qui, vu l’ensemble de critères de cette agriculture/aménagement de territoire, forment l’épine dorsale du système « Wal-Mart » qui régit sur nos vies.

C’est une monoculture – une taille pour tous – mais à cause de cela c’est aussi un monopole – l’ubiquité du système noie tout alternatif. La réussite industrielle de la multitude condamne toute force de proposition autre qu’elle-même à l’exclusion, mieux dite la marginalisation sociale.

Une société de « subventions à l’humain » est née. Tout « projet personnel », individuel, a besoin de son petit paquet d’argent de l’état pour être considéré légitime et loyal. On gagne des « point de vie », de chômage rémunéré, de droits à la retraite en se conformant aux règles de ce jeu – et ceci depuis bien avant les chinois et leurs systèmes de contrôle social.

Si les « rentiers » du système veulent tant parler du salaire universel, c’est bien pour réconcilier leurs consciences au modèle dont ils bénéficient déjà, de manière différenciée. Un « vrai pauvre » pur jus se trouve systématiquement exclu, puisqu’il ne cherche qu’à travailler productivement pour justifier de sa présence sur terre, mais se trouve face à la concurrence de « bénévoles » - d’« entreprises personnelles » zombies, maintenues par la grâce de l’état.

Son travail ne pourrait être reconnu comme ayant une valeur qu’en liaison avec autrui, mais tout au contraire il se trouve face à des phalanges de pré-nourris (par l’état) qui donnent bénévolement de leur travail alors que lui, il doit « gagner » son pain quotidien, juste pour obtenir le droit à l’autonomie – le choix – de ses achats. Lui, il n’a droit qu’aux décisions des autres sur son sort, par les « instance sociales », contre des individus « libérés » par l’état qui peuvent eux-mêmes déterminer leurs achats.

Les plus démunis sont ceux qui refusent ce choix (contraint). Mieux dit, ils payent le prix de leur auto-exclusion appelée « sociale », en réalité économique.

Polarisons – que personne ne bouge !

Analogue ≠ digital (numérique – les « digits » sont les doigts utilisés pour compter, donc les nombres, en anglais)

dynamique (indépendant des flux quantiques) ≠ statique (sans flux)

La percée de la géométrie Euclidienne. Le point se détermine exclusivement par rapport aux alentours, il n’a lui-même ni rayon, ni centre, ni surface. Dans un état fixe, ces points (quanta) se rajoutent pour décrire des lignes digitalement « calculables ».

Dans l’art de nos ancêtres lointains, nous nous étonnons du geste rupestre – engendrant un trait fluide et constant. Cette pensée dynamique n’est pas une pensée des flux ni une pensée quanta (=quantitative) sinon une pensée de la transmission/réception d’information « gaînée » (myélinisée) en mouvement à peu près constant, en « équilibre dynamique ».

Ceci engendre un rapport constant « statique-dynamique » - qui donne à voir un trait sur un paroi de caverne peint par un observateur du mouvement lui-même en mouvement. Il suit les troupeaux, il tente d’exprimer l’essence de l’articulation de l’animal en mouvement, sujet d’étude et d’inspiration, source de vie.

Analogue – une vague, une onde capte tout, même ce que l’on n’a pas cherché à ni voulu retenir. Le digital capte des « quanta », des objets censés faire du sens pour nous. Il nous les prédigère et il les « boost » - les augmente pour être sûr de bien les faire détecter (rapport son : bruit). Il rejette les déchets sonores. Un raisonnement « statiste » (de « statique » - qui ne bouge pas) part du centre (non-existant, pointillé) et y revient en boucle fermée. L’analogue, par contre, trace sa ligne, est en dialogue constant, est dans l’entre-nous. Notre « réalité somatique », nos « moments d’attention » (fps : 26 clichés par seconde), notre interface à la fois « digitale » et analogue en extrait le sens, tout en faisant elle-même partie de l’espace-temps, sans centre.

L’information « gaînée », comme notre système nerveux gainé, contraste en termes d’efficacité spécifique avec le rayonnement en micro-ondes des satellites, d’ordinateurs et d’objets connectés par le wifi et le bluetooth qui eux « occupent » un espace 3-dimensionnel, en toute volume, pour nous atteindre – beaucoup de dispersion de dépense énergétique pour peu d’effet conséquent, des lignes de force converties en bruit constant. Les câbles fibre-optiques et Ethernet (NIC) seraient, dans cette vision des choses, les équivalents de nos cellules nerveux myélinisées, plus efficients, plus capables de donner des signaux clairs à moindre dépense ou perte énergetique.

Le ciblage, l’économie du geste, la fluidité du mouvement s’expriment dans la ligne de l’art rupestre, ne pouvant naître que d’une vie dynamique, où les points sont toujours des pointes et les lignes sont toujours des flèches (des vecteurs de transmission) et où, de manière « animiste », à chaque objet est attribué une destinée, un point d’arrivée ou un croisement de chemins.

Une pensée donc de géométrie dynamique, non-Euclidéenne (on conçoit cette dernière comme étant à la fois statique et abstraite), qui fonctionne dans l’espace-temps, sans chercher à s’en accaparer, ni par l’espace, ni par la volume, sinon par la seule tracée vectorielle – l’interaction.

Dans ce monde les gens bougent par groupe multigénérationnel (granulaire, mésotique), ne se sédentarisent que pendant un temps, leur sol est un substrat d’interaction.

Ce qui échappe à la l’analyse statistique

Le terroir et tous ses dérivés territoriaux ont leurs limites (qui seraient sinon détectés, dans un monde vectoriel, comme des lisières et des chemins). La monnaie locale basque (l’Eusko, première en Europe de par sa taille, 2021), comment s’échangerait-elle avec une autre monnaie locale (Béarnaise par exemple) aux limites de son territoire ? Il ne faut pas discriminer les franges, quand même.

Les millions de nouveaux paysans, nécessaires dans la pensée écologique, comment se déplacent-ils et interagissent-ils ? Comment se calent les saisonniers en mouvement avec la paysannerie sédentaire ? Ils ne peuvent pas être considérés des externalités non-prises en compte territorialement, puisqu’ils en font partie intégrante et nécessaire, même au passage.

Rien de tout cela n’apparaît dans une approche statique et localiste, non pas parce que l’analyste en est inconscient, mais parce que la structure sémantique (système ou cadre logique articulé par des signes) est inadapté à cette tâche. « Soyez en transit » (« évangile » de Thomas).

Or, la société à son intérieur peut se figurer en figue, où les « pétales » internes reproduisent la symétrie des inflorescences externes, leurs ensemenceurs captifs (des petites guêpes) volontaires. Il n’y a jamais de croisement de chemins dans un univers pareil – un univers contenu, coupé, captif.

vendredi 19 novembre 2021

Textes des rives

pont embruméJe me rends compte que ces derniers mois, je n’ai cessé, dans mes pérégrinations, de parcourir les cours d’eau, principalement l’Ariège, la Garonne, le Tarn et la Neste. J’écris ces lignes au moulin de Roques, une médiathèque très accommodante. Mais il y a plus – l’idée me naît que l’on pourrait autant dire « rivières-ponts » – des croisements, non pas de chemins, mais de deux entités – route (nous) et rivière (l’eau de nos vies). Chaque fois qu’il y a une rivière, il y a un flux. Des expressions telle que « ce qui compte est le cheminement, pas la destination » ou inversement « la fin justifie les moyens » n’ont plus de sens, c’est un flux constant, un film qui se déroule sans fin.

Il y a une semblance de contraste entre cet état d’affaires et celle d’une route qui n’est faite que pour nous acheminer de point à point, en théorie, dans sa pratique. Il m’a toujours paru ironique que l’une des fonctions majeures de la route, la mise en contact des gens qui se croisent, même endroit, même moment, est totalement bafouée par nos véhicules, capsules d’expédition de point A à point B – et on s’étonne de l’absence de gens sur la voie publique et de leur clanisme ! Question : c’est quoi, deux bolides qui se rencontrent ? Réponse : un accident de route. Les tous terrains passent outre, bien sûr, ils écrasent tout terrain sur leur passage. Dans l’espace proche de la Terre, l’embouteillage se fait par fragmentation.

J’espère que ce que je viens d’écrire à un sens pour vous, lectrices, lecteurs. Le chemin et le cours d’eau se croisent et se longent, dans une infinie de richesses paysagères, usagères, sans aucun effort sauf celui du moindre coût de la gravité.

C’est la chose liquide qui bouge qui nous atèle à la tâche de sa navigation, elle est là et elle bouge, comme nous. Comme un serpent, l’inondation nous induit le respect, acier liquide.

Semer le vent

En nous réintégrant au flux de l’eau, dans nos mouvements, n’est-ce pas que l’on s’attache à la vie ? La tuyauterie, l’eau invisible, qui craint d’être vue au plein jour, fait vœu d’une sorte de parcimonie accapareuse … devant une ubiquité patente. Je viens de regarder des photos satellite du désert, l’œil de l’Afrique en Mauritanie, par exemple. Le désert écorché qui s’étend au sud-est de ce tourbillon de terre paraît un clin d’œil dans le sens contraire, dans cette étendue nue depuis des millénaires. On protège ses sources, n’est-ce pas, sinon ils seront évaporées et aspirées par le néant, écho de l’éternité ?

Récolter la tempête

Les sacrifices victualières, l’offrande de l’ablution, existent depuis bien longtemps, elles indiquent une conscience imprécise de ce qui est défini de nos jours comme une boucle de rétroaction entre nature et nous. Donner et recevoir. Droit et devoir. Des réciprocités inaliénables. La liberté ne se confine pas à soi, elle se cherche dans l’entre-nous.

Mon journal de bord de route est en jachère, en cette lisière de rivière. J’ai perdu ma route, je me suis égaré pour mieux me retrouver, par la voie de moindre résistance.

mardi 15 juin 2021

féminisme et post-anarchisme

C’est l’une des « vaches sacrées ». « Place aux femmes ». On vient de le dire à la radio. Suite à un morceau sur la tentative de suicide d’un mari. Je ne sais pas si c’est encore vrai, mais depuis les années 1990 il y a beaucoup plus de suicides d’hommes en Europe que de femmes, beaucoup plus de suicides de femmes en Chine que d’hommes. Lorsqu’on parle de discrimination, tenons ces équilibres en tête, de manière non pas sexiste, mais humaniste. Parler constamment de féminicide, comme si la violence devrait rester entre hommes, c’est quand même très discriminatoire (*j’utilise le mot « discriminer » dans le sens populaire qu’il a pris d’« injustement discriminant » pendant tout cet écrit). Surtout si les hommes souffrent plus de violences et de menaces de violence que les femmes. Il y a besoin de discernement et de compassion. A cet égard, la compassion des femmes pour les hommes est « étonnante ». Si l’on croyait la rhétorique féministe pure et dure, on croirait qu’ils ne la méritaient pas et qu’en disant le contraire, on se mettait dans le camp de l’extrême droite. Du point de vue d’un homme, la compassion des hommes pour les femmes n’a rien d’étonnant. On peut même y détecter un certain intéressement. La compassion des femmes pour les femmes est donc également compréhensible. Si les hommes occupent souvent des postes « régaliennes » où ils encaissent, cela peut être parce que les femmes veulent bien les y mettre.

Finalement, tout cela est très très sexiste. Un sacré pot pourri de messages contradictoires. Mais reprenons. N’est-ce pas un peu normal que les hommes cherchent l’amour des femmes et que les femmes cherchent l’amour des hommes ? On ne peut pas vraiment en vouloir aux deux sexes de chercher la douceur et la bonne volonté dans l’autre. C’est la norme uniforme qui est en cause, où la fonction de la femme est d’être douce et attractive et la fonction de l’homme est d’être fort et dominant, le fait que ces rôles qui opèrent fréquemment dans la vie entre les sexes soient des applications rigides générales – des camisoles de conformisme.

Quand le sous-dominant domine ...

Mais dans ce cas, il faut quand même comprendre et accepter que la norme est appliquée – ou non – par les deux sexes. En démocratie représentative, nous choisissons nos maîtres – souvent en leur dictant ce qu’il doivent faire. Il paraît que le corps de votants femmes est plus conservateur, socialement, que celui des hommes – que le suffrage universel a plutôt favorisé le maintien des archétypes sociaux qui restreignent le rôle des femmes – et des hommes.

L’écologie … est féministe … ?

Ou prenons l’écologie. Le confort et la sécurité, la préférence aux familles, aux femmes et aux enfants, n’est-ce pas que ces facteurs priment très largement sur des sujets plus vastes et apparemment abstraits, dans un cadre sexiste ? On peut prendre comme exemple Angela Merkel, souvent caractérisée comme une sorte de grand-mère qui évite d’envenimer la situation. On dit qu’elle fait avancer l’agenda écologique ainsi. Il faut donc croire que le fait d’être encore une économie basée sur l’industrie automobile et les centrales à charbon est progressiste, écologiquement. J’y vois plutôt que la paix sociale, elle a son prix écologique, qui est, dans le fond, de ne rien changer dans les délais qui sont exigés par notre réalité physique encadrante. En toute logique, il faut briser ce consensus, d’urgence.

Cependant, j’ai du mal à en vouloir à Merkel et ses turcs. Serait-ce que c’est parce que je suis moi-même conditionné par « la préférence féminine » ? Barak Obama est moins à l’abri de la critique bien fondée, pour n’avoir pas fait assez qui était vraiment au niveau, alors qu’il avait beaucoup de marge. Par contre, Margaret Thatcher est vilipendée, elle qui n’a pas cherché à ménager ses mots et qui a joué un rôle qui nous est aussi familier, la femme de fer. Suivant la règle de toujours se situer par rapport à l’archétype.

Prenons un autre genre d’exemple, très contemporain. On vient de dire à la radio qu’il y a une exposition qui s’ouvre exclusivement réservée aux œuvres des femmes. En fait on est en général en train de revisiter toute notre histoire pour redécouvrir les femmes qui en ont été occultées. C’est même une industrie naissante, qui promet du boulot. Il y en a beaucoup plus qu’on ne croyait. Ce n’est pas de l’imaginaire. La normalisation de la société selon des typifications a été farouche, pendant longtemps. On a systématiquement éliminé des langues et des cultures et ce n’est pas terminé. Les femmes y ont joué leurs rôles – il y a une illogique profonde à ne pas les tenir responsables tout en condamnant la culture des hommes. A accuser les supposés dominants, également dominés dans leur vaste majorité. Pourquoi se désolidariser, quel sens a-t-il ?

Si l’on identifie les femmes – et en général les catégories historiquement dominées – avec la possibilité d’avancées politiques que les hommes ne sont plus en mesure de pourvoir, c’est un amalgame discriminatoire en soi et plutôt dangereux pour nous tous. Si l’on crée un front de divers groupes discriminés, souvent de manière contradictoire d’ailleurs, on ne fait pas mieux. Joe Biden nous a coupé la terre sous les pieds à cet égard, tant mieux. Mais la combinaison avec sa vice-présidente, noire et plutôt de droite, nous donne encore un exemple de l’alliance politique homme-femme qui marche si bien – pour des raisons sexistes, mais à laquelle les féministes dogmatiques paraissent volontairement aveugles, en public. John Stuart Mills peut manger son chapeau.

Le pouvoir se prend même lorsqu’on le donne (désocialisation)

« Derrière chaque homme de pouvoir il y a une femme méconnue ». Dans le cas de Margaret Thatcher – ou de la reine d’Angleterre, cela a été plutôt le cas inverse. Cela étaie mon thèse que l’aspect combinatoriel de la logique sociale – c’est-à-dire politique – humaine ne peut pas s’ignorer, en toute bonne foi. Cependant, c’est ce que font souvent les féministes. Par exemple, le prix de la liberté féminine individuelle est l’insécurité sociale de beaucoup de garçons de mères solitaires. C’est comme un grand point d’aveuglément dans la politique contre les féminicides. Quelle est la reconnaissance donnée à ces garçons, dans leur état de droit ou de non-droit, de dignité et d’indignité ? S’ils se trouvent « désocialisés » ou souvent stéréotypés comme des voyous ingérables, n’est-ce pas qu’en membres du foyer des « femmes discriminées » ils sont autant discriminées … ou pas, puisqu’ils doivent forcément vivre le niveau de discrimination du ménage dans lequel ils vivent ? Sont-ils féministes ?

Désexisation

Si l’état les prend en charge, prenant « la place du père », est-ce que cela les aidera à trouver un rôle social adéquat, au titre du monde privé et intime ? Le plus incongru, dans cette discrimination non-déclarée devenue massive, est que ces garçons sont plutôt formés aux normes exclusivement féminines, chez eux, tout en étant tenus pour les « petits hommes » auxquels rêvent leurs mères. Leur expérience de l’autorité peut se révéler presque exclusivement féminine – les métiers du « care » et de l’enseignement étant massivement occupées par les femmes. En quoi est-ce que cela les aide, à ces unités familiales, si on les nourrit de caricatures stigmatiques de l’homme oppresseur ? Cette schizophrénie sociale laisse imaginer que ceux qui prennent le sentier du renégat viriliste et ceux qui prennent le sentier de l’homosexualité ne sont que les deux faces de cette marginalisation identitaire sociale. Remplacer la primauté du pouvoir masculin par le pouvoir féminin, c’est ...

Pouvoir féminin remplace pouvoir masculin – l’erreur se répète

Je rajoute que si je n’ai pas traité le cas des filles de mère seule – ou en famille reconstituée – ou tout simplement en famille avec père absent, ou presque absent, c’est plutôt pour créer une image nette basée sur un exemple, sans y consacrer des pages et des pages. Disons que là où la dérive devient absolument frappante, c’est au niveau de la collectivité humaine. On peut critiquer le père absent, la femme au foyer, mais dans ce cas, constituer des pans entières de la société majoritairement monoparentaux, en remplaçant des concepts de primauté mâle par des concepts de dominance féminine, est également à déprécier – et pour à peu près les mêmes raisons. Bref, cela ne fait qu’enfoncer le clou. Il y a une incohérence foncière dans ces pensées dites féministes, mais peut-être surtout au sens qu’elles mettent en jeu les droits humains collectifs et solidaires – entre autres le droit à son identité, sa culture, etc ; … de l’enfant et de son entourage.

Politisons, en dernier recours

Essayons de voir la chose un peu objectivement, à distance. La femme forte est un archétype presque aussi répandue que la femme tendre et soumise – mais en réalité, les femmes ne sont pas très fortes et les hommes non plus. Ce sont les projections de force qui comptent, un peu comme les charges de gorille. Ce sont aussi les conventions sociales – les interdictions et tabous sur la violence réelle. Joe Biden n’est pas très fort. Gare à celui qui touche à un cheveu sur sa tête. Macron « le prend comme un homme » … sauf que non – tout est cinéma social – tout dépend de la réaction des autres – pluriels. Jouer au plus fort, c’est vraiment juvénile. Il n’y a vraiment aucune indice qu’un « chef » – militaire ou civil – est un meilleur chef parce qu’il est physiquement plus fort ou plus agressif. Macron a un grand désavantage à cet égard, en jouant les cartes de la jeunesse et la vitalité personnelle, il insulte ceux qui sont moins à niveau – il devient lui-même son propre « champion », erreur cardinale – il s’est coupé sa cordée.

Dans la même veine, ces critiques du féminisme devenu incohérent n’ôtent en rien la justice d’une critique de la société machiste. C’est juste que ce machisme n’a pas l’air de disparaître, pour autant, peut-être parce que la fabrique sociale a juste laissé un grand vide là où il y avait une certaine cohérence – une cohérence infecte, basée sur les symboles de force majeure, mais une cohérence quand même.

C’est personnel – soyons amicaux

C’est en tous cas mon ressenti. Ici j’injecte une note à propos de ma propre socialisation, c’est le monde à l’inverse de l’orthodoxie conventionnelle que je tente de décrire. La culture de ma famille est plutôt Quaker – pacifiste, bien que je n’ai jamais été ni l’un ni l’autre, fils aîné de mère seule, etc. En général, le milieu social de mes aînés a consisté en mères très largement dominantes – qui travaillaient – et de pères très assimilés aux rôles familiaux. Paradoxe numéro un. Je suis donc assez bien placé pour commenter ces anomalies sociales émergentes dont je suis à la fois le témoin et le produit.

Les Quakers représentent un cas très intéressant. Ils ont établi le droit, il y a trois siècles et demie, de ne pas se battre pour le roi. On voyait mal l’exécution en masse de gens voués au pacifisme. La situation était un peu délicate, on venait d’expérimenter une guerre civile et une régicide en Angleterre, dont les Quakers ont été, religieusement, des figures de proue. Ils étaient strictement égalitaires (homme-femme aussi) et il n’avaient pas de prêtres. Leurs services religieux étaient plutôt des séances de méditation, ouvertes à tous, silencieux pendant des heures sauf si dieu inspirait quelqu’un à parler, sans aucune signe religieuse. Étant strictement bibliques et tenus à leurs parole, à la pauvreté et à l’amitié entre tous (leur vrai nom est « La Société d’Amis », ils étaient de l’avis qu’il fallait juger les gens par leurs actes, pas sur parole, puisque personne ne pouvait savoir ce qui se passait vraiment dans la tête de l’autre et ils étaient donc les premiers laïcs systématiques de fait, entre autre.

Des Quakers

Il est important donc de souligner que là où beaucoup d‘entre nous disent que l’homme est un loup pour l’homme, que le pacifisme ne marche pas et qu’il faut toujours un chef, il existe, dans notre société occidentale, la preuve du contraire, depuis plusieurs siècles. Le secte continue d’exister, si ses valeurs d’origine existent bien moins – mais assez invisiblement puisqu’ils sont voués à la modestie, bien que Voltaire en a fait la lancée de sa carrière littéraire. Les français ont tendance à penser qu’on parle ici de l’histoire de l’Angleterre puritaine, ou dans une ignorance encore plus profonde, que les Quakers sont américains – ou céréaliers. Mais c’est probablement dans leur impact sur l’Âge des Lumières en France, la puissance dominante de l’époque, à travers les écrits de Voltaire, qu’ils ont eu l’impact historique le plus profond. Sans parler d’Henri IV et d’autres tendances sur le continent européen qui les ont précédés et fortement influencés. Il nous faut noter que le passage du bâton entre divers pays des idées progressistes était, il paraît, très efficace à cette époque-là, malgré les tentatives de censure. Est-ce qu’on est mieux doté aujourd’hui ?

Je parlais de mon ressenti. C’est surtout que je suis entouré de réactionnaires, de droite, de gauche, de partout, c’est très pernicieux. J’ai un livre de textes choisis sur l’anarchisme, qui ne parlent que de prêtres et du droit à la violence personnelle, c’est très étrange. Il y a, il semble, des oppresseurs partout, on n’a qu’à être violent à son tour. Le courage, c’est de se défendre. La lâcheté, c’est de ne pas se défendre. Ici je mentionne l’anecdote qui a lancé le fondateur des Quakers sur son chemin – dans un tribunal il a refusé de vouvoyer le juge et a été condamné à cent coups de fouet. Les ayant reçus, face au prisonniers rassemblés, il en a demandé cent de plus – puisqu’il n’allait pas pour autant vouvoyer le juge. Je ne le sais que par Voltaire, pas de culte des personnalités dans les Quakers.

Du courage des lâches

Je suis même un peu critique de ce « courage », bien qu’il sert à séparer la violence des brutes du courage « noble ». Pour moi, le vrai courage, c’est celui des lâches, dont je suis. D’ailleurs, dans tout conflit sérieusement brutal, on n’entend que ce qu’a dit Fox (fondateur des Quakers, sans aucune ascendance noble). Aux actualités, un reporteur mis en prison en Algérie pendant plusieurs mois accepte d’être remis en prison, si c’est cela le prix de la liberté. Thoreau, l’un des fondateurs du concept de la désobéissance civile, a dit (et fait) le même. Je pense que dans le fond, le fait de « faire », dans le sens souvent de subir des épreuves épouvantables, est la preuve de la vérité de ce que l’on prétend, pour l’audience politique. N’étant pas ou peu exalté, comme Fox a la réputation de l’avoir été, je ne trouve que du dégoût pour le martyr et l’ordalie – qui s’imposent néanmoins sur nous, si nous voulons bouger le monde et retrouver de l’amour pour nos prochains.

Naissance de la dominance de la société anarchiste

Le premier écrit du livre anarchiste que je lis rapporte les dires de Diogène, dit « le chien » - une appellation qu’il a lui-même choisi. Alexandre le Grand lui a demandé un jour de lui dire ce qu’il voulait, il le lui donnerait. Le chien a répondu « ôtes-toi de mon soleil ». Le fils de Philippe a bien calculé son offre, il paraît. Il y a des fortes similitudes entre cet anecdote et celui, raconté par Voltaire, sur George Fox. Notons que Diogène n’était pas chrétien, il existait trois siècles avant la venue du supposé messie.

L’autre écrit dans le livre qui m’a touché est celui de Jean-Paul Marat, connu pour (la peinture de) son atroce mort dans sa baignoire aux mains de Charlotte Corday, pendant la Terreur de la Révolution Française. On peut dire, de l’écrit, qu’il laisse entrevoir pourquoi on a pu être motivé à le tuer – au nom de la révolution (!). Il s’attaque à peu près frontalement à tous les concepts que je viens d’énumérer. Il est décidément anti-chrétien – j’aime bien sa mise en cause caustique. Je cite la préface à l’écrit :

« Toutes les religions prêtent la main au despotisme » et le christianisme est présenté comme celle qui s’y emploie avec le plus d’efficacité et de zèle .

Ce n’est pas le cas par rapport aux Quakers, il me semble. Étant scrupuleusement religieux – chrétiens – et anti-hiérarchiques dans leurs pratiques, ils ont créé le plateforme – à travers le écrits de Voltaire en premier, pour la révolution dont Marat était l’un des luminaires.

Étant athée et plutôt de culture scientifique moi-même, cette preuve du contraire me suffit pour invalider la thèse de Marat, mais néanmoins de reconnaître l’intensité de l’enjeu à son époque – et depuis, en France. Conjoncturellement, Marat peut avoir eu raison, pour une fois je ne juge pas (mais pas plus). Globalement, il ne l’a pas. D’ailleurs, il ne me paraît pas efficace d’éliminer les modérés (sens : « gentils ») en polarisant les conflits et en leur donnant l’étiquette de « radicaux ». L’histoire saccadée de la France au dix-neuvième siècle est à l’image de la révolution, dans ce sens – un énorme coup de barre à gauche suivi d’un énorme coup de barre à droite, de manière répétée, un pays qui ressemble parfois à un énorme champs de bataille – et ceci depuis le Moyen Age, à vrai dire.

Histoires imbriquées

Tenons en compte que le même ordre de critique peut être fait contre Oliver Cromwell dans la révolution anglaise, dans sa brutalité « inécessaire » contre les irlandais catholiques, lui étant plutôt très humaniste dans la plupart de ses décisions et réflexions, que contre les opérateurs de la génocide dans la Vendée pendant l’époque révolutionnaire française un siècle et demie après. Le lien n’est pas aléatoire – beaucoup de combattants irlandais catholiques ont afflué du côté des Vendéens – allez voir pourquoi.

Appareillement de la violence

Une autre contre-partie au point de vue strictement pacifique (pacifiste donc) est donné par Edgar Morin, qui a reconnu deux grandes erreurs dans sa vie, celle d’avoir été pacifiste face aux Nazis dans les années trente, celle d’avoir été communiste pendant une période après la deuxième guerre mondiale. Or, les Quakers étaient très influents, du côté de l’apaisement pacifiste entre les deux guerres. Mon grand-père est même allé en Allemagne, sur une mission de paix, selon mon histoire familiale. On peut dire après-coup que les Quakers et leur extrême renonciation de la violence ne pouvaient exister que dans un cadre de maintien actif de la paix de la part d’autrui – ces derniers n’étant pas pour autant des « violents ». Il y a analogie ici entre le rôle habituel des femmes et celui des hommes, dans une politique de sexes stéréotypée. Les femmes peuvent sanctionner, ou refuser, la violence entre les hommes. La différence entre un ministère de la défense et un ministère de la guerre n’est finalement qu’une différence d’apparence. C’est un peu la thèse entretenue par Marat – c’est en tous cas ce qui a paru justifier la Terreur. Si l’on accepte cette thèse, on peut cependant avancer d’autres raisons pour invalider la méthode « terrorisme d’état » - principalement en disant qu’en brutalisant la population, en s’habituant soi-même à utiliser la violence, sans tabou, on favorise la violence comme méthode et on empêche le bon fonctionnement d’une société civile et digne.

Qui est à l’origine de tout ce bordel ?

Chemin faisant, il y a besoin de faire abstraction des buts conjoncturels et intéressés d’une politique, pour les remplacer par l’intérêt général et l’état sociopsychologique général d’une société. On devient très vite ingénieur social, avec des calculs expédients qui ne sont pas satisfaisants, même en termes des résultats. Prenons les Cathares, qui marchaient au bûcher, apparemment sans peur, pour être engouffrés dans les flammes. Ce sont d’autres représentants de cet élan, qu’on croit moderne, ou chrétien, d’extrême pacifisme – ils étaient contre la peine de mort, par exemple. On peut dire que cela n’a pas marché. Quelques siècles après, il n’existe guère de livres cathares, guère de langue occitane, et une civilisation à la fois plus riche et plus éduquée que celle de ses conquérants a été à peu près totalement remplacée par des rugbymen qui vivent dans des bastides et votent à l’extrême droite (je demande pardon, je suis lâche). Il faut néanmoins observer que ces faits ont eu lieu dans un cadre civilisationnel beaucoup plus large où, par exemple, les chrétiens ont oblitéré les musulmans – civilisés – sur la péninsule ibérique, où les principes de l’absolutisme centraliste (de grands états despotiques) étaient déjà en train de reprendre racine.

Un autre exemple plus nuancé de notre incohérence sociétale par rapport à la violence vient à l’esprit. Un officier dans la guerre d’Algérie dit n’avoir aucun remords (interviewé à la média en 2001, il me semble) de lui-même avoir exécuté sommairement et illégalement 25 « terroristes » algériens. Dans la deuxième guerre mondiale il était dans la Résistance, où on avait l’habitude d’abattre des collaborateurs sommairement, de la même manière. On mentionne en passant qu’Edgar Morin a été dans la Résistance et qu’il ne l’a pas compté entre ses erreurs.

L’idée réunificatrice de tous ces exemples est un peu « c’était la guerre » ... que dans des circonstances extrêmes, il faut des comportements extrêmes et que même s’il ne le faut pas, cela arrive et il faut y faire face. Mais dans ce cas, on peut faire une boucle logique complète et dire que les vrais héros sont ceux qui refusent de se battre ou qui s’opposent aux atrocités – ils y font face sans aucun doute – c’est les modérés qu’on tue en premier dans une guerre sans quartier . Depuis bien longtemps, ces débats existent, les trancher relève du type de civilisation que nous voulons, qui nous convient et qui peut durer plus que des faits ponctuels. Étant donné le peu de temps que l’humain moderne existe, il est tout-à-fait possible que de nouveaux modèles bien plus viables que le présent peuvent se créer, pour contrer l’inévitabilisme extrémiste de notre époque.

Régressons toujours plus

J’aime bien faire de très longues digressions, c’en était une. Le titre de ce que j’écris, pour me rappeler à l’ordre, est « le féminisme et la post-anarchie ». Je crois que j’en ai parlé, dans ma digression, de manière très pertinente ! N’étant pas anarchiste, mais étant souvent accusé de l’être, je suis cependant plutôt dégoûté (oui ce mot redevenu populaire) du livre « La Bible des Anars » - je n’y vois pas du tout, par la sélection des textes, une bonne représentation de l’anarchie politique. Faire « à sa tête », être libertaire, violent, anti-social, c’est la caricature de l’anarchie, utilisée pour la condamner. L’anarchie est l’absence d’autorité hiérarchique, pas l’opposition (la réaction) à l’autorité hiérarchique. On peut dire que le monde naturel n’a jamais eu de roi, il s’est « auto-organisé ». Il ne manque donc pas d’exemple concret de la réussite de l’anarchie – nous sommes là grâce à l’anarchie – en tant que système. La Bible des Anars est vraiment inflammatoire – elle choisit de citer sur la couverture, de Kropotkine, l’un des plus forts avocats de l’écologie anarchique, connu pour son humanisme « les libertés ne se donnent pas, elles se prennent », quelle ânerie, hors contexte.

Mais même l’écrit choisi d’Etienne de La Boétie me désillusionne, il fait équivaloir le fait d’être vigoureux dans sa propre défense avec le fait de ne pas être un couard – c’est une lecture qui reprend « De la Servitude Volontaire » de manière qui m’est très négative. J’aime bien servir aux gens, anticiper leur plaisir. J’aime bien faire partie de la société et ne pas être aliéné de mes pairs, même si ce n’est pas gagné. Si le but de l’opération est d’améliorer ou au moins de rendre plus consistent le monde dans lequel on vit (que ce soit en s’y adaptant ou en le changeant), il ne faut pas en faire un monde social dans lequel on tolère n’importe quoi pour les autres en ne pensant qu’à soi.

Je lis La Boétie à tort et de travers de nouveau, puisqu’il dit à la fin : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres », mais il le dit par rapport au tyran, sur lequel il s’est fixé – c’est compréhensible, il n’a que dix-huit ans au moment de l’écriture. C’est juste que parfois un « symbole d’autorité » ne veut même pas d’obéissance et les gens vont quand même se rechigner contre sa « dominance » - ce qui veut dire peut-être qu’ils aimeraient bien le pouvoir pour eux-mêmes, fin de compte. Le mot « servir » a au moins deux sens. L’expression « servitude volontaire » a au moins deux sens.

Autant vaut pour l’anarchie – qui, il paraît, ne l’est jamais. Le vrai sens de l’anarchie en France, c’est l’insoumission aux despotes … et plus loin, à toute autorité, ce dernier étant un non-sens. D’abord parce que cela devrait s’appeler l’anti-autoritarisme. Ensuite parce que le sens stricte du mot autorité ne veut pas dire « autorité arbitraire » – il peut simplement vouloir dire « convaincant » ou « qui induit l’écoute et le respect, sans même le chercher ».

Les Quakers paraissent faire à peu près toutes les choses requises par cette philosophie anarchiste, tout en étant strictement fraternels, religieux, anti-despotiques, égalitaires … et bons gestionnaires. Ils savent que l’homme et la femme sont libres. Ils ne passent pas leur temps à tester les confins d’une prison non-existante pour s’en échapper, bien que …

C’est tenu

Analogiquement on peut critiquer les cathares pour leur dédain supposé de ce monde, en faveur du monde de l’au-delà (chair versus esprit), mais une autre interprétation serait que militer pour le bien dans ce monde donne la liberté … (de conscience, d’esprit) et qu’on se fie à une propagande de leurs ennemis en croyant qu’ils croyaient cela, de la manière qu’un philosophe imbu de catholicisme l’interpréterait. Dans les faits, les cathares se sont combattus, dans les faits, leurs parfaits et leurs « bras armés » étaient solidaires, frères et sœurs, jusqu’à la fin – et au-delà, un petit oiselet vient de me le dire. Si la France d’aujourd’hui n’était pas juste du côté des vainqueurs, elle reconnaîtrait que les francs, c’étaient ce qu’on appelle les allemands aujourd’hui, que sa civilisation, comme celle des anglais, est une société mixte – fusion, où la meilleur partie a appris à rester sous les radars sauf en temps de grave nécessité comme dans les mythes d’Arthur que nos deux pays partagent – à travers les mythes celto-britanniques et non pas gaulo-germaniques.

Dernière tentative

Pour la partie féministe de cet écrit, j’essaie de démontrer que ce n’est pas en jouant les stéréotypes et en discriminant les hommes – de manière active ou passive – qu’on promeut la cause des femmes, ni des hommes, ni surtout de leurs enfants. Si les femmes peuvent être très violentes, comme les hommes (exemple : les bataillons de femmes combattantes russes dans la deuxième guerre mondiale) de manière directe, c’est tout le monde qui peut l’être indirectement – mais vraiment tous. Vivre en démocratie libre en maudisant ses gérants – sans agir autrement, est un bon exemple – oui, le féminisme version présente fait exactement cela. Je raconte l’exemple d’une partie de mon expérience personnelle avec les conséquences de ce mouvement pour démontrer qu’il peut servir à créer de la violence structurelle, parce qu’il est dans le fond devenu injuste et intolérant à l’instar des systèmes qu’il critique. Et on est dans le pays de « Aux armes, citoyens ! » ou chaque action indigne provoque une réaction indigne, d’habitude adressée contre les plus faibles et démunis – Marat, réfléchis-y, outre-tombe.

parlons du cirque du coup

La vaste distraction politique que représente cette concentration sur le féminisme et les autres discriminations groupales, sous la rubrique, toujours, de la violence, n’est pas cathartique, mais inflammatoire. Dans une vraie guerre, la réaction spontanée des gens est la solidarité de la population concernée, pas la discrimination systémique. Première ligne, deuxième ligne, troisième ligne … et les dernières en ligne ? C’est normalement le « sale boulot » de l’ennemi de briser notre solidarité. Autant pour la Covid que pour la crise écologique, notre solidarité est plus que fragile et ce disant, il me vient à l’esprit que nous nous voyons plus en ennemis qu’en amis. Que l’histoire se répète … le « boom » de la consommation recherché à la sortie de notre confinement confirme de nouveau l’exclusion des plus pauvres, encore une gifle, peut-être la gifle de trop.

Avec cette lecture des faits, on peut mieux cerner les origines de ces comportements politiques apparemment irrationnelles. Autant pour la Covid que pour l’écologie, ce sont principalement les riches qui portent la responsabilité. Leur peur d’être tenus pour coupables est contagieuse. En plus, ils sont dans un piège : même s’ils éliminaient les pauvres, cela ne solutionnerait pas le problème structurel que représente leur excès de richesse – il n’y a pas de vrai bouc émissaire sur place. Ils délestent le vaisseau – il y a abondance de richesse – en essayant de distribuer la largesse là où cela peut pacifier le forces les plus vives et dangereuses, ils s’inventent des liens d’affect avec les groupes discriminés qu’ils désignent, dans le vain espoir de se forger des alliances et en ce faisant, leur trouille devient de plus en plus manifeste. Accuser les étrangers de tous les maux est aussi une manière magnifique de ne punir personne qui compte – mais la guerre externe inventée est encore plus satisfaisante à cet égard.

C’est jouer avec le feu lorsque votre souffre douleur est encore plus inadéquat et prêt à l’hyperbole que vous. En tous cas, il n’y a pas d’étranger, il est chez nous et partout.

Les outils de dominance – le contrôle social, l’avantage matériel, deviennent des vrais dards envenimés – si tu ne peux pas acheter les gens qui savent compter, qu’est-ce qui te reste ? Dans ce sens, on se prépare déjà pour un vrai changement de régime, pour cela que le « nudge » de première ligne, deuxième ligne, etc., mène, lexicographiquement, à la fin de la lignée des marketeurs mensongers.

D’ailleurs

L’élection présidentielle au Pérou, un pays que je connais bien qui attire rarement l’attention ici, est devenu un focus de l’attention en France parce que justement elle se fait entre l’extrême gauche (entre guillemets) et l’extrême droite (sans guillemets – une sosie de Marie Sous-lieutenante le Pen, ou l’inverse, peu importe). Il paraît que la Gauche va gagner. Est-ce qu’on est content ? Normalement, Macron met la barre à l’extrême droite à peu près un an avant l’élection (mais il échoue, on rejette sa législation, quelle honte) pour gagner le centre avec des mesures conciliatrices ou proposées « à gauche » un peu plus tard. Cela part en vrille. Les nudges, c’est un désastre, ils veulent dire « il n’est pas honnête et il nous prend pour des cons », alors qu’il nous prend honnêtement pour des cons.

Et on a éliminé la gauche – le pays dépend cent pour cent sur la stratégie de s’enrichir sur le dos du monde. Il n’y a pas de plan B. Les pauvres ici votent pour les riches – ils ne sont pas cons, il n’y a pas d’autre remède. Même Biden ne sait pas mieux faire que de réunir les pays riches et de secouer les milliardaires pour que des bit coins leur tombent des poches. Les milliardaires comprennent que c’est la fin de la ligne pour eux sinon – ils ne sont pas cons non plus – et de l’argent, ce n’est pas ça qu’il leur manque.

On peut supposer que les pays pauvres n’y voient même pas leur intérêt – avec raison, puisque leur seule vraie fonction est de se faire dépouiller du peu de richesse naturelle qui leur reste. Pendant le Covid, les pays riches ont oublié d’être solidaires même avec les oligarchies de ces pays, en leur refusant l’expatriement en cas de grosse merde. Ces oligarchies se trouvent le dos contre le mur, face à des populations locales de plus en plus ingérables, parce que chaque fois plus désespérées, sans prospectus d’avenir. Chouette pour eux deux.

Et tout cela a l’air de venir de nulle part, comme si on ne s‘y attendait pas – alors qu’on s’y attendait bien. Voilà l’impasse dans laquelle se trouve l’élite française et mondiale, tôt ou tard. Il est temps de chercher l’homme – ou plutôt la femme providentielle. C’est logiquement la cheffe d’Oxfam France – Cécile DuFlot – qui n’a pas du tout l’air d’en avoir envie. Emmanuel Macron, malgré sa jeunesse, est virus-contaminé – il n’est pas, même plus du tout providentiel – pas présidentiable donc. Et pourtant, il en avait tous les attributs, et il n’a pas fait beaucoup de faux pas. C’est sa politique qui est fêlée, mais lui, il est en parfaite condition. Autant lui que Cécile DuFlot, il me paraît, sont très culturellement anglo-assimilés. Un atout politique ? En termes de compétences, sans doute, en termes de rapport électoral, l’inverse.

De l’air frais recyclé

Un gouvernement d’unité nationale ? Une vraie démocratie parlementaire ? Cela m’étonnerait – mais un gouvernement du Front National qui crée la solidarité nationale m’étonnerait encore plus. Allons pour la deuxième option. Son joug pourrait libérer la parole – surtout contre lui, … engendrer de la créativité – surtout pour défaire ce qu’il tente de faire et s’opposer viscéralement à sa politique. Ce serait une décontraction des inhibitions nationales – plutôt nationalistes – qui militent contre le « bon sens » des français. Cathartique … quoi. Le FN (R), en incarnant la république pour du vrai, permettrait aux français de trouver un vrai bouc émissaire charnu enfin, et de rejeter la république qui n’en est plus une, pour en inventer une autre.

L’idée n’est pas si folle, puisque si la cohésion sociale et l’humanisme sont au nadir, alors qu’on prétend l’inverse, si la société est déjà extrême-droitisée, en se prétendant altruiste, si elle est anti-écologiste, tout en se faisant un bon greenwash chaque matin avec de l’Aloe Vera importé, il est vraiment le moment de mettre ses cartes sur la table pour voir ce qu’elles valent. Une désobéissance civile généralisée, plus ouverte, plus légitime, une franche hostilité au gouvernement de la part de la société civile « respectable », lettrée, compétente, sied mieux lorsqu’on a un gouvernement clairement fasciste et incompétente que lorsqu’on a un gouvernement hypocrite, mesmérisé par ses propres doctrines, presque normal. Et puis il manque de l’humour. Ce sont à peu près ces arguments qui ont du entrer en jeu aux États Unis lors de l’élection de Trump – et qui lui ont donné un successeur source d’optimisme potentiel – un « nice guy ». Les années d’opposition et d’obligation, de la part des états individuels, de tirer leur épingle du jeu tous seuls, sous Trump, leur ont donné une vraie énergie politique directionnelle lors de la défaite de ce dernier – et on s’est beaucoup amusé.

On espérerait en dire autant pour la France. Malheureusement – et malgré l’abolition de l’ENA par Macron, la France n’est aucunement fédérale. Pour être plus précis encore, elle est anti-fédérale (c’est une blague, les États Unis aussi, elle est contre l’état fédéral=centralisant, dans son cas). Ici, de nouveau, le Front National (pardon, le front Azur-Craie) donne de l’espoir là où les autres partis n’en donnent aucun. Comme la référence l’indique, ce parti est surtout présent dans les extrémités régionales de la France, dans le Sud et le Sud-Ouest principalement, dans le Nord, en petite Bretagne.

Paradoxalement et avec un certain humour ironique, on peut dire que le Front National est plutôt régionaliste, ultramontaniste et hostile au centre. Il est peu probable qu’il peut en faire de la France un rassemblement national. Il aimerait bien casser le centre et en expulser ses occupants, étant donné qu’il ne sont même pas des français de souche. Cela promet le fatras. Cela permet d’espérer que les gens, au niveau local, prennent leurs responsabilités publiques au sérieux, plutôt que d’attendre la manne du centre de l’état providence – qui se sera expatrié avec le pognon dés qu’il peut mettre la main dessus. Ce qu’on appelle « les territoires » (la province) ou encore plus créatif « les régions » pourraient laisser le centre vide au Front, si le Front les laisse les provinces – le Front, bien entendu, ne cherchant pas plus qu’à se déposséder de toute compétence administrative possible, étant donné leur incompétence collective dans ce domaine. Ils y auraient un fort intérêt politique, leur politique de laisser faire pourrait leur faire ré-élire. S’ils faisaient vraiment ce qu’ils sont connus pour vouloir faire, hypothétiquement, ils risqueraient, comme Trump, de n’avoir qu’un mandat – ils ont intérêt à faire à peu près l’inverse de ce qu’ils disent, se comportant en républicains modèles, tout au moins jusqu’à ce qu’ils réussissent à passer la législation et établir la main-mise nécessaire, ce qui faudrait plus qu’un mandat – comme c’était le cas pour l’un de leurs mentors, déifié par la gauche littéraire récemment.

Dans une démocratie bipolaire, c’est à peu près normal qu’un gouvernement de droite fasse passer des politiques de gauche et qu’un gouvernement de gauche fasse passer des politiques de droite. L’anomalie se fait sentir lorsqu’un gouvernement d’énarques sans partie prise trouve bien d’abolir l’institution qui lui a donné vie (En Marche – l’ENA ). EN mArche cherche sa bipolarité, sa pathologie est unipolaire et c’est peut-être pour cela qu’il rate le pouvoir. Pour le Front National, étant clairement extrêmement polarisé dans un sens bien orienté, ce problème ne se présente pas, mais il existe une obstacle majeure. L’infrastructure napoléonienne de préfets, etc., etc. pourrait très bien trouver moyen d’administrer la France même dans l’absence de gouvernement compétent. Le Front National adore le pouvoir régalien. Le pays se trouverait à ce moment-là entre le marteau et l’enclume, une position non-enviable. Les grands métropoles, surtout Paris et Bordeaux, se trouveraient dans leurs position habituelle de casseurs principaux du pouvoir titulaire central – du Front National. Le centre réassumerait le pouvoir de fait comme si rien n’était et rien ne changerait.

Cette analyse se fait avec la meilleure volonté du monde, dans l’absence de tout espoir d’une politique écologique venant des institutions et des individus présents sur le terrain dans des positions de pouvoir décisionnaire actuelles ou potentielles. Leurs opposants sont encore plus à craindre, pour leur capacité de ne rien offrir comme vision d’avenir plausible. S’il faut passer outre, cela n’a rien à voir avec le radicalisme, mais parce que toute autre option est bloquée. La politique se joue comme un jeu d’échecs – ou de daims – on déclare forfait lorsque la fin devient inévitable – ou par simple ennui parce qu’il n’y a aucun prospect de succès, malgré une répétition jusqu’à l’infini des mêmes mouvements.

Hallucinons positivement

J’aimerais bien entendre Cécile DuFlot dire qu’elle va réduire le salaire des professeurs et des infirmières pour donner le surplus aux services de santé et d’éducation des pays du tiers monde, ou bien qu’elle abolit le droit à une voiture aux particuliers en campagne si ledit véhicule n’a pas été produit après 2035, ou qu’au lieu du maraîchage, elle offrirait des jardins à des jardiniers, récupérés aux agriculteurs qui passent à la retraite (s’ils y arrivent), en abolissant tout usage de machines agricoles, en particulier les débroussailleuses, les tronçonneuses et les tracteurs – et le lion couchait avec l’agneau. Juste pour étendre l’idée de ce que c’est, d’être radical en politique, d’étirer un peu l’enveloppe du politiquement possible. Je suis sûr que c’est possible. Sans voiture et avec de quoi manger, même un gilet jaune peut très bien vivre en campagne sans se sentir expatrié. Et s’il ne veut pas, il y a plein de Franciliens qui tenteraient leurs chances. Dés que le désert rural cesse de l’être, parce qu’il s’y trouve des gens qui en tirent leurs vies, en rehaussant la santé de la biosphère par des travaux attentifs dans le détail – ce qui ne peut pas se faire avec les machines – leur présence assure les services qui manquent et la fiction d’une campagne « protégée » par l’absence d’humains est à jamais détruite.

Notre avenir nous attend, impatiemment.

samedi 22 mai 2021

La vérité

Je n’y crois pas trop à la vérité.

Pour que la contre-vérité existe, il faut une vérité de référence. Le problème commence là.

Les rêves, c’est notre manière d’arranger les choses – de les rendre cohérentes. Ont-ils une trame, un cadre ? Est-ce cohérent ?

Dans un rêve, ce que les « créatifs » appellent un imaginaire, même une fiction, on suspend la non-croyance, on accepte le cadre logique, on rentre dans l’histoire, comme Alice au pays de merveilles. La plausibilité ou vérisimilitude de l’histoire est une fonction de l’intégration histoire-cadre d’histoire, aussi bien que de nos aspirations – et nos déceptions.

Dans les rêves on intègre les événements du jour – on leur attribue un sens, ou plusieurs – un peu comme « essayer des vêtements », on les revêt, les rêves. On peut imaginer que le « vrai » est comme un revêtement qui « va comme un gant » à une expérience, qui permet son assimilation.

Et donc on est bien loin du vrai, pour dire vrai. Le besoin de référence extérieure, par exemple une photo, un témoignage, témoignent de cette incertitude ressentie du vrai. On a besoin du vrai … mais à chacun sa vérité – les critères varient dramatiquement. Une copine, spécialiste du sujet, à l’époque grecque classique, m’a dit que le vrai, c’est ce que dit l’oracle de Delphes – à nous de chercher le comment, si cela paraît contrefactuel.

Vérité émotionnelle

Avec la vérité émotionnelle, le tissu de nos vies se densifie, mais confirme l’hypothèse – la vérité n’est pas ce qu’elle paraît être. Comme je l’ai dit ailleurs, l’amour, son intensité, en font un bon candidat à la vérité absolue – on y croit, profondément et on est d’autant plus déçu par la trahison de cet édifice sur lequel se construit, pour beaucoup d’entre nous, la vie. Certains opposent, pour autant, la vérité des émotions – subjective, à la vérité des objets. Mais qu’est-ce qui se passe si l’émergence de la vérité dite objective dépend de la vérité subjective ? Réponse : la tendance. On essaie de prédire l’issu objectif par une étude logique, ou encore mieux une étude chiffrée. La preuve ! La preuve s’exprime en termes de probabilité, comme si ce probable serait plus vrai que l’improbable.

Le problème avec cette manière d'aborder la question est déjà que l’histoire et l’évolution sont faites d’exceptions, une mutation est toujours non-anticipée dans sa spécificité et c’est parce qu’on n’a pas anticipé un événement qu’il nous prend au dépourvu et peut transformer nos vies de manière inattendue. C’est pour cela que les tendances sont des mauvaises conseillères, et que plus on choisit de calculer ses actes de manière raisonnable, selon les tendances, plus le non-anticipé risque de prendre l’ascendant, si ce n’est que parce que nous n’avons plus de plan pour le canaliser. Les cauchemars indiquent la vérité de cette supposition, nos cerveaux, non-contents de la route lisse et prévisible, nous mettent des bâtons dans les roues, nous rappellent … au désordre.

Les rêves et les cauchemars éveillés donnent une autre indice de cette … vérité … Être dans le pouvoir d’un autre, impuissant devant une situation qui se déroule malgré sa meilleure volonté, ce sont des exemples de l’imbrication de sa propre vie dans la vie d’autrui. La « dominance » de la situation, c’est l’une des portes de sortie de ce problème. N’est-ce pas que la meilleure manière de prédire l’avenir est de tenter de la créer ?

Si j’ai préfacé toutes ces vérités alambiquées par le constat que « Je n’y crois pas trop à la vérité », j’avoue que c’était ma contre-vérité. J’y crois. L’oracle de Delphes ne compte pour rien dans mon monde, j’y crois à l’amour et à la vérité raisonnée, observable. Ce sont les moyens d’y arriver qui sont incertains et il faut rajouter que du fait que les cadres varient, selon nos points de référence, plusieurs vérités peuvent coexister, de manière tangible, si elles ne se contredisent pas. La vérité existe donc, cette existence est à ne pas confondre avec nos moyens de l’appréhender.

Par voie d’exemple, prenons l’éruption non-anticipée d‘un volcan près d’une grande ville, imaginons une flue pyroclastique qui se déclenche. Nous pouvons supposer que plusieurs vérités amoureuses sont détruites, d’un instant à l’autre. Pour compléter le tableau, imaginons un effet sismique d’intelligence collective qui, ayant accumulée un certain poids critique, nous fait basculer d’un monde industriel, fait de tendances et d’inévitabilisme, à un monde totalement transformé en amour, en êtres vivants qui vibrent d’espoir renouvelé. Ici je ne parle pas d’optimisme ni de pessimisme, sinon du développement d’une conviction bien fondée, qui a un certain moment critique déborde.

Ce genre d’enjeu est omniprésent actuellement. La conjecture de l’espoir est en ce moment déprécié, coincé entre deux anticipations (rêves d’avenir, vérités possibles), d’un côté le besoin de la part des humanistes de nous faire peur de ce qui adviendra si nous continuons comme ça, de l’autre, le besoin de tuer l’espoir dans l’œuf pour ne pas obnubiler les espoirs rêvés de ceux qui sont attrapés dans les rêves d‘avenir du passé. Comme un amant qui refuse d’accepter qu’on l’a quitté, qui tuera son amour plutôt que reconnaître qu’il n’a plus lieu d’être.

La vérité est donc une histoire subjective, pour nous, elle est en interface avec la réalité, pour cela que les deux mots distincts existent. La fiction, de manière assez ironique finalement, est toujours moins « inventive », moins « créative » que la réalité, même si elle peut servir à créer le réel.

L’idée que les humains et par extension la vie en général dépassent l’intelligence artificielle et les machines – qu’ils ne peuvent jamais s’assimiler au pur mécanique, est plutôt mis en doute par cette dernière observation, si notre créativité, notre inventivité ne peuvent jamais surpasser l’incongruité – la non-anticipation - du réel. De se réfugier, comme il est actuellement conventionnel de le faire, dans une sorte de « biopic » du réel, fait de tendances – on pense au Big Bang et à l’expansion de l’univers – n’est pas plus une vérité surplombante qu’une autre.

La vérité scientifique n’affirme pas cette vérité-là, non plus, elle présuppose que la dernière vérité n’obtiendra que jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une autre, consonante avec les faits observés. Par voie d’exemple, la théorie du Big Bang n’est aucunement une vérité universelle, il lui manque l’avant, l’après, et la raison d’être de l’ensemble. Ce sont des lacunes majeures. Même cette vérité « universelle » ne donne qu’une partie de la vérité de l’ensemble, et ceci par commun accord. Elle ne donne pas carte blanche à toute croyance, surtout aux croyances aveuglantes, elle ne donne qu'une indice, peut-être trompeuse, du chemin à parcourir encore.

De dire que des êtres conçus par nous ne peuvent pas développer, de manière émergente, des réalités qui dépassent leurs créateurs, est comme dire que nos enfants, engendrés par nous, de nous, n’ont pas leur existence et leur expérience propre. Toutes deux, elles nous échappent, en tous cas. La vérité est « hors de nous », hors notre contrôle réelle, d’autant moins « vraie » que nous cherchons à l’imposer. Ceci malgré le constat que la meilleure manière de prédire l’avenir et de tenter de l’exécuter – ceci est finalement peu de chose. Quel est la valeur de ces concepts ? Sont-elles « vraies » ?

Jusqu’à preuve du contraire, elles sont plus « vraies » que les vérités personnelles de tout un chacun, parce que, justement, elles admettent la preuve – la boucle de rétro-action avec le réel – ce que ne permet pas l’oracle de Delphes. Et la preuve du réel, c’est une rude épreuve – pour ceux qui se limitent à leurs réalités quotidiennes, et considèrent que tout ce qui les dépasse n’est que de la philosophie sans utilité.

Objectivement, le subjectif est d’importance critique, pour nous tous. Les rêves ont leur fonction – et comment ! Que cette fonctionnalité a ses limites ne l’élimine pas. Que les machines pourraient un jour avoir leur propre subjectivité n’amoindrit pas, en principe, la nôtre – surtout pas en ce qui nous concerne, collectivement et parfois en tant qu’êtres singuliers. Que nos émotions et nos expériences fassent partie de notre vérité n’invalide pas l’existence de cette vérité – ce sont des moyens d’y accéder. Même une machine serait d’accord avec ce constat, j’ose espérer.

Voilà, je vis dans l’espoir que cette tracte pro-vérité(s) est restée strictement dans les bornes de la vérité argumentée, sans aucune trace de mysticisme ni d’exaltation. La pensée n’est jamais propre, mais on essaie, quand même. J’hésite à le souligner, des explications jusqu’à l’épuisement peuvent être ennuyeuses, mais malgré ma non-éducation joyeuse à la philosophie, j’espère avoir expliqué pourquoi émotion et raison marchent ensemble – qu’il n’y a pas de nécessité d’exclusion de l’une par l’autre. La vérité, dans la mesure qu’elle sert de cible, s’enrichit de rêves, qui ne sont que des amalgames d’émotion et d’argumentation raisonnée – de conceptualisation. Il n’y a aucune distinction, dans ce sens, entre les rêves éveillés et tout autre rêve qui nous survient, d’où qu’il vient. Ce qui serait dévastateur pour toutes nos vérités, à vrai dire, ce serait l’absence de rêves.

mercredi 5 mai 2021

Moralité et écologie

Ce n’est pas comme si l’époque des machines ne nous avait pas fait de dégâts. Je ne prends pas la position de l’homme de l’esprit, le mystique ou le poète en ce disant. Je ne prétends pas, non plus, qu’il n’y ait pas eu d’autres dérives collectives à d’autres époques.

C’est une question de sens – quel sens y-a-t-il dans la vie ?

Cela a tracassé l’esprit de George Orwell, qui a terminé, d’apparence faiblement, par dire « La décence humaine ». La quête de sens termine souvent par une « croyance forte » - ce qui a l’utilité d’être hors le champs du débat rationnel. Pourquoi pas une croyance forte faible ?

Il y a aussi le fait de vivre, tout simplement, sans se demander quelle serait la motivation profonde. Il y a beaucoup de « vérité » dans ce positionnement – on peut observer que les vérités morales d’une époque cèdent à la réalité d’une autre. Il serait donc incohérent d’avoir des croyances rigides qui risquent d’être contredites par les faits.

C’est le sujet de cet écrit. Mais rien n’empêche les passions de prendre le relais – beaucoup d’entre nous « croient » à l’amour, bien que l’amour est souvent sujet à trahison et donc l’une des valeurs les moins sûres qui soit. Les sensations envahissantes affirment leur vérité, indépendantes de notre volonté apparente. Et c’est peut-être cela qui fait que nous voulons y croire – cette vérité sociale existe en dehors de notre croyance.

Pour terminer cette brève perspective globale, on peut considérer la question d’intérêt : intérêt personnel, social ou général. La rationalité de l’être humain et de toute vie dépend, en grande partie, de sa réalité somatique ou expérientielle. J’en donnerai deux exemples. Lorsque je suis bien nourri et je vois un chevreuil sur ma route en voiture, je ferai tout pour l’éviter. Lorsque j’ai faim, j’aurai envie de lui rentrer dedans. On dit que les Perses avaient l’habitude, lors de la prise de décisions importantes, de discuter une fois autour du repas du soir, plutôt saouls, et une deuxième fois le lendemain matin, plutôt avec mal aux cheveux.

Donc le premier leçon de la moralité écologique est « quelles sont les conditions physiques et sociales lors des prises de décision concernant l’écologie ? » Nos gouvernants ne l’ignorent pas, ce leçon – c’est même l’une des critères de base de leurs prises de décision.

Les penseurs écologiques ne l’ignorent pas non plus. L’une de nos vérités inconfortables principales est notre éloignement de la nature. Comment, donc, prendre des décisions sur cette cause lorsque nous n’avons pas connaissance de cause ? C’est la démocratie même qui est en jeu !

Si on met ces deux constats ensemble, on peut se demander pourquoi nos gérants sont si frileux à créer des programmes systémiques d’initiation à la nature ? Il ne manque pas d’exemples dans l’histoire – que ce soit la rencontre entre Roosevelt, le chasseur invétéré et John Muir, le formateur du Sierra Club, qui ont scellé la création des parcs naturels. Où le mouvement des Scouts de Brandon Powell, les rites d’initiation à la nature des tribus lointaines et la chasse sous toutes ses formes. La nature na jamais cessé d’être terreau fertile pour les mouvements sociaux et les modes.

François Terrasson, dans son livre posthume « La Peur de la Nature » a proposé que c’est une question de culture, qu’il y a des cultures du bocage et des cultures du monde artificiel. Sommes-nous sous le joug de la culture dominante, celle qui veut imposer le monde artificiel partout ? Il y a beaucoup de discours qui vont dans ce sens – qui accusent l’homme moderne d’hypocrisie pure et simple, lorsqu’il prétend aimer la nature qu’il détruit.

Mais dans ce cas, les écologistes qui en parlent sont les premiers coupables. Je ne connais pas d’écologiste de renom qui ne pêche pas par ses excès de consommation – principalement ses voyages à des contrées lointaines. On peut beau critiquer la colonisation, l’un de ses aspects les plus nocifs continue bon train – le « globe-trotting », l’élite internationale est florissante. Pour moi, comme pour beaucoup de vrais écologistes, cette contradiction est telle que je ne peux pas vraiment accepter cette génération de voyageurs de par le monde comme des écologistes authentiques. J’attends avec impatience – et fais de mon mieux de faire naître, une véritable cohérence écologique autour de cette problématique. Dans ce cas, c’est le transport, mais on peut également questionner l’écologie des riches en général – si, pour initier des projets prétendument écologiques, il faut commencer par « acheter » les terrains – n’est-il pas question de biens mal acquis ? Si une compagnie pétrolière ou un particulier a gagné ses avoirs en exploitant la terre, tandis que l’écologue frugal se voit nié à tous égards, l’écologie devient une pratique à bilan net anti-écologique.

Je me rappelle, par voie d’exemple, une édition passionnante de « Carbone 14 » sur France Culture, où le sujet était l’héritage génétique de l’être humain moderne. Pendant cette émission, l’expert concerné a avoué qu’en Afrique, il n’y avait guère d’exemples d’ADN ancienne corrélés avec les profiles des populations modernes, parce qu’il n’y avait presque pas d’experts et de ressources sur ce continent. Il faut imaginer qu’en Afrique Centrale, il existe un seul archéologue. En France, il en existe des milliers. C’est la même chose pour les échantillons d’ADN. Et cependant, si nous savons si peu sur les plusieurs humanités qui existaient jusqu’à il y a peu (de dix à vingt mille ans avant notre ère), c’est à cause de ces carences.

Il est parfaitement grotesque de constater que malgré le prétendu effet civilisateur de l’époque moderne, nos médias continuent d’envoyer sur place et de recevoir dans leurs studios des experts qui n’existent pas dans les pays qu’ils étudient.

Ce qui donne encore plus de chagrin, c’est le manque d’introspection ouvert à ce sujet. Une fois alerté, on ne voit que des exemples en série. Le sujet n’est jamais adressé, et on ne peut que supposer que dans ces élites de voyageurs, bien ressourcés, confortables, il est né un genre de complicité – sur les sujets qu’on ne va pas regarder d’en face, en public. Ce sont les sujets les plus brûlants, à vrai dire. Je n’ai aucun doute que personnellement, plusieurs membres de ces élites font toute sorte de chose pour réduire leur empreinte carbone, tout sauf arrêter de voyager – ou arrêter d’étayer cette mode d’opération. Il en va de leur choix de vie.

Dans le cas de l’Afrique, la solution est claire – on forme les experts de l’Afrique, on contribue à la création de leur infrastructure et on collabore avec. Terminés les voyages – il faut faire autrement. On se débrouille bien avec les anglophones – il y a des interprètes. Ouvrons des écoles d’interprètes – pour toute langue – toute richesse de notre biodiversité.

Le phénomène de l’essentialisation de notre mode de vie destructrice est également observable chez nous. C’est une question de ni vu ni su. L’essence de nos vies dépend de la voiture et du camion, dans ce cas. Il nous arrive de vivre en parfaite cohérence écologique … sauf pour la voiture. Enfin, c’est réducteur – sauf pour les planches de douglas qu’on a préféré acheter plutôt qu’en couper soi-même, sauf pour la viande et les produits laitiers que nous choisissons de manger à chaque repas. L’important paraît être que ce ne soit pas nous qui l’avons directement fait. Notre argent l’a acheté, mais nous ne l’avons pas fait. L’important est que toute notre empreinte de consommation visible se réduit à un voyage en voiture, avec les denrées qu’on a acheté. Personne n’est vraiment dupe de cette supercherie – c’est un peu comme l’inceste – tant qu’on ne le déclare pas, cela n’existe pas.

L’une des solutions, ce serait de faire du chiffrage de notre consommation d’énergie un sujet d’étude, pour chaque acte. Un être humain de 70kg consomme à peu près 60Wh – une ampoule incandescente. Nos machines sont infiniment plus énergivores – des kilowatts, voire plus. Nos besoins, notre manque d’argent, ne sont pas des vrais besoins à nous, sinon au train de vie que nous choisissons – les voitures, les maisons – un peu comme si nous étions tous des caractères dans un roman de Stendhal, avec un besoin d’un certain revenu pour pouvoir maintenir les apparences.

Rappelons-nous que l’analyse globale est irréfutable – la France a exporté son empreinte carbone native en achetant les produits d’ailleurs. Notre empreinte n’a pas diminué, pour autant. Nos vies « modernes », surtout à la campagne, nous « obligent » à gagner 5000 euros de plus par an pour avoir une voiture qui marche – de ce fait nous sommes souvent fauchés, mais nous y tenons quand même.

Le plus grand collectif d’intérêt commun observable à présent, c’est l’imbrisable consensus sur l’usage « nécessaire » de la voiture en milieu rural. Le milieu rural français qui est, normalement, un lieu particulièrement apte à produire sur place ce qu’on préfère importer d’ailleurs. L’éternelle mascarade de la plainte des exploitants agricoles peut se voir comme un détournement du vrai débat – pourquoi y-a-t-il si peu de gens en train de tirer leur vie de la terre, alors qu’elle est tellement riche ?

Il me semble que ce petit résumé des plusieurs incohérences de nos vies actuelles – de fonte en comble – permet de revenir au sujet principal – la moralité écologique.

Ce que j’essaie de démontrer est que, pour le moins, c’est un sujet qu’on préfère à tout coût éviter. Si vous voulez, je veux bien ignorer les questions de moralité et de culpabilité collectives, mais on ne me laisse pas faire, ces questions sont imbriquées dans notre mode de vie, dans notre aveuglement volontaire. Si les gens étaient vraiment de bonne conscience là-dessus, ils en parleraient librement, ils chercheraient même des solutions, mais ils préfèrent rester silencieux, du moins en public, de toute évidence. Cela s’applique particulièrement aux plus « écolos » d’entre nous, bien entendu – c’est la particularité de ce sujet sensible.

Ce n’était pas toujours le cas – la sincérité de la recherche d’un retour à la nature existait, à l’époque. Presque insensiblement, les choses ont évolué – ce sont souvent les mêmes gens, avec les mêmes vies, sauf que ces vies n’ont plus le même sens – là où on allait quelque part, on va nulle part. Là où on brisait radicalement le modèle, on en fait partie, du modèle à briser.

On aurait du y regarder de plus près il y a longtemps. Pourquoi est-ce que l’écologie – et la gauche en général, n’ont cessé de faiblir, ces dernières années ? Ma théorie (je ne suis pas le seul à l’épouser) – parce qu’ils sont devenus, progressivement, ni écolos, ni de gauche, sinon privilégiés … et de droite. Pendant ce temps – les quelques décennies entre 1968 et maintenant – la campagne-nature a cessé d’exister, en grande partie, et ceci, juste au moment de sa grande redécouverte populaire. De nouveau, je n’ai pas besoin de culpabiliser, ni de chercher à qui la faute – elle est là, de presque tous les bords, mais surtout chez les riches et puissants.

Le partage de richesse est devenu le partage de la nature – et, objectivement, sa répartition est allée dans le sens inverse de l’équité sociale. Pendant ce temps, le lobby de l’écologie est devenu le lobby en faveur de l’exclusion des pauvres de la campagne. En ceci, ils sont d’accord avec les industriels. Dans cette lumière, l’explication de l’absence d’une vraie éducation-nature populaire devient une évidence – on n’éduque pas les gens à désirer ce qu’on ne veut pas leur donner – un accès réel à la campagne. Pour cela on n’a pas le désir de jeter la faute sur quelqu’un en particulier – le particulier risque d’être nous. La solidarité, c’est d’accepter que nous sommes tous coupables – et d’arrêter d’en parler. N’est-ce pas tout-à-fait normal de vouloir élever ses enfants dans un paradis rural, entouré de gens éduqués et bien pensants ? Quelques boucs émissaires, suffisamment loin, suffisamment haineux, et le service est fait.

L’erreur sociale, ce serait de suggérer qu’il y a des vraies solutions , que la campagne doit se repeupler, que ceux qui s’y opposent sont par définition réactionnaires, de tenter de mettre en pratique ces solutions – aujourd’hui – et pas demain.

L’erreur, c’est d’avoir raison. Bien sûr que c’est préoccupant – nos pratiques actuelles nous mènent droit dans le mur. Et avant que quelqu’un ne se lance dans des réflexions sur l’improbabilité qu’en démocratie les gens votent contre leurs intérêts, rassurons-nous – les intérêts perçus par l’électorat votant sont d’être du côté des riches. Le pays entier est riche. Les subventions permettent aux pauvres qui vivent ici de vivre. Quel sens de vouloir revenir à la pauvreté ? C’est beaucoup plus simple d’arrêter la pauvreté de l’autre côté de nos frontières. De cette manière, le peuple s’allie aux intérêts des riches, les yeux grand ouverts.

Cela me fait penser qu’il y a tout un pan de réflexion absente du livre de Joseph Henrich sur l’Intelligence Collective (2016 - Harvard) qui vient de sa détermination culturelle progressiste – une sorte d’optimisme positiviste contre tout épreuve. C’est quand même d’une arrogance sans pareille de supposer que le progrès mène vers le mieux – la vieille erreur de l’évolution toujours positive.

Il ne s’adresse pas frontalement au consensus lorsque cette pensée collective se décide à faire le mal – ou à occulter le mal qui se fait. C’est, cependant, le cas le plus fréquent. Il s’efforce à expliquer la transmission, lorsque les groupes sociaux sont suffisamment grands, de nouveaux savoirs faire, de manière durable. Mais son erreur d’analyse est de se vouloir neutre.

Si les inventions ne prennent pas, c’est surtout parce qu’on y résiste. Si les us et coutumes perdurent, c’est parce que les conventions exercent un règne de terreur. Pour les délits d’opinion, on peut souffrir la peine capitale, si ce n’est de l’ostracisme à perpétuité. Le créateur se trouve face à son propre martyr – pour que les générations futures s’enfoncent dans la brèche de la réalité reçue qu’à créée sa singularité. A quoi sert l’histoire … ? A pilonner le mur de l’avenir. A quoi ne sert pas l’histoire – à entretenir le présent – l’éternelle amnésie. L’histoire crée la ligne de temps qui fait que le présent ne soit que transitoire. L’histoire permet de considérer l’avenir sans mort d’homme.

Pour que toute cette incohérence sociétale jaillisse, il a fallu des mouvements de masse, sans message clair. Les messages clairs ont été censurés – de fait. Enfin, le non-dit assume les proportions d’un colosse.



Samedi 15 mai 2021

discrimination

L’une des questions qui se pose est celle de l’incongruité des raisons données pour expliquer la résistance à la progression – le développement. Si les forces « conservatrices » qui y résistent sont souvent identifiées avec la vieillesse, c’est qu’on imagine les vieux comme des personnes avec des pouvoir consolidés, qui n’ont aucun intérêt personnel à voir « passer » leur époque – à passer le bâton aux « générations futures » - l’éternel présent, c’est l’absence de mort.

On peut jouer ce jeu avec plusieurs intérêts sectoriels, mais il m’arrive de penser que c’est mal poser le problème, qui est multifactoriel, tout comme la société humaine l’est. En nous simplifiant en prétendus représentants de notre propre intérêt sectoriel, nous sur-simplifions tous les problèmes sociaux – qui ne ont pas des problèmes de « l’essence » de l’homme – ou, justement, de « l’être humain ». Prenons une analogie entre le racisme et le « morvisme ». Qui, lorsqu’il se croit non-observé, ne fouille ps dans son nez pour décoincer les morves qui s’y sont accumulées ? Qui dit « ça ne se fait pas » ? Qui dit que lui, personnellement, ne le fait pas ?

Si je rajoute ces observations, c’est que je viens d’écouter une émission où une femme décrit ses problèmes pour être acceptée comme coureuse de marathon (une discipline qui a résisté à la féminisation) en 1967. Elle est physiquement agressée par le directeur de la course, avant que lui, il soit déguerpi par un autre coureur, plutôt costaud – puisqu’il est aussi joueur de foot américain. Dans ce documentaire, on enchaîne avec le commentaire d’un homme qui parle de la dominance masculine, les hommes …

Ce n’est pas mon analyse. Il faut autant de femmes que d’hommes pour maintenir l’ordre établie. Pour chaque groupe discriminé, il y a des membres du groupe – jusqu’aux individus qui le subissent, qui fidèlement appliquent les discriminations qui représentent la norme attendue. Et il y a des membres du groupe discriminant qui cassent la discrimination.

Les groupes « non-mixtes » sont des groupes discriminants. La discrimination positive discrimine, injustement – une injustice envers des individus pour en compenser une autre. Je cite un sondage, où on a trouvé que des hommes allaient discriminer en faveur des hommes pour des postes techniques, mais qui se montraient plus reconnaissants par rapport aux qualités des femmes, une fois embauchées et au travail.

Cela pourrait s’expliquer par le rapport – l’intégration sociale – qui est d’abord indéfini et ensuite déterminé. Dans cette analyse, les « niches » sociales qui permettent l’émergence d’un paysage social sont plus importantes que les qualités individuelles. Les mouvements d’anti-discrimination, qui commencent avec un poids critique de « non-contents » dans le paysage social existant, dans la mesure qu’il réussit à établir une articulation sociale, passera lui aussi par la case « conservatisme sociale ». L’internationale anarcho-syndicaliste deviendra l’URSS de Staline.

L’essentiel, le processus d’assemblage d’un corps cohérent social, est de nature impermanente, instable – ce qui explique aussi la résistance, par les pouvoirs séants, contre la nouveauté – qui les menace dans leur pouvoir.

dimanche 28 mars 2021

Soft Power doesn’t Work – White Paper

Europe Ecologie les Verts. Die Grünen. Tout mouvement écologique à visée électorale finit par être inséparable de l’agenda politique conventionnel. Dans la mesure qu’il réussit à se faire élire, il n’est plus écologique. Et cela n’est plus suffisant. Il faut redéfinir les termes du faisable.

Il y a besoin, pour avancer vers un monde sérieusement écologique, de convaincre en faisant d’abord un modèle d’infrastructure écologique qui marche, pour bouger l’enveloppe, d’établir un rapport de raison, en ayant suffisamment de force pour pouvoir énoncer nos termes d’engagement plutôt que d’essayer de persuader nos opposants à nous laisser rentrer dans les zones de pouvoir, selon leurs critères. Ceci est particulièrement important vu l’incapacité des institutions historiques de s’adapter au monde évolutif, dans le délai nécessaire, quoique soit leur bonne ou mauvaise volonté.

Il y a maintenant plusieurs facteurs qui jouent en faveur de cette stratégie.

  1. La stratégie d’adoucir la population avec le développement durable n’a pas marché – c’est plutôt les écolos qui ont été achetés par les industries conventionnelles, génération sur génération.
  2. La Convention Citoyenne a réalisée une bonne chose. Elle a démontrée qu’une sélection représentative de la population, confrontée avec les faits, s’est montrée infiniment plus écologique que le gouvernement élu et les « pragmatistes » de l’écologie politique.
  3. Un schisme entre gouvernés et gouvernants s’est ouvert qui n’était pas si déterminant auparavant. Les lobbies sont nettement perçus comme trop dominants dans les cercles du pouvoir – mettant en cause la démocratie représentative actuelle. Le traçage est considéré trop intrusif – mais il continue. L’exécutif et l’administration se sont montrés peu fiables, voire incompétents. Il y a besoin de renouvellement.
  4. Le système où les riches entretenaient les pauvres avec leur production de richesse n’a visiblement pas marché – cet argent est resté de plus en plus chez eux, sans partage. Le monde n’est plus en train de progresser matériellement. Le pacte est rompu.
  5. Avec la probable extinction des éléphants en Afrique et la quasi-extinction de la plupart des insectes en Europe, on est en train de comprendre que l’écologie a beaucoup plus de dimensions que le seul réchauffement climatique. Le débat « vérités » s’est lancé, pour remplacer le débat « symboles ».
  6. Avec la politique de la conservation de la nature, liée aux intérêts des riches et qui interdit la terre aux paysans pauvres, nous sommes en train de comprendre que l’écologie sociale est l’écologie tout court, que nous faisons partie interdépendante du vivant et non pas de l’artificiel.

Je cite un bout d’interview sur France Inter : « nous sommes dans un débat sur quelle société nous souhaitons » (par rapport aux SUVs et la question de permettre ou interdire la publicité pour ces véhicules)

La média actuelle, dominée par les lobbies et les forces politiques conventionnelles, s’obstine à ne pas comprendre que les SUVs n’existeront bientôt plus – que ce ne sera bientôt plus une question de « souhaits ». Il y a décalage absolu entre réalité et réalité prétendue, surtout parce que les médias évitent de mettre en avant les gens qui racontent les choses telles qu’elles sont. Ils ont cédés pour le réchauffement climatique - plus de climatosceptiques au droit de parole. Pourquoi pas pour les SUVs? La média conventionnelle prétend que les seuls qui peuvent parler avec légitimité de ces choses sont des scientifiques, des naturalistes et des célébrités, tandis que pour parler de l’économie ou du social, le choix est beaucoup plus ample. Où est le sens ?

Comme exemple, il est falsificateur du problème de la ruralité de choisir de faire parler des personnes de classe supérieure parisienne qui veulent devenir des éleveurs de chèvres comme représentants du problème de la paysannerie française, alors que tout le monde sait que l’élevage fait partie du problème, aussi bien que le prix d’entrée au monde agricole prohibitif, par décision administrative. Qu'est-ce qu'ils ont, ces journalistes ?

samedi 20 mars 2021

ecopessimiste

Il faut vraiment s'adresser à un phénomène général, le positionnement du pessimiste écologique.

En fait cela se résume à:

«Puisque tout est foutu, pas la peine de chercher la porte de sortie».

«Puisque nous sommes des nuisibles agressifs, ce sera pour le mieux si l'on disparaît.»

Il est facile de comprendre ainsi le raisonnement derrière la pensée – il nous absout d''une réflexion soutenue sur les changements que nous pourrions mettre en œuvre pour que tout ne soit pas foutu, tout en paraissant absolument raisonnable. Il fait supposer qu'on y a déjà réfléchi, qu'on a déjà pesé le pour et le contre.

La science, les tendances, le fait même que nous risquons un effondrement grave, tout renforce le point de vue «abandonnez tout espoir, ceux qui passent par là.» Il n'y a ni responsabilité ni culpabilité si il n'y a pas de solution. Toute bonne volonté est un bonus, un acte de charité condescendant. Cette pensée négative nous permet de nous concentrer sur nos vies quotidiennes sans gène.

Elle convient bien, donc, à tous ceux qui ont une «vie quotidienne» plus ou moins en équilibre, à défendre cette équilibre.

Elle se manifeste surtout face aux constructivistes et aux progressistes, ceux qui refusent d'abandonner tout espoir, qui proposent des changements, vite caractérisés de «radical», de cette vie quotidienne. Ces derniers se voient obligés de défendre leur point de vu, comme s'ils étaient des optimistes qui nient la réalité. Premier indice explicatif de l'éco-pessimisme, c'est un positionnement de contre-attaque défensif.

Il permet la liberté d'expression. «J'en ai marre des solutionnistes écologiques» veut-il dire. «J'adore être réactionnaire, juste pour décontenancer cet incessant débit de pensée politiquement correcte mal-fondé.» On peut le comprendre, la plupart des solutions écologiques proposées ne sont pas bien fondées et ceux qui les proposent devraient pouvoir démontrer leur efficacité. Il y a une fonction à l'éco-pessimisme, il permet de bien choisir avant d'agir.

En temps de guerre, la pensée négative est étiquetée «défaitiste» - elle sape le moral. Dans une situation génocidaire, ce genre de pensée peut être considéré comme «génocidaire» - conductif au génocide. Pour normaliser une situation d'hystérie collective, d'état d'urgence perpétuelle, on refuse de participer à l'extrèmisation et la censure. C'est le sens d'humour du soldat.

Faisons une deuxième passe. Est-ce qu'il y a des raisons sincères pour en vouloir à l'humanité jusqu'au point de désirer sa disparution? Émotivement, oui. On pourrait apprécier que quelqu'un qui a subi la torture ou perdu sa famille à cause de la violence des hommes peut les regarder de mauvais œil. Mais en général, ce n'est pas ces gens-là qui sont si misanthropes. Aimer la vie, aimer soi-même, vouloir être «en vie», ce sont des choses qui ne marchent pas de manière linéaire avec ce qu'on appelle le «niveau» de vie. C'est ceux qui ont les vies les plus dures qui sont, le plus souvent, les plus donnés à la vie.

Par rapport à l'idéologie philosophique qui justifie ou invalide la thèse du péché originel ou inversement l'essentielle bonté de l'homme, il surgit la question de preuves plus matérielles. Notre compréhension de la sélection «Darwinienne» est colorée par nos idées reçues. Concevoir de la vie comme une bataille où c'est le plus fort qui gagne, c'est la survie du plus apte défini par Darwin, ou on le suppose : a priori cela paraît logique. Mais dans les faits, le plus apte c'est souvent le plus doux – ne représentant pas de menace, il ne provoque pas de réponse conflictuelle. Le plus apte peut aussi être celui qui arrive à générer le plus de soutien social, c'est, par exemple, le cas pour les enfants en général. La survie du plus apte ne parle pas, en fait, des compétences individuelles, sinon des gènes transmises – l'individu peut être mort, sa descendance non – et c'est cela qui compte, du point de vu évolutionnaire. Dés que l'on vit en société, la protection du groupe et non pas la protection purement égoïste de soi-même et de ses proches peut se révéler la stratégie gagnante, en termes évolutionnaires.

Si on considère ce que diable peut bien faire l'homme pour justifier un tel rancœur de la part des éco-pessimistes, il est vrai qu'il y a des bonnes raisons pour lui en vouloir. La position industrielle et coloniale est extractiviste – on s'en fout de la destruction qu'on laisse derrière. Comme dans une guerre, la mobilité permet de spolier des terres ennemis et rentrer chez soi après. C'est cela «l'externalisation» des coûts.

Mais le paradigme écologique est très pointu là-dessus: c'est terminé pour l'externalisation, l'ennemi s'invite chez nous. On s'y prépare avec une nationalisme et une xénophobie rampante, ce qui ne promet pas d’y jeter grande lumière dessus.

C'est une explication sociopsychologique du pessimisme écologique: ne pouvant plus nous isoler du mal, nous en faisons logiquement partie. Nous sommes à découverte, tous pourris (tous ensemble), plus la peine de nous faire passer pour des gentils. C’est la force « autruche » de la stupidité collective.

Mais ce sont des faits conjoncturels, c'est-à-dire que rien n'est écrit dans le sable. Au contraire, on peut épingler certains aspects de nos cultures qui sont nocifs, sans pour autant généraliser sur la nature nocive de l'homme ou de sa culture. On peut ainsi se séparer du mal, en essayant de faire autre chose. L'écopessimiste perçoit la menace, il ne veut pas se trouver isolé dans son atroce nihilisme. Il ne suffit donc pas de garder son opinion pessimiste à l'abri: il faut éliminer les lueurs d'espoir chez les autres, éteindre les foyers de construction d'un monde qui a un avenir.

Pour cela, l'écolosceptique, qui n’est qu’un écopessimiste démasqué, doit se faire passer pour quelqu'un de raisonnable, doit accuser ceux qui proposent des solutions d'être des radicaux, extrémistes, illuminés, même des éco terroristes.

Au «mais c'est foutu», il peut rajouter que ce que nous avons déjà fait va nous tuer, en tous cas, parce qu'il y a latence de quelques décennies, pour la hausse mondiale de température, par exemple. Cela nous dépasse, l'échelle est trop grande, la boîte de Pandore est ouverte, il y en a un tas, d'expressions de résignation.

En suivant cette logique méticuleusement, on pourrait lui répondre qu'il vient d'expliquer pourquoi la révolution industrielle n'a pas eu lieu et pourquoi elle ne s'est pas faite en à peine une dizaine de décennies, dans certains pays beaucoup moins.

Il est tout aussi possible de défaire rapidement les conséquences désastreuses de notre révolution industrielle qu'il l'a été de les produire. D'ailleurs, nous avons beaucoup plus de moyens et de connaissances pour le faire, maintenant.

Par exemple, notre manipulation de l'énergie solaire dans toutes ses formes renouvelables ne cesse d'augmenter, et cette énergie rayonne au rythme de quelques watts ou kilowatts par mètre carré par jour un peu partout – c'est-à-dire qu'il y en a largement assez.

Au niveau objectif, tout n'est pas foutu.

Il y a de plus en plus d'évidence, dans ce qu'on appelait la préhistoire, de notre intégration dans la nature de manière plutôt équilibrée, très proche des animaux, très affectueux envers ses petits, très expert dans l'usage des plantes, on ne peut pas vraiment maintenir que c'est dans la nature de l'homme de n'être que bête, méchant et destructeur de la nature nourricière. L'acte de cultiver indique un rapport non de dominance mais de travailler la main dans la main avec la nature. Ces observations indiquent un chemin à suivre – celui de notre réintégration naturelle. Si l'époque préhistorique nous attire plus que l'époque de l'agriculture, c'est qu'elle va plus loin – de notre point de vu, l'agriculture est le premier ps envers le productivisme et l'externalisation de ses dégâts.

Prenons l'analogie du cancer. Il y a ce qu'on appelle les cancers bénins et les cancers malins, la différence étant que les cancers bénins ou semi-bénins ne risquent pas (normalement) de croître outre-mesure, ou de développer des métastases. Le cancer, comme pathologie, nous préoccupe parce que c'est une croissance désordonnée dans l'organisme hôte, qui ne tient pas en compte son bien être.

Des cultures, de combat ou guerrière par exemple, n'ont pas posé une menace existentielle pour l'entièreté de l'humanité pendant la plupart de notre existence. Le perfectionnement de la guerre moderne, avec ses armes de destruction en masse, elle si, pose problème. Tout comme la crise de surconsommation d'une minorité tumeureuse pose problème.

La traditionalisme de l'humain pose un problème plus grave. Le prophète fataliste qui dit «pour ceux qui passent par là, abandonnez tout espoir» est inévitabiliste en grande partie parce que nous sommes très dogmatiques, une fois formés nous avons beaucoup de mal à changer. L'industriel, la vie de confort auxquels nous nous sommes habitués, parfois depuis plusieurs générations, sont profondément enracinés dans nos us et coutumes, on ne peut pas le nier.

Le scénario qui se dessine est donc d'une vague colonialiste de rénaturalisation, de réoccupation, de reprise en main du milieu rural. La polarisation ville-campagne, qui nous a permis de ne traiter de la campagne qu'en zone productive, zone touristique, zone réservée à la nature, ne peut pas tenir. L'installation d'infrastructure urbaine partout – on peut citer les pilonnes et les câbles 4 et 5 G, peut être caractérisée d'un genre de pilonnage de la campagne, pour préparer son urbanisation.

C'est ce qui rajoute à l'écopessimisme – tout ce qu'on touche devient laid. Là où on essaie de faire fleurir la nature, on la casse, on la pollue.

Ce qui est tout à fait vrai. Il n'y a pas de plus anti-écologique que ce qui se passe actuellement dans la campagne, foncièrement industrielle.

Tout cela change, doit changer avec l'arrivée des habitants des villes dans la campagne. Pour eux, la campagne est idéalisée, étudiée, chérie. Elle est, ou devrait être à l'antipode de la ville. On peut entendre des commentaires comme «ceux qui viennent à la campagne, avec leurs voitures, comme s'ils espéraient le même niveau de confort qu'en ville, ...» Dans les faits, ce n'est pas ça. Les gens de l'arrière-pays sont beaucoup plus donnés à la voiture qu'en ville, beaucoup plus dans le modèle industriel. Le désert rural est peuplé par ceux qui l'ont désertifié. Leurs normes et leur culture est la plus dogmatiquement industrielle qui soit. Il s'ébauche un vrai choc de civilisation, la ville peut vite noyer la campagne, culturellement, et un style de vie adapté à une population réduite ne peut pas perdurer lorsque cette population augmente outre-mesure.

Tout cela est bien loin du discours des idées reçues – l' «essence de campagne» est encore sacrée, pour les gens qui occupent les positions de pouvoir et d'influence en ville. C'est paradoxal – cela coûte trop cher de vivre en campagne pour les classes pauvres, ce n'est que le classes moins pauvres qui peuvent se payer des pieds-à-terre en campagne, des vacances, des transhumances régulières. Et c'est eux donc qui en parlent, qui censurent le débat. La campagne, avec ses réserves, ses loisirs, sa «richesse» naturelle n'est qu'un Disneyland des riches, pour ce qui concerne sa représentation actuelle. Même les les progressistes sociaux se sont laissés prendre à ce jeu – ils prennent tellement de peine à créer des îlots d'excellence, de biodiversité, de paix, pour montrer le chemin.

Dans une petite ville enclavée à la montagne, tout le monde se chauffe au bois. C'est normal, c'est la ressource «biorenouvelable» qui se trouve en abondance en ouvrant sa porte. Les médecins du coin ne pensent pas à la pollution de l'air, en milieu rural, d'autant plus que les maisons des riches sont situés à mi-hauteur sur les collines et qu'on ne prend pas de mesures.

Lorsque la population se densifie, tout cela change. Les maux de l'industrialisation sont masqués en campagne parce que, actuellement, ils sont dilués. L'écopessimisme est le plus fort, dans la campagne, parce que on s'en sent préservé encore. L'arrivée des gens de la ville change la donne, comme jamais avant. C'est ce qui est en train de se passer. Nous sommes en train de devenir des «confinés dehors».

jeudi 18 mars 2021

symbiose

Il a été mentionné à la radio il y a peu que la vie est symbiotique. C'est-à-dire que forcément, il y a complémentarité, que tout se fait en recyclage, en boucle fermée. L'être humain sort de cette boucle fermée parce qu'il crée des déchets non ou peu recyclables. Mais dans l'état normal de la vie, les minéraux sont ingérés par les plantes, qui poussent. Les plantes sont mangées par les herbivores. Les herbivores sont mangés par des prédateurs qui, lorsqu'ils meurent, reviennent à la terre pour être ré-ingérés par les plantes.

Bien sûr il y a plusieurs types de cycles entrelacés et ce n'est qu'un modèle simplifié pour pouvoir discuter des mécanismes à l'œuvre. D'autant plus que le cycle n'est pas vraiment fermée – l'énergie apportée par le soleil est le carburant à l'origine du système, mais mettons à part ces quelques réserves ...

Tout dernièrement j'ai réagi très mal à une observation, pour moi idiote, que le vivant n'est que « la physique un peu complexe» - qu'il n'y a pas d'âme dans l'équation. J'ai répondu:

«La nature vivante, apprenante, enthousiaste, lasse, émotive, résignée, n'a pas besoin d'état d'âme ?!

Si la science [des dernières 50 années] nous a appris une seule chose, c'est qu'il y a de très, très bonnes raisons pour comprendre que le vivant n'est aucunement juste une question «de la physique un peu complexe» et que la motivation y compte surtout.»

Une note d'explication. J'avais en tête, bien sûr, que la motivation et ce que nous appelons les émotions et l'instinct forment nos passages à l'acte – au physiquement mesurable – mais cette connaissance-là ne date pas des dernières cinquante années.

C'est notre compréhension de l'émergence, des boucles de retro-action et d'interaction qui se basent sur des facteurs émergents, dans le sens d'être non-anticipés et non-anticipables, qui fait que le vivant ne peut pas se réduire – scientifiquement - à «la physique un peu complexe». La méthode mécaniste, déterministe selon des lois physiques prédéterminées, n'est plus appropriée – que cette physique soit Newtonienne, Einsteinienne ou quantique.

Ce qui vie s'échappe, bien que ce soit peu, des lois de la physique – c'est son modus operandi, sa manière de fonctionner. Une boucle de retro-action se ferme sur elle-même, a des rapports choisis avec le monde physique qui se trouve en dehors de sa cohérence bouclée. Sa volonté d'interaction devient clé.

Dans la lumière de cette observation, on peut identifier une autre erreur, de notre époque cette fois-ci, qui est de supposer que le cumul de savoir culturel transmis de génération en génération distingue l'espèce humaine de toute autre être vivant, dans le sens qu'il devient lui-même le premier déterminant évolutif.

Je ne nie pas que c'est ce que nous faisons, je nie que cela nous met dans une classe à part. L'émergence, dans le vivant, va ensemble avec la reproduction. Prenons mil graines. S'il en germe une seule, c'est bon, le pari est réussi. C'est une singularité, à chaque reprise. C'est comme mille clés USB de plusieurs gigaoctets d'information, contenu dans un rien du tout – un grain de sable. Ce grain a déjà pré-décidé ses termes d'engagement avec le monde qu'il rencontre – mais ces termes sont flexibles.

On peut bien sûr faire toute sorte d'observation quantitative et statistique sur le taux de réussite – de fertilité, etc., mais on a tort de le faire. La vie a choisi de se reproduire en utilisant des milliers et des million et plus d'exemplaires avec des possibilités infinies d'interactivité autonome, justement pour faire fi à ces analyses.

Je me rappelle qu'à la naissance de l'étude détaillée physique de l'ADN (années 1980-90) on avait tendance à étiqueter la plupart de notre ADN apparemment non-actif comme «junk» - bidon, sans intérêt. On a bien changé d'avis depuis. Ensuite il a fallu bien de preuves scientifiques bien convaincantes pour reconnaître l'existence de l'épigénétique – le changement de l'expression des mêmes gènes selon des «mémoires» inter-générationnelles. Le protéome – notre héritage en termes de protéines complexes, est encore discuté – c'est un vaste sujet. L'aspect mitochondrial de notre héritage mène à son aspect viral, à la biote bactérienne dans nos estomacs, au fait que la cohérence de chacun d'entre nous n'est pas, pas du tout discrète.

La «culture» des êtres vivants est donc de plus en plus vue sous une angle d'interactivité dynamique et multifactorielle. Gardons-nous de lui imposer une camisole d'analyse statistique, physique, essentialiste, alors que nous ne sommes qu'au tout début d'une connaissance approfondie de sa mode d'opération. Je n'ose même pas dire «son mécanisme» - ce serait de la sur-simplification.

A la lumière de cette analyse, on peut cependant permettre quelques observations sur les mécanismes de l'humain. Il croit bien de se mettre ensemble avec d'autres gens pour décider de ce qui est vrai, de ce qui est praticable. Il utilise des traditions de pensée existantes pour ce faire. Il est très influençable socialement lorsqu'il décide d'agir.

Il me passe par la tête que c'est à cause de ces caractéristiques humains connues que les gens s'inventent souvent des pensées insaisissables par la logique – parce que la logique a toujours son cadre et son cadre n'est pas toujours raisonnable. C'est le cas par rapport à la symbiose – le vivre ensemble de manière mutuellement bénéfique.

L'erreur de fond physique dans notre analyse du vivre ensemble est que notre cadre d'analyse est statique, alors que la vie, étant matérielle et partout et en interaction auto-motivée, ne correspond pas à un modèle statique d'analyse. Les grandes nations de millions de personnes, gérées de manière centraliste, exigent une hiérarchie de commande basée sur des modèles statiques, étatistes. Elles exigent donc, qu'on parle tous la même langue par exemple, ou qu'on se réfère tous à l'heure de Paris, par exemple.

Ce genre de modèle statique fait conformer des objets caractérisés schématiquement (nous) à des règles qui les rend traitables. Notre auto-détermination, par rapport au pouvoir décisionnaire, est vastement réduite. Nous ne sommes pas écoutés et nous n'avons pas le pouvoir de lancer des initiatives locales qui ensuite sont acceptées et deviennent généralisées. Au contraire, cela pose problème, parce que incalculable et non-anticipé. Il y a des protocoles pour tout, surtout là où cela commence à sortir des normes. Faire machinalement les choses qu'on nous demande, sans poser de problèmes, est bien vu.

Mais un modèle dynamique requiert un relâchement du pouvoir central de décision. Par exemple, il fait que les impôts soient, dans leur vaste majorité, mis en usage direct au niveau local, transférés horizontalement entre régions en cas de déséquilibre – l'économie est moins monétisée, plus matérielle.

Des modèles dynamiques accommodent la précarité, l'instabilité, l'ajustement, sont consensuels, par intérêt mutuel.

Dans des modèles dynamiques il se passe quelque chose de bien intéressant. Le messager devient le message – tout comme la graine (le codage) devient la plante. C'est pour dire que le message (l'information) est inséparable de son contenant. Cela peut solutionner des problèmes apparemment insolubles de redistribution – celui qui voyage a intérêt à ce qu'il y ait de quoi s'approvisionner sur son chemin, s'il est en interactivité symbiotique avec le milieu par lequel il passe. Ses hôtes ont toute intérêt à profiter de sa présence, en termes d'information, de transport et de travail, pour compenser les frais de sa présence.

Économiquement, un tel système dépend beaucoup moins de questions de propriété – il s'accommode à ceux qui sont là, plus que ceux qui ont titre, étant absents.

Ce modelage dynamique peut aussi expliquer la persistance des idées de droits humains fondamentaux et universels, les deux premiers étant la liberté de mouvement et d'association (les autres droits sont issus de ces droits de base). Depuis un certain temps les soi-disant pragmatiques ont eu tendance à caractériser ces droits de vœux pieux, d'idéalistes, le droit premier étant vu comme le droit au travail, un «droit» qu'on gagne avec l'argent qui donne son autonomie d'autrui, dans l'économie du marché, dans l'économie tout court.

Mais en fait non. Un modelage dynamique explique notre désir d'autonomie par la raison pragmatique – vaut mieux utiliser «l'ordinateur portable» humain pour décider de son sort en interaction avec son environnement physique et social, que d'essayer de le téléguider de loin. On ne peut pas dire, non plus que le fait que les gens bougent empêche l'action décisionnaire à plus grande échelle, puisqu'en donnant plus de connectivité il est plutôt complémentaire. Ce n'est pas une idéologie du mouvement qui est tenté ici, c'est plutôt une trame explicative sur pourquoi ça doit marcher comme ça, pour nous, êtres humains.

La symbiose est un mot qui décrit assez bien comment ça marche, ce système, qui n'est autre qu'un système émergent qui correspond bien à la nature intrinsèque de la vie. Par exemple, vaut mieux que les vaches connaissent leur chemin de retour des champs, que de les obliger par la force chaque soir de le prendre.

On peut aussi réfléchir à la perturbation de la capacité décisionnaire localisée – in situ – qui résulte de l'introduction de subventions déterminées à un millier de kilomètres de là. C'est très déstabilisant, le pouvoir centralisé, il fait ignorer les besoins criants de ses environs.

Je suis conscient que je suis en train de créer le bilan positif sans trop me pencher sur les aspects négatifs du morcellement du pouvoir. Je le justifie en observant que je place l'emphase sur le mouvement, ce qui est local bouge, il n'est pas sédentaire, il est l'inverse de l'isolement. Il relie ce qui, dans une analyse statique, ne l'est pas, relié. Il permet des ajustements, en équilibre dynamique, qui ne sont plus possibles lorsque chacun, chaque matérialité physique, est traité comme un isolat pour lequel il faut trouver une articulation. Il se le trouve, cette articulation, soi-même.

Paradoxalement, nous vivons dans un monde où, d'apparence, on n'a jamais autant bougé, mais mon hypothèse est que nous bougeons «statiques» - il n'y a à peu près aucune interactivité en bougeant. Si les gens sont tellement en amour avec la vitesse, avec la voiture, avec l'avion, je pense que c'est surtout l'effet de la nouveauté, le sens d'une puissance découverte, et que lorsque nous arrivons à une adaptation culturelle à ce phénomène, nous aurons un tout autre point de vu. C'est comme la boulimie.

Dans les faits, nos moyens de transport et notre milieu artificiel s'accommodent très peu à nos capacités humaines. Nous sommes donc sensoriellement et matériellement appauvries, dans un monde qui s'adapte à nos machines bien plus que nous.

Il faut souligner que l'évolution culturelle qui contribue tellement à notre génome progresse, elle aussi, à une certaine rythme, on peut dire que à l'époque des bolides, il y a cent ans, on faisait encore des courses de vitesse, mais qu'aujourd'hui, on pourrait faire des voitures qui roulent à la vitesse du son, cela n'a plus aucun rapport avec ce que peut accommoder le corps humain – et l'infrastructure routière.

Le principal défi est devenu, en effet, ce que peut supporter le corps et l'esprit humains – l'optimisation de son contexte fonctionnel - l'interface. L'époque de la machine industrielle est bien loin, en termes de l'avancement de notre compréhension culturelle de pointe, mais nos institutions et nos traditions restent encore à cette époque-là. Par exemple, nous sommes pleinement dans le siècle de la bio-ingénierie, mais la plupart de nos scientifiques, de nos intellectuels et surtout de nos administrateurs sont encore mesmérisés par une culture d'ingénierie mécanique et physique. Notre langage ne nous aide pas, il est bourré de concepts mécanistes.

Par exemple, nous pensons incessamment à la synthèse – la reproduction artificielle de phénomènes et de mécanismes qui existent dans la nature, alors que, normalement, nous pourrions tout simplement travailler avec l'existant. La roue n'a pas besoin d'être réinventée, il suffit de constater comment elle «marche». Le mot «symbiose» correspond assez bien à cette description de l'état de notre connaissance – on ne ré-invente pas la bio-diversité, on la défend, de manière très «intéressé», même «économiquement», j'ose dire.

L'efficacité de vis beaucoup plus ambulantes est aussi de s'adresser à nos profiles énergiques sans dépendre de mesures punitives macro-économiques comme le taxe carbone. On s'adresse directement aux «besoins» d'une vie humaine ainsi. L'efficacité énergique de vies sans assistance mécanique carbonisée est telle que la richesse qui sert exclusivement à les obtenir ne manque pas – la vie telle qu'elle est ressentie reste essentiellement au même niveau de bien-être. Il ne faut pas confondre l'abandon de ce qui ne nous est pas nécessaire avec l'abandon de toute technologie. Un rétrécissement de nos besoins réels révélera une surabondance de capacité de l'infrastructure existante pour subvenir à nos besoins. Une société qui a passé autant de temps à accumuler de la richesse matérielle a des gisements de matériaux premiers suffisamment grands déjà stockés pour assurer un transition lisse, à cet égard.

On peut lister quelques catégories de «besoins» qui perdureront. Défense. Santé. Recherche et Culture.

Dans un scenario plutôt pessimiste, les pressions démographiques venant de l'effondrement de nos capacités productives de première nécessité impliquent des fortes probabilités de retranchement et de désordre sociaux. Il est fort probable qu'un changement de système qui correspond aux exigences physiques de l'écologie planétaire déstabilisera profondément le système financier mondial.

Un nouveau système «symbiose», comme celui esquissé ci-dessus, serait d'entre les meilleures manières de s'adapter à de tels défis. Il a la mérite d'être consistent avec la réalité systémique de la planète, en termes sociales humaines, et donc de pouvoir générer de l'adhésion qui dépasse nos frontières – des alliés convaincus.

De se ranger aux côtés des destructeurs – de ceux qui défendent leur richesse et acceptent la probable perte de vie massive dans des pays moins capables de se défendre – a le double désavantage d'être auto-destructif – un effondrement de la vie sur terre ne sera pas à notre bénéfice non plus – et auto-destructif – il se peut que d'autres puissances disputeront le morceau avec nous.

Donc la symbiose, comme système sociale, donne des prospects d'avenir, sans menacer l'élimination d'autres populations pour l'obtenir, il est dans la croissance dans le vrai sens du mot – il est viable.

1 mars 2014

Le lien et non pas le bien

On a parcellisé la terre, et ainsi faisant on a déchiqueté notre milieu de vie. Aussi grave que cela puisse paraître comme constat, ce n'est pas loin de la vérité.

Le Vivre avec la nature n'est pas toujours facile, surtout lorsque le taux de déprédation arrive à un certain seuil, imaginons que nous sommes tous des grands nomades, les chevaux, les chèvres, nos familiaux et nous.

Nous ne sommes pas faits pour manger en surface contenue, sinon pour brouter au large, sur des surfaces énormes, pas autant des territoires sinon des couloirs de passage entre les pâturages saisonniers. Nos grands cerveaux servent d'atlas de randonnées dans notre parcours de vie. C'est, en quelque sorte, notre intelligence commune.

Et tout cela s'écrase lorsqu'on nous contient, d'autant plus si c'est dans des logements serrés. Nous avons besoin d'espace, mais en tant que bons sédentaires, c'est au mètre, hectare ou kilomètre carré que nous nous bornons. Ayant perdu l'esprit du broutage intelligent, nous sommes devenus des bovins paisibles, alimentés ... allez, gavés comme des oies, notre fonction dans la vie, être consommateur, et ainsi faire tourner le monde du fric. C'est, dans le cadre présent, notre devoir citoyen.

Qu'est-ce qui se passerait si on cherchait à étendre les liens, d'abord entre et dans les biens - les surfaces desquelles nous construisons notre monde conceptuel, nos espaces vitaux, nos territoires notre chez nous, et ensuite en cassant les rectangles, les barrières, les clôtures, les murs qui ne servent qu'à nous séparer?

Pour les remplacer avec quoi? Au plan physique, des chemins à l'échelle humaine et animale, au bord desquels on broute et on trouve de quoi vivre. Le chemin est dans les termes du biotope une lisière, c'est-à-dire l'un des endroits les plus productifs, tant en vie animale que végétale, construite de plusieurs couches tant verticales qu'horizontales, ayant comme définition même d'être à la marge.

Ici j'explore l'idée assez géométrique de points et de tracés, traces ou chemins, les points étant des formes de vie telles que nous-mêmes, ou le tronc d'un arbre, en coupe latérale, les chemins étant simplement des parcours, des lignes. J'oppose ces idées à l'idée de l'occupation de plus en plus d'espace et de volume. Si ces concepts étaient adoptés par suffisamment de monde, ils pourraient réduire d'un coup le besoin apparent d'une consommation acharnée - et ils pourraient le réduire de manière dramatique, de plusieurs fois moins que dans l'état actuel des choses.

Le lien physique prendrait le relais du bien  - le monde capitaliste dans son incarnation actuelle s'évaporerait comme s'il n'avait jamais existé.

Le besoin politique présent de restimuler sans cesse la méfiance à l'égard des dépendances sur d'autres êtres humains - le culte de l'autonomie - la production de l'insécurité afin d'atomiser la résistance politique pourraient être remplacés par la confiance du lien - chacun d'entre nous en chaque autre qu'il connaît et qu’il rencontre – la loyauté, la solidarité, comme des biens publics d'une valeur réelle.

Ce qui est notable de l'époque industrielle, née de l'Age de la Lumière, c'est l'abandon du lien transversal et son remplacement par un ordre - une hiérarchie absolue. On pourrait dire que dorénavant notre pensée est restée dans la camisole de la propagande contre le féodalisme qui a inauguré l'âge de la lumière - il fallait militer contre et oblitérer dans la mémoire collective l'idée féodale du lien, jusqu'à nos jours cette dépréciation systématique tient bon. Les exceptions sont clés - le mariage et le lien de l'enfant avec ses parents sont attaqués mais difficilement par les champions de l'âge de la raison.

des points

Nous ne sommes que des points, nous nous rencontrons et nous partageons l'infime comme s'il était synonyme du monde entier, nous n'avons pas besoin de plus que ça

... et cependant, la nature qui nous entoure ne peut pas se déplacer en Auvergne, faire un transfert de ses biens à destination de New York, casser son propre écosystème et avoir l'espoir de perdurer, déménager et en trouver un autre.

La nature est, de toute apparence, assez sédentaire, dans ce sens. Comment donc vivre léger, vivre libre et à la fois participer au bien-être de la nature autour de nous?

La tâche se facilite du fait que des points qui ne cherchent plus à occuper de l'espace, ou tout au moins de l'espace constant, réduisent de beaucoup notre fardeau parce qu'il y a moins de tâches - on a des sentiers à entretenir, mais on peut facilement s'en passer de plusieurs œuvres de construction et aménagement qui sauront être dépassés par la réduction des besoins humains.

Et il se passe que la modélisation de ce possible avenir errant démontre que la défense de la nature, dans ce cas, est aussi la défense des milliards de gens aujourd'hui sur la planète. Plus on réussit à utiliser l'intelligence et le lien humains, plus on rend l'humain nécessaire et fonctionnel. Le paysagisme bio, la co-responsabilisation et le partage sédentaire-nomade des tâches d'entretien des terrains dont les deux tirent bénéfice rendent obsolète le conflit des intérêts qui existerait dans un système concurrentiel. Une fois les éléments de base introduits, calculés pour être efficaces en termes d'énergie humaine, on gère la nature jusqu'au point où elle sait se gérer toute seule, en harmonie avec nos besoins tant récréatifs que productifs.

c. automne 2019

Conducteur : infrastructure écologique

Ceci, par voie de présentation du « projet global » écologique que je tente de mener, tant bien que mal, ces quelques dix années durant.

Le mot « infrastructure » est critique, l’expérience que je mène ne conçoit de l’individu que dans le prisme de l’entre-nous, avec l’idée, en plus de cela, d’« extra-personnaliser » les opérations de chacun, vu que, bon gré mal gré, c’est l’altérité de tous dont on dépend et qui nous concerne.

Il va presque sans dire que le mot « écologique» nous pointe notre avenir collectif – ce qui justifie l’emploi du mot « infrastructure » - de l’entre-nous, comme préoccupation principale de l’écologie, non pas les actes de chacun dans sa bulle. A la fois, il faut peut-être noter, vu la tournure chaque fois plus "gestionnaire d'en haut", "flux", "traçabilité" et "puçage" que prend notre société que l'auteur y est tout-à-fait opposé - l'entre-nous c'est vraiment entre nous - et en plus ça marche mieux comme ça.

Le danger de la technicité n’est pas tant qu’elle soit faisable ou non, sinon que, dans le cas de sa faisabilité, elle se substitue au « nous » - au monde du vivant tel qu’il s’imbrique, s’extirpe et s’articule de lui-même. Cette perte d’agencement, par individu et par groupe, est aussi une perte d’existence « fonctionnelle », une perte de motivation engrenée dans ce monde. Le verbe « pouvoir » et son contraire, l’impuissance, décrivent la globalité de cette situation gravissime, lorsqu’elle touche à notre pouvoir décisionnaire sur notre sort. La technique nous donne des leviers, le « nous » nous donne la raison des leviers.

Ce qui est à proposer est une trame organisatrice de nos vies qui nous permette de reconstituer cet engrenage qui fait bien fonctionner la vie ensemble.

Or, la conscience de notre place dans le monde a été flouée par la banalisation de notre utilisation très prodige de l’énergie. Exemple : un être humain de 70 kilos, consommant 60 Watts par heure, se bouge dans un véhicule de 1,200kg (20 fois plus de poids), consommant 10,000 Watts (10kW) par heure (100 fois plus d’énergie). Et puisque le monde s’est adapté, ces derniers temps, plus à la voiture qu’à l’être humain dedans, lorsqu’il sort de son « véhicule », il se trouve dans un cadre « voiture-friendly » qui n’est plus à la mesure de ses capacités inhérentes. La perte de cadence fait aussi son effet – ces mouvements s’opèrent de manière saccadée, intermittente, ponctuant l’allure et les rythmes plus humain-adaptées.

Tout s’absorbe, comme par des éponges grandissantes, par les consommateurs fonctionnels du capitalisme, tel qu’il existe.

Si les gens s’exercent à paraître heureux et performants, dans ce monde de désœuvrement physique et intellectuel, c’est qu’il devient de plus en plus difficile de ne pas se sentir déprécié et inepte, sans l’assistance de machines de tous bords. On continuera de faire mine de conducteur, même éconduit.

Les animaux domestiques peuvent nous donner des idées claires sur ce qui nous attend, puisque nous-mêmes, nous sommes devenus des animaux domestiques par rapport à ces constructions à une échelle qui paraît nous dépasser, tant intellectuellement que physiquement. Ils se focalisent, comme nous, sur le confort, sur l’aisance et sur la sécurité. Nous devenons des mailles dans une société d’émail, consentants.

La démocratie, notre version présente, intrigue aussi, il ne peut pas nous échapper qu’elle est chiffrée à la enième – pourquoi vouloir plutôt mettre sa foi dans les chiffres que les gens ? Une raison potentielle – se défaire d’une responsabilité quelconque dans l’affaire.

3 mars 2020 (rev. 201109)

Jeu d’échecs

J’essaie de me mettre (pile-poil) là où ça fait le plus mal, écologiquement – systématiquement. Je suis très mal compris. C’est un travail. Cela me permet, mon nez devenu affûté, de décoder les maux écolos, d’en témoigner, d’ébaucher des solutions – pratiques, faisables dans le vrai monde anti-écologique d’aujourd’hui. Je pense que si des gens connus, bien vus, se joignent à mon « entreprise », la boule de neige ira croissante. Pourquoi je le crois ? Parce que je l’ai planifié ainsi et c’est mon métier. De plus que, l’ayant pratiqué, sans argent, sans essence, sans portables, depuis bientôt huit ans, ma survie en témoigne, de sa « faisabilité » - mieux dit « viabilité » dans ce monde – et pas un autre.

Des conclusions qui peuvent intéresser :

1. étant donné que les mots « confort » et « facilité » sont devenus la monnaie courante et le leitmotiv de notre époque de mort cérébrale et physique - et de dégoût mutuel … le système doit favoriser ( faciliter ) et rendre enthousiasmant tout ce qui est vraiment écologique D’ABORD. Je sais que je parle à une société de toxicomanes et que ce n’est pas « facile » d’abandonner sa drogue – mais c’est en « ayant fait » que je le sais, je ne parle ni au conditionnel ni au futur. Pour « mater » l’anti-écologisme, il faut jouer le jeu de société de l’échec (écologique), avec bonne foi et fierté humaines – oui, c’est une guerre, une guerre contre la violence.

L’entre-nous

2. Le terrain, c’est toute la surface de la terre, le désert rural existe parce que, logistiquement, on n’a plus moyen de l’investir sans le détruire. Les brigades « pas toucher » de la « conservation de la nature » existent parce qu’on a l’impression qu’on brise tout ce qu’on touche – on a perdu la capacité de vivre dans et interpénétré par la nature.

Les boucles de rétro-action humaines que je propose (les Boucles de Marché, avec leurs espaces de partage et leurs gîtes de passage), sans argent, sans essence, sans portables, résolvent ce problème. L’empreinte écologique de quelqu’un qui marche « rentre dans les clous » écologiques. Le paysage redevient vaste et abordable, la pression démographique (la haine d’autrui, le racisme en sont des exemples) cesse de faire obstacle à son rôle de pôle d’attraction démographique.

Comment on fait ?

3. Les gens de la ville viennent à la campagne. De cette manière, ils remplissent, de plus en plus, les fonctions à présent occupées par les machines en campagne. A moindre coût. Ils ne doivent plus assumer les charges de voiture et de communication qui mangent la marge de toute entreprise rurale actuelle. Et du fait qu’ils bougent, ils ne menacent pas de s’installer ou de déplacer les populations locales, sinon de les desservir ! J’ai noté que les gens de la campagne aiment voir des jeunes actifs, si les termes sont respectueux et de profit mutuel.

Pour créer ce « pied dans la porte » de l’anti-écologisme croissant, il faut des « équipes » de gens résolus, déterminés, visibles – avec des tâches bien spécifiées. En utilisant l’infrastructure des stands sur les marchés, des équipes d’étudiants dentistes ou médicaux, des cartographes (géographie humaine), des botanistes, des apprentis-chefs, des écoliers, ... peuvent, en formation, en stages, en « école linéaire », peupler le réseau et établir des permanences entre plusieurs – des normes « culturelles » qui n’ont plus rien à voir avec les normes de mendiant nomade avec lesquelles on a hâte de stigmatiser tout itinérant avoué (« SDF »).

Il est évident que je vise aussi une enveloppe « structurelle » capable d’emmagasiner les populations bourgeonnantes qui se déplacent – y inclus les réfugiés climatiques auxquels on s’attend – mais à profit mutuel – à la fois des humains et du reste du vivant qui n’attend, lui, qu’à nous embrasser, comme si tout ce « fauchage » et « oblitération » ne fût qu’un mauvais rêve.

La Vie sait très bien identifier un ami – ou un ennami.

Le propos de cette initiative n’est pas tant d’éliminer tout usage actuel des machines – pour cela on ne peut pas l’accuser d’être révolutionnaire dans le sens d’un catharsis abrupte et destructeur – qui viserait la création de « vides » à remplir.

J’envisage simplement d’établir un « rapport de force » où on n’est pas l’esclave de la machine, « indenturé » par l’argent. L’argent suivra, là où nous menons, sa valeur nous reconnaîtra. Cette loi du marché, en marchant nous la créons. C’est pour dire qu’il n’y a pas de prise de position dogmatique, doctrinaire, par rapport aux idéologies existantes (et défuntes, résiduelles). On ne cherche pas à dénicher les autorités existante, on cherche à travailler avec … La peur d’autrui, de l’inconnu, s’aborde « sur place », les actes et les mots font synthèse.

J’appelle ce système, en trois mots « pluri-cultures, co-hérences, ex-titution ».

Déontologie

Pluri-cultures :

un cadre non-monoculturel en faveur de la coexistence

Co-hérences :

Partage des l’héritage commun,
respect de la cohérence de chaque entité,
à chaque échelle

Ex-titution :

S’extraire des institutions existantes,
en recomposer nous-mêmes,
à notre échelle

c. 2018

Les buts de l’infrastructure

Dans un monde écologique, l’écologie s’insère dans toute prise de décision, surtout celles qui concernent l’infrastructure choisie.

Par commun accord, nous devons changer de système – de pensée systémique, à une rapidité inouïe, en termes de notre culture, de nos habitudes, et de leur expression physique.

Prenons l’exemple du feu.

Depuis l’aube du temps, l’homme fait des brûlis pour dégager et fertiliser la terre qu’il cultive. Slash-and-burn – agriculture sur brûlis. Et cela continue – mais pour sauver le monde du vivant, c’est l’une des choses qu’il faudrait arrêter.

L’exemple est parlant. Cette technique de culture sur brûlis existerait depuis qu’on sait faire du feu. En temps moderne, on brûle les feuilles, les déchets végétaux, les restes des récoltes dans les champs. Et c’est très dur de faire autrement, c’est devenu, ou presque, un instinct, une partie de notre code génétique, mémoire collective, mémoire ancestrale.

Nous devons, comme priorité, diminuer drastiquement notre consommation d’énergie, par rapport à la moyenne actuelle – lorsqu’on ne brûle plus la végétation, pour la laisser composter, on fait cela – cette méthode permet de retenir plus d’éléments utiles que le brûlis, et elle permet de les garder plus humides, plus longtemps – en « ralentissant » le cycle de consommation.

« Mais non ! » criera-t-on, « il faut brûler le bois mort pour ne pas avoir d’incendie ».

Comme je l’ai observé, changer les cultures de pensée profonde n’est jamais facile.

Pour nous, les moteurs à combustion interne continuent d’exister, et pour à peu près les mêmes raisons que le brûlis persiste. Les coûts de l’opération sont merveilleusement externalisés. Les profits, non.

Parlant du modèle industriel ou du capitalisme, de l’économie de marché ou de la liberté de commerce, on parle de systèmes qui ont en quelque sorte toujours été, comme propriétés émergentes de notre vie « en société ». On peut essayer de les changer ou de les remplacer – alors que cela donnerait peut-être de meilleurs résultats de s’adresser aux fondations dont ils émergent. Un système économique est fondé sur des valeurs, ou il n’est pas.

Notre société est vectorielle. Une supposition en forme de constat. Elle l’est logiquement, puisque tout ne peut être transmis que par des mouvements, physiques, réels, dans le temps et dans l’espace, tantôt grands, tantôt petits. L’information, ce qui permet à la vie de se constituer en cohérence avec elle-même et autrui, elle bouge, suivant la règle : tout bouge, tout est vectoriel – DONC.

Il s’ensuit, dans ce système vectoriel, que les valeurs de mouvement relatif deviennent critiques. Un prédateur n’a besoin que d’une certaine force pour en terminer avec sa proie. Un rapport de force excessif ne sert à rien, sauf à être obligé à consommer plus. S’il est facile d’obtenir de l’énergie, on peut consommer plus, pour rester compétitifs il faut que les autres consomment plus, et ainsi naît un système économique.

Il est basé sur des nécessités économiques.

c. 2019

une chanson, une symphonie, un film, un algorithme
des prises dans le mur d'escalade

Selon comment on les conçoit, on peut déterminer si l'un ou l'autre est hors-cadre – ou encadré.

Un cadre auto-déterminé est un cadre. Un cadre prédéterminé ou imposé est un cadre.
Hors cadre est un cadre – un peu douteux – il ne peut se définir que par rapport à un ou des cadres.
Hors piste tu suis quand même ta piste – tu la traces aussi bien si tu suis dans les traces des autres sans le savoir.

Ce sont peut-être des jeux sémantiques – mais gare à celui qui manipule l'un de ces mots pour le donner – à travers un sens restrictif, un sens général non-contingent (un sens générique).

Comme si les chemins existaient pour aller quelque part – plus loin en tous cas …

Un chemin, piste, acheminement est sûrement un encadrement. On a du mal à le concevoir autrement, on ne peut pas suivre deux pistes à la fois, en être singulier.

Et l'algorithme, la chanson, le film et la symphonie ne sont que des entités composées de constituants individuels. Une foule ne peut être « foule » que si elle est composée d'individus. Sinon, ce sont des soldats – qui marchent « synchronisés » - et encore … ?

On est en train de décrire des phénomènes qui changent – « dynamiques » (= qui bougent, qui sont plastiques, mobiles), composés d'éléments particuliers qui ont des rapports les uns avec les autres – qui varient parce qu'il y a mouvance.

Le mouvement crée le changement. Le changement crée le mouvement.

On peut constater l’existence d’un phénomène dynamique – un vélo est en équilibre dynamique, cet équilibre ne change pas, tant que le mouvement nécessaire existe – l'effet gyroscopique ne cesse qu'à l'arrêt.

Et s'il n'y avait pas de cadre – la gravité, la friction, la force des jambes sur les pédales, le vent d'en face - le cadre du vélo ne bougerait plus, sans effets encadrants.

Est-ce que les gens bougent parce qu'ils aiment bouger ? On dirait que « oui ».

En tous cas, ils s'arrangent pour bouger … ils ne sont pas des moules.

Faire bouger les choses « pour soi » - est-ce que cela vaut « bouger soi-même » … ?

Après un bon jeu de combat virtuel – mais très actif (en immersion), on est sortie de cette salle pour se détendre avec les autres combattants – boire un café.

J'ai accidentellement renversé ma tasse de café sur les genoux d'une combattante, elle n'était pas contente. Elle a quand même vidé la ½ de son café-crème dans la mienne pour compenser – et tout le monde s'est souri – mais je ne savais pas que c'était parce que ma moustache était dorénavant couverte de crème fouettée – moi j'ai juste souri comme un idiot, comme tout le monde, quoi.

Après je leur ai dit « au revoir » pour aller dormir. Nous nous étions compatibilisés en fuseau horaire mais j'avais quand même un peu de jet lag – c'étaient des Sud-Coréennes habituées à faire la fête jusqu'à tard et partout.

Moi, je devais penser à me lever pour aller à la Poste, c'était 2019 et on n'avait pas encore changé en « tout numérique » – quelle fatigue !

Cet exemple met en question les avantages de « bouger soi même » sur « bouger les objets » … [comment diable est-ce qu'on a réussi à verser, ou à « recevoir sur les genoux » une liquide chaude, venant de l’autre bout du monde ?] mais la question n'est qu'à moitié sérieuse. Il y a sans doute des manières de tromper les perceptions des gens (drogues, prestidigitation, dissonance cognitive) – de simuler le phénomène.

Est-ce que « l’ambroisie » plastique remplit le creux dans l'estomac des goélands ?

Ce qui est moins sûr, c'est que ces méthodes virtuelles pour « bouger le monde » seraient à moindre frais opérationnels. On peut s’accorder que plus la distance et la vitesse d'exécution augmentent, plus le coût énergétique augmente.

… mais pour les super-riches, au contraire, cela évite des ennuis de voisinage …en avant les océans d'information, localisée, dispersée, codée, décodée, …

Très simplement, pour faire fonctionner un tel système, il faudrait convertir la matière même de la terre en énergie – il faudrait en faire un soleil.

J'ai du mal à voir la place des êtres humains là-dedans, il ferait beaucoup trop chaud.

Cette « mise en abîme » du système « énergie à gogo » vise à remettre la réalité physique humaine (somatique) au cœur de nos activités. Le tout numérique n'est point faisable, même pas en partie.

La qualité algorithmique de la Nature, la nature algorithmique de la Vie sont assez bien comprises, de nos jours. Essentiellement les plusieurs formes de vie ont trouvé plusieurs manières de vivre ensemble – à plusieurs échelles – et souvent entrelacées – à profit mutuel, depuis belle lurette.

Cette inertie que conserve la Vie, qui maintient la Terre en état d'accueillir le Vivant – avec l'apport du Soleil, bien sûr.

L'ensemble existe de manière co-évolutionnaire depuis des milliardaires – cette machine si affûtée par l'ensemble des conditions qu'a pu nous inventer le milieu terrestre – se distille en « savoir génétique », « patrimoine protéinique », « intelligence virale ».

L'essentiel étant le captage, l'échange, la transmission entre les êtres vivants – à profit commun (globalement) – un équilibre cohérent, dynamique, adaptatif.

Une forêt peut s'oxygéner, s'humidifier. Elle peut produire des catalyseurs qui lancent des actions en chaîne. Des nuages.

Ce sont des questions techniques – qui relèvent des techniques propres au vivant – de ses « comportements ». « Faire du vélo » est une adaptation technique du comportement « marcher/courir ». Son impulsion, tant en termes d'énergie qu'en termes d'orientation, est respectivement dans les jambes et dans les mains de l'opérateur.

Tout près et aussi léger que possible. La vitesse atteinte peut ressembler à celle où le détail de l'environnement reste encore accessible à la vision, à l'ouïe, à l'odorat et au toucher humains.

Une vitesse exagérée nuit à la sensibilité humaine. Elle réduit notre champs du perceptible et ainsi notre « intelligence cadente » du milieu. En termes « scientifiques » - conceptuels donc, pas juste techniques (exécution), le vélo a beaucoup d'avance sur la technologie véhiculaire d'aujourd'hui.

Et bien plus lorsque cette technologie est motorisée – ou biaisée par l'intermédiaire d'un petit écran tactile. Tout comme les caractères de cet écrit, le petit écran, ou l'immersion 3D, permettent d'accomplir des tâches réelles – commander de la matière à distance, le fameux « pizza », par exemple.

« Sans bouger » réellement, ces machines « font communiquer » et « font bouger ». Le poids est très lourd. On ne le porte absolument pas soi-même, loin s'en faut. On ne sait plus le poids qu'on fait porter. Il existe, il n'a pas été virtualisé, mais cela ne mérite même pas d'être su.

Le vélo, la liquide bouillante, la constipation, tant de maux qui s'alourdissent, derrière notre dos, cachés par le monde virtuel.

Ce monde réel qui nous est devenu subitement opaque.

dimanche 21 mars 2021

Pragmatique: "let us muddle through, in the name of the wholly triad"

Je viens d'entendre une émission où on a loué aux cieux le pragmatisme anglais. On a parlé aussi de son manque de complexes par rapport au privé (versus publique).

Sachons qu'à l'université d'Oxford, où des chercheurs ont développé le vaccin qui marche (plus ou moins!), c'était du public. Que les universités d'Oxbridge (d'Oxford et de Cambridge) sont surtout de renommé mondial pour leur «blue sky research» (recherches en humanités et science fondamentale et théorique sans application immédiate commerciale). Sachons que ce sont des universités très indépendantes du pouvoir, si ce n'est que pour leur taille, leur longues traditions d'autonomie historique et le fait qu'elles sont positionnées à une bonne distance du capital du pays.

J'ai une autre explication que le pragmatisme anglais pour expliquer l'apparente réussite de la stratégie anti-covide anglaise. C'est qu'elle a développé l'antidote au dogmatisme. La tolérance politique, c'est la reconnaissance qu'il peut exister des fortes oppositions et qu'il faut les accommoder. Le sport et le fair play sont des techniques vertueuses pour tourner la compétition en jeu – pour diminuer le rapport de force, à l'égal du fameux humour anglais. Et l'existence d'une pôle intellectuelle d'une certaine taille permet qu'il existe des rapports de raison.

Voilà ce qu'il en est du soi-disant monde anglo-saxon. Les stéréotypes promulgués en France grincent terriblement avec la réalité. Quelle est la correspondance avec la culture américaine là-dedans? Très peu, sauf si cette culture est aussi celle de l'Europe et parfois celle du monde entier. Bien sûr qu'il y a universalisation des modèles, imitation sur imitation, mais c'est l'œuvre du paresseux intellectuel de leur donner des appellations d'origine, là où il n'y a aucune originalité. Je cite Picasso, d'après Bernard Maris: «On copie, on copie … Et un jour on fait une œuvre!»

En ce qu'il en est d'Astro-Zeneca et de l'instinct pro-privé particulier à l'Angleterre, il est une évidence que ce n'est pas particulier à l'Angleterre. Peut-être la modularisation, en entités qui indépendamment poursuivent leur chemin, plutôt que d'être emmêlés dans des chaînes d'autorité jacobine, y a compté pour quelque chose. Peut-être le rapatriement d'eurocrates anglais compétents, avec le Brexit (il y en avait et il y en a encore des tonnes, surtout dans les sphères légales et du lobbying) a eu son double-effet sur la capacité de passer à l'acte. En tous cas, c'est avec une certaine schadenfreude que l'on peut observer le désarroi des étatistes européens, qui parlent de l'Europe comme si l'Angleterre n'en faisait pas partie (dans leurs rêves), pour ensuite être exclus de la réussite anglaise. Bien fait pour leur gueule. Il faut savoir choisir. Il faut être cohérent, cogent même.

S'il est important de comprendre la culture du pays qui a la plus longue tradition de vivre l'époque moderne, sans s'y laisser prendre totalement, c'est parce qu'il peut y exister des accommodations à la modernité susceptibles d'adoption dans d'autres pays, à leur profit. Ici, nous parlons de pluricultures – le fait d'accommoder, tant bien que mal, plusieurs cultures au sein de la même communauté démocratique.

Il est compréhensible que l'on emploie des stéréotypes nationales d'autres pays pour enfoncer le clou et assener des coups dans son propre pays. Mais la presse nationale française a des devoirs de dire ce qui et vrai. Manifestement, autant en France qu'en Angleterre, avec des populations comparables et énormes, nous parlons de multiples cultures. Le raccourci «les anglais» pensent, «les anglais» font est tout simplement contrefactuel, dans presque tous les cas. C'est justement ça la nature de l'Angleterre. La tolérance de l'existence de la pluralité – jusqu'au point de la sécession. Bien évidemment cela n'a pas toujours été le cas, mais il faut quand même reconnaître que nous sommes depuis la Renaissance – certains diraient depuis la conquête normande, gouvernés par une monarchie qui n'est pas anglaise, mais européenne.

Une allégorie pour bien comprendre ce phénomène est «Le Seigneur des Anneaux» - les romans, pas le film, et la position initial du Hobbit dans le Shire. Il faut savoir que l'auteur, Tolkien, a été dans les tranchées de la première guerre mondiale, qu'il est d'origine germanophone, qu'il a passé son enfance essentiellement très proche de la ruralité anglaise et que, tout comme Lewis Carroll, il a été enseignant a Oxford. La manière de raconter les histoires, autour d'un feu, chez lui, avec des collègues et des étudiants de son entourage, est l'une des clés du succès académique anglais. Quelque chose de tout bête, tout simple, la «collégialité».

Le «Mainland» (la terre principale) pour les Anglais, c'est l'île d'Angleterre. Le «Continent», c'est l'Europe continental. Si on dit «en Europe» c'est pour dire au niveau européen, où à l'extérieur du pays, sur le Continent donc, c'est quand même un peu logique. On est pourtant – et évidemment – européen, tout comme les états unis est européen. Et l'Europe, à son échelle fractale, est définie par le fait qu'elle est pluriculturelle et plurilingue.

Les états unis ne correspondent pas à l'Angleterre, mais plutôt à la France, territorialement et institutionnellement – de par sa géographie continentale mais aussi parce qu'il est, démographiquement, imprimé par toutes les cultures de l'Europe, beaucoup par les germanophones, les scandinaves, les russes, les grecs, les italiens, les français, ... mais qui le saurait, comme en France.

Chaque état fédéral est dans un rapport transsectionnelle avec le centre, sauf les états côtières qui font office de centre, la Californie et la Nouvelle Angleterre, y inclus NY State et Ville. Il y a des graves problèmes avec le léviathan de l'administration centrale – et l'homogénéisation de l'identité américaine, souvent sectorielle (blancs, noirs, latinos, Silicon Valley, rednecks). L'état fédéral est en réalité partout.

En France, on a décidé de faire le coup de grâce à l'identité bretonne, assez récemment quand même (1942-6 il me semble). Pareil pour les Basques, les Marseillais, les Catalans, les Vosgiens, … Tant pis pour nous, qui vivons en France, on en est moins riche et moins libres. Comme aux états unis, les identités stupides règnent, les ruraux, les parisiens, les sous-développés du Sud avec leur «caractère». Ces identités hyper-simplifiées, manufacturées par l'élite condescendante, permettant de justifier l'état jacobin et laïc, pour «y mettre un peu d'ordre», de justice. Mais observons un peu … le résultat est qu'il y en a de moins en moins, de justice et d'ordre.

De telle manière que la campagne française est une vaste deuxième chambre législative, sans pouvoir, desservant la classe politique parisienne. Il est difficile de savoir pourquoi le prolétariat français ne réagit pas avec fureur à la visite du salon de l'agriculture par le président, chaque année. Il est difficile de savoir pourquoi ils acceptent de jouer le rural, avec sa paille label rouge à la bouche pour les touristes. S'ils étaient vraiment bien dans leurs bottes, ils ne feraient pas ça. Il s'en sort que l'humiliation réciproque est un genre de jeu national.

dimanche 7 mars 2021

Libre-arbitre

« Arbitre ». « Libre ». Est-ce que ce sont des mots qui vont très bien ensemble ?

Bizarrement, oui. Exercer son libre-arbitre, c'est exercer sa propre liberté décisionnaire. Un arbitre est celui qui tranche, qui décide. N'empêche que l'emploi de cette expression se fait souvent dans un cas plus contraignant : dans le but de remettre sur l'individu la responsabilité de ses actes, bien que le contexte dans lequel il agit n'y soit pas propice.

Le mot « arbitrage » sert souvent de remplaçant pour le mot « jugement ». Dans le sens de « décision » tranchée entre deux ou plusieurs positionnements.

Les gens disent à maints répétitions aujourd'hui « Il ne faut pas juger », mais mettons qu'ils disaient « Il ne faut pas arbitrer » ? On fait quoi alors ? Qui décide ? Chaque acte, chaque enchaînement d'actes représente une décisions. Qui décide ?

Le cadre dans lequel on décide est souvent « décisif ». Il détermine avec une probabilité haute ce qui va se passer. L'arbitrage est la reprise en main de ce sentier décisionnaire. A la base, il est une représentation de la possibilité d'être coopératif et mutualiste dans la prise de décisions sur son propre sort.

Cette idée se manifeste dans un autre mot qui a la même racine – « arbitraire », qui est défini dans le Petit Robert comme ce « qui dépend de la seule volonté, qui n'est pas lié par l'observation des règles ». C'est beaucoup dire. Si. Il y a une règle, que les partis soient volontaires pour accepter que le différend entre les partis soit tranché. L'encadrement réglementaire qui ne laisse aucun pouvoir de participer à la décision aux partis, c'est ce qu'il y a d'arbitraire là-dedans.

Le cahier de charges du libre-arbitre

Maintenant, appliquons ces raisonnements au cadre administratif de toutes nos vies. Qui a libre-arbitre ? Qui a droit à l'arbitrage – et par qui ? Quels sont les déterminants ? La « subsidiarité » est un concept déployé dans une tentative de faire face à ces questions. Ce principe veut que chaque décision soit prise à l'échelle qui lui est propre. Le problème est que les moyens techniques mènent à un pouvoir décisionnaire réel qui ne respecte qui n'a même pas d'idée de ce que c'est, une échelle. Le rapport ainsi établi avec les moins forts d'entre nous, même chez eux, dans leur intimité, est un rapport de force, sans arbitrage, sans qu'ils aient aucun pouvoir décisionnaire.

Tout « savant » pense apprécier ce problème. Il faut avancer. Il faut changer de paradigme. Les gens vont bénéficier de l'intelligence collective qu'on leur apporte. Ils ne sont pas équipés pour le faire assez rapidement eux-mêmes, de leur propre volonté. Le cadre administratif va permettre d'opérer les changements, décidés par les savants, dans le temps voulu.

Tout cela paraît bien raisonnable. Pourquoi, donc, est-ce que cela ne marche pas ? Déjà, est-ce que c'est vrai que cela ne marche pas, ou au moins que cela n'a pas marché ? Au niveau du secteur industriel, cela a plutôt marché. On pourrait dire que pour le citadin lambda, aussi. Il achète ce que produit l'industriel, il se transporte dans sa voiture et il utilise le portable. Toutes ces choses augmentent "sa" capacité physique et mentale de manière considérable.

Sauf qu'il n'a l'exercice d'aucun libre-arbitre. Il n'arrive même plus à bien parler, puisqu'il y a divorce entre parole et acte. Ses actes sont les actes prescrites – mais l'asservissent plus que jamais aux variables qui lui échappent.

« I'm the urban spaceman. I don't exist » (David Bowie) est à peu près le summum de ce paradoxe.

24 octobre 2020 (rev. 201109)

Mirrorland

L’œuvre de l’activiste écologique est celle du simpliste – trouver un chemin logique et direct envers une infrastructure écologique qui vaille le nom, en la tentant. Pour voir clair, on abandonne l’argent et l’essence.

Après une pratique assidue de cette discipline pendant sept ans, on découvre que la technique applicable est celle de la machine sociale humaine, avec un premier constat : il faut que ça bouge pour que ça marche, il faut que ça marche pour que ça bouge.

La liberté de mouvement, c’est la liberté qui permet la liberté d’association. Les deux rendent possible la transmission et la réception d’information nouvellement pertinente. A pied ou à vélo, on peut librement se croiser et se parler au passage. La machine sociale humaine dont il est question est celle qui véhicule la liberté de créer des algorithmes entre nous, de créer des entités sociales communiquantes et agissantes.

C’est l’exercice de ces libertés-là - celles nommées « autonomie » et « choix » que nous cédons aux machines numériques, réchauffantes, climatisantes, transportantes. La démocratie non-participative est une autre de ces vases communiquantes iniques à la fonction sociale humaine, les réseaux dits sociaux en font une autre.

La constitution d’entités sociales qui bougent a un effet « dynamisant », tandis que le sédentaire se trouve séparé de ses pairs – à moins qu’ils bougent envers lui, lui obligeant, séduisant, attirant, comme une fleur sur laquelle on atterrit. L’utilisateur du numérique permet aux réseaux informatiques d’assumer des fonctions auparavant déléguées aux cerveaux interdépendants. Il ne lui est plus nécessaire de marcher à la rencontre de personne. Présentiellement, il n’est pas là.

Dans les communautés hermétiques ainsi créées, on peut trouver des athées humanistes, tout comme on peut trouver des croyants humanistes. L’écrit, notre Bible, notre phare intellectuel, est en quelque sorte mort. La conversation aussi. On ne peut plus parler des écrits. Les deux registres s’effacent – on parle à sa réflexion dans l’écran, comme on le sent. Sa famille toute entière est dans l’écran dans le creux de sa main.

On parle à sa main, alors que la personne en face rétrocède au loin. Sa famille tout près, on y est. On change de paysage, mais son portable, il est là, en soi. Finalement, changer de paysage, à quoi ça sert ? Cela ne vaut même pas l’effort additionnel. On est toujours chez soi, même ailleurs. C’est toujours de soi qu’il est question. Le monde bouge dans son téléphone, on le suit, on en est avataré. Nulle part physique, sauf ailleurs. Le monde s’efface autour de son petit écran, point brillant dans les ténèbres sociales tangibles.

images nature

monde - nouvelle projection
Princetown University
antarctic ice velocity map
world Winkel triple projection
hellebores
world Dymaxion projection
églantier
world square Mercator projection
perce-neiges
complex

pondweed

PET HATES
pet love
burnt fungus
car crash fungus
glacial runoff
Aneto glacial runoff
feu fémur
feu fémur
pine cone
pine cone
sprge gélé
asperge gélé
aube web
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globules
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tiger cane
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snow dawn crête
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fenêtre béante
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goodtry
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reflect bucket
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dapple variegate
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pond Gers
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pond Gers closeup
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pond Gers crop
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whirlfish
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Pyrennean frog
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white ducks in snow
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LalaCravate
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reinette
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meerkats
meerkats - suricats
Pyrennean frog
ammonite limpet /chapeau chinois
snail snail
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birch snail
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foxglove closeup
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poivrons
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fritillary cut big
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alguaneto
alguaneto
frelon rock
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swan
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ail
garlic flowers
jacobéemite
jacobée mite
algues crop
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horse moon
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chemin
chemin de côte
blue orange
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amanita
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foxglove closeup
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duck blur
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Aneto glacier
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evergreen oak
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Aneto to google lake
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Earth 4
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Raynaude stretch
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