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mercredi 29 juin 2022

La Radio – une question de son – mais quel son ?

Le son amplifié

Selon un reportage à la radio nationale, une étude récente (2022) démontre une corrélation entre l’exposition au son amplifié et la sénilité précoce. On savait déjà, à travers l’expérience des ingénieurs du son, que travailler avec les décibels n’est pas sans conséquences auditives. Après deux ou trois décennies de métier, ils se trouvent souvent obligés à « égaliser » le son das leurs écouteurs pour qu’il correspond à l’audition normale. Cette dernière étude ne concerne cependant pas les effets de la détérioration physique de l’oreille, sinon les effets sur l’appareil cognitif, le nerf auditif, partie intégrante de notre cerveau.

Côac, côac : comment ça marche ?

Commençons avec l’effet Doppler et les corbeaux.

Il est connu que les corbeaux savent compter, jusqu’à 5, en tous cas – mais sans langage élaboré, les êtres humains ne font pas mieux …

En général, cependant, un corbeau émet deux croassements : « crôac, crôac », parfois trois, parfois juste un. Nous connaissons tous l’effet Doppler – c’est le fait qu’une voiture qui t’approche fait un son montant et lorsqu’elle s’éloigne, le ton va descendant, niaoooou ! C’est l’effet de la vélocité du son dans l’air plus la vélocité du véhicule.

Plus l’objet qui émet le son va vite, plus le ton change. Lorsqu’on atteint le mur du son, comme Concorde et tout avion supersonique, toute balle de fusil haute-vélocité, il y a un crac ! L’objet a rattrapé et dépassé l’onde sonore qu’il a émis dans l’air, ce qui crée une concaténation - une onde de choc. Le crissement des pneus sur l’asphalte, pareil, il consiste en plusieurs petites détonations d’air comprimé qui dépassent le mur du son.

Les corbeaux bougent en bande organisée. Les deux quarks qu'émet périodiquement chaque oiseau permet à la fois d’entendre le mouvement et la direction de ce mouvement. En termes mathématiques, c’est un monde vectoriel qui est ainsi créé. L’effet Doppler, le déplacement angulaire entre les deux côacs et le volume du son émis, tous contribuent de manière complexe à son calcul. Même l'orientation de sa tête et la force du vent vont enrichir sa perception. Pas mal, pour deux petits sons. Le sonar, chez les mammifères océaniques et les sous-marins, a une fonction similaire.

radiophonie

Lorsqu’on écoute la radio, le stéréo, le « high fidelity », même un enregistrement des corbeaux qui se disent « côac côac », on n’a plus cette information tri-dimensionnelle, on doit la reconstruire, à partir des paysages sonores connus. Mais qu’est-ce qui se passe, si nous ne les connaissons plus assez de vrai vie ? Dans un livre, on peut imaginer, mais avec l’audio-visuel, c’est la vision – l’imaginaire des autres qui impose son carcan. Les films se créent avec des "storyboards", des bandes dessinés qui deviennent des dessins animés, souvent préférés par les générations abbreuvées de "cartoons" et de jeux vidéos.

Les voix à la radio, même les livres audio, par contre, ont le mérite, comme les livres et les journaux, de nous permettre d’imaginer, de conceptualiser, à travers le seul sens de ce qui est dit. Un espace mental bien plus humainement abordable et tangible. Cela devient un peu plus compliqué, par contre, de comprendre, en écoutant la radio, ce qui se passe en studio, ce qui se passe au niveau du « paysage sonore ». On imagine, on fait des inférences, comme pour le téléphone. Tangible-abstrait. On a toujours aimé jouer avec les réverbérations acoustiques qui font rêver. En témoignent les orgues dans les cathédrales, les chambres d’écho, bénies soient les techniques d’autrefois !

Mais depuis l’arrivée du son réproduit et transmis, nous sommes tous sujets à un conditionnement nouveau, qui nous a d’abord peu impacté, par rapport à notre vécu réel, mais qui depuis les dernières années a tendance à dominer, à devenir monoculture. Et c’est une monoculture à très fort impact sur notre expérience somatique, à l’intégrité de notre détection du monde existentiel. D’accord pour le libre choix de chacun, mais dans quel cadre social, quel cadre sensoriel, quelle structure perceptive ?

Le choix du repli social, face au débordement venant des intrus qui à tout moment cherchent à saccader notre attention sans nous faire part de leur propre positionnement, crée un épuisement, une surcharge mentale sans répit.

On peut devenir « allergique » aux téléphones portables, aux réseaux sociaux – l’allergie étant le synonyme d’un abandon de l’effort d’absorption, de compréhension ou de maîtrise. On tente de créer des périmètres, sociaux, physiques et psychiques, là où, sinon, nous avons la sensation qu’à tout moment, toute personne sur la planète risque de faire intrusion sur notre intimité. Le pire, c'est qu'il devient impossible de s'en priver - la socialisation passe obligatoirement par là. Allergie et addiction, un enfer littéral qui crée une dissonance cognitive.

son social

Une fois habitué à une exposition régulière au son sans référence spatiale réelle, il peut être difficile de maintenir une intelligence auditive, dans toute son étendue, du réel. Les réseaux sociaux se composent de plusieurs addictes anonymes qui se contaminent. Les textos simplifient la cacophonie.

D’autant plus si on n’a plus beaucoup de socialisation physique et peu d'engagement. On n'enrégistre que des paysages, en voiture. La signalétique est écrite en gros, au bord de la route, c'est ce qui compte. L'audition se sépare du visuel, tous regardent vers l'avant.

Ou prenons la personne âgée isolée dans sa chambre à écouter la radio ou à regarder la télé, à longueur de journée, ce qui rélègue la voix entendue au statut de « bruit de fond » sans interactivité réelle, remplaçant les cris des oiseaux et les croassements des reinettes. Le "sens" de ces cris devient périphérique - mais où est le "centre" de son attention, de son "être là" ? Seuls les politicens, les chercheurs et autres "professionnels" du média peuvent en tirer un bénéfice actif, et encore ...

intoxication assurée

Et tous se trouvent sous le joug de la tyrannie sonore des machines. Cela peut concerner les écouteurs, les haut parleurs, où même tout son en endroit fermé – à la maison, dans les bureaux, les voitures ... Cela peut expliquer aussi la préférence de certains d’entre nous pour les fréquences basses, artificiellement enrichies et même, après le Covid, pour les vidéos-conférences ou les conversations téléphoniques.

langue humaine assiègée

Qui n’a pas expérimenté la coupure abrupte de l'attention de son interlocuteur lorsque le téléphone sonne ? Est-ce que les interruptions constantes du flux d'une conversation – imitatives des techniques publicitaires qui nous harcèlent – ne nous obligent pas à élaguer nos phrases, à ne parler qu'en expressions répétitives, en slogans préparés à l'avance ?

Tout son qui n’est pas « réel » est vastement simplifié, du point de vue sensoriel puis cognitif. Combien d’entre nous sont encore bilingues, encore des pratiquants de la complexité des échanges vocaux en temps réel ?

On peut vite perdre la main sur les interactions sociales physiques, sur le maniement du son social en vif et en direct, si l'on a longtemps été cantonné dans son appartement à parler avec des gens à distance. La vie au bureau est depuis longtemps en prise du « virtuel ».

Même le « burn-out » peut être en grande partie expliqué par ce genre d’analyse, si l’on rajoute au bilan de l’épuisement au travail la charge mentale d'être constamment disponible pour des intervenants à distance. C’est l’un des impacts des machines censées nous aider à communiquer.

La complexité des gestes, le non-dit, les pauses, la tonalité de la voix, les micro-expressions du visage, ont tendance à passer à la trappe. On veut des signaux forts, des grands sourires, des smileys, parce que l’on s’y est habitué, parce qu’on a moins confiance par rapport à sa performance rouillée « socio-physique ». Réseau social (virtuel) égale fatigue sociale (réelle).

Le social, l’envie de brasser avec les autres, devient surtout un désir dominant de décontraction, s’accompagne surtout de la beuverie et d’un fond sonore pénétrant qui ne permettent que peu de communication complexe. En ville et auprès des routes, les vibrations industrielles de fond sont omniprésentes et on s’y est peu ou prou adapté, à force. À la campagne on remarque donc le silence !

Quel dommage que l'on soit devenu à ce point insensible aux chants des oiseaux, aux vibrations de la terre et de l’air, qui portent leurs messages sur notre environnement, proche et loin.

Le transe, la méditation, la décentration, souvent induites par des résonances et des incantations, sont-elles des rémèdes où des adaptations forcées à l'absence de milieu ambient ?

Le travail en groupe.

– Il dit toujours « non, non, non ! »

– Mais dans ce cas il devrait proposer une alternative ?! »

Des climato-sceptiques se réfugient dans l'effondrisme, pour maintenir la barrière mentale ...

Lorsque quelqu’un se bloque le cerveau contre celui qui parle, il fait amalgame, comme on a tendance à faire par rapport à des intervenants d'un parti politique déprécié. Peu importe ce qui est dit, on va toujours dire « non ». On peut entendre ça, dans les conversations. C’est contagieux, cela produit des interactions stéréotypées.

alambiqué, éloquent, ... ou quoi ?

On dit souvent « non » avant que la personne ne termine ce qu’elle dit, ou pour l’empêcher d’articuler sa pensée (« parce qu’il y en a trop, et ça suffit »).

A moins de me tromper, ici un phénomène qui s’est généralisé assez récemment, ce zapping et ce channel-surfing sociaux, devenus des manips de l'interlocution systématiques. N'empêche que l'on trie depuis toujours ceux auxquels on prète attention, par des indicateurs comme l'accent, la manière de parler, le code vestimentaire, etc.

Les politiciens et les journalistes dans les interviews vifs et combatifs mènent le jeu. C’est la performance, l’agilité instantanée, qui sont mises en valeur. Le politicien écoute les questions harcelantes du journaliste, tout en continuant de parler, ne céde pas le terrain, donne parfois quelques bribes de reconnaissance aux questions.

Il faut beaucoup de doigté et de clarté pour mener à bien cet exercice bien particulier du débat. La reflexion profonde qui donne leur vérité aux paroles n'y est plus. Et tout à un débit digne d’un rappeur, laissant peu de traces informationnelles. De là le besoin du slogan, des beaux mots que l'on retient ...

Dans la mesure que l’on entend des échanges verbaux à sens réduit, on écoute moins la substance de ce qui est dit – ou pas du tout. On pouvait s’y attendre. La politique du chiffre, où il n’y a que le vote qui compte, le système électoral où l’on vote toujours contre, toujours pour le moindre mal, y mènent. On écoute la « qualité » du politique, les mots clés qui montrent son allégeance affective. On s'immunise contre le sens de ce qu'il dit, avec sa langue de serpent, rien ne percute.

Les gens ont soif du réel, besoin de relier les actes aux mots. Faute de quoi le faire, ils ne se fient qu'aux actes.

l'emprise

jeudi 7 avril 2022

L’Emprise

cajots
cajots

Lorsqu’on ne vote pas, ou on vote blanc, n’est-ce pas une expression du sentiment d’impuissance, face à l’offre et à l’issu probable du vote ? C’est logique. Il y a des millions de votants, chacun avec une seule voix. 

On vient de dire à la média d'état qu’il y a un pléthore de candidats (douze, dans les faits). Qu’il y a des vrais choix, une vraie diversité de politiques proposée. Comment se fait-il que la population ne partage pas cet avis, alors ?

C'est une question de jugement. On sait que la plupart des candidats n’auront aucune chance d’être au second tour. Ils peuvent promettre n’importe quoi, en toute sécurité. On tient en compte que les candidats ne feront sans doute pas ce qu’ils disent qu’ils feront.

C’est souvent ceux qui s'affichent contre une politique qui terminent par la faire voter. Il me semble que c’est le Général de Gaulle qui a donné la vote aux femmes et que c’est Giscard d’Estaing qui a fait abolir la peine de mort.

Le pléthore supposé de candidats et de politiques proposés se réduit à un conformisme objectifiant. L'opinion publique se montre bien plus discernante là-dessus que les commentateurs littéraires. Tout candidat peut, comme l’a fait François Mitterrand, prétendre à une politique « ambitieuse » avant de faire volte face devant la "réalité du pouvoir". D’ailleurs, est-ce que nos candidats ont vraiment autant de pouvoir qu'ils laissent supposer ? Le Président Trump, est-ce qu’il a vraiment pu changer le monde à sa guise, face aux lobbies ?

La plupart des thèmes, historiquement de gauche, refont surface actuellement. Les réfugiés, les déplacements, la vie rurale, hostile aux pauvres, la nécessaire frugalité, la nécessaire rélocaliation énergetiques, le besoin de réphysicaliser les relations sociales humaines. Les relations entre les humains et entre les vivants assument l'avant-scène …

Normalement, nous devrions être en train de réduire massivement l’usage de la voiture – et l’entretien des routes à voiture. On relocalise la production de fruits et légumes en les produisant et en les transportant localement. Repeupler la campagne avec des travailleurs humains et non pas des machines signifie une intégration active avec le reste du vivant. Les nouvelles populations rurales, y inclus les réfugiés, s'emploient à des fins écologiques - et ils se nourrissent ! Ce sont des politiques si évidentes que leur absence est suspecte.

Il y a convergence, me dit l’ami, tu devrais être content. Pourquoi, lui ai-je répondu, si cette raison reste sans application ? Si j'ai autant raison, j'aurais déjà du boulot ! S’il y a convergence, je suis déjà au point rencontre. J'y attends encore ...

green light tunnel
tunnel voie verte

À noter : il n'y a pas eu de victoire rurale écologiste. Quelle contraste avec leur relative réussite dans des métropoles importants. Preuve politique de la non-représentativité de nos représentants.

Cette élite rurale de plus inséparable de l’élite urbaine. Le fléau écologique du consumérisme industriel bascule de plus en plus en pleine ruralité. Le nettoyage ethnique de la campagne, sur la critère du seuil de richesse nécessaire pour y accéder, cela s'accélére depuis ces dernières sept années (2015-22).

Parlons de profiles énergétiques, du bilan carbone. Il faut qu'on consomme pas plus d'une tonne par personne par an, en moyenne, pour arriver à un monde écologiquement soutenable. La moyenne française est de sept tonnes – sept fois trop.

La moyenne à la campagne française est de douze tonnes par personne par an.

beatle écrasé
coléoptère écrasé

La majorité de cette empreinte désastreuse est dûe aux frais de voiture, y inclus sa route, à un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres de "chez soi". Les maisons sont souvent grandes et isolées. Les gens sont riches, même s’ils ne se le sentent pas, vu les frais de ce style de vie.

Si la majorité de la surface de la campagne est maintenant non-cultivée, c’est que la culture sans machines n’y est plus économiquement rentable. Si l’on mène ce style de vie de riche, on ne peut pas gagner assez en grattant la terre. On assèche la campagne de ses pauvres, on est donc bien obligé de n’utiliser que des machines. C’est à la campagne, terre par excellence de la subvention masquée, que l’on demande le salaire universel, plutôt que l’honneur du travail qui mérite salaire.

Le résultat électoral est un tri radical qui ne laisse voter, à la campagne, que ceux qui veulent bien s’accommoder à cette vie rurale d’une incohérence écologique profonde. Même les touristes participent à ce jeu de destruction de la nature – de sa biodiversité, de son hydrologie, pour ne laisser que des déserts industriels qui se font souvent passer pour des réserves naturels. Les élevages de bétail écologiquement génocidaires se font passer pour des « prairies fleuries », les forêts de douglas pour des zones d’agroforesterie et ainsi de suite.

On montre souvent du doigt les chasseurs et les agriculteurs. Il paraît nous échapper que ces gens tentent au moins de maintenir un rapport fonctionnel avec les terres qu’ils occupent. Nommons plutôt les vrais coupables – les néoruraux, les touristes, enfin tous ceux qui visitent la campagne sans autre raison que de l’aimer et d’y passer du temps … en voiture, dans une résidence secondaire, au service des riches et vieux, en visitant ses attractions, en mangeant ses friandises.

Tarn vista
Tarn vista

Et toutes ces populations s’enchevêtrent, s’imitent et se parodient. Prenons l’exemple de l’Ariège, qui avec une superficie qui s’approche de la moyenne pour un département français (5000km2) a une population éparse d’environ 150,000. Cette population augmente jusqu’à 250,000 en été.

La grande majorité des visiteurs estivaux sont les fils et filles actifs des vieux qui restent en Ariège. Ils sont allés à et ils reviennent de la grande ville – surtout de Toulouse. On peut tenir en compte que ces lieux de résidence deviennent de plus en plus nominatives, avec le transport en voiture privée, souvent à moins d’une heure de trajet. Qui s’occupe des enfants cette fin de semaine, sera-ce les grands-parents ou les parents … ?

Lorsqu’il prennent la retraite à leur tour, ils vont revenir sur l’Ariège, pour occuper les maisons familiales que leur ont laissé leurs aînés. Le même dessein, avec ses micro-variants, se répète pour chaque secteur – et encore plus depuis l’avenu du Covid et du télétravail. Pour les éco-hameaux, les réseaux de camions, de caravanes, de teufs et d’événements divers assurent une flux constant de visiteurs privilégiés, mais souvent à distance augmentée – Toulouse, mais aussi la Suisse, l’Allemagne, la Bretagne, la Hollande, la Catalogne. Les élites politiques de la ville ont depuis parfois au moins un siècle multiples connexions, des colonies de vacances, des campings, des stages, des sièges, des organes délibératives d’urbanisation et de patrimoine.

Village Français

Les gens se démasquent, en proclamant leur authenticité rurale – leur spécificité locale. Leur usage de voitures est incompatible avec cette prétension. On est arrivé à un tel point que ceux qui en font vraiment leur vie productive sont en toute petite minorité. L’effet est notoire dans le sens que l’on apporte très peu à la grande ville à proximité, qui ne pense guère à sa campagne – sauf en termes de récréation et de périurbanisation. Pour ces élites maints mais finalement pas si variées, l’intérêt est plutôt de cacher son intérêt et d’y voir un prime d’exclusivité, un peu comme si l'on était tous des russes qui maintiennent un dascha familial dans les alentours de Moscou, sans aucun attrait pour la paysannerie du coin. Un genre de kitsch rural, dénué de sens dans la topologie du lieu, prend la place de la symbiose humain-nature.

Bordes shanty
Bordes shanty

On le voit aussi dans les îlots de pauvreté relative que sont devenus certaines petites villes rurales. Les élites les ont effectivement dépassés, tout comme les périphériques et les grandes surfaces. Dans une petite ville, on peut vivre sans voiture, sur le RSA. Les conditions, dans les seuls « centres » de population physique restants, sont bonnes pour la pauvreté réelle et l’exclusion sociale tangible. Des populations de professionnels de santé et des spécialistes de « cas sociaux » se greffent sur la souffrance, justifiant l’existence des centres de santé et services sociaux qui desservent ainsi d’autres populations locales aussi.

Dans la section ci-dessus je caractérise, jusqu’à la caricature, les formes sociales qui créent l’emprise de la société riche industrielle sur la campagne, sans guère mentionner les sujets de débat habituel – les « exploitants » et les machines agricoles, le mis-à-ras systématique de la campagne, puisque il suffit, à vrai dire, de la seule voiture et la seule route pour créer ce désarroi. De même pour les formes administratives que prennent ces blocages apparemment insurmontables, le cadastre intraitable, les règlements du bâti et de l’agriculture qui réduisent les mazets et les terrasses d’autrefois, à l’égal de toute tentative d’habitat léger néorural, impossibles, administrativement, à vivre, sauf pour celui qui n’en vit pas.

L’important est de rester au-dessus de la mêlée pour y voir clair les grandes lignes, les grandes axes du mouvement. Il est sûr que les structures administratives et de la démocratie représentative ont été conçues pour créer des bastions et des fiefs locaux pour les politiciens nationaux et pour défaire toute possibilité de prise de pouvoir par la gauche et les partis progressistes. Il en va de même pour le contexte résolument jacobin et les efforts pitoyables déployés pour induire, à travers l’architecture préfectorale, une seule et unique voix d’autorité d’en haut.

En ceci, la défense de la propriété, la défense de la propriété surtout, montre une certaine continuité, même à travers les époques révolutionnaires, qui, sous cet aspect-là, n’étaient pas si révolutionnaires que cela.

waterlily
waterlily

Le problème est que cela a trop bien réussi. Au début du livre les limites de la croissance, le livre séminal écologique du Club de Rome (publié c.1973), on décrit le progrès géométrique d’un nénuphar, lorsqu’il couvre un étang, en exterminant toute autre vie. On demande sur quel jour il occupe la moitié de l’étang, s’il recouvre tout l’étang le trentième jour. La réponse : le 29ième jour.

Dans un autre livre analytique, on explique qu’en toute probabilité, l’empire romain s’est effondré lorsque les impôts ont atteint un niveau qui a rendu non-rentable la culture des terres autour du métropole. En même temps, les lignes de provision venant des limites de l’empire sont également devenues trop longues. Dans les deux cas, l’espérance de niveau ou de qualité de vie – la surconsommation à laquelle on s’est habitué, ont fait écrouler le système, devenu non-adaptatif à la réalité matérielle induite par sa propre surconsommation de richesses.

marathon start
marathon start

Bien sûr, ce qu’on appelle la réalité économique – qui n’est, tout compte rendu, qu’une réalité tout au plus sociale – fait que la France riche a tout intérêt à maintenir ses terres hors de prix pour tous sauf les classes moyennes et riches. Sans ce prix exagéré du mètre carré d’immobilier, la France ne pourrait guère assurer sa monnaie et ses dettes – la même logique s’applique au niveau européen … ou en Amérique du Nord. Sans importations, sans la sur-exploitation des ressources naturelles, la France ne pourrait guère assumer son rôle de puissance mondiale, de soft power et de hard power. De surcroît, elle risquerait de se faire menacer par toute une série de nations jusqu’à là sous-dominantes qui, étant donné leur dépouillement par les nations de haute consommation comme la France, la menaceraient d’invasion, d’accaparation de ses propres ressources.

Tout comme Rome, le sort de la France – et par extension du monde riche post-colonial – pourrait bien être de subir plusieurs siècles de fragmentation, de parcellisation et de dominance étrangère avant de pouvoir réassumer une semblance d’autonomie souveraine – si jamais. Condamné par son succès, le pouvoir « culturel » de Rome, de Grèce et des autres empires précédents indique peut-être leur maturation, jusqu’à ce que le pouvoir ostentatoire ne soit plus de mise, étant sublimé dans le monde entier.

Il reste qu’avant que ce soit trop tard - le dernier rapport du GIEC donne deux ans et demie pour qu'on change définitivement de cap – nous devons arrêter notre surconsommation d’énergie. Le secteur du transport routier est épinglé. Ceci crée une vraie chance d'une approche logistique et infrastructurelle qui nous évite de tourner nos empires en déserts. Si ceux qui prônent la Transition ont eu tendance à diluer fortement ce message, l'abondance relative de ressources a une vertu, elle nous permet de ne pas trop nous préoccuper des moyens à notre disposition. Paradoxalement, ce sont les moyens humains qui sont déficitaires – la main d’œuvre – et il faut encore chercher des arguments gagnants pour qu’un ouvrier jardinier accepte d’être très mal payé pour du travail dur manuel, sans machines.

L’un de ces arguments est peut-être qu’il peut ainsi accéder à la propriété d’usage à laquelle il n’aurait jamais pu aspirer dans un contexte de pays riche et propriétarial. C’est une approche déjà bien connue en Amérique Latine, où, au lieu d’un salaire universel, on demande le droit a son lopin de terre, dont on va soi-même tirer la bénéfice.

Pourquoi pas en France ? Dès que l’on commence à pratiquer une culture vivrière plus les transformations et les conservations qui assurent la continuité alimentaire, les surfaces requises se réduisent – 500 mètres carrés, 3000 mètres carrés, on ne parle plus de 30 ou de 300 hectares (30,000 ou 300,000 mètres carrés), ni d’exploitation agricole, ni même de maraîchage, sinon de jardinage, de potagers, de symbiose avec la biodiversité, de gestion de l’hydrologie du lieu – ce dernier voulant dire la génération de l’eau douce, de l’humidité et de la fraîcheur.

Et si l’on mettait notre savoir faire, notre science et notre technologie au service de ces finalités, plutôt qu’au service d’un monde sans avenir, pour nous au moins ?

La situation des réfugiés ukrainiens devrait nous rappeler, étant donné qu’elle est précédée de plusieurs autres crises dans la même veine, qu’il y a une potentielle main d’œuvre expérimentée et capable de nous former à ces nouvelle épreuves – une vraie ressource humaine. Cela peut donner lieu à une nouvelle synergie entre le meilleur du savoir technique européen et du savoir non moins technique de faire pousser les plantes à petite échelle sans machines – propre aux travailleurs horticulturels pauvres partout dans le monde.

Notre métissage civilisationnel peut être conçu comme un atout, de nouveau, dans ce nouveau monde exemplaire de l’économie de ressources et la culture du vivant. Des nouvelles techniques fusionnelles, synergiques, peuvent essaimer, à partir des ancienne unités post-coloniales, créant de nouvelles viabilités.

Le défi n’est pas à sous-estimer, mais il existe surtout en nous – dans nos habitudes et nos principes de vie industrielle, contre et malgré tout. Pour reprendre le début de cet écrit, le problème existentiel est un problème de partage de pouvoir. Comment puis-je moi – ou tout autre jardinier – faire prévaloir ma voix contre les voix numériquement supérieures dans chaque instance, chaque réunion, chaque assemblée décisionnaire ? On voit déjà la trame probable de notre déroute, la croissance du secteur des recycleries, de réparateurs de vélo, de co-voiturage, de « technologie intermédiaire » qui reste et qui dépend, finalement, des productions industrielles. Ici se trouvent, dans chaque assemblée décisionnaire, 19 experts en habitat léger transportable (en camion), des mécaniciens, des utilisateurs accomplis de tracteurs, de rotivateurs, de biogaz, pour chaque jardinier.

dog rose
églantier

Et à ce moment-là, la tâche du jardinier, qui est, de surcroît, résolument humble face à ses co-opérands, principalement les animaux et les plantes avec lesquels ils propose de collaborer, dans l’acte de manger (on ne peut guère décrire leur « travail » autrement), est de faire appliquer la raison contre les habitudes de toute une civilisation de barbares technophiles.

Essayons quand même. L’eau est le prérequis de la vie. Une couche d’herbe qui atteint à peine 20 centimètres contient une volume, une colonne d’air humide proportionnelle à sa hauteur. Un arbre de quinze mètres, ou plutôt une couche d’arbres de quinze mètres, contient, sous sa canopée, 75 fois plus de volume d’air relativement humide que l’herbe à 20 centimètres, pour la même surface. Ceci sans compter les multiples effets, encore mal-compris, que sait induire l’arbre, au-dessus et en dessous du sol, pour régler l’humidité de son environnement.

Si l’on choisit, comme on l’a fait dans cet écrit, les effets quantitatifs plus que qualitatifs, parlant d’énergie et de surconsommation plutôt que de qualité de vie et de spiritualisme, c’est qu’on essaie de mettre les points sur les i’s, non pas en termes de finance et d’économie conventionnelles, mais en termes de notre survie objective. L’arbre n’est pas là pour faire des stères de bois, ni des meubles, ni du charbon, du gazole ou du pétrole dans le futur lointain. Il est là comme régulateur au présent de nos vies sur terre. Nous pouvons vivre avec, mais nous ne pouvons pas vivre sans.

Il en va de même pour les jardiniers. L’humain peut vivre avec, mais pas sans. On a tout intérêt, non pas à convertir les jardiniers en robots, sinon à convertir les mécaniciens en jardiniers purs, qui utilisent le meilleur outillage écologique connu jusqu’à présent, qui date d’il y a au moins deux mil ans, qui vient de nos ancêtres (ou c’est ce qu’on dit!) les gaulois. La faucille, la pelle-bêche, et ainsi de suite. Et pourquoi cet outillage ? Parce qu’en termes de son efficacité et sa durée de vie utile, il est plusieurs fois plus efficient, à notre service, que n’importe quelle tronçonneuse, débroussailleuse, rotivateur ou tracteur existant. Son efficacité est complémenté par le fait qu’il utilise l’énergie humaine, une énergie renouvelable, d’une redoutable performance énergétique par rapport à n’importe quelle machine à énergie électrique ou fossile.

On pourrait avancer que le jardinage, fait de cette manière-là, c’est pour les cons. Ceci dit, l’implication serait que les machines sont plus intelligentes et capables que nous. Mais au contraire, elles réduisent la complexité à une simplicité si grossière que l’intelligence appliquée humaine n’y trouve plus lieu d’être. L’outil le plus utile d’un jardinier accompli, c’est sa main – il est capable d’identifier et de préférer une plante entre mil dans un coup d’œil, là où une machine se voit encore obligé de tout mettre à ras. Si on sous-estime l’intelligence du jardinier tant, c’est qu’on a développé une croyance quasi-mystique dans la technologie, qui nous rend aveugle à nos propres attributs clés.

beatle bicolor
beatle bicolor

Transport

globalize : downsize

... is it that simple ?

Les métaux exotiques qui permettent à nos smartphones de se constituer viennent de plusieurs endroits dans le monde, on n’est pas prêt à renoncer à tout commerce de grande échelle, dit un commentateur.

La compétition sur l’échiquier mondial des autonomies relatives de chaque sphère d’influence régionale, idéologique, économique, s’est mis à l’avant, ces derniers temps. La biotech a aussi commencé à démontrer son importance stratégique, en lien avec à la fois les enjeux écologique et de santé humaine.

La branche d’études de l’auto-agencement par voie humaine – l’auto-administration de « médicaments sociaux », de pouvoirs d’auto-constitution et d’auto-restitution de ressources (ressourceries). La question d'échelle organisative de sociétés humaines expérimente une renaissance. Le rapport dépend beaucoup de l’exposition aux risques, locales ou globales, de la fédération référencielle dont l’organisme social fait preuve.

Communications

weather satellite
satellite météo

Référents : anonymat

Dans la mesure qu’un nœud dans un réseau et visible ou détectable, et par qui, l’orientation de l’individu est subjective … ou emprise. Un système de référents qui s’auto-choisissent et s’autodéterminent permet « l’occupation » d’un territoire par la décision autonome, système fourmis, d’être un messager ou non, d’être un référent en étant acteur.

avispa
colour maze

Down size

insecte cherche chemin de manière autonome,
cerveau très petit mais performant.

Les fourmis laissent sur leur chemin une tracée de phéromones qui communique à leurs camarades de passage leur « état phéromonal », au moment où elles étaient présentes sur le lieu de passage. On appréciera la finesse du mécanisme – les fourmis sont mobiles, ainsi étendent-ils la connaissance et l’intelligence du territoire autour du nid dans son ensemble, parce qu’elles sont mobiles, parce qu’elles ont libre arbitre, parce que il y en a plusieurs et que chacune agit localement tout en renforçant l’intelligence et la cohésion collectives …

L’être humain est également équipé d’une autonomie locale de décision, de mouvement, et de plusieurs méthodes de communication ou d’incommunication, mais souvent sujet à des décisions adaptatives préalables, mises en œuvre collectivement – par des modes de partage d’intelligence pré-accordés. L’autonomie qui sera accordé à l’être humain est l’un des facteurs qui rentre en jeu lors de décisions prises sur la mode d’action.

La « liberté de mouvement », la « liberté de communication » permettent à l’agent d’interagir pleinement, à son gré, avec son environnement. Agent de sa propre vie, il peut prendre son destin en main. Tant que cette décision est harmonieuse avec le destin du collectif, tel qu’il est défini, la force de travail de l’agent est en partie « mutualisée ». Avec et par qui ? Avec et par le collectif (ou ses agents), tel qu’il est défini, dans le cas particulier …

Julius César : la guerre des gaules, (livre 1, c. -51 av. jc)

… attribue le respect qui lui est accordé par les Helvètes à sa réussite, en un jour, de la traversée du fleuve qu’il leur a fallu vingt jours d'effort pour accomplir. C’est sa démonstration de prouesse technique et logistique qui a exigé le respect … selon lui.

Il essaie d’imposer sa logique sur le champs, disons. Une campagne, ou une saison de campagnes, c’est un mouvement, ou une série de mouvements orchestrés par rapport aux tributs à recevoir, aux alliances à cimenter, aux arbitrages à trancher et aux prestations de services à donner.

mercredi 16 mars 2022

JARDIN-ÂGE

Agriculture – bio – paysanne. Jardinage.



green

Je previens le lecteur que les mots ci-dessous sont écrits avec beaucoup d'émotion. Ils ne sont pas virulents, mais parfois la colère et l'exaspération se font voir. Mille excuses. Le but est de taper juste, même si les paroles peuvent parfois se faire sentir comme injustes.

Celui avec le cerveau pré-fermé aura cessé de lire les mots qui sont écrits ici, dès qu’il croit identifiér le positionnement idéologique.

Il existe une logique circulaire qui n’a aucune logique, finalement. C’est celle où on dit que pour nourrir le monde, il faut de l’agriculture à l’échelle industrielle, avec des tracteurs et des techniques ultra-sophistiquées. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas revenir en arrière. Parce qu’on ne peut pas se réduire à la pauvreté, aux conditions de vie moyenâgeuses.

Peut-être faut-il tout simplement dire qu’on nous a eu – et que oui, on peut, puisque avec toute notre technologie, on ne fait guère mieux, et souvent pire. Ce n’est pas en stigmatisant des modes de vie frugales, pleines de santé et de vitalité, par des épithètes péjoratives, que l’on gagne l’argument objectif. La question n’est pas là – la question posée est « peut-on nourrir le monde par des méthodes non-industrielles, à une échelle non-industrielle ? » La réponse est « oui », et qu’on le fait déjà – regardez les chiffres, disponibles en dehors de cet écrit, si vous ne me croyez pas. Les cultures paysannes nourrissent depuis toujours la plupart de la population mondiale, l’industriel ne nourrit que ceux qui sont les plus consommateurs d’énergie – ceux qui sont, objectivement, en train de tuer notre monde à tous.

Il faut voir qu’à l’origine de l’idée de l’économie de marché, dès l’époque industrielle, est l’idée que le marché, la compétition sur les prix, est comme un bâton magique dans le sens qu’il s’autostabilise. Mais il a plutôt l’air d’être la guerre par d’autre moyennes, s’il réduit des humbles paysans d’une pauvreté digne à la pénurie et à la précarité absolues, par une compétition déloyale. Cela se réduit à « on est plus grand, on écrase l’autre », un simple rapport de force. Pour peur qu’ils se mettent en collectif, pour établir un rapport de force réel, on interdit aux pauvres de se rassembler. La voie publique et l’espace public deviennent le territoire exclusif des voitures. Les machines de communication communiquent à notre place. Etc. Nous arrêtons de penser pour nous-mêmes.

Dans un livre récent sur la résilience alimentaire, j’ai été frappé par une photo aérienne de Novosibirsk, une ville Russe près du lac Baïkal, où l’on voit d’énormes étendues de potagers ouvriers à la limite de la ville – chaque ville russe en possède, il paraît. Lors de la crise financière des années 1990 en Russie, les russes pauvres ont pu survivre, en grande partie, grâce à ces traditions – tout comme dans d’autres périodes d’intense privation. C’est pareil pour les anglais, lors de la deuxième guerre mondiale. « Dig for Britain » était le slogan patriotique de l’époque. Au lieu d’expérimenter ces « privations » comme des signes de souffrance et d’abaissement devant l’ennemi, on les a finalement incorporées dans le mythe national comme des manifestations de résilience, d’autonomie et de respect pour soi. Des masses de jeunes urbains ont été envoyés à la campagne, pour aider dans l’autonomie alimentaire, face au blocus des « U-boots » allemands. En Chine et ailleurs dans l’Asie du Sud et de l’Est, des mosaïques de rizières sont entretenus ans aucun moyen motoriséet sans engrais chimique.

Donc, oui, on peut. Si les organes de média nationale française font de ce sujet un absolu tabou, c’est que notre « intelligence collective » nous a joué un sale tour, elle nous a fait de ce sujet un interdit. Oui, on peut vivre à la campagne sans voiture. Oui, on peut pratiquer du jardinage maraîcher, sans machines, sans transport mécanisé, sans routes surdimensionnées.

L’empire Inca s’est construit par palier écologique, sans roues, sans parler de routes, et sans langue écrite. La technicité Inca, leurs savoirs-faires n’ont rien à envier aux autres civilisations de l’époque – ce n’est pas parce que l’on élimine ce qui est trop coûteux, énergétiquement, que l’on renonce à tout savoir. Au contraire, c’est une signe de l’intelligence de l’organisation collective, contre l’application de la force brute.

Nos revenus seront vastement réduits, mais nos frais d’entreprise aussi. Si l’objectif est de se nourrir et d’avoir une bonne qualité de vie, aucun problème. Le leurre est de confondre le chiffre d’affaires (le salaire brut) avec le marge (ce qui nous reste après avoir payé tous les frais de l’entreprise). C’est une tromperie d’une telle évidence qu’elle insulte notre intelligence. Si on répète sans cesse qu’il faut hausser les salaires, surtout en période électorale, c’est un mantra codé de la fuite en avant dont personne, ou presque, n’est dupe.

D’ailleurs, les rendements par hectare ne seront pas réduits – attention, l’argument par lequel on nous fait croire que le rendement « en bio », sans chimie, est forcément moindre que le rendement industriel, est archifaux. Il consiste à prétendre qu’en prenant certaines semences, faîtes pour l’agriculture industrielle et non pas pour le jardinage, en rajoutant de l’engrais à gogo, en utilisant des tracteurs, etc., on fait mieux que si l’on pratique une agriculture « raisonnée » (industrielle), paysanne (avec tracteur), sans jamais regarder d’en face l’efficacité globale de l’opération (il faut bien des hectares pour payer les gens qui produisent le tracteur, par exemple). Et en parlant de tout cela, on oublie de parler du jardinage ... de l'interaction directe, à petite échelle, d'un être humain avec la terre, avec ses animaux et ses plantes, sans aucune assistance mécanique.

Attention ! Les machines biologiques (nous) sont encore beaucoup plus « efficients » que les machines thermiques, électriques, nucléaires. L'être humain : environ un ou deux Kilowatts par journée entière, pas par minute. L'être humain, plus d‘intelligence et d’autonomie que n’importe quelle machine, à moindre prix, une efficacité, rapidité et précision sans pareilles, si l’on considère son adaptabilité (une seule machine pour faire une multiplicité de tâches). À moins que tu t’arranges pour que ses frais de vie soient tellement exorbitants qu’il doit toujours « travailler plus pour gagner plus ». Un être humain accompagné de toutes ses machines et toutes ses prothèses, c'est vrai que cela coûte très cher.

Pareil pour les critiques systématiques des écologistes en éco-hameau, qui n’arrivent même pas à se nourrir s'ils ne trichent pas avec les aides sociales (RSA), sans l’aide de leurs parents, sans l’accès aux bio-coops en voiture. Ces critiques sont malheureusement entièrement justifiées. La campagne française est en train de devenir la préserve des riches, les tentatives d’en faire des réserves de la nature où, de fait, il n’y a que les riches et les amis des riches qui y ont accès, sont de nouveau bien méritées. Ces générations ont eu cinquante ans pour démontrer que leurs modèles de "retour à la nature sont accessibles à la majorité de la population – et elles ne le sont pas. La voiture prend tout. Ce n’est pas en mettant en exergue sa profonde identité avec les « peuples premiers » (et les autres?), qui eux-mêmes occupent souvent des vastes tracts à une densité de population également réduite, que l’on peut convaincre à un pauvre paysan sans terres de la justice de sa cause. L’espace cultivable est là. La bio-diversité s'augmente, la précipitation est augmentée, pas réduite, par des techniques de jardinage à l’échelle humaine et non pas d’« agro-forestrie ». Ce qui manque, c’est les êtres humains – et pourtant, il y en a … des millions.

Ce n’est pas en prenant de mauvais contre-exemples de ce qu’il ne faut pas faire qu’on gagne l’argument de fond. Toutes les élites rurales doivent être mises en question maintenant – leur campagne est en train de devenir un désert, plus industriel que la ville. Ces élites se confondent, d’ailleurs, avec les élites urbaines. Leurs excès de consommation sont tout simplement ahurissants. Comme au Moyen Âge, les riches peuvent voyager (et comment!), les pauvres sont plaqués sur place (même pas l’argent pour payer l’essence). Le touriste qui dépense de l’argent, qui consomme à outrance, est le bienvenu. Le pauvre, qui voudrait bien travailler pour gagner son pain, et celui des autres, en faisant un potager, est considéré un fardeau, un parasite même. Bien sûr qu’il l’est, si le coût réel de la vie à la campagne est devenu prohibitif ! Et pendant ce temps, les réfugiés s’amassent à nos frontières, et les potagers stagnent. L’irréalisme est tel que les riches se plaignent du manque de services (de servants), d’« aide à la personne » à la campagne. Mais qu’il fassent qu’il soit faisable d’y vivre !

Nous avons ôté et nous continuons de détruire à peu près toute l’infrastructure nécessaire pour vivre une vie humble et digne à la campagne. Cherchez les bancs, les abris, les bivouacs. Cherchez les endroits où faire un feu de cuisine, où se réunir sur le chemin, où garer son vélo, son sac-à-dos, son âne. Cherchez les lieux de stockage, les gîtes de passage, les travaux saisonniers, les jardins à cultiver. Les « salles polyvalentes » (quelle ironie) restent la plupart du temps totalement vides. Les mazets, les orris, les lieux d'hospitalité sont obstrués. Les « médiathèques » restent la plupart du temps fermées. Les champs sont visités deux ou trois fois à l’année, en tracteur. « On n’a pas d’argent pour cela ». Non. Vous n’avez tout simplement perdu le désir de partager vos biens !

On les a presque éradiqué, ces lieux de convivialité ouverte, dans le dernier demi-siècle. Des années 1970, où il était banal de crapahuter avec son sac-à-dos pour trouver du travail, sans être traité comme un vagabond, aux années 2020, où les mobilhomes ont plus de droit d’exister sur la place publique que les êtres humains, l’hostilité contre l’humain mobile par ses propres moyens est devenu envahissante. « Sans domicile fixe » est devenu « sans droits civiques » – ce n’est qu’en se « domiciliant » et en s’humiliant (accueils de jour, principalement desservant des populations considérées comme des toxicomanes, des alcooliques ou des « tolards », le « 115 » pour des « hébergements d’urgence ») que l’on peut faire reconnaître ses droits humains théoriques. Les plus démunis sont noyés sous les excès, de piètre qualité nutritif, de la société de la consommation, ils n’ont aucune motivation ni possibilité même, pour la plupart, de produire leur propre alimentation.

Peut-être qu’il faudrait rappeler aux héritiers du christianisme que Jésus et ses disciples étaient eux-mêmes SDFs. Pauvres ? Mais oui ! « Je viens manger chez toi » a dit Jésus au riche.

Si l’on veut vraiment retrouver une productivité nourricière qui concerne toute la population, il faut donc d’abord, et avant tout, rendre possible l’accès digne à la campagne pour les gens à pied, sans moyens, en capacité de travailler la terre, de transporter et redistribuer les denrèes.

L’effet de l’industrialisation massive de la campagne, y inclus les systèmes de transport et le réseau routier, est de rendre « hors de prix » l’accès à la ruralité, pour la vaste majorité des citoyens. Mais « travailler » à la campagne est devenu « travailler seul, avec ses machines ». Tout le temps ... une vie d’enfer. Il faut être quelqu’un de bien particulier, ou bien riche et socialement connecté, pour vouloir vivre dans ces conditions d’isolement social. Pour un urbain, le seuil est rendu encore plus difficile à franchir, il s’aventure, sans aucun soutien social, sans aucun appui logistique, dans une terre qui lui est devenu étrangère.

A ce défi, autant les potagers ouvriers que la vie de nomade, les deux sans recours aux machines, sont des manières de socialiser le transport et le travail vivrier. Comme lieux de vie, la route et le jardin comptent, énormément. Qu’ils deviennent de nouveau vivables, pour tous et pas pour une infime minorité !

samedi 11 septembre 2021

économie d’attention

Mieux dit « société d’attention », il semblerait, sauf que l’inattention y joue pour beaucoup, …

mais commençons aux origines – la mémoire.

Là où beaucoup d’entre nous aurons commencé leur éducation en croyant essayer d’apprendre des choses par cœur pour s’en souvenir après, j’ai été d’entre ceux qui voyaient certains sujets comme des risques de contamination mentale et faisais de mon mieux pour ne pas les connaître. Ces sujets n’étaient pas des moindres. L’écriture et la lecture, j’étais contre, basé sur les prémisses que cela allait interférer avec ma perception du vrai monde et qu’une histoire racontée de vive voix vaut mil histoires livresques. Je n’ai pas changé d’avis depuis. D’autres sujets qui attiraient mes foudres étaient les écrans et ce qu’ils projetaient, très inférieur à la vrai vie et sa narration, et tout ce qui traitait de la religion, qui me paraissait, tout au moins, malhonnête.

L’économie de l’attention est donc, pour moi, un peu comme l’intelligence collective, une description incomplète du même verre à moitié plein, à moitié vide. Cela pourrait tout aussi bien être la stupidité collective, qu'est-ce que j'en sais? Ou le savoir faire collectif (par exemple, les romains ont bien utiliser du plomb pour l'eau potable, et nous après, cela abrutit, quand même ...). On n’apprend pas comme une éponge, on apprend en discriminant ... on apprend à discriminer.

Ceux qui essaient de comprendre le fonctionnement du cerveau sont venus plutôt renforcer mes intuitions sur ces sujets depuis lors. On bloque beaucoup. C’est même l’essentiel de l’apprentissage – savoir distinguer entre les bruits parasites et le signal. Et un métaphore basé sur l’audition marche mieux pour décrire le fonctionnement du cerveau à cet égard qu’un métaphore visuel. Imaginons une foule de gens qui parlent, tous à la fois, d’entre lesquelles on ne veut entendre que la voix d’une seule personne. Qu’on y arrive est déjà assez impressionnant. A-t-on écouté l'un, ou coupé tous les autres?

On a du délibèrément ignorer le son des voix de tous les autres, mais la complexité ne s’arrête pas là – mettons que c’est une conversation que nous essayons de suivre, contre le sifflement du vent … Pour apprécier la différence entre l’auditif et le visuel, un sourd-muet qui lit sur les lèvres n’a qu’à se focaliser sur le visage de celui qu’il est désireux d’« écouter ». Pour entendre la conversation entre deux personnes, il doit les avoir tous les deux dans son champs visuel, encore qu’il n’« entendra » pas tout – il n’entendra que difficilement les interruptions. En réalité, c’est une question non-neutre de comment focaliser son attention - et avec quels moyens.

Et qu’est-ce qui se passe si tout cela se réduit à écouter celui qui n'oublie pas de mettre des « smileys » ? Q'on écoute le texte, mais on coupe la voix de celui qui est devant nous, lorsqu'on cherche de la connaissance "avérée"? Essayons de voir le verre à moitié plein.

Si ce sont les égyptiens qui ont inventé l’une des premières langues riches d’expression écrite, c’est surtout dans le métaphore visuel, auditif, conceptuel qu’ils ont été forts, leurs hiéroglyphes étaient tout sauf universelles, ne faisant du bon sens que lorsqu’on les localisait dans la culture et l’environnement de leur production. Le Sanskrite, une autre langue écrite ancienne, a servi de base pour la construction de l’alphabet phonétique, puisque ses signes représentent ni plus ni moins que chaque petite nuance de l’articulation, la vocalisation et l'aspiration de nos voix. Mais la langue des signes n’est pas la langue des voix – cela n'a pas empêché au Sanskrite d’avoir cent différents mots désignant l’éléphant dans tous ses états.

Si une langue est comme une espèce qui suit les lois (non-écrites!) de la sélection naturelle, on peut dire que l’égyptien est tombé en désuétude, après une période réservée à la pratique par l’élite religieuse, que le sanskrite et même le chinois écrits sont dans le domaine des liturgiques et des lettrés, puisque pour les opérations de jour en jour, d’autres formes d’écriture simplifiée ont été adoptées.

Le français et d’autres langues européennes ont aussi suivi ce double sentier de jeux entre l’orthographe et la prononciation réelle d’un mot, tandis que l’espagnol est invariablement phonétique, au moins théoriquement, tout en utilisant exactement les mêmes symboles, les lettres, un grammaire et une syntaxe très proche des langues voisines (à l’exception du basque).

L’économie de l’attention numérique ne se déroule pas paisiblement dans l’arrière plan, sinon dans l’immédiateté. Elle nous « saccade », nous brusque l’attention, jusqu’au mini-moment quantique. Or, la science peut en dire loin sur ces « moments d’attention » - ils ont une cadence, même un certain rythme. Chaque être vivant « détecte » différemment des détails plus ou moins comprimés dans le temps, localisés ou dispersés dans l'espace, de l’ultrabasse aux très hautes fréquences qui, par leurs vibrations, nous communiquent leurs "informations".

L’ensemble de ces faits ci-dessus, ce corpus de connaissance, nous mène à certaines conclusions. Notre attention n’est pas figée, c’est une bataille constante de triage entre l’essentiel et le non-essentiel, tout en retenant le maximum de points d’accès sensoriels aux données. On parle ici des appareils que la nature a cru bien nous donner pour cette tâche, nos yeux, nos oreilles, nos langues, nos corps, tous nos corps, y inclus ceux des autres. Une économie de l'attention, come une langue, est aussi une économie de la communication - payante, peut-être (!).

L’intelligence collective, dans sa version 2016 en amont, suppose que c’est notre culture partagée qui nous donne le dessus évolutionnaire – la transmission, en ignorant très largement la forme précise que prend cette transmission du savoir - sa trame sociale. Elle présuppose que c’est l’essentiel qu’il faut transmettre – du son sans parasites. Des lettres sans sons. Des clés universelles de la compréhension sans contexte – des formules de la pensée abstraite. Mais dans ce cas, nos paradigmes sont toujours incomplets. La tentation sera toujours de les compléter en forçant la réalité, pour qu’elle se conforme au pied des lettres.

Plus loin, la société de machines à penser et à agir à tout intérêt à extraire de la terre la conformité à ses règles socio-machinales, plutôt qu’à se conformer à sa réalité terrienne. Elle n’est pas « adaptable » - elle « adapte ». On nivelle le champs, pour qu’il soit « exploitable », plutôt que d’inventer des machines à respecter les accidents de terrain d’origine. La facilité devient « l’absence de complexité », bien que ce ne soit pas le cas réel. Au service des machines, nous essayons de penser comme des machines, pour pouvoir mieux accommoder la terre à leurs exigences, pensant très peu aux nôtres, en tant qu’animal physique humain, tout en réclamant nos droits au confort matériel et psychique. Peut-être les deux en même temps sont incompatibles, vu l'état actuel des choses ?

Et par conséquence la pollution sonore, on pense ne pas y penser – mais à voir comment ça joue si nous considérons ce qui marche pour les machines, pour attirer notre attention. Les sons marchent très peu. Ils marchent très peu parce qu’ils sont trop efficaces pour casser/réattribuer notre attention – et on les éteint, ces machines qui ne nous laissent pas tranquilles ! Comme un « pas de pub » collé à la boîte aux lettres de presque tout le monde, sauf ceux qui ne ressentent pas le besoin parce qu'ils n'en reçoivent jamais.

Auparavant, ce comportement de refus même de s’ouvrir à la possibilité de la communication était réservé au voyageur commercial, porte-à-porte – aux « colporteurs » maudits. On assimile les causes de ce rejet à des raisons raisonnables – « s’il a quelque chose à me vendre, ce ne sera pas à mon profit sinon au sien », pense-t-on, « je n’y aurai sans doute aucun intérêt ». Mais le refus communicatif s’épand, lorsque les possibilités communicatives s’universalisent.

Dans une économie de l’attention, le calcul primaire devient exclusivement social – à qui permet-on l’accès à notre attention ? A notre réseau social et point. Face à ce refus d’attention, ceux qui veulent réclamer notre attention appliquent, faute de mieux, le chantage et l’exigence. Tu t’inscris sur « Pôle Emploi » parce que tu n’as guère de choix, si tu veux accéder aux opportunités d’embauche. Tu te reconnais être en besoin urgent d’« insertion sociale » parce que tu n’as guère le choix, pour toucher de l’argent. Tout devient « urgent » – de là l'expression « cas social ». Tu te considères pragmatique, en permettant que ces parasites de ton attention soient prioritaires. C’est la réalité sociale – tu n’as pas de choix, sauf de t’abstenir des vaisseaux communicants qui n’attendent de toi qu’un « si » ou un « non », en guise d’échange. L’économie de l’attention c’est aussi l’économie du temps, elle termine par nous pénétrer tous de ses codes insensés – insensés par rapport à nous en êtres primaires.

On observe que l’économie de l’attention est aussi un rapport de force social, et que le conditionnement subi peut changer les valeurs de ceux qui le subissent – jusqu’au plus profond de leurs êtres – le sexe et les relations humaines représentent la plupart des modes d’expression « levier » des nudges tentés. Chaque bastion de la communication humaine cède devant les exigences machinales, jusqu'à devenir peau de chagrin.

Or, la communication – pour nous incarnée par « la langue » est sans exception situationnelle, personnelle, singulière. Le chat peut nous apprendre des bons leçons à cet égard. C’est avec grand amusement que l’on peut observer qu’un chat essaie de ne jamais agir sur un objet sur sa trajectoire - il les contourne. Et pourtant son premier objet de désir, c’est lui-même, et il se lèche avec assiduité. Il est ce que l'on appelle "auto-centré". Il sait faire, mais il ne se laisse pas faire. C’est lui qui veut absolument choisir ses objets d’attention – qui focalise, qui dirige ses oreilles envers les sources sonores, qui feigne la surdité en espérant qu’on lui fout la paix, qui entrave le pas de son familier humain pour réclamer l’attention, même à son propre risque et péril – comme un enfant au supermarché.

Le harcèlement comme moyen d’attirer l’attention n’est qu’un terme générique, vu de cette manière – on peut avoir le harcèlement doux (la charme), le harcèlement dur (la menace) mais c’est pile et face. Si on s’en lasse, c’est aussi un épi-phénomène, le burn-out n’est autre qu’une réaction théâtrale allergique – on a « trop donné » de son attention à des causes qui « ne sont pas les siennes », on a besoin d’un « temps pour soi », on devient mouton devant les autres. Cela fait un sens parfait dans une économie de l’attention simulée. Mais comme je tente de décortiquer, on peut voir que beaucoup tourne autour des moyens – des techniques de communication d’un savoir collectif. Ce n'est pas que la nature humaine ait changé, c'est que la nature de l'expression "technique" a changé sa mise en oeuvre, sa logique combinatorielle. Pouvons-nous suivre, collectivement ?

Avec les termes « présentiel » et « distanciel », tous deux très récents, on voit la langue conceptuelle humaine en train d’évoluer pour accéder à une articulation de ces concepts. Être là ou ne pas être là sont les définitions même de cette ouverture ou non-ouverture ou fermeture des vannes de la concentration, de la focalisation sur un objet subjectif. "Oui je suis là" on entendra avec fréquence dans des conversations d'un bout à l'autre du monde. Le chat, mais tout être vivant, à vrai dire, maîtrise bien ces rudiments de savoir, le rayon du cercle présentiel. Le virtuel les bafoue, notre langue traine. N’oublions pas que la conversation – l’échange de paroles – fait pleinement partie de cette économie. Savons-nous mieux nous écouter, nous parler, aujourd’hui qu’hier – et à qui ? Savons-nous mieux négocier la prise de parole, les réunions ? Une langue humaine n’est jamais universelle, elle est faite autant pour exclure que pour inclure, autant par référence à d’autres langues voisines ou « en compétition » que par rapport à sa propre structure. Il est donc important de se pencher sur la probabilité que lorsque la machine prend le pas sur nos propres moyens socialo-communicatifs, nous serons en tension dynamique avec ce nouveau véhicule de transmission de savoir – que nos langues en subiront l’empreinte.

Il est surtout clair que la hiérarchie de savoirs produites par ce nouveau parler qui n’est pas parlé, ni articulé par des langues communes, casse l’individualité et la pertinence de la source de la parole. Depuis les égyptiens, depuis la langue des signes. La novlangue a tendance à entretenir des blancs là où l’affect, le tactile, l’odoriférant, trouvent encore leur place.

L’attention ne mériterait pas notre attention, en termes économiques, si elle n’était pas éphémère. En jouant sur cette impermanence à excès, en la convertissant en consommables (exemple : 5G) et en mettant sa gestion hors nos mains, on ne joue que les cartes du commerce conventionnel, pour en extraire le maximum de bénéfice.

Rappelons-nous que « même un chat » sait très bien gérer ses communications, normalement – il s’éloigne ou il s’approche de la main qui cherche à le caresser. L’être humain apprend à se taire – ou à parler. La territorialité – et la co-territorialité - nous servent à tous les deux également – dans ce cas le capitalisme de propriété prend toute sa place – dans l’économie de l’attention. Le « silence » devient un bien précieux, sauf qu’il n’existe que dans la tête de celui qui y croit. Le silence est en fait un mur de bruits auxquels on s’accommode fort bien – dans la texture même de notre attention. Celui qui réclame le silence a perdu la main sur le bruit du monde, il en est dépaysé.

 

jeudi 17 juin 2021

Décalage dans l'espace-temps

Exemple : on change les fuseaux horaires en Europe pour que les pays coïncident, tandis que localement l’aube et la crépuscule ne sont plus à nous pour des périodes de l’année chaque fois plus grandes. La glande pinéale et le rythme d’éveil-sommeil des humains, tellement important pour leur bonne santé, conditionnés par l’exposition à la lumière du jour, prennent le deuxième rang sur « les intérêts économiques et sociaux » de ceux qui travaillent, souvent tard la nuit sur des ordinateurs desquels la lumière exacerbe l’effet délétère.

La campagne devient « tout télétravail, toute agriculture industrielle »

La socialisation, la familiarité – il suffit de chercher les similitudes entre l’époque du téléphone fixe, où les gens passaient des heures là-dessus avec leurs proches lointains à l'exclusion de leurs proches ... tout près, l’époque de la correspondance, où les amants passaient un temps interminable à s’écrire des lettres, en général en espérant pouvoir se voir ...

pour s’apercevoir qu’il est assez facile de créer assez vite une civilisation où le présentiel cesse d’être la manière prioritaire de se relationner socialement

mais … le présentiel, c’est nous, en tant que société, en tant qu’individus où socialisation coïncide avec fonctionnement physique

j’ai conduit une expérience d’immersion dans les années 1990 – est-ce que multiplier les moyens de communication (email, fixe, portable, réseau social, papier, réunion physique, etc.) allait enrichir et rendre plus efficaces les relations sociales et fonctionnelles, je travaillais en tant que lobbyiste. Je suis même arrivé à faire des sites web et des « groupes sociaux » polylingues et avoir des collaborateurs principaux en Californie, en Allemagne et au Chile.

Mais j’étais forcé de conclure que cela marchait à l’inverse de ce qui était sincèrement recherché. On ne partageait pas du tout les mêmes priorités, le même univers physique. Oui, j’arrivais à bien connaître par Skype le perroquet dans la chambre de ma collaboratrice en Californie … ou comprendre les enjeux des québecois, mais on ne pouvait pas développer une relation de confiance forte. Des études scientifiques récentes montrent que pour une conférence internationale présentielle il peut y avoir mille fois l'énergie consommée que si on le faisait en distanciel. Les scientifiques (avec les politiciens) sont ceux qui réussissent le mieux à entretenir des groupes sociaux à distance, de par la clarté des buts de leur relationnement et de par le financement de leurs institutions, sans doute. En tous cas, ce n'est pas ou peu accessible à ceux qui n'en que peu de moyens financiers. Et le présentiel, lorsqu'on peut le faire, marche mieux.

Est-ce que la combinaison de ces facteurs n'est pas en train de nous indiquer quelque chose - que c'est la trame même de notre organisation sociale et économique qui est défaillante? Progressivement, nous pouvons solutionner ces problèmes de distanciation, croyons-nous, mais en fait non. Nous allons juste pouvoir remplacer nos réalités somatiques par des réalités chimériques ou malinterprétées qui nous coupent des autres, fonctionnellement. Il faut penser physique et local d'abord, avant de songer à se combiner efficacement à grande distance, que ce soit en présentiel ou autrement.

Comme dans la contribution du « téléphone sonne » d’aujourd’hui, quelqu’un qui travaille essentiellement sur des fichiers excel ne va plus trouver besoin du présentiel et va quand même se retrouver plus socialisé qu’avant – on peut lui parler à distance, comme les autres, alors qu’avant, il était cloisonné, par rapport à ses collègues « non-excel inféodés » de par la nature de son travail asocial. Étant déjà en ménage, donc socialisé dans sa campagne, il pourra peut-être continuer comme ça jusqu’à la retraite et au-delà – il est déjà en retraite sociale. D’ailleurs l’avantage social des retraités est augmenté par le social numérique, dans la mesure que leurs performances et présence physiques assument moins d’importance et leurs réseau sociaux sont déjà établis. Par contre, les exclus âgés (sans accès numérique, avec peu de liens sociaux) seront d’autant plus discriminés, par rapport à leurs contemporains en âge.

L’écrivain est par contre plutôt favorisé, il « rêve déjà debout » - il remplace activité et interaction sociales par la fantaisie d’interaction sociale, il crée des univers surtout dans sa tête. On peut dire qu’au moins dans les exemples donnés, le numérique et le distanciel exacerbent les inégalités sociales, tout en donnant une semblance d'équitabilité plus grande. Comme on le verra plus bas, ce n’est pas cela qu’il nous faut, écologiquement – le rapport physique et social inter-générationnel pour tous devient critique.

La mise en cause de ces systèmes qui nous remplacent, depuis le début de l’histoire – ces systèmes de narration des rêves debout sans nous – devient de plus en plus urgente. Ils nous mènent à l’extinction, potentiellement. C’est le rêve transhumaniste – en cherchant la perfection et la vie éternelle au singulier, ils démolissent les raisons pour aimer et soutenir les autres, qui deviennent des instincts vestigiaux, sans fonctionnement réel.

Les réseaux sociaux nous servent de flautiste d’Hameln (pied piper of Hamelyn), nous mesmerisant (hypnotisant), nous offrant l’illusion de bonheur et de société, nous menant toujours plus loin, nous éloignant de nos proches … On peut prétendre que l’illusion d’une génération devient la réalité de la prochaine, mais cela n’a pas l’air. Réalité humaine sociale n’égale pas réalité toute courte, surtout aujourd'hui.

Et puis … de dire que les écologistes comme moi, contre les machines, sont comme des néo-Luddites n’est pas loin de la vérité. C’est l’idée que le terme « Luddite » soit un terme d’opprobre évident qui n’est pas clair. Ce n’est pas une doxa. C’est un acte d’auto-préservation, d’auto-défense, des humains. Tant que l’idée que "les machines nous aident" reste valide, nous n’avons aucune raison de les délaisser sur le chemin de la vie. Mais si leur utilisation à excès nous tue, nous avons toutes les raisons du monde pour les rejeter. Si elles nous remplacent, il faut bien que notre bien être nous soit assuré, si ce n’est pas nous mais d’autres qui en profitent, quelle est leur fonction réelle ?

Cette expression trop réductionniste, simpliste et généralisée, d’une pensée qui dans le détail devient de plus en plus vraisemblable, nous donne au moins le besoin d’examiner pourquoi ça foire, tellement, lorsque nous réussissons excessivement dans l'usage des machines.

vendredi 18 juin 2021

deep learning et Genghis Khan

S’il y a des millions de descendants de Genghis Khan aujourd’hui, du fait de la préférence sociale donnée à sa descendance, ceci illustre deux failles évolutionnaires humaines – la faille de choisir préférentiellement la reproduction de gènes pour des raisons sociales, et non pas pour leur « qualité », la faille d’avoir une population qui augmente trop vite si l’on passe d’un style de vie essentiellement mobile à un style de vie essentiellement sédentaire.

Deep Learning – not shallow learning then ?

Pour nous, en ce moment, la grille d’analyse de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle est « est-ce que les machines sont aussi intelligentes que nous, est-ce qu’elles dépassent notre intelligence fonctionnelle ? ».

Abordons la question autrement. C’est quoi un chat ? Réponse : un chat. Est-ce que les chats sont plus intelligents que les humains ? Non. Comment se fait-il qu’ils peuvent attraper des souris presque nonchalamment, une tâche qui nous dépasse, alors ? Bin, ils ont des attributs de chat, et nous, nous avons des attributs d’être humain – c’est pas pareil.

Comment se fait-il donc qu’un ordinateur peut élaborer des microprocesseurs plus efficaces en quelques heures qu’un équipe d’êtres humains en plusieurs mois ?

Bin, c’est quand même un environnement qui lui est bien familier, auquel on peut supposer qu'il est bien adapté - il est entre ses semblables.

Il y a une fausseté dans ce qui est écrit plus haut. L’être humain n’est ni plus ni moins intelligent que le chat. L’intelligence d’une situation varie selon plusieurs variables. Lorsqu’on utilise le mot « intelligence » dans ce sens, on parle souvent des « faits qui sont à sa disposition » et leur intégration dans notre prise de décision, comme pour l’usage « intelligence service ». C’est un usage qui précède notre usage présent. Notre présent est lourdement influencé par la culture des « intelligence tests » (QI) qui est, dans le fond, erronée dans ses présupposées, selon la communauté scientifique d'aujourd'hui.

Le chat a des appareils de captage d’information (des yeux et des oreilles) très affûtés et dédiés à la tâche de choper des rongeurs, entre autre. Nous, non. Les furets, c’est pas la même chose. Bien que plus léger et longiligne, sa mâchoire est plus forte et il a des techniques un peu pourries, il peut choper des poules, comme le martre. Mais les deux sont doués d’une force de motivation pour se lancer à la poursuite de tout ce qui bouge, d’une certaine taille. Et le chat a gagné sur le furet, comme animal domestique, tout simplement parce qu’il est moins dangereux, pas plus, que le furet. Un chat qi nous mord ne risque pas de nous segmenter le doigt parce qu’il ne sait pas se gérer. Ceci explique aussi la taille d’un chat domestique – il est relativement petit, par rapport à ses cousins sauvages.

C’est aussi la raison probable pour la taille moins grande du cerveau de la plupart des animaux domestiques, par rapport à leurs cousins sauvages. Ils ne nous font pas trop concurrence – nous arrivons à leur cacher des choses et ils sentent que nous sommes dominants.

Revenons à Ghenghis Khan et sa remarquable réussite reproductrice. Il paraît que c’est le fait d’une société fortement patrilinéaire, avec une passion généalogique. Juste un à-côté, on sait tout ça parce que le chromosome « Y » se transmet de père en fils exclusivement. On fait des échantillonnages d’ADN. Il suffisait de créer un seul exemple de réussite hiérarchique et de l’entretenir, socialement, pour que tous ses descendants maintiennent l’ascendance.

Mais le désavantage, par rapport à notre intelligence, est que l’avantage relatif des uns peut être augmenté aussi par le désavantage reproductif des autres. L’homme moderne a en général un cerveau plus petit que ses proches ancêtres « sauvages », il est vraiment le premier animal « domestiqué », ce n’est pas juste une expression.

Et les hommes ne sont pas égaux aux femmes, à cet égard. On sait suivre la descendance féminine, exclusivement de fille en fille, par l’ADN mitochondriale. Chaque femme ne peut pas engendrer des descendances aussi grandes, numériquement, que chaque homme. C’est probablement pour cela qu’elle est fortement motivée à investir dans le peu d’enfants qu’elle a, et que l’homme qui participe à leur conception peut l’être moins. D’ailleurs la tradition de harems – du sérail, avec ses eunuques, explique l’intérêt des femmes dans ce système de dominance hiérarchique mâle. Même s’il y a moins de proximité de sang entre demi-frères et sœurs, il y a quand même de la proximité – et le grand chef et père de tous est garant de la survie de tous. Ni les femmes, ni les hommes ne sont « naturellement » solidaires avec tous leurs semblables, bien que lorsqu'ils vivaient dans des groupes relativement réduits,relativement proches génétiquement, ils pouvaient l'être par socialisation. Les problèmes de génocide et aliénation franches commencent à se dessiner lorsqu'on vit en masse.

Un système matrilinéaire où la femme choisit marche autrement – il permet une plus grande variété de gènes de brasser et peut donner lieu à moins de dimorphisme entre hommes et femmes. C’est, pour cette raison mais pas seulement, probablement le système social le plus ancien des êtres humains – celui qui a donné lieu à des cerveaux plus grands. Les études sur la distribution de l’ADN mitochondrial ont montré que les femmes voyagent plus loin (ou en tous cas réussissent à avoir une descendance qui dure en voyageant plus loin), que les hommes. Et un cerveau social plus grand favorise la lignée de la femme plus que celle de l’homme – on peut même dire qu’être simple et brute peut servir à l’homme, en termes de reproduction de ses gènes, toujours en termes relatifs - et que cela peut être un trait qui attire les femmes aussi bien que les hommes susceptibles de se trouver dans son entourage.

Ces arguments sont avancés pour s’attaquer au problème de l’anthropocène, de la surproduction à la fois de ressources et d’êtres humains auxquelles cette période géologique a pu mener. Pour dominer socialement et donc assurer la survie et la reproduction de sa descendance, le rapport de force entre humains devient le critère déterminant – ce qui donne une forte motivation à accumuler, montrer et employer des biens matériaux – comme l’ont fait les égyptiens. Il y a aussi une forte motivation à éliminer de la surface de la terre les signes visibles de ses concurrents – comme l’ont tenté de faire « les égyptiens » avec diverses civilisations qui leur faisaient concurrence. Même un examen superficiel de la performance des lignées des pharaons indique qu’elle était fort variable et que leur qualité génétique y comptait pour beaucoup moins que leur généalogie et leur "publicité politique collective".

Un petit point d’à côté, de nouveau – parler de cette manière de ces données n’est pas l’évidence d’un certain eugénisme de ma part, plutôt l’inverse. Je démontre que, si la sélection se fait par des critères sociaux basés sur des hiérarchies sociales (y inclus celles basées sur la "race" et la « qualité » des gènes), la qualité des gènes risque de détériorer et de toute évidence l’a fait, globalement. Ce procédé peut s’appeler la domestication ou même, dans nos yeux seulement, la civilisation [sédentaire]. Il commence à se manifester de bonnes raisons pour croire que la civilisation mène à l’extinction de l’espèce, par surpopulation, surconsommation et inaptitude générale à la survie dans la durée. Une manifestation de cette inaptitude culturelle que je trouve personnellement amusante est la culte de l'individu, sans penser à sa déscendance, ni à celle des autres.

L’état d’avant, où nous étions plus libres de nos mouvements et où nous vivions dans des groupements moins grands, évitait ces faux pas et de par l’évidence funéraire, nous attachait moins à la généalogie et à la culte des chefs. De nouveau, dans cette lumière, le plurithéisme est plus avancé, culturellement et surtout écologiquement, que le monothéisme d'aujourd'hui - c'est plus intelligent.

Cette argumentation a tendance à montrer une possible solution écologique humaine, en termes d’organisation humaine, une diminution radicale de la hiérarchisation et de la centralisation sociale, une diminution de la taille des groupes (des villes) plus la facilitation d’une vie de liberté de mouvement et d’association, en groupes non-menaçants de par leur taille ou leur intentionnalité. C'est l'inverse de nos pratiques culturelles actuelles.

Non pas pour des raisons sentimentales, mais pragmatiques.

Et qu’est-ce que cela a à voir avec les ordinateurs et le « deep learning » ?

Beaucoup. Beaucoup beaucoup.

Nous savons concentrer les groupes de spécialistes et d’experts. Des exemples sont les « codebreakers » - ceux qui ont cassé le code « enigma » des allemands en Angleterre, le projet « Manhattan » qui a créé la bombe nucléaire, les programme spatiales de l’Union Soviétique et de NASA … Google et le GAFAMs en général utilisent la même technique, pour devancer les autres et établir des monopoles de savoir appliqué.

En fait, ces hiérarchies de savoir, avec le choix du meilleur à la grande perte de tous les autres (AppleMac), créent la même dynamique concurrentielle qui est décrite en haut, par rapport aux égyptiens. Si l’on pense au savoir collectif, si les américains inventent et les européens légifèrent dessus ensuite, c’est parce que, à la suite de quelques guerres mondiales mais surtout chez eux, les européens ont appris collectivement l’intérêt de ne pas laisser dominer la libre concurrence sur toute autre chose, puisque cela ne marche pas. Le savoir faire du maintien d’un certain équilibre entre puissances du « vieux monde », il transparaît, est son atout, pas sa fragilité, bien que ce ne soit plus le cas.

Le « deep learning » des ordinateurs sur les ordinateurs se passe dans un monde (d’ordinateurs) paramétré, dans une bulle. L’Amérique du Nord, de fait, n’a plus rien du Nouveau Monde, mais s’est assimilé culturellement au vieux monde, un simple « Grande Angleterre », puissance « européenne ». Comme la plupart de ces supposées innovations informatiques, le nerf de la guerre est de paramétrer le monde à l’avantage des détenteurs de machine. L’hypothèse que d’obliger, par intérêt commun, ce paramétrage, soit justifié par la supériorité des machines et de leurs méthodes est la même idée qui soutient la définition de l’intelligence comme une mesure de Q.I. - un quota d’intelligence, ce qui a été prouvé faux comme thèse lorsqu’on s’est aperçu que l’intelligence mesurée n’était, en réalité, qu’une mesure d’assimilation culturelle aux normes de la culture dominante de l’époque.

Quelques exemples : rapidité de pensée et exécution des tâches ? Oui d’accord, mais pourquoi ?

Intelligence spatiale ? Oui mais pourquoi ?

Capacité de manipulation des chiffres, des symboles, des mots ? Oui, mais pourquoi ?

Etc. Les meilleurs footballers, comme les chats, n’ont pas tendance à venir des meilleures écoles, sinon de la rue.

Ce qui se met très frontalement en cause, en termes de survie écologique du monde, des humains qui y vivent (sans parler des autres formes de vie, qui y ont autant de droit et d’intérêt mutuel) et de toutes leurs descendance, c’est cette compétition entre puissances, cette hiérarchisation de pouvoir et de mérite. Dans cette courte investigation ou expérience de pensée, étayée par des références à des faits réels, nous pourrons citer aussi les petites phrases et expressions qui essaient d’accommoder ces dominances – les anglais avec leur « fair play » et leur « ce n’est pas le fait de gagner mais de participer qui compte » ont peut-être compris collectivement avant les autres ce problème, de toute façon je viens de citer l’évidence lexicographique de cette compréhension. Et s’ils l’ont compris collectivement avant, ce n’est pas par mérite, mais parce que ce sont les premiers à rencontre ce vrai problème, de par leur contact très étendu avec d’autres puissances, souvent totalitaires, autoritaires et hiérarchisées, partout dans le monde. Il fallait des principes. Ils ont évolué des principes – de gouvernance.

Et si et si. Et si je le cite, c’est pour répondre à la mode de « pensée collective » - je cherche, comme pleins d’autres, des exemples de pensée collective utiles, je cherche à m ‘adresser à une audience de gens qui est réceptive à ce genre de raisonnement, qui n’est finalement pas très satisfaisant comme raisonnement – donc j’ai même eu l’audace d’y rajouter quelques raisonnements à moi. Pour moi, par exemple, il devient un peu évident que, dans l’histoire récente, la France et l’Angleterre représentent une sorte de duopole de savoir et d’influence sur la gestion sociale, ce qui n’est pas rien, dans un monde en crise écologique.

Pour casser ces modèles dominants d’origine européen (des modèles qui cherchent à établir des équilibres), d’autres puissances ont beaucoup de mal. Ils deviennent parfois très autoritaires chez eux pour pouvoir prévaloir avec leur propre mimétique. Un brin de racisme peut monter à la surface, dans ma critique, puisque l’ancien modèle d’empire et de sédentarisation civilisationnelle est quand même donné par la Chine, l’Inde et l’Égypte – et il a donné comme résultat une eugénique physique et sociale forte.

Il est important de noter que cette critique n’est ni traditionaliste (qui cherche un retour aux origines) ni progressiste (dans le sens de « transhumaniste »). Les faits sont là. La possibilité de gros replis communautaires est visiblement là et ne cesse de se magnifier. Le multi- ou pluri-culturalisme est là aussi, mais regresse progressivement, ensemble avec les valeurs humanistes. Le repli identitaire, souvent derrière des frontières géographiquement définies, s’attaque à l’internationalisme comme auparavant, en choisissant les cibles molles, les juifs, par exemple. Et plus les juifs réussissent à contester ce rapport de forces apparemment asymétrique, avec des techniques novatrices de partage de territoires et d’entretien d’un diaspora vital, plus leurs ennemis apprennent de leurs techniques et plus ils sont des ennemis de taille, à vrai dire.

L’intelligence de cette situation à souligner est que les raisons sous-jacentes de tous ces comportements sont démographiques, le social réfléchit le sentiment de manque d’espace et de ressources ou d’absence de stress et de compétition à cet égard. On ne peut pas abandonner une société de surconsommation parce que l’on risque de se retrouver les victimes d’une autre puissance plus forte et même génocidaire, même si c’est dans tous nos intérêts de le faire.

L’intelligence écologique de cette situation est de voir comment on pourrait décontracter les pulsions démographiques crispées qui donnent lieu à ces compétitions fortes et sans limite destructrice (MAD – Mutually Assured Destruction). Physiquement, la solution est simple, il nous faut devenir beaucoup plus nomades en consommant beaucoup moins de ressources. Si l’on fait cela, on n’a plus besoin de se regrouper en communautés identitaires pour s’accaparer des ressources qui nous assurent la survie qui est niée aux autres. C’est évidemment les riches et les classes moyennes, à l’échelle mondiale, qui doivent consommer beaucoup moins, leur dominance hiérarchique, leur pouvoir relatif disparaît, pour autant. L’argent est un cible légitime à ce fin, aussi bien que la démocratie, dans la mesure que les deux favorisent la continuation de la dominance par la richesse, en favorisant l’émergence des grands chefs défenseurs de « certains » pauvres – mais surtout des riches dont ils dépendent.

C’est pour cela que la territorialisation de l’affaire démocratique dissimule l’inéquitabilité sociale. La classe dirigeante des pays démocratiques peut légitimement avancer l’argument que s’ils ne donnent pas assez de vaccin anti-covid aux pays pauvres, tout en allant jusqu’à l’obligation de se faire vacciner de leurs propres populations, c’est parce qu’il n’est pas politiquement faisable de faire autrement, même s’il est illogique de le faire. Qu’ils commencent à le faire maintenant indique qu’il est devenu politiquement faisable de le faire. Les deux raisons sont : 1. dans les pays riches on commence à voir que la situation se gère et on a moins peur, pour soi et ses proches. 2. Que dans les pays riches l’intelligence collective sur le comportement des virus est devenue suffisante pour permettre de vacciner sélectivement pour éviter la mutation dans les pays non-vaccinés et la contamination ensuite des pays riches.

Le virus de l’information sur le virus s’est suffisamment répandue, dans un délai temporel fixé par la courbe d’apprentissage collectif sur le phénomène. L’information sur le virus collectivement acquise nous a permis de retenir ce processus dans un cadre « démocratique » et non-chaotique. Mais si l’on avait eu la capacité de le faire plus vite, en autonomisant la transmission de savoir, la gestion aurait été encore mieux. Par exemple, si on avait mieux encouragé la production de masques adéquats par tous ceux qui se montraient volontiers, dès le début, et si l’on avait cru pouvoir expliquer aux gens qu’en dehors, ils ne couraient presque aucun risque de contamination, avec une certaine distanciation, alors que dedans, c’était mortel sans masques, l’auto-gestion de la crise par les populations concernées aurait été plusieurs fois plus efficace. C’est la courroie de transmission de l’information qui a failli à ce moment-là.

Et le partage d’information utile se fait mieux si on est là, en même temps que les autres.

jeudi 25 février 2021, lundi 31 mai 2021

Watershed – ligne de partage des eaux

Remoulage écologique

Il commence à apparaître des livres et des discours qui s’approximent à la connaissance et le savoir faire de ceux qui « le savaient déjà » mais qui n’étaient pas écoutés. Il reste que ceux qui sont allés trop loin dans leur accommodation des conventions doivent maintenant ramer vers la cohérence écologique, sans perdre la face. L’exemple clé est l’utilisation de la voiture en campagne par des gens qui se font voir comme des écolos. Il ne suffit pas de ne pas utiliser la voiture – il faut activement créer des systèmes qui ne dépendent pas de l’usage de la voiture. Le « confinement » fait que les gens dépendent plus que jamais de la voiture, en campagne.

La latence est encore là – des dinosaures de l’épopée industrielle continuent de se montrer ouvertement hostiles et stigmatisants, mais des mots comme « illuminés » et « radicaux », extrémistes » et « utopistes » avec lesquels on tente de labelliser les écologistes modérés, clochent avec certains éléments de la réalité incontestable. Effectivement, il n’y a presque plus d’insectes et il commence à faire beaucoup plus chaud. Les virus se répandent autour du monde – notre civilisation industrielle assure sa transmission. La conjoncture n’a jamais été aussi propice pour un tournant décisif, les pouvoirs existants s’y opposent de toutes leurs force.

En même temps, les semeurs de doute, dont les climato-sceptiques au premier plan, avec leurs histoires légèrement tordues, ont suffisamment exaspérés les gens qui réfléchissent pour qu’on ait envie d’y voir plus clair. A force de nous expliquer qu’il suffit d’être populaire et charmant pour influencer les masses, les masses ont compris que cela ne suffira pas. Le problème étant que les « masses » eux-mêmes sont les auteurs principaux du crime.

Une société sous le choc essaie de se reconstituer, les premières tentatives visent donc à être rassurantes – et peuvent être ignorées – elles ne sont là que pour faire semblant, pour ne pas « perdre la main ». Il faut un certain temps pour arriver à un nouveau consensus, il faut attendre « le bon vent » pour lancer les bateaux. Cet attentisme fait partie de la malaise.

Wikipédia est un sujet intéressant, parce qu’il contredit le discours de l’accaparation de toutes nos vies par les géants commerciaux du web. Dans son cas, c’est surtout nous – les communs - qui décidons, dans un cadre assez rigoureux, intellectuellement et socialement, avec des débats contradictoires, de ce qui est vrai et de ce qui est faux, même si le modèle principal s’enlise dans une sorte de bureaucratise. Le modèle est également extensible – nous ne sommes pas obligés de nous plier au wiki géant, sa structure permet que des milliers de wikis se créent – il est même fait pour. Le morcellement médiatique qui entretient des bulles de désinformation nous empêche de développer une vraie intelligence collective. Il est bien sûr urgent de créer de nouvelles infrastructures humaines qui peuvent rétablir cette possibilité, mais on va plutôt dans l’autre sens, avec un didactisme défensif de l’élite de plus en plus prononcé, avec des groupements hermétiques de savoir élitiste. Les groupuscules qui y résistent ne font pas mieux – ils exacerbent le retranchement en « sectes sociaux ». L’argent parle pour nous.

Le Covid nous éduque aussi, dans ce sens. Des pays et des groupes de pays différents ont pratiqué des stratégies différentes, avec du succès variable, ce qui nous a permis d’apprendre plus vite, avec plus d’options à notre disposition, ce qui n’empêche par nos meneurs d’opinion de devenir volontairement aveugles. L’évaluation collective, la délibération collective resurgissent et leur pratique souligne l’importance des autonomies et des libertés à plusieurs échelles. Par exemple, nous pouvons déjà observer qu’un aspect clé de la sortie de crise Covid est l’allégeance populaire à des règles collectives – que ce soit dans un cadre démocratique (l’Australie) ou totalitaire (la Chine). Notons qu’en Australie, la vote est obligatoire, il n’y a pas de vote blanche. Notons aussi qu’il est très risqué d’attirer l’attention à des telles explications causales du succès, en Europe. D’autres raisons pourraient être que le défi et son riposte ont commencé plus tôt en Chine, ou que l’Australie a des populations plus faciles à isoler et adaptées à l’isolement, ou qu’il fait plus chaud et que les gens passent plus de leur temps dehors.

En puisant un peu plus, on peut dire qu’il y a une conscience et une préparation collectives dans l’Asie de L’Est et donc en Australasie par rapport aux maladies contagieuses d’une part, aux catastrophes naturelles de l’autre. L’autoritarisme social et la solidarité ont des effets coercitifs très proches, l’un de l’autre. Notons que ceux qui ont réussi le mieux à limiter l’étendue de la contagion ne sont pas ceux qui se sont le plus appuyés sur les vaccinations.

L’autoritarisme social dans les pays européens fait écho à la culture « scientiste » prédominante – des mouvements sont en cours à la fois pour obliger tout le monde à se vacciner et pour instaurer un régime de passeports numériques sanitaires. C’est le symbole qui compte – à part Tarascon en Ariège, tout le monde suit comme des moutons l’injonction de se balader masqués dehors, malgré le fait que c’est le moment où ce geste ne sert à rien – c’est la signe visible qui compte. L’analyse qui justifie ces mesures liberticides se fait strictement dans un cadre nationaliste – ce qui n’a plus rien à voir avec la science donc. La distribution des antivirales, entre les pays riches en excluant les pays pauvres, assure la propagation des nouveaux variants du virus, tout en renforçant le climat de populisme raciste et discriminatoire dans lequel on s’enfonce.

En France, la technique « populiste » de surenchérir sur les politiques emblématiques de droite, pour éviter les vrais fascistes, une stratégie suivie depuis la fin de l’ère Mitterrand, ne correspond plus du tout à une politique fonctionnelle, elle se fait par réflexe. En somme, nous sommes en train de créer une société anti-libertaire en prétendant défendre nos libertés. Paradoxalement, ceux qui sont les plus libres pour réinventer une politique qui « casse le moule » se trouvent à l’extrême droite, étant donné que l’extrême-droitisation de la société conventionnelle fait qu’ils nous ressemblent et qu’ils paraissent plus « honnêtes » dans leur malhonnêté que la société « libérale » qui s’est enrichie sur nos dos.

L’empire industriel est donc à bout de souffle – c’est le prix du succès de tout régime qui dépouille les marges pour enrichir le centre, sauf que dans le cadre actuel, c’est le monde entier qui manque de ressources. Le repli dit « identitaire » est une réaction pavlovienne des sociétés humaines – dans notre cas cela se traduit en « sauve qui peut ». Il ne rime à rien, dans le contexte actuel. On peut déduire que la trame du monde futur reste à découvrir. C’est dans l’entre-nous où ce courant nouveau passera – pour cela que les empêchements à la libre-circulation, la Balkanisation progressive de nos sociétés trouvera sa riposte dans nos tentatives de libre circulation de plus en plus coordonnées.

Il y en a qui disent que la crise covid est purement conjoncturelle, séparée de la crise écologique, ce sont ceux qui ont une idée très vieillotte du sens du mot « écologique ».

samedi 15 mai 2021

époque industrielle

On parle, à la légère, de l’époque industrielle, jusqu’à inventer l’expression « post-industriel ». C’est la marque de l’arrogance, celle qui va avec le colonialisme et le post-colonialisme, la modernité et la post-modernité, tout ce qui est « nouveau », le progressisme et le développement.

Ce qui fait naître mes doutes sur ces concepts, c’est un certain sens qu’on n’a jamais eu autant de pensée pro-industrielle qu’à l’époque d’avant l’industriel, et ainsi de suite pour toutes les appellations. La mode déclarative ne fait pas le phénomène. C’est toujours un jeu d’oppositions, avec ceux qui ont le plus raison de cacher leur tendance réelle les plus vocifères dans leur allégeance.

Prenons les néo-ruraux. Les plus près de l’écologie. Non seulement est-ce qu’ils votent moins que les gens des grandes villes pour l’écologie, mais les vies qu’ils mènent sont les plus éloignées d’une vie écologiquement compatible. La campagne est imbue de la doctrine de l’industrialisme - de l’archéo-industrialisme.

Il ne faut pas se laisser prendre dans ces pièges conceptuels. Capitalisme, esclavagisme, socialisme, communisme. Ce sont des couches superposées sur des réalités existantes – qui s’y adaptent, très vite très éloignées des idéologies épurées dont elles se réclament. C’est comme le paire : humanisme, eugénisme, qui coexistent dans le même cerveau, de manière peu plausible.

Comment va-t-on désigner l’époque présente ? Les termes du débat dépendent de la tournure de l’histoire – l’empire romain, a-t-il cessé d’exister ? En tous cas, on a intérêt à se méfier de termes auto-référentielles, de dualismes qui excluent des pans entiers de l’histoire de leur cadre de référence.

Pour nous, ce qui est exclu est le féodalisme et la Renaissance. C’est-à-dire, les époques où les fondements de notre culture présente ont été établis. Idéologiquement, c’est comme si cela n’a jamais existé. Tous deux reconnaissent la supériorité d’une civilisation passée et la récupèrent, ce qui est hors la capacité d’une civilisation qui se pense au-dessus de tout, progressiste, développementale, supérieure ...

Et si l’époque industrielle n’a jamais vraiment existé ? Où en serait notre analyse de l’époque présente, sans cette béquille intellectuelle ? Des idées reçues permettent de dater l’époque de leur conception. Histoire, préhistoire, cette compartimentation est née de notre incapacité à lire les signes archéologiques laissées par nos ancêtres. Aujourd’hui, de plus en plus, on les lit – tout est ou peut devenir « histoire ». De même pour l’idée que les romains – et à la rigueur les grecs de quelques siècles avant Jésus Christ, étaient les premiers civilisés – qui nous ressemblaient donc. Cette date AD, il y a 2000 ans, a de moins en moins de sens historique.

L’histoire orale, les mythes, la mémoire collective ont plutôt un bon avenir devant elles, par contre. Les nains, les elfes et les gobelins, aussi bien que d’autres créatures mythologiques, ont réellement existé, jusqu’à il y a dix à vingt mil ans, au moins. La technologie ancienne aussi. Le transport maritime aussi. Dans la mesure que les êtres humains et leurs semblables ont peuplé la terre pendant des dizaines et des centaines de milliers d’années, il reste des plis de l’histoire ancienne qui pourraient nous surprendre. Il suffit de combien de centaines d’années pour qu’une civilisation existe ? De combien de millénaires pour que ses traces s’effacent ?

Notre présent, si différent en apparence – il a commencé son essor quand ? Il y a deux mil ans, lorsque les romains ont commencé à bâtir leurs HLMs en béton avec leur plomberie en plomb ? Ou il y a huit mil ans, lorsque ce genre de construction urbaine se bâtissait dans des contrées verdoyantes, aujourd’hui arides (le Sahel, le Pakistan) ?

Physiquement, la mécanisation, l’utilisation de pétrole, n’ont commencé à s’accélérer décisivement qu’à partir d’il y a deux siècles. L’essor démographique a dramatiquement accélérée conjoncturellement. Est-ce que notre « attitude » civilisationnelle est née de ce transfert de l’énergie du vivant vers l’énergie non-vivante ? Est-ce que nos centres d’intérêt récents (socio-psychologie, droits humains, bio-sciences), ne seraient que des recherches de valeur humaine là où, auparavant, sa valeur était évidente, basique ?

Le colonialisme et l’esclavagisme ne sont pas du tout des idées nouvelles – pour cela il est simplement bizarre de les identifier surtout avec l’époque actuelle et la dominance des européens. Notre époque – peut-on vraiment la juger par rapport à ces idées et ces pratiques anciennes ? Surtout qu’elle est marquée par la perte de valeur et d’importance du travail humain – tant intellectuel que physique.

Être industrieux. Cette idée, comme celle du néorural, va avec l’inutilité, voire la contre-productivité croissante humaine. On sert à quoi, sinon ? Il est amusant de noter que les ingénieurs des algorithmes prétendent qu’il est impossible d’expliquer leur manière d’arriver à leurs conclusions, comme jadis on disait qu’à l’origine, la pensée humaine serait à tout jamais impondérable, impénétrable (le numérique lit de mieux en mieux dans la pensée humaine, il lui donne des « nudges » maintenant, comme nous, aux chiens).

Le débat se centralise de plus en plus autour des questions non pas de ce qui peut se faire techniquement, mais de ce qu’il faut limiter – sur toute la gamme. Les voitures – on ne cherche pas à les faire aller plus vite, on les limite. Les réseaux sociaux, on se bat contre leur acquisition de notre information. Les écrans, on les interdit aux enfants. Avec le confinement, ceux qui ont pris l’habitude de voyager par le monde entier, avec de l’assistance technologique, ont senti de plus en plus d’hostilité de la part des populations locales. La préférence naturelle, anti-artificielle, va croissant dans le monde actuel, d’autant plus qu’il y a fission – l’être humain appartient à la règne du vivant. L’industriel, l’artificiel s’en fiche du vivant. L’industriel paraît, de plus en plus, être un pacte suicidaire avec le diable, le diable qui emploie tous ses pouvoirs de persuasion, tous les conforts, tous les biens de consommation, pour acheter nos âmes – pour nous contraindre à l’utiliser, à défaut de pouvoir nous persuader.

Mais notre conceptualisation de ce phénomène doit encore beaucoup aux images de l’univers Newtonien, où tout pouvait « rentrer dans l’ordre », l’harmonie des sciences naturelles, mécaniques – pour cela que plein de nos trames d’analyse, d’ingénieur, de mécanicien, de technicien humain, sont devenues anachroniques, tout en retenant l’étiquette, dépassée, de la modernité.

Si ce monde dans lequel on vit nous donne encore un sens, ce sens sera orienté autour des biosciences, comme celui de nos plus anciens ancêtres, pas seulement proche de la nature, sinon partie intégrante. Nos traditions et nos cultures – elles si souvent artificialisantes, industrialisantes, sont devenues nos ennemis mortels. Nos outils de salut, nos « solutions techniques », nous tuent. Notre « productivisme » pareil, c’est vraiment le monde à l’inverse, tourné très rapidement, sans possibilité d’ajustement civilisationnel, tête dessus-dessous.

Le rejet sociétal qui menace de nous envahir agit, elle aussi, par plusieurs couches superposées – c’est justement le problème. La démocratie (représentative) – qui à une certaine distance culturelle peut être considérée comme faisant partie de la culte des chiffres, très loin de l’idéal de la démocratie participative qui nous rend une autonomie réelle, cette démocratie qui n’en est pas une peut participer à notre auto-destruction.

Les solutions « émergentes » qu’il nous faut sont tuées dans l’œuf, la temporalité de leur pertinence est moins longue que le temps nécessaire pour leur saisie et mise en œuvre. Le temps saccadé qui nous est accordé n’est pas celui de nos vies, mais celle régie par des machines. Si tout cela veut dire « époque industrielle », je ne le pense pas, nous vivons les aspirations de nos ancêtres « civilisants », qui ne se trouvaient jamais devant les fruits de leurs fantaisies, comme nous. Nous attendons le « mouvement providentiel », nous attendons le bon dieu salvateur. De nous-mêmes, nous attendons très peu, fatalistes, pas progressistes.

Par contre, notre expérience est là – nous saurons mieux reconnaître la providence lorsqu’elle arrive que quiconque du passée. Notre renaissance ne fait que se commencer.

mercredi 21 avril 2021

Écologie sociale

Bertrand Picard, téléphone sonne

« Solutions technologiques »

Expert des forêts France Culture, débat de midi

« Laissons les arbres se débrouiller, ils n'ont pas besoin de nous »

France Culture et France Inter nous rendent une radio de très mauvaise qualité écologique en ce moment. Elles rendent les vies des vrais écologistes pratiquants invisibles. C'est quoi un écologiste pratiquant ? C'est quelqu'un qui consomme – qui fait consommer au moins cinq fois moins d'énergie dans sa vie que la moyenne, s'il est en France. Je n'en connais aucun qui parle à la radio nationale.

Le problème de l'invisibilité est que cela (l'écologie humaine) ne peut se faire qu'en ayant une infrastructure qui la permette, et on ne l'a pas. On n'en parle pas. Je ne m'attaque qu'à ça.

Cela permet des singularités d'analyse. Le sujet des radios nationales bascule entre solutions techniques et adoration de la nature. De ce fait, on n'a presque aucune analyse sociopolitique de la géographie humaine. Que des experts en « nature » où en technologie verte. Rappelons-nous où nous en sommes. Quelque chose de l'ordre de 70 % des insectes détruites dans les 30 dernières années en Europe. Des vastes tractes de territoire avec le sol impacté, semi-stérile, vidée de vie. Le désert rural, pour les humains aussi. Je traduis : il faut de plus en plus d'argent et d'essence (diesel) pour vivre à la campagne.

En fait la radio décrit assez précisément la sociologie de cette catastrophe. D'un côté, les techniciens avec leurs machines – industrielles – de l'autre les amateurs de la nature, avec le désir que la nature reprenne le pouvoir, sans intervention humaine.

Dans les deux cas, c'est le désert qu'on produit. A l'échéance actuel du réchauffement climatique, ces deux forces vont continuer d'agir pour vider la campagne de toute interaction saine humaine.

Ils vont aller où les gens ? « Dans la nature ? » La nature leur étant interdite ? La « campagne », c'est une manière de décrire « la surface » de la terre. C'est cette surface dont dépend la vie – et les humains n'y sont pas. Ils ne la voient pas. Ils ne la touchent pas. Ils ne la connaissent pas. La campagne moderne est un phénomène tragique, si on la regarde de près, ou de loin. Autour de chaque maison, des arbres. Plus loin, des champs. Tout nivelé, pas une haie. Sec à pleurer, ouvert au plein vent. Que des morts, au bord de la route, incrustées dans la route. En fait, la seule nature qui reste, c'est auprès des maisons et le long des routes. Les humains, ils aiment être à l'ombre, quand il fait trop chaud. Ils laissent pousser des arbres. Les tracteurs n'aiment pas les arbres – ils les arrachent.

Donc il y a une question toute naturelle qui se pose – comment faire que le gens se réintègrent à la nature, sans la détruire, en la faisant fleurir ? La réponse est aussi simple – ils viennent là-dedans en tant qu'humains – sans leurs machines.

Si nous retournons aux thèmes médiatiques – aux thèmes prétendument écologiques, observons qui parle … ce sont des gens qui vont en avion aux tropiques, qui créent des machines qui vont loin …

C'est comme si on voulait tout faire sauf briser le modèle – comme si on voulait éviter surtout de se poser les vraies questions, comme si on voulait créer des magnifiques diversions juste pour éviter de parler du sujet.

Mais le sujet, c'est vraiment ça – comment faire qu'on soit surtout des êtres humains, et pas des véhicules, des personnes qui se parlent et qui se touchent, et pas des portables et des ordinateurs. Et si on tue les forêts des tropiques, c'est surtout pour nous alimenter et nous fournir des produits ici. Nous pouvons nous alimenter en faisant des jardins. Nous ne le faisons point.

Ici j'essaie de faire parler du gros du truc, de « semer » le périphérique. On parle du gros de ce qui compte dans la vie. On parle d'une petite ferme bovine de 30 hectares, avec une famille de 4 personnes dessus. 300 000 mètres carrés. En jardinage, il faut peut-être 500 mètres carrés pour fournir l'alimentation d'une personne – 30 hectares, cela fait 600 personnes, là où une famille de quatre vit.

On peut argumenter sur les chiffres, mais on a de la marge, là. 150 fois plus de personnes sur la même surface. Pour la voiture, le tracteur, le téléphone portable et l'ordinateur individuels, nous sommes prêts à tuer le monde entier. « L'exploitant agricole » s'y voit même obligé. N'oublions pas une seule seconde que les règlements et la loi nous OBLIGENT à tuer la terre, on marche sur la tête à ce point-là.

Il est peut-être important de noter que le vivant est adaptable – de sa façon, il est programmable. Donc le chien qui saute sur le siège arrière de la voiture lorsque son maître l'amène est parfaitement adapté aux véhicules – c'est sa culture. La génération de nos arrières grands-pères ne connaissaient pas les tronçonneuses et encore moins les débroussailleuses. Leurs scies, leurs haches et leurs faucilles duraient très longtemps et leur permettaient de faire le travail sans assistance mécanique. La plupart de ces outils en acier existaient à l'époque des gaulois – ils avaient déjà la forme moderne.

Pour le transport, nous avions nos pieds. Cela fait encore partie de notre culture, les gens savent encore marcher. Mais très peu.

Par rapport aux vrais problèmes écologiques, mettons le climat et la biodiversité, dans les prochaines années, la prochaine décennie, nous avons donc des vraies solutions. Notre culture milite contre, mais les solutions existent, pour le gros du problème. Il suffit juste qu'on soit un peu humain.

Pourquoi donc est-ce qu'on n'en parle jamais ? Les pieds sur terre, nous serions dans une position de mieux réfléchir sur ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas de la technologie moderne. Tout cet argent qu'il nous fallait pour alimenter les machines, comme les tracteurs et les voitures, si ces machines n'étaient plus là, en quoi nous priverions-nous? Si nous avions un hectare de jardin et le temps nécessaire pour le cultiver, au lieu de trente hectares de désert monoculturel, serions-nous plus pauvres ou plus riches ? Pour le prix d'un ordinateur, nous aurions de quoi manger pour l'année. A qui le bénéfice ?

Cela n'a pas été spécifié, mais en fait cet écrit est basé sur l'observation – des décennies. Des décennies de hérissons écrasés sur la route de chez nous par des « amateurs de l'Amazonie ». Jusqu'à ce qu'il n'y en ait presque plus. La lâcheté de l'homme au volant, qui écrase sans même le savoir des créatures qui ne sont pas à la taille de son véhicule. Lui, il « est » son véhicule ? Il est quoi ? Qui chasse avec des chiens en meute et des chevrotines, un brave gars ? Compétitif ? Intelligent ? Ou juste un brute ? Ou une autre question – comment l'amateur de la nature, est-ce qu'il propose de prendre la route mouillée la nuit, lorsque les salamandres sortent, pour frimer leur orangé ? Peut-être il pourrait marcher ?

Qui marche, à la campagne ?

En fait ces belles forêts de notre imaginaire sont dans nos écrans, tandis qu'autour de nous, il y a la dévastation de notre présence, dont on ne parle pas. Nos « héros » écologiques sont ceux qui ont fait le plus de kilomètres en avion pour nous faire venir les images dans nos écrans.

Des riches qui proposent maintenant de vider la nature de tout autre humain, pour y vivre eux-mêmes.

Comment serait-ce possible de maintenir une discussion intelligente sur notre engagement avec la nature dans de telles circonstances ?

Il m'arrive de penser qu'il y aurait intérêt à faire une note de bas de page pour expliquer l'apparente rancune – d'un écologiste contre les écologistes, d'un amateur de la nature contre les amateurs de la nature. En fait il y a un problème du faire semblant et du faire. Briser le consensus, faire qu'il existe d'autres polarités dans l'analyse, …. je prends l'exemple de la fameuse muraille verte en Afrique. Il n'y a qu'au Sénégal que cela a « avancé » un peu. L'expert des forêts interviewé sur France Culture a répondu avec ce qu'on peut appeler du mépris au questionnement de l'intervieweuse, sur la nécessité d'intégrer les gens locaux. Il a dit que ce qu'il faut, c'est des jardiniers.

Moi, je dirais que ce qu'il faut, c'est une absence d'experts qui parlent de la régénération de forêt primaire dans l'espace de 600 ans. On a dix ans, pour la crise climatique. Les paysans du Sahel, ils ont des fenêtres de temps encore plus réduites.

Je suis d'accord, par contre, qu'il faut des jardiniers – l'un n'empêche pas l'autre.

Mais l'indifférence patente du forestier qui s'occupe des forêts, et pas des humains, ou du techno-enthousiaste qui s'auto-convainc du superbe de ses solutions, il faut que ça cesse d'être la note dominante. C'est une question de confiance politique. Il faudra sans doute des armées pour permettre aux jardiniers de construire une muraille verte au Sahel. Il n'y a pas confiance – les gens sont bien obligés de défendre les siens – il n'y a aucune prise en compte, par les scientifiques et écologistes, de la réalité sociale de l'animal en question : nous. Ils se débarrassent du « nous ».

Et en fait ce qui crève les yeux, c'est que la solidarité et l'intelligence sociales sont du côté des gens qu'on propose d'ignorer. Les solutions techniques (« jardiniers, armées, fric ») c'est nous. Comme donneurs de leçon, des gens qui épandent de l'insecticide, qui se montrent très défaillants par rapport à toute solidarité humaine et cohésion sociale, qui ont déjà terriblement abîmé leur propre nature. Il faut parler aux esprit sensibles avec humilité, avec des actes de contrition.

Donc il faut un modèle de vie sociale et civique qui convainc – qui donne un sens de mouvement écologique intelligible, cohérent. Sinon chaque intérêt limité va défendre le sien, sachant que personne d'autre le fera. Les scientifiques et les experts suivent la tendance – ils sont loyaux à leurs domaines et leurs spécialismes – ils sont en plus récompensés, médiatiquement, pour cela. Mais ils devraient au contraire vivre eux-mêmes les vies basse-énergie, d'entropie négative, qu'il nous faut.

Être solidaires et pas contradictoires avec la vie qu'ils proposent. C'est tout un tissu de vie coopératif et communicatif qu'il faut créer, pour que la solidarité ait un sens.

Et lorsqu'on y vient, à cette réalité là, qui s'ouvre à présent devant nous, c'est le premier pas envers un constat de la réalité sur le terrain – notre terrain, sans écran. L'asphalte devant nous. C'est dans cet état d'esprit qu'on commence à rapiécer le paysage fonctionnel de sa vie. Les jardiniers, pour la muraille verte d'Europe, ils ne viennent pas de nul part. Déjà faut-il les reconnaître. C'est le même procédé de reconnaissance – d'ouvrir grand les yeux, de passer aux actes nécessaires, parce qu'on constate leur nécessité, qu'on se rend compte de sa propre incompétence, qu'on désire apprendre.

C'est à ce moment-là qu'on constate que les seuls à vraiment avoir les compétences nécessaires sont les pauvres – ceux qui n'ont pas pas « réussi » leurs vies, ceux qui n'ont pas de portable, qui n'ont même pas de maison ou de voiture. Que, tout comme pour la nature en général, la première chose qu'il nous faut est une infrastructure qui permet la réussite d'une vie écologique. C'est tellement simple.

Si l'on veut créer des réserves, créons des réserves pour les objecteurs de conscience écologique, pour ceux qui refusent de toucher aux mécanismes de notre auto-destruction. Faisons de toute la surface une réserve, soyons scandalisés de chaque crime écocidaire. La volonté, la joie de vivre, ce sont des valeurs vitales – jouons en faveur de cette vitalité.

mercredi 31 mars 2021

Tout mouvement écologique termine par être inséparable de l’agenda politique conventionnelle. Dans la mesure qu’il réussit à se faire élire, il n’est plus écologique

take two

La violence n’a jamais été aussi présente dans la société contemporaine, elle devient à peine masquée.

C’est la gestion par la violence. J’ai été beaucoup frappé par la lecture d’une article sur le web qui relatait l’expulsion d’un squat de grande envergure à Saint Denis, tellement l’histoire était typée. Typée dans le sens qu’on peut faire une copiée-collée de cette histoire 1000 fois, il n’y a qu’à changer lieu, date et échelle. Les faits sont à peu près invariables. Nous avons une police et une classe administrative qui a comme rôle structurant de leur métier d'induire la précarité chez les pauvres, ce qui ne doit ni leur améliorer le sommeil, ni leur aider à devenir des êtres humains sensibles et reponsifs à la souffrance des autres.

Pour reprendre l’histoire, telle qu’elle a été racontée, un collectif qui a déjà été expulsé d’autres lieux, squatte depuis quelque temps un immeuble désaffecté en besoin de réparation. Non seulement est-ce qu’il y a des artistes et des acteurs sociaux divers, mais aussi des réfugiés et d’autres dépossédés de la société qui y vivent. Depuis la crise du virus, il ne reste qu’une quarantaine d’habitants, les autres activités ayant été très largement suspendues. Ils ont fait des aménagements et demandent d’en faire d’autres, mais avec la venue des jeux olympiques, le lieu va en tous cas être détruit et remplacé par d’autres logements, plus bourgeois, la date prévue étant juillet 2021. Un petit incendie a lieu, est contrôlé par les habitants sans conséquences, mais la mairie locale utilise cet événement pour déclarer l’endroit dangereux et exiger l’évacuation immédiate des lieux. Le collectif qui s’occupe de maintenir un stock de vêtements et objets divers pour venir en aide aux plus démunis lance une demande d’urgence pour un autre lieu de stockage. La mairie a promis de trouver des logements pour les familles, mais pas pour les personnes seules.

En effet, la précarisation délibérée est le fait, surtout, des autorités et instances sociales supposées, si l'on en juge par la rhétorique, militer contre cette précarité. C'est un conditionnement à la précarisation à tous les égards – on préfère leur donner des logements à l’hôtel, bien que cela coûte vastement plus cher, en leur interdisant même de cuisiner, que de leur donner leur autonomie en toute légalité, dans des bâtiments désaffectés mais parfaitement habitables. Que ce soit tout-à-fait faisable est démontré par l'existence de ces schémas d'utilisation d'espaces vides en plusieurs villes autour de l'Europe (Bruxelles, Berlin) et que l'inverse soit déterminé politiquement, pour des raisons idéologiques et électorales. On le vérifie en observant le changement de comportement lorsqu'un gouvernement local de droite remplace un gouvernement local de gauche (exemple Toulouse). Par rapport aux individus, on les met à dos l’un contre l’autre, arbitrairement, en établissant des catégories de misère avec plus ou moins de droit aux bénéfices (de la "considération") sociales, avec des obligations administratives qui n’ont aucun rapport avec leurs propres intérêts, coup sur coup. On ralentit l’application des obligations de logement social – obligeant aux pauvres de se replier dans des zones géographiques qui se spécialisent dans la prise en charge des pauvres, créant des « prisons à ciel ouvert » où les matons sont au moins plus gentils que dans les banlieues riches desquels on cherche à les exclure. Exemple : la difficult ou la facilité de s'inscrire comme sans domicile fixe à une mairie ou autre. Cette "zonification" de la misère.

L’une des fautes majeures des associations qui prétendent aider les pauvres, c’est qu’ils participent à répétition à créer ces histoires, ces narratives, jusqu’à en terminer les co-auteurs. C’est un conditionnement à la brutalité et l’indifférence comme la réalité inaltérable - je ne sais pas s'ils en ont conscience tout-à-fait.

Les gens « normaux » terminent dégoûtés, ils font leur vie ailleurs – ils se replient sur eux-mêmes, ils s’absentent de la sphère publique. C’est cet effet-là qui est le plus violent. Ne croire en rien et rester chez soi. Se dire socialiste de cœur mais ne défendre que sa petite maison « durement acquise par le travail » – être capitaliste égoïste de fait. Le champs de bataille reste libre, à ce moment-là, libre aux bien-faiseurs moraux, aux charitables, d’un côté, et aux tortureurs et administrateurs de la souffrance perpétuelle de l’autre.

Ceux qui s’en sortent (croient-ils) s’en sortent groupés. Ils créent des bulles d’humanité, entre eux, ils mettent des barrières invisibles entre ces bulles et la société en générale. Ils se disent libertaires, même anarchistes, tout en étant, objectivement, formés en groupes d’autodéfense tribaux et communautaires. Ce sont les amateurs de chiens et de chèvres, d’enfants et de petits vieux, farouches dans leur défense des faibles et soumis, si l’opportunité de se faire subtilement voir en tant qu’esprit chaleureux est là. De temps en temps une manif. Ils se croient incapables de changer la société en général, si ce n’est dans leurs intérêts personnels locaux. « Qu’on est bien chez soi », disent-ils - « pourvu que ça continue ». « Qu’on donne aux pauvres des minimas sociaux, comme à nous » … sauf que voilà on ne les donne pas - il faut les mendier, parfois en faisant la queue chaque jour.

Cela donne lieu a des phénomènes d’abaissement et d'humiliation rituelles publiques, comme l’aide aux gens qui veulent se suicider, pour les en empêcher. L’aide d’ultime secours aux individus qui se montrent défaillants. Il est donc préférable d’en arriver là, si on veut être reconnu comme membre de la société, que de souffrir la discrimination d’office sans mot dire et sans fléchir. On y réfléchissant un seul instant, il devient évident que la plupart des gens suicidaires ne le seraient pas si le maltraitement et le manque de dignité n’étaient pas installés comme normes dans leurs vies. La mort prématurée à la rue est une forme de suicide lente induite par l’absence de droits et de dignité humains. La suicide du fonctionnaire qui a fait un sale boulot et ne peut vivre avec le remords pareil. Le fait qu’ils « auraient raison » de vouloir se suicider et qu’il faut changer les raisons, plutôt que d'individualiser les réponses après coup, en ultime recours, ne rentre pas dans le discours.

Le Front National – que j’appelle par son nom, a eu une phase, dans son apprentissage de la prise du pouvoir, d’études linguistiques – ou « comment prendre des objets lexicaux pour arriver au pouvoir ». Le procédé était à peu près le suivant. Ils observaient ce qui se passait vraiment dans la société – dont ils faisaient quand même partie, et ils l’épinglaient avec des phrases assassines qui produisaient un petit choc de reconnaissance chez tout le monde. Les deux qui ont marché fort bien étaient :

« On ne peut pas accueillir toutes les misères du monde » et « appel d’air ». Il suffisait de les dire pour créer de l'outrage et s'identifier comme "favorable à l'extrême droite", et pourtant presque tout le monde était déjà partisan de ces pratiques dans le jour-à-jour.

A partir de ce moment-là, les autorités publiques et les citoyens privés se devaient d’appliquer cette politique – ils n’étaient plus censés être en opposition, mais en faveur de traiter les gens comme du bétail. On a oublié de remarquer que le Front National n’a fait qu’observer ce qui se passait vraiment dans la société existante pour y mettre une phrase descriptive juste, c'était trop juste, justement. Une campagne électorale très bon marché. Nommer le phénomène ne faisait qu’avancer la possibilité de pratiquer de manière ouverte et déclarée ce qui se faisait déjà, mais en cachette. C'était un peu comme prendre sa liberté.

La précarisation des pauvres est une politique du pouvoir – et du peuple solidaire du pouvoir. La média nationale aide cette politique en se prétendant choquée, en parlant de cette précarisation comme si c’était un phénomène social et non pas une politique délibérée, de repression des plus faibles par les plus forts.

Prenons les gardiens dans les prisons et les camps de concentration. Non seulement est-ce qu’il y aura consensus, dans ceux qui ont expérimenté ces milieux, qu’il y a des mauvais et des bons matons, mais dans ces régimes il arrivera que des prisonniers prennent le rôle de gardiens et administrent ou maintiennent, de jour en jour, le régime carcéral, souvent de manière beaucoup plus sauvage que l’administration de la prison. On accommode, de cette manière-là, la nécessité du régime. Il est sous-entendu que les incarcérés le méritent et que la préférence pour l’administrer de manière « humaine » n’existe que s’ils ne créent pas de vagues.

Les milieux dits de gauche qui s’occupent du droit au logement coïncident très largement avec les milieux qui s’opposent à la prison (l'anticarcéral), les deux phénomènes étant associés. Ils sont cependant imprégnés des valeurs de ces régimes de maltraitance, habitués à résister à des comportements stylisés à répétition, comme dans un ballet éternel de l’enfer. Il m’arrive souvent de penser que c’est de cette manière que les valeurs d’une société carcérale vont arriver à pénétrer la société entière, si ce n’est pas déjà le cas. L’attitude plus saine serait de sortir de ces valeurs-là pour établir des normes sociales de tolérance, de gentillesse, de non-brutalité et de liberté de la peur, communément associées avec une partie progressiste de la bourgeoisie. Cela est à peu près inacceptable pour des gens qui se trouvent idéologiquement opposés à cette même bourgeoisie. Ainsi, de nouveau, dans la sphère publique et associative les normes brutalisées de régime carcérale s’appliquent, tandis que dans la sphère privée, entre codétenus de confiance, des normes bourgeoises peuvent s’assumer.

La sphère publique, rappelons-nous, étant précisément l’endroit où se trouvent les plus démunis et les sans abri. Dans des immeubles insalubres et dangereux, souvent sans facilités de base (douches, chauffage, électricité), dans des occupations illégales, sujets à changements de statut et expulsion sans anticipation et arbitraires. Avec une police qui non seulement ne prend pas les plaintes des pauvres mais qui trouve tous les moyens de les « classer sans suite », qui administre les expulsions et le régime d’indignité qui crée la précarité. Qui s’habitue aux mensonges d’office qui évitent sa propre poursuite judiciaire.

Le policier à la retraite dans son petit pavillon est assez typique de la classe sociale qui votera volontiers Front National – ceux qui votent sont beaucoup plus vieux que la population adulte en général, la population générale dans un pays riche étant déjà plus vieille en moyenne que dans un pays moins riche. C’est-à-dire qu’il a passé sa vie en immersion dans la violence, à se taire sur ce qu’il fait vraiment, à brimer des gens qui ont toute la raison du monde de venir se plaindre – pour qu’ils ne se plaignent pas - « faute de moyens », qui est plein dans l’administration de politiques hypocrites, déguisées, dont on nie l’existence et qu’on ne veut pas voir, de répression systématique. Il doit encaisser la haine née de son application de décisions dont il n’est pas responsable, mais c'est son boulot et il essaie de le faire bien …

S’il vote Front National, c’est qu’il veut en finir avec l’hypocrisie et dire droit dan ses bottes ce qu’il n’a pas pu dire pendant toute sa vie. Il cherche la compétence – il n’a que faire avec la procédure, le faire semblant des mous et des doux qui ne vont pas sur le terrain – qui n’encaissent rien. Pour y voir clair, il faut au moins dire ce qui est vrai. Il a sa maison – il l’a payé avec un travail terrible. Il a sa liberté, il l’a gagné. Non seulement est-ce qu’il va défendre cette maison, mais il va apprendre ce dur leçon de la vie à tout le monde, que la société ne tolère pas les fainéants et les plaignants, que la vie est dure et qu'il faut la mériter.

Il y a plusieurs autres métiers qui mènent au même genre de conclusion d’extrême droite – des métiers de gestion sociale, mais aussi des métiers de petit et grand entrepreneuriat – le « monde du travail », mais aussi le monde de tous ceux qui dépendent du « monde de travail ». D’autres petites phrases assassines viennent se rajouter à l’équation : « ils parlent de la fin du monde mais pour moi c’est la fin du mois qui compte ». Celle-ci se traduit par "le petit monde social dans lequel on vie tous les jours, dont il n'y a que soi-même qui s'en occupe", et qui termine par assumer plus d’importance que "des projets lointains dont on ne peut pas être tenu responsable".

La rhétorique des gens de gauche – des écologistes donc, est révolutionnaire – elle propose de balayer le système actuel et agir en faveur des plus démunis, qui ne sont souvent pas ici. Dans l’analyse des gens de gauche, on pose souvent le point de vue qu’on ne comprend pas pourquoi la classe pauvre et ouvrière vote pour la droite qui ne tient par leurs intérêts à cœur. C’est une ignorance délibérée, l’extrême droite est composée d’une hiérarchie de ces mêmes gens à l’origine pauvre qui commencent à s’en sortir, d'ex-petits et grands chefs qui ont été dans la guerre de tranchées d’une politique gauche-droite profondément injuste, d'administratifs qui a mis en œuvre, pendant des décennies, des politiques de déni collectif chapotées idéologiquement par des titulaires de gauche et du centre.

Une gauche qui, en proposant une politique de décroissance, promet de les ré-enfoncer dans la misère !

Ceux qui votent sont en majorité les vieux, mais derrière chaque vieux il y a aussi une génération de jeunes qui aspirent, eux aussi, à être les héritiers du pavillon de leurs parents. Ils comprennent que c’est normal d’attendre leur tour, étant donné qu’il n’ont même pas le temps de faire le ménage, tant ils s’acharnent à accumuler le capital qui leur achète la liberté de fait, et non pas rhétorique. Il comprennent que le monde est hiérarchique et préfèrent des chefs compétents et forts, qui partagent au moins les mêmes aspirations qu’eux. Ils sont souvent républicains, la laïcité leur parle parce qu’ils sont ainsi absous de toute responsabilité morale non-volontaire. Des bons gens de cœur qui ne se laissent pas marcher dessus non plus ...

Dans ce sens-là Jean-Luc Melanchon représente, à lui seul, le pire des cauchemars du petit peuple. On peut savoir qu’il incarne le dictateur parce que personne n’ose lui demander de se taire, préférant attendre qu’il s’autodétruise ou devienne trop vieux pour représenter une candidature « sérieuse » qui met le mot " sérieux" en question. Il est en fait le plus proche de l’incarnation de l’homme de providence Gaullien qu’on puisse trouver, de nos jours, un repoussoir pour tout activiste de gauche qui vaille le nom et un allié de fait pour la montée de l’extrême droite. Il aurait pu se dédouaner du rôle – ou au moins traiter du sujet "sérieusement", mais préfère l’auto-défense incarnationniste qui est à l’origine du problème. « Je suis la Gauche » devient « et la gauche ne sera pas sans moi, … donc ».

Le paragraphe ci-dessus parle tellement d’une évidence que Melanchon aura sans doute disparu de la scène politique d’ici peu, même si ce n’est que pour se réincarner dans une vie future, bien qu'il est remarquablement coriace. Le candidat qui paraît le plus faisable, pour gagner, actuellement, est Cécile DuFlot, mais il est difficile de voir comment elle peut assumer le rôle d’autorité nécessaire pour le travail, sans céder la lucidité qui la rendrait une candidate potable. On pense à la jeune Ségolène Royale suivie de la version présente. La candidature collégiale qui est la seule consistante avec des valeurs de gauche cohérentes est possible seulement dans la mesure qu’on révolutionnise la média, qui ne peut actuellement que personnifier les candidats, comme si il n’existait rien que quelques personnalités décisionnaires.

L’abandon de la politique politicienne pour se reformer tranquilo sans y penser paraît avancer bon train. Sans crise Corona, ce ne serait peut-être pas le cas, mais cette crise a donné énormément de temps de réflexion et d’organisation à des gens qui d’habitude seraient absorbés dans la vie quotidienne. Les secteurs les plus actifs n’ont pas eu ce temps de consolidation, ce qui a donné sa chance aux marginaux, intensifiant leurs relations et créant beaucoup plus de chance de collaborations fructueuses futures.

C’est le syndrome « bouteille de champagne » qui va bientôt sortir de la cave et être ouverte. On s'y prépare mais c'est une question de 'timing".

Face à cette muraille de Chine de l’indifférence au sort des autres, qui commence à se banaliser, Europe écologie les verts fait fausse route en essayant d’apaiser les égoïstes. Les politiciens au pouvoir font déjà ça et regardent EELV comme un bon terrain de recrutement pour de futurs ministres.

La seule voie actuellement ouverte est de faire quelque chose de radicalement différente sur le terrain et, qui plus est, qui marche, à l’échelle économique et sociale. Une fois que les gens commencent à comprendre d’abord que ça marche, ils peuvent constater qu’effectivement, il y a beaucoup de gens qui y sont investis, et ils peuvent même prêter l'oreille, mais pas avant. J'ai l'impression qu'il y aura beaucoup de spoilers, beaucoup de distractions, beaucoup de fausses routes et beaucoup de populisme, avant la fin de cette année.

Il faut comprendre que la génération d’extrêmes égoïstes, les baby boomers actuellement au pouvoir, sont aussi très (narcissiquement) idéalistes. Une fois qu’ils comprennent qu’il y a une ouverture qui permet la liberté et non pas la bureaucratie, ils peuvent soutenir de telle initiatives, ce qui à la fois tire leurs enfants et proches et jette leur argent dans l’arène – il y a des milliardaires dans cette catégorie-là. Il suffit d’avoir un plan qui peut logistiquement accommoder l’effet boule de neige de la réussite, en intégrant chaque fois plus de volontaires (je ne parle pas de « bénévoles »), sans perdre la voie et sans être récupérée, pour que ce soit reconnu comme un vrai projet d’avenir qui, cette fois-ci, est mené non pas par des apparatchiks de l’ancien régime mais par les « nouveaux compétents ».

C’est cela le chemin vers le gouvernement écologique, parce que sinon, le gouvernement ne sera pas écologique. On peut espérer encore beaucou d'argent, jetés sur des fausses initiatives écologistes, pour créer la mélée dont sort la balle de la victoire.

Mais laissons-nou rever un moment. On ne parlera plus du fonctionnariat brutaliste, ni des blacks blocks, sinon de comment contribuer à l’effort collectif. Mais pour cela il y a besoin, en quelque sorte, d’une comité d’éthique au pouvoir et non pas une série de mégalomanes assoiffés du toujours plus, ni des doux parleurs virils qui trahissent leurs paroles données san faille. L’analogie serait d’avoir, d’un côté, le pouvoir civil et de l’autre côté, les militaires, interdits de prendre le pouvoir.

D’un côté, on peut avoir donc un conseil de deux chambres décisionnaires, ce serait peut-être le conseil citoyen tournant, et le conseil d’experts, tous les deux obligés dans leurs rôle exécutif de se mettre en binome, un de chaque chambre. Cela créerait une version nouvelle du copinage. Le concept a déjà fait ses preuves dans le sens que c’est une combinaison d’experts et de citoyens qui a réussi à faire des propositions quelque peu lucides sur l’écologie.

De l’autre côté, il y aurait les activistes qui agissent dans le champs, l’analogie serait les généraux en campagne, parfois charismatiques et capables de représenter une menace au pouvoir central, sauf que les structures seraient plus fortes, intentionnellement, que ces incarnations temporaires du « chef » qui induisent le reflexe pavlovien de la soumission volontaire chez le français moyen.

Je ne propose pas d’aller plus loin dans la présentation d’une possible structure législative et exécutive sur le plan national, j’ai juste voulu démontrer qu’il est possible d’en présenter une qui est tout-à-fait raisonnable, bien fondée, et facile de compréhension et application dans le contexte moderne. On ne peut pas argumenter qu’il est dangereux d’éliminer les partis actuels, laissant une vide de compétences – ils se sont déjà très bien débrouillés pour s’auto-éliminer du champ du pouvoir démocratique national tous seuls, et ce n’est que le Plan B de l’installation d’Emmanuel Macron qui a pu leurs sauver quelques peaux, in extrèmis.

Attention! Macron survivra dans la mesure qu’il peut éliminer des propositions crédibles de grand remplacement à gauche, malgré le fait que tout le monde aura compris qu’il ne représente aucun changement de fond dans la classe dirigeante, vouée à l’incompétence dans la gestion d’une succession de crises. Pour la génération de politiciens qui attend de prendre la main, l’association avec l’image de la vieille politique est plutôt une contamination de leurs chances futures. Heureusement que Macron a fait des interviews d'embauche pour les représentants en Marche de l'Assemblée, cela en fera quelques uns de moins d'Apparatchiks pour très bientôt.

J’anticipe plutôt des problèmes au niveau local que national. Les élites locales, autant celles de la vie alternative que de la vie conventionnelle, peuvent faire le boulot de tuer dans l’œuf tout changement réel en paraissant adopter les modes du moment, avec ou sans Macron. La gouvernance alternative, les futures alliances à la Macron de la vieille et de la nouvelle garde menacent de noyer le poisson - on a quand même une quantité énorme d'administratifs en manque de mission, grâce à l'état imprévu de l'etat providence. Avec deux métaphores animaliers en deux phrases, j’espère avoir convaincu le lecteur que la gouvernance du faire est plus important que la gouvernance du faire semblant - mais ce n'est pas gagné - je propose de mesurer sérieusement l'empreinte énergique (Kilowatt heures, joules, calories) de chaque candidat, de jour en jour, et de ses stratégies d'infrastructure pour nous tous. Cel aurait la vertu d'éliminer à peu près tous les français du combat électoral, d'un trait - sauf Cinderella, qui, il me paraît, n'est même pas d'origine.

Je propose, par exemple, que la semaine de travail pour tout le monde soit divisée en :

- trois jours de travail à mi-temps aux jardins, à mi-temps en études écologiques, pour tout le monde - ce n'est pas exactement mon idée, sauf pour le sujet d'étude, mais plutôt celui de notre vieil ami, Chairman Mao.

- trois jours de travail en apprenant à se déplacer à pied, surtout pour les ex-députés en Marche, et bien sûr pour l'ex-président Macron lui-même - et pour sa femme, si elle est encore en vie.

- Un jour de jeunes, à contempler la nature, tout seul dans son coin, en silence - pour dire: interdit aux chasseurs de prendre leurs fusils, interdit à tout le monde de prendre leurs débroussailleuses, et interdit aux viellots-ruraux de prendre leurs coqs - sinon on se verra obligé de leur administrer "le tri sélectif" - et je ne parle pas des coqs.

 

dimanche 28 mars 2021

Immersion

Je me croirais dans un camp de rééducation chinois – c’est comme Mao II.

La femme de Mao d’office me regarde avec une malveillance à peine dissimulée. Peut-elle me dominer ? Suis-je assimilable à son fief ? Son adjudante, angulaire, se maintient droite et rigide à ses côtés. Le métier d’interrogatrice s’étudie.

Je me trouve dan le réfectoire. Comme on est en plein crise Covid, il est vide et nous sommes assis des deux côtés d’une grande table d’état majeur au centre. L’entreprise zombie se porte plutôt bien, s’ayant accrochée des contrats de travail précaire pour entretenir son chiffre d’affaires. Comme presque toute entreprise en secteur rural, le profit est dans les subventions et pour faire tourner les subventions, il faut faire tourner la boîte, coûte que coûte.

Je n’ai pas encore appris que la réputation de cette entreprise rivalise celle de Kokopelli (le livre écrit dessus s'appelle « Je ne pointerai plus chez Gaïa ») pour les abus du personnel. Qu’y-a-t-il avec ces entreprises prétendument écologiques pour générer une telle infamie ?

Disons qu’au cours de mon contrat de travail (un jour de travail par semaine au salaire minimum [76 euros], limité à 100 heures de travail total, dispositif PEPS), j’ai eu la réponse à cette question tout au moins en ce qui concerne l’organisme pour lequel je travaille. Lorsque le travail est de faire semblant de travailler, la déficience du management s’expie sur les employés. Toute velléité de compétence d’en bas doit être supprimée, pour ne pas miner la fragile autocratie. Il y a des fiches pour tout – subornez-vous !

Version moderne

La modernité a une faille. C’est que des gens comme moi, même s’ils ne sont pas d’accord avec l’idée, peuvent trop facilement utiliser l’expression « la version moderne ». La version moderne d’une société Dickensienne. Les camps de concentration de Mao Tse Tung. Que disaient les romains – ont-ils inventé la modernité ? En utilsant le béton partout, en créant les premiers grands HLMs, en faisant leurs routes? En termes de camps concentrationnaires, c’est peut-être les pharaons égyptiens. Un camp de réfugiés dans le désert doit ressembler, de tout temps, à un camp de réfugiés dans le désert. Finalement, il n’y a rien de moderne dans tout cela, l’histoire ne fait que de se répéter.

Si nous nous sommes sentis particulièrement bien assis dans la modernité de notre modernité, c’est que le monde d’avant était en noir et blanc. Chaque manifestation physique de notre époque, qui allait sous le nom d’industrielle, puis de post-industrielle, était « tout neuf ». Nous passions par dessus l’histoire.

Étant donné que ce n’est manifestement pas le cas, nous étions plutôt très arrogants – comme tous ceux qui se sentent supérieurs, si ce n’est que pour la raison sotte de l’ordre chronologique.

L’amorce de sketch d’un jour dans la vie, non pas d’Ivan Denisovich sinon d’un ouvrier dans une démocratie libérale moderne - qui se proclame adhérente et même originaire de l’idée des droits de l’homme, elle me fait penser à ce qui nous attend à l’avenir. Je ne fais qu’éprouver ce qui est le quotidien de la plupart de mes co-travailleurs en France, à toute échelle – c’est comme ça, ils me le disent, d’autant plus qu’ils sont plutôt d’accord que ce soit comme ça et que s’ils étaient les contre-maîtres, ils feraient pareil. Quant à l’idéal de l’écologie, elle est une fille à violer, à salir, à faire rentrer dans les normes de la soumission, rien de plus. Elle est, ou était, A Fish called Wanda. (No fish were killed in the making of this film : Donald Duck Trompe).

Là où les militants de l’écologie échouent dans leur compréhension du changement séismique, c’est que nos héritiers ont déjà largement accommodé ce qu’ils croient être une réalité inévitable. Cet inévitabilisme est intégral. Il s’applique à tout aspect de la vie. Là où nous disons « non , il ne faut pas que ça se passe comme ça, on résiste », on nous répond « cela s’est déjà passé comme ça ». « Les éléphants ne sont pas encore extincts ». « Ah bon ? Mais c’est prévu, non ? Il faut juste attendre un peu. » Même les mots sont assassins.

Dans le débat sur la résilience, le poison se répand – personne n’ose dire que le vrai sens stricte du mot en français n’est pas qu’on est élastique, capable d’absorber les chocs et rebondir, sinon qu’on a dépassé le point du rebond élastique et qu’avec quelques fléchissements supplémentaires, on va casser. La résilience est en effet un pacte suicidaire.

Avançons un peu plus vers ce monde à venir où, comme des surnuméraires Covid, on nous trie pour le droit à la survie. Les droits humains n’existeront plus, cela au moins est évident. L’égalité ? L’égalité des chances ? La pente glissante est telle que les mots ne veulent pas dire grand’chose. Dans les faits, le faits inaltérables, les droits ne sont pas égaux, et ils ne sont pas basés sur la justice sociale, au contraire.

Je pense à une émission sur la justice médiévale et le concept de l’ordalie, l’idée étant que Dieu fera que l’innocence ou la culpabilité seront déterminées par la preuve du combat. Dans l’Inquisition, la torture utilise une logique similaire. On a du mal à encaisser, même à comprendre, dans les pays progressistes, comment on a pu penser comme ça, parce qu’il nous paraît évident que c’est le plus fort qui gagne, sans que cela prouve quoi que ce soit.

Mais si, ça prouve quelque chose. Cela prouve que la force a toujours raison. Dans un monde mauvais, on doit gagner le droit à la survie, objectivement. Surmonter l’épreuve, c’est une bonne démonstration de viabilité. La vitalité, réelle ou imaginée, elle compte, elle fait partie de la comptabilité, elle est « vraie ».

La résistance déclarée des médecins au concept du tri ouvert des malades, pour le droit d’accès à des techniques qui peuvent leur sauver la vie, a toujours été une grande dissimulation – ils n’ont jamais cessé de trier de cette manière. Les critères n’ont jamais cessé d’être eugéniques. Là où le bat blesse, c’est lorsqu’ils doivent le déclarer, ouvertement, parce que la visibilité est telle qu’ils ne peuvent plus le dissimuler. Ils ferment des lits opératoires pour installer un patient Covid, un jeune accidenté de moto arrive – ils ont le choix d’arracher les tuyaux au vieillard qui ne peut plus respirer et tenter de sauver le jeune homme, ou non. Qu’est-ce qu’ils font ? D’habitude ces choses se font dans le non-dit – on dit plutôt, « vous venez dans deux mois », sachant que sans intervention immédiate, le prognostique est mortel. Ou bien - "on va lui chercher un lit d'urgence" - et ils le cherchent vraiment, par téléphone, d'hôpital en hôpital, avec l'hélicoptère en attente, deux heures après ils le trouvent, sauf que, bon, il est déjà mort. Ils ont essayé - ils n'ont pas trahi leur vocation, quel relaxe ! Il y a plein de manières de contenancer la mort de l’amour propre (There are many ways to quit your lover, Paul Simon).

L’ajustement impliqué, pour la politique en général, est important, il faut l’enregistrer. « Quoi qu’il en coûte » peut être la phrase qui a fait perdre les élections à Macron. A une certaine distance devant nous, la fausse adoration des enfants qui nous est doctement obligé à présent peut s’évanouir – c’est après tout un phénomène historiquement récent. Les groupes d’affect – certains disent « affinité » sans guère changer le sens - ne cessent de croître en légitimité politique – nous les croyons plus humains que la logique froide, numérique et étatiste, mais en termes politiques, ils se révèlent plutôt le résultat d’un chaud calcul social d’intérêt personnel. Leur intérêt épistémologique est surtout d’accommoder l’abandon de toute prétention à l’égalité et à la justice universelles.

De cette manière nous nous préparons à marcher dans le vallon de la mort annoncée. Ce qui est intéressant est de noter la coïncidence d’analyse entre les différentes ailes de l'oiseau politique. Les libertaires ont beaucoup en commun, objectivement, avec les chasseurs, ils chassent sur les mêmes chasses gardées. S’il y a conflit entre néo-ruraux et chasseurs, c’est qu’ils ont tous deux compris qu’ils veulent sortir vainqueurs dans la possession du même territoire. L’assimilation va très vite. Ce sont les écolos les grands perdants, ni néo-ruraux ni chasseurs veulent que leur domaine devienne le champs de bataille des grandes idéologies. Une fois établis, ils constatent que ce qu’ils veulent surtout est qu’on leur foute la paix, "chez eux". Libertaire est propriétaire.

On peut critiquer cette manière de voir la chose, mais pour décoincer un paysan français de son terroir il faut plus que des paroles. La zonification physique du territoire français est en plein essor. Cela fait partie d’un phénomène global : « the land grab », c’est-à-dire l’accaparation, par les riches, de toutes les terres possibles et l’expulsion de tous les pauvres qui s’y trouvent. Les groupes d’affinité, dans ce contexte, prennent la forme d’un militia qui trie et qui tire, à la porte d’entrée pour ainsi dire, les postulants à une vie rurale, dans chaque commune. Un peu à la guise des états Unis qui, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles, faisait le tri, devant la statue de liberté, pour renvoyer en Europe tout activiste de gauche connu ou soupçonné qui cherchait à immigrer.

On peut le concevoir de la manière suivante. Il y a deux manières de résoudre le conflit, l’une par l’acceptation, l’autre par l’élimination. Un groupe de babas à la campagne où on dit « nous sommes tous d’accord et joyeux » a sûrement éliminé de son sein tous ceux qui ne l’étaient pas – et qui ne sont pas là pour en témoigner. Si de telles procédures prédominent, on se trouve plutôt dans une situation fasciste que libertaire, puisque la dissension n’est plus possible. La fermeture de la campagne et l’emprise de riches totalitaires est à ce moment-là presque inévitable.

C’est ce qui est en train de se passer. Avec humour ironique, on peut observer que ce n'est absolument pas la réalité rurale que les citadins veulent voir d'en face. L'herbe plus verte de l'autre côté doit rester toujours plus verte. Mais pour cela il faut s'y immiscer, les yeux plein ouverts. Il faut aider la campagne à revivre, à debattre sans peur.

samedi 27 mars 2021

des hectares de nectar

Il a été avancé dans un livre par Edgar Morin qu’une famille peut produire de quoi se nourrir et un peu plus – tout en vivant sur 1,000m².

En réalité, il y a des facteurs qui peuvent faire varier ce calcul – fertilité du sol, précipitation, pente, angle d’incidence du soleil, vent/intempéries, accessibilité, etc.

On va donc multiplier par 5 ce chiffre (5000m² – 1/2 hectare) et supposer que la famille est composée de deux adultes et deux enfants. Pour 5 hectares, on calcule donc 40 personnes, pour 10ha 80 personnes. Pour un km² (100ha), 800 personnes. La densité moyenne par km² de la population française métropolitaine tourne autour de 125 personnes par km², il faudrait la multiplier par un peu plus de 6 pour atteindre une densité de 800 personnes par km². En France, l’un des pays les plus densément peuplés du monde, il y a encore de la place, si la distribution et l'usage des terres sont bien réfléchis.

Les 5000m², pour notre famille, peuvent être divisés en:

- 100m² à terre pour l’habitat humain, 900m² de jardins, espaces de travail et appentis (1000m² total).

- Arbres et arbustes fruitiers 1000m².

- Bois/forêt, 1000m².

- Cela laisse approximativement 2000m² (2/5 du total) en jachère – peut être un étang, peut-être des récoltes annuelles de patates ou de graminées, une serre ou bien du pâturage, un terrain de sport, un enclos à poules, d‘autres activités encore.

Certaines activités, comme l’élevage de vaches ou de chèvres, nécessitent des surfaces assez grandes et ne sont pas compatibles, sur la même surface, avec le jardinage – on estime jusqu’à trois vaches par hectare par exemple (ou deux familles, 8 personnes). La production laitière d’une seule vache peut supplémenter la régime alimentaire de quelques familles. Des petites vaches avec un lait plus crémeux nécessitent moins de place, par rapport à leur production réelle nutritive (qui ne se mesure pas seulement en litres écrémés).

Les externalités – les services dont dépend la famille, ne sont pas négligeables non plus. La santé, l’éducation, la sécurité, par exemple. Cependant, la ferme en soi peut apporter une meilleure santé, une meilleure éducation et pas mal de sécurité, ainsi réduisant le coût réel de ces externalités à la société en général. Il se pourrait que les médécins et les gendarmes aient plus de temps disponible pour jardiner. Pour les profs, c'est une évidence - ils ne peuvent pas enseigner ce qu'ils ne savent pas faire. C'est très antiviral à l'extérieur - on court 20 fois moins de risque qu'à l'intérieur - il est déjà beaucoup plus facile de maintenir ses distances et bécher tient chaud.

Finalement, il n’y a pas à supposer que la famille reste fixée sur l’endroit, elle peut également contenir des spécialistes en divers métiers – la construction d’espaces de jardinage pour autrui et le co-jardinage avec autrui, par exemple.

La raison pour donner ces chiffres très simplifiés, par ménage, est d’au moins avoir quelques référents en commun, pour lancer la réflexion. Dans le même temps, il faut quand même mentionner que le «1000m² par famille [nombreuse]», mentionné en haut de page, est plutôt banal pour beaucoup de ceux d'entre nous qui habitent les pays plus pauvres. Non seulement est-ce qu'ils n'ont pas de subvention, mais pas de sécurité non plus. La saisie des terres et des jardins des pauvres par les riches est en train de s’accélérer, sans aucune prétention d’équité ou de justice, partout, y inclus chez nous, surtout avec la collusion des autorités existantes - qui se rangent massivement du côté des riches, tout compte rendu.

5000m² est mieux que 1000, en partie parce que cela décontracte la situation – on n’est pas obligé de ne produire que des patates ou du maïs pour avoir assez à manger, et on peut utiliser le bois de la forêt sans la réduire à néant, avec des bonnes pratiques économes. En France ce genre de petite ferme à pluricultures a été fréquente, avant l’époque industrielle, et bien apprécié.

Actuellement, la politique agricole pré-suppose qu’il faut une ferme de 30ha ou plus pour être rentable. Dans les faits, il faut un salaire supplémentaire, donc le travail en entier se fait par une seule personne dans la famille, sept jours sur sept, sans relâche - l'autre sort travailler pour maintenir le ménage à flot. Les coûts qui produisent cette situation sont celles du transport, des machines agricoles et de la maintenance des normes fixées par le gouvernement, moyennant l’achat des plusieurs ingrédients que requiert cette manière de faire de l’agriculture, dite industrielle. Le fermier peut louer ses terres ou être propriétaire. Son chiffre d’affaires, pour en tirer un salaire de 12000 euros ((2016) peut dépasser 60000 à 100000 euros par an. Il est, d’une certaine manière, riche, surtout s’il arrête de travailler, vend ses terres et es instruments de travail, même si, au regard des heures travaillés, il est payé bien moins que le SMIC. Le plus souvent il est endetté, obligé de travailler presque tout le temps et sous pression d’une extrême rentabilité, pour payer les dettes qu’on lui encourage de prendre – style: nouveau tracteur, semence brevetée, système de trait et de refroidissement de lait automatisé, tout en inox par raison de normes d’hygiène obligatoires et sans bases scientifiques - le fermier est lui-même une vache-à-lait au service d'autres industriels.

Rappelons-nous que le cadre administratif dans lequel il est obligé de travailler crée cette situation et qu’il est très surveillé, habitué à un manque de liberté de décision par des décennies d’interventionnisme d’état, quoi qu’il en pense. Un fermier traditionnel aime ses terres - c'est un genre de chantage moral qu'on exerce, une menace constante à sa raison d'être. Faisons le calcul par hectare de nouveau. Il a 30 hectares – 30,000 mètres carrés ou un tiers de kilomètre carré, pour une famille de quatre. Sur la même surface, 240 personnes (60 familles) pourraient trouver, confortablement, de quoi vivre et où vivre, en jardinage paysan et maraîcher. Leur jardinage pourrait être parfaitement compatible avec le renouvellement de la biodiversité et l’équilibre de la nature, alors que pour le fermier solitaire, accablé d'une charge de travail colossale, c'est à peu près impossible.

Est-ce que le fermier produit plus, tout seul, que les 60 familles, sur la même surface? La réponse est «non», une réponse qui n’est pas toujours enregistrée par ceux qui supposent que ces méthodes industrielles «modernes» sont forcément plus productives que des méthodes non-industrielles.

Il y a plusieurs raisons pour cela, nous pouvons en énumérer quelques-unes.

D'abord, la plupart des profits (théoriques) de l'industriel sont investis dans des machines, daan l'alchimie et non pas dans des plantes qui poussent, ou sinon dans la production d'animaux, de moins efficaces producteurs de valeur alimentaire, et pas de plantes faites pour la consommation humaine. Deuxio, ce que produit le fermier industriel est largement subventionné, ce qui en toute justice comptable doit être soustrait de sa production chiffrée pour arriver à un chiffre de production réel.

Le fermier industriel (c’est-à-dire tout fermier avec tracteur) dépense beaucoup d’énergie fossile pour un retour donné en énergie alimentaire. Une valeur énergique qui excède, souvent, la valeur calorifique de ce qu’il produit en alimentation. Rappelons-nous que les énergies fossiles sont gratuites, on ne paie que les concessions pour les exploiter, le coût de leur extraction, leur raffinement et leur acheminement chez nous, plus, bien sûr, les impôts qui en sont prélevés par le gouvernement. Or, l’agriculteur industriel bénéficie d’un rabais sur ces impôts. De surcroît, son chiffre d’affaires doit obligatoirement être assez élevé pour absorber les coûts d’entrée (un tracteur d’occas. ou bas d’échelle coûte dans les 50000 euros, pour commencer).

Les conditions du sol dans un jardin bien entretenu sont souvent meilleures et plus productives que dans un champs – le sol n’est ni compacté par des machines lourdes, ni exposé, nu, au dessèchement répété et à la montée des sels et n’est qu’en partie cassé et retourné chaque année. A production égale, un sol de jardin a besoin d’être moins amendé, peut être désherbé sélectivement à main et, avec un peu d’intelligence et savoir faire, ne nécessite aucun traitement chimique contre les bestioles, étant donné qu'il y a d'autres bestioles pour manger lesdites bestioles.

Non seulement peut-il y avoir une succession de fruits et légumes au cours de l’année, mais les plantes pérennes, tels les arbustes à baie, les fines herbes, les arbres fruitiers, multiplient aussi la production par mètre carré, tout en réduisant le travail humain ou mécanique nécessaire pour l’obtenir. Les divers produits non-alimentaires (paille, tiges, fleurs, épluchures) servent à plusieurs usages, puisqu’elles sont à portée de main, évitant l’achat de plusieurs autres produits à leur tour.

L’absence d’outils à carburant fossile et la présence humaine permettent une attention au détail à l’échelle des plantes concernées, ce qui augmente aussi la productivité, tout en diminuant le besoin d’intrants coûteux. La préparation et transformation immédiate pour la consommation et la conservation directe, sur place, créent une valeur nutritive supérieure, évitent l'achat et le transport de plats cuisinés et autres. Le gaspillage des aliments est ainsi non seulement réduit mais réinvesti dans le terreau qui sert de soustrat pour la prochaine génération, ou l’alimentation des animaux de basse-cour.

Si l’on calcule le poids sec, la valeur calorifique et la valeur nutritive par mètre carré, de la production en jardins de ce type, contre le poids, par exemple, du blé par mètre carré en industriel, la production du jardin sera supérieure, même en chiffres simples et non-ajustés.

Le seul chiffre favorable au fermier est sa "productivité" personnelle, mais comme on l'a vu, ce n'est pas lui qui produit (sinon le déploiement d'énergie fossile à gogo, sur toute la chaîne en amont et en aval de surcroît), et il se fait payer très peu, en se cassant le dos, à moins de s'endetter et utiliser encore plus d'énergie fossile. Il peut aussi essayer de se désindustrialiser et employer quelques-unes des techniques décrites ci-dessus, mais pas avec la grande surface, les charges et le statut d'exploitant agricole. Il ne peut pas faire la chose logique - créer des bails pour que plusieurs jardiniers vivriers puissent repeupler la ferme, puisque ses terres sont classées agricoles non-constructibles - ce qui est à la pointe de l'absurdité. Tout cela contribue à la désertification de la campagne, parce que ce ne sont que les riches qui peuvent se payer des hectares qu'ils ne vont pas utiliser, sinon comme "puits de capital". Il est peu probable que cette situation puisse longtemps durer - il faut complètement réformer le cadre légal et administratif, qui étaiet inventés pour une autre époque mais dont on n'arrive pas à saper l'inertie.

Finalement, avoir un jardin dédié à sa propre consommation évite très largement le paiement d’impôts sur cette production et cette consommation «endogènes», ce qui en termes d’argent représente une grande bénéfice, dans un pays comme la France. Cette bénéfice peut être défendue moralement, dans le sens qu’en termes écologiques, il est plus efficace que la famille perçoive directement un avantage par un impôt non-payé (pour des services écologiques effectivement rendus) que d’attendre qu’un prélèvement fasse le tour de tous les corps intermédiaires avant de lui tomber dessus en forme de subvention. Le fait que cela ne s’appliquerait qu’à des cultures vivrières ou de très petite échelle ferait sans doute un impact socialement progressif, tout au moins si une grande proportion de la population avait accès à des terres vivrières, ce qui n'est malheureusement pas le cas. Il reste que le tout industriel a formaté presque tout le monde à l'usage de techniques exclusivement à énergie non-humaine (à petite échelle, c'est "mini-pelle, débroussailleuse, tronçonneuse, motoculteur", même "clouteuse"), remplacé le jardinage par le maraîchage et réduit le savoir faire collectif à peau de chagrin, bien que le savoir faire d'une petite élite existe, totalement coupé du métier, de son administration et de son enseignement, qui traitent essentiellement de comment se conformer à la paperasse et les idées erronées des "grandes" écoles agricoles, comme l'INRA.

Ce qui existe, par inertie, contre tout bon sens, est une agriculture industrielle planifiée afin de produire d’énormes tonnages, nécessitant à leur tour des transports routiers de grande taille et tonnage, des grandes usines automatisées ou semi-automatisées, des transformations et des emballages obligatoires, suivis par la ré-expédition dans des magasins de grande échelle, avec des grosses pertes de qualité et des déchets sur toute la ligne, y inclus dans la chaîne du froid que de telles complexités obligent. Ces coûts ne sont pas en grande partie évitables – la ligne est très longue. Les coûts de l’infrastructure, les routes renforcées et élargies, les camions, le carburant, sont payés par l’ensemble de la population, par nos impôts et notre travail, sinon encore plus par les pauvres du monde entier qui fournissent une grande partie des intrants nécessaires à moindre prix – ou qui perdent leurs terres nourricières à faveur des industriels qui nous fournissent de produits coûteux et non-essentiels.

Ces coûts ne sont pas calculés de manière imputable aux bénéficiaires industriels, sinon ignorés - «externalisés». C’est donc le monde en entier qui subit les conséquences de ce système terriblement inefficace. Le pollueur redistribue les coûts et concentre les profits - c'est bien un système redistributif, mais dans le sens de l'inique, qui termine par teinter tous nos comportements moraux de la même enseigne, fataliste, cruel, profiteur et indifférent. De manière perverse mais logique, ceux qui ont le plus à se réprocher dans cette affaire sont les plus auto-défensifs - ils ont beaucoup à craindre parce qu'ils ont beaucoup à cacher, pour inverser une autre expression connue, et leurs démarches pour adoucir et s'allier avec les ONGs écologiques sont donc sincères: ils veulent qu'on sauve leurs peaux, face à la colère croissante collective, en toute sincérité - c'est compréhensible - mais ils ne sont pas convaincus que cela marchera, donc ils retiennent le pouvoir et le désir de mouiller tout le monde dans la même incohérence que la leur.

On peut rajouter l’observation qu’un système si dispendieux et inefficace doit constamment augmenter de taille, comme l’exploitation du fermier industriel, pour compenser les énormes frais engendrés - c'est une fuite en avant - on est déjà dans le vol de humus et de sable, transportés par route pour remplacer des terres effritées et sans vie - résultat d'une incompétence navrante. Autrefois cela s‘appelait «les économies d’échelle». Aujourd’hui, on peut voir que les économies d’échelle, dans un monde réaliste, favorisent la petite échelle – et que ceux qui ont le plus besoin de subventions pour ne pas écrouler sous les dettes sont les très grandes entreprises industrielles. L’expression «on ne prête qu’aux riches» n’a jamais été si vrai, sauf qu’on peut rajouter, «plus ça pollue, plus on lui prête». C'est la folle époque.

mardi 23 mars 2021

Zoonose, zoophobie

Et si on se trompait carrément sur ce qu’on appelle les zoonoses, les maladies dont la hôte d’origine est animale?

L’hypothèse, rappelons-nous, est qu’à cause de notre invasion de la nature, on se met en contact avec des animaux qu’on ne rencontre pas habituellement.

Prenons la chauve-souris. Apparemment, on vie plus à proximité avec elles qu’auparavant. L’homme des cavernes habite maintenant plus les mêmes lieux avec les chauve-souris qu’il faisait dans le passé. Il mange plus de «bushmeat». Il utilise plus la médecine traditionnelle.

Identifiez l’erreur.

A l’origine de ces pensées-là, je pense qu’on a l’hygiénisme et la méthode scientifique. Je dis «scientifique», mais en fait c’est plutôt industrielle, puisque la science est censée être basée sur la raison.

On tue tous les animaux, on élimine le vecteur, dans les élevages. On tue toutes les chauve-souris? On tue tous les animaux? On vie dan des endroits hyper-cleans, où il n’y a aucune risque de contact avec la règne animale? Quelle idée géniale, il fallait bien une post-justification.

Et puis on dit que c’est parce qu’il y a plus de contact avec les animaux sauvages aujourd’hui?

En fait, la quantité d’endroits dans lesquelles j’ai trouvé des chauve-souris, dernièrement, est très grande – c’est plutôt de ne pas les trouver, dès qu’un endroit avec un toit au sec est marginalement désaffecté, qui est inattendu. Et leurs excréments. Je n’ai jamais vu d’animal qui choisit de vivre autant à proximité de l’homme, à part les rongeurs.

Elles s’en nourrissent, de nous fréquenter – c’est nous qui attirons les moustiques et autres insectes, avec notre sang et notre lumière. Elles volent souvent autours de nous quand nous dormons, pour prendre les moustiques, ce qui est plutôt sympa. Je crois qu’elles ne le font que lorsque nous cessons de bouger nous-mêmes. Il faut s’y connaître un peu pour savoir qu’elles sont là, tellement elles sont silencieuses, discrètes et rapides – elles n’aiment pas qu’on leur prête attention mais on peut leur parler.

Dans mon enfance, au fond du jardin de mes grand-parents, il y avait l’hôpital expérimental de la Rhume Commune, c’était une série de huttes de l’époque de la guerre dans un champs au plein vent. Des volontaires étaient payés pour venir s’infecter et être étudiés – on cherchait un vaccin – on ne l’a jamais trouvé, il me semble, le virus n’arrêtait pas de muter. Ils étaient souvent très malades, on les rassurait que ce n’était rien et que c’était pour le bien commun. En tous cas, ils étaient en quarantaine, pour des raisons évidentes et ils restaient dedans, il faisait sacrément froid là où ils étaient et ils étaient très malades.

Quand on se baladait, on se demandait si on n’allait pas attraper une rhume, nous aussi, selon la direction du vent. Pour une raison et autre, depuis le plus jeune âge, j’ai côtoyé des scientifique de diverses espèces. C’est vrai qu’il y en avait certains qui se prenaient pour une caste à part. Mais d’habitude c’est parce qu’ils travaillaient sur quelque chose de secret, comme la bombe atomique, ou de contaminant, comme les virus, ou les deux, comme la guerre bactériologique.

Une fois j’en ai rencontré un sur les bancs arrière d’un bus, il était très saoul. J’avais douze ans. C’était une de ces bus de campagne, ou on allait loin et il n’y avait personne. Il me racontait des histoires pour me faire peur. Son chef gardait toujours de l’atropine (je crois que c’est ce qu’il a dit, c’était un genre de botulisme qui était l’arme) dans son bureau, dans le cas où il se faisait contaminer. C’était le seul remède, il fallait le faire tout de suite, - ces armes chimiques peuvent te tuer en quelques minutes. Donc il se présente au bureau de son chef un jour, et tout est obscur, il n’y voit rien. Peu à peu son chef sort de l’ombre, il porte des lunettes de soleil. Il paraît qu’il a du se piquer de l’antidote alors qu’il n’était même pas contaminé – l’un des effets marquants dans ce cas est de dilater les pupilles, pendant des jours entiers.

Une bonne proportion des scientifiques étaient des malades mentaux – ceux qui n’étaient pas des psychopathes. Ils avaient mauvaise conscience de ce qu’ils faisaient et ils étaient voués au secret en plus, même pas de psychanalyse. Il se passait n’importe quoi dans leurs laboratoires.

mercredi 17 mars 2021

Le pinacle de la folie pyrénoclaste

Oui, c’est l’Andorre. Avec ses alliés Russes, de Dubaï, de la Golfe. Mais vraiment dingue. Ils veulent construire un aéroport, que pour les riches, à côté de Pas de la Case.

Mais, … merci les andorrans, vous nous avez vraiment donné un cadeau. Les écologistes qui essaient de se tenir dans un endroit de plus en plus impossible à vivre, tout simplement à cause de l’exceptionnelle atmosphère réactionnaire dans laquelle baigne ce pays frontalier, vous nous en avez donné la preuve.

Vous voulez des riches touristes, pas de pauvres écologistes. Vous voulez des gens qui pensent que l’argent achète tout, pas de sobres humanistes, qui veulent que la planète vive encore.

Au moins c’est clair.

Qu’est-ce qu’on en fait de ça?

Peut-être quelque catharsis, quelque chose de bien, peut venir de votre tentative de saigner, encore et encore, la planète. Vous qui vivez en pleine nature – qui cherchez à la tuer.

Une autre planète là-haut, perdue dans les brumes toxiques de l’époque industrielle.

« Ah, les arbres, il n’en manque pas ici !. On peut bien s’en passer de quelques hectares de neige, il faut bien qu’on vive ! » Dit le chef de la mafia russe locale.

Déjà que Pas de la Case est une abomination écologique. Dans sa démence, le gouvernement français a décidé que tous ceux qui veulent acheter le tabac à moindre prix doivent aller jusqu’à en haut de la montagne pour en avoir, maximisant les frais énergiques de l’opération, cultivant la contrebande. Une fabrique à fric. Alors que le tabac est une plante qui pousse très bien dans le sud de la France, très intéressant comme plante protectrice, avec des fleurs qui sentent si bon le soir, presque comme du jasmin.

Ayant corrompu et compromis les andorrans, jusqu’à ce qu’il ne reste que les riches et les corrompus, le gouvernement français menace de couper le commerce, comme si, subitement, il avait compris la sale magouille qu’il avait lui-même mis en œuvre.

Et la Mafia, se croyant en Sibérie, coupée de la réalité du pays, ne vivant que par « go-fast » de luxe, se dit, dans son vodka: « mais merde, il nous faut un aéroport, pour qu’il y ait d’autres pourris riches pour camoufler nos activités. » Ils passent la commande aux « élus ». «Ainsi soit-il», disent ces derniers. «Nous vous sommes déjà reconnaissants, pour ne pas dire en état de chantage. Nous allons appeler à nos potes chasseurs d’en bas, en Ariège, au P.O. Nous mangerons le mouflon ensemble.»

A Toulouse, ce qui reste de la gauche écologiste ouïe parler de cette folie. « C’est mieux que la mine à amiante – on touche à notre tabac», ils se disent. «Mais merde, il y a de quoi faire une vraie ZAD! Vous nous invitez au méchouis, les chasseurs? De la llena al fuego!»

Et tout le monde monte là-haut, en plein camoufle, avec les machettes, les « night-view », les bang-bangs, les grenades, la mort subite à 90 % (tous achetés en Andorre), pour faire une énorme rixe, une faîte de l’auto-destruction par hyperconsommation, comme dans le bon vieux temps.

été 2020

L’esthétique de l'Estive
Liers hêtres

Ce serait une erreur de croire que la Pelouse tient au-dessus de tout toute seule, ses racines pendant dans le vide des murs écroulés. Elle est le symbole même du pastoralisme, mais le calcul n'est plus économique, ni productif, sinon esthétique, voire éthique : une tentative de figer le moment nostalgique de l'éternelle Nature.

On vient ici pour débusquer le silence et le dénuement humains, comme s'ils étaient des trésors d'une valeur inestimable. Le collectif de l'Estive collabore, en réalité, dans le but d'empêcher la restitution des ruines et de leurs cultures potagères, leurs champs de céréales vivrières, leur familles, leurs enfants qui y vivent. Le « tout bétail » met sous le sabot chaque mouvement visant à démonoculturiser l'affaire. La Monoculture fait régner la Paix : c'est, après tout, l'aspiration de toute hégémonie collective, de toute dictature consensuelle.

La Vallée de Liers est le pays des Versantiles – chaque versant comprend jusqu'à 1,000m de dénivelé. À mi-pente on a vue, à un kilomètre de distance, sur un pays où on ne va jamais, l'autre versant de sa vallée.

Comment articuler un pays de « randonneurs » ?
... chemin faisant ... chemin vers ... chemin versantile

Dans les Andes, les ancêtres des Incas et des autres civilisations andines vivaient un ordre socio-géographique au vertical, gouverné par les transhumances périodiques entre des « paliers » écologiques : en bas le maïs, là où l'irrigation le permet, en haut les patates, pour pouvoir les sécher et les stocker.

Au Port, en principe, chaque maisonnée a une étroite découpe, du bas jusqu'au haut, de paliers écologiques qui se travaillent à diverses époques de l'année. Selon Le Journal d'Ici (№ 27, mars 2020), en 2010 le Massatois comprend « 2268 ha en SAU (Surface Agricole Utilisée), dont 2248 ha en herbe à bétail, 10 ha en terres arables et 5 ha en cultures pérennes (fruits) ».

L'ouverture des estives au véhicules rompt à peu près totalement cette obligation de transhumances concertées, permettant aux sédentaires que nous sommes de nous cantonner dans de petites parcelles cadastrales ombiliquement reliées aux « sources » que sont devenus les supermarchés d'en bas, l'Estive prend le reste.

L'origine de ces maintes parcelles cadastrées est, comme au Port, la connectivité de ses paliers écologiques, l'échange et le partage de biens et de services se fait sur place, dans le détail.

Tombées sous le joug de la civilisation véhiculaire supermarchisée, le sens même de ces parcelles et subverti à diverses causes, celle de la propriété immobilière, celle des amateurs de « La Nature », celle de ceux qui aiment les vaches, les ovins les caprins, les desmans.

Ces objets de nos affects symbolisent notre « intégration ». La fonctionnalité manifeste des orris, des granges et des petites maisons parsemés sur les versants – qui est de mettre à proximité et en collaboration ceux qui entreprennent les maints travaux physiques de la vallée - est totalement bafouée par nos dépendances à distance, qui nous font consommer à un niveau qui ne pourrait jamais être atteint par la vallée elle-même. Et pourtant, cette même vallée serait capable d'absorber, sans frémir, dix fois plus que sa population présente, sans cette consommation dédiée aux véhicules.

Comment faire évoluer une estive pastorale et potagère, pastorale et céréalière ? Déjà en confrontant les « estivants » à leurs propres incohérences d'amateurs de la Nature. La Pelouse ne peut pas longtemps supporter la population actuelle de bétail, ni est-ce supportable.

La Vallée de Liers a un atout écologique : ses habitats ruinés et son absence de viabilité carrossable permettent l'essor d'une économie humaine qui prend partie pour la nature de manière intégrée, pouvant servir d'exemple à d'autres milieux ruraux dépeuplés.

hiver 2020

Le contre-coup de la mer fouettarde
Courbé

Je me réveille à 7h moins 10. Silence. Quelques étoiles. Le soleil se lève à 7.31. J’allume un petit feu de cuisine, la radio. Peu après 7h, un bruit étrange, un peu de mouvement dans le branchage. Et le bruit. C’est comme un TGV, et bientôt plusieurs TGVs et je vois le grand chêne FLÉCHIR vers l’ouest – ce qui n’arrive jamais – et LA RAFALE est sur nous, et des craquements d’arbres qui se cassent comme des pistolets partout.

Ce que je viens d’expérimenter est un phénomène météorologique qui s’avérera de plus en plus fréquent. Dans l’Ariège on est un peu à l’Est du centre des Pyrénées. L’aube touche d’abord à l’Est, mais nous sommes encore sous le coup du refroidissement matinal – la différence de pression entre les terres touchées par les premières lueurs du soleil et celles encore en refroidissement à l’intérieur est maximal. Des deux littoraux, méditerranéen et atlantique après, les fronts de vent courent pour se rencontrer au milieu de la chaîne, mais nous ne sommes pas au milieu, mais un peu à l’Est – côté aube. Et la météo le dit : ciel dégagé, en région côtière méditerranéenne et dans l’Est de la Corse. Et il fait sec – et même chaud – on est quand même au début mars …

Tous les arbres se construisent ici pour contester les vents prédominants – de l’Ouest. Et ils n’ont même pas eu le temps de se raidir – là sur le chemin de retour en vélo, partout je vois des arbres brisés – les plus grands et ceux en lisière, là où on fait les travaux, là où il y a eu de la coupe, au bord des routes, laissant les troncs des grands exposés. Ces arbres sont devenus stupides – mais ce n’est pas de leur faute – et de toute façon – et de toute façon, c’est leur rôle de se sacrifier pur la nouvelle génération qu’ils maternent. La mer fouettarde prend tout. Vive les haies !

Commentaire/analyse

Ce texte a été écrit sur place, sous le coup de l’expérience. On a du mal à apprécier pleinement un phénomène écologique sans être dedans – touché viscéralement par le vécu, à mon avis. Plus loin sur la route,dans la tempête, j’étais en train de regarder un grand et beau sapin qui s’est déraciné et cassé en deux, emportant un autre conifère derrière lui, sur une aire de pique-nique. J’ai vu des cantonniers arriver – trois, dans un camion, qui se sont arrêtés pour observer les dégâts. L’un des trois est sorti, en frissonnant.

L’arbre de plantation « scénique » est tombé, en effet, parce que ses racines, moins profondes que celles des arbres caduques, n’avaient prise que sur du gravier malengoudronné – et parce que l’arbre, plus élancé que les autres, portait ses aiguilles à une saison où les adventices du coin étaient nus, ainsi offrant une surface optimale au vent.

« C’est bien coincé, vous n’allez pas le bouger sans treuil » je leur dis. « Il nous faut le tractopelle » il répond, et puis « il fait trop froid pour rester ici dehors » et il monte dans son camion chauffé, sans corde en acier et sans treuil. Actuellement, on déblaie les lisières des routes à 10 à 20 mètres de chaque côté, « pour ouvrir le paysage », laissant des troncs de dix à vingt mètres exposés au vents. On « nettoie » les fossés avec des grosses machines, on roule sur le talus,laissant des hématomes dans le sol, les écoulements d’eaux boueuses se creusent quand elles ne se bloquent pas, les routes s’affaissent …

Et partout, les arbres tombent.

Vous comprenez, j’en ai un peu marre – ils sont payés pour ça … Peu à peu, malgré eux, ils commencent à faire des élagages qui commencent à ressembler à des haies, à fur et à mesure que les arbres de forêt qu’ils ont exposé en lisière tombent sur la route – ils sont bien obligés … peut-être ils ont oublié qu’un arbre, ça pousse ...

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