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ProFrugal conducteur

samedi 20 août 2022 (rev.220914)

ProFrugal conducteur

1. Introduction jeudi 15 septembre 2022 : 15h-16h

2. Comment on s'y prend jeudi 22 septembre 2022 : 15h-16h

3. le nomadisme : voyages lents jeudi 29 septembre 2022 : 15h-16h

4. L'habitat - les écolieux jeudi 6 octobre 2022 : 15h-16h

5. Guerre écologique : désuétude programmée jeudi 13 octobre 2022 : 15h-16h

6. Greenwashing jeudi 20 octobre 2022 : 15h-16h

7. Agriculture - biosphère jeudi 27 octobre 2022 : 15h-16h

8. Industrie-chimie jeudi 3 novembre 2022 : 15h-16h

9. Globalisation-localisation jeudi 10 novembre 2022 : 15h-16h

10. Réalité somatique : les sens, la proprioception jeudi 17 novembre 2022 : 15h-16h

11. Solutions vivantes; obstacles sociales jeudi 24 novembre 2022 : 15h-16h

12. Conclusions jeudi 1 décembre 2022 : 15h-16h

ProFrugal#1 - Introduction

jeudi 15 septembre 2022

1. ProFrugal introduction
yes

yes

vous pouvez ré-écouter la prémière émission de ProFrugal ici.

ProFrugal#2 - solutions immanentes

mercredi 21 / jeudi 22 septembre

2. comment on s'y prend
bleu rose fleurs
bleu rose fleurs
solutions immanentes

C’est dans l’air du temps. On n’a jamais eu de semaine si bourrée d’écologie que celle-ci, au moins sur la média d’état. On a même dit qu’il fallait plus de travail humain, même un peu pénible, et moins de travail de machines. On a parlé d’ascétisme et de sobriété. Le mainstream est en train d’occuper le terrain des perchés. L’écoféminisme milite contre la culture de la dominance – dans ses rangs. Le privé se nationalise, dans un climat de guerre outrancière. Tout paraît contenir un reflet climatique, écologique, y inclus le social. La reine de la modération et de l’auto-effacement est morte, vive le roi qui parle aux plantes!

Infrastructure, systèmes sobres – où va-t-on?

Ce que l’on entend aujourd’hui, c’est plein d’analyses et de critiques – les rapports du GIEC ne font que ça et cela stimule les autres à faire pareil.

Ce que l’on n’entend pas, ce sont ceux qui ont des propositions concrètes de systèmes alternatives.

Mais c’est bien de cela que ça traîte. Systèmes. Et, basé sur l’expérience, je sais pourquoi on ne les propose pas – parce que l’on sera mis au ban de la société. Des Amish – Macron n’a pas pu le dire plus clairement. Justement, nous pouvons tous devenir des Amishs, à notre guise.

Les exigences de performance, d’intégration sociale, d’une société de travailleurs, ce sont des ordonnances de conformisme – de conformité stricte. Ceux qui proposent des systèmes sobres, frugaux, réalistiques, d’adaptation, sont caractérisés de non-conformistes, de révolutionnaires, de déséquilibrés, d’inadaptifs. Et en réalité, ce ne sont que ces gens qui ont un marge de manoeuvre qui peuvent faire leurs choix de style de vie, qui parlent, incessamment, des bénéfices spirituels, etc. Les pauvres savent très bien que cela ne marchera pas comme ça pour eux. La bagnole, par contre, oui.

La rareté de vraies propositions systémiques, infrastructurelles, engendre une sorte de flou, où on parle de l’imposition de sobriété ou de son acceptance libre et démocratique. Mais quelle sobriété, quel modèle? Qui bouge quoi, comment ça marche?

Est-ce que ce ne sont que des voeux pieux, faits d’intelligentsia et d’alternatifs? N’est-ce pas que c’est parce qu’on est ignorant qu’il y a un manque de clarté sur le “comment faire”, qu’il n’y a que des théorie et des généralismes?

* * *

Le mardi 20 septembre 2022 à 21h sur France Culture il y a eu une émission sur l’urgence de l’enseignement sur l’écologie dans les Grandes Écoles et le manque d’enseignants. En fait il n’y a que ça, en ce moment. C’est un peu riche, pour ceux qui y ont consacré leurs vies de se trouver au centre du débat “sérieux” des gens qui comptent, sans encore qu’on les écoute, mais …

Toute l’élite font déjà courir le bruit, ils sont tous au courant de la fin du monde dans lequel on s’enlise, ce n’est que la majorité démocratique qui paraît ne rien y comprendre. Faut les éduquer, sauf que … ils veulent “agir” sur leur destin collectif, en plus. Comment faire (ils ont du mal à envisager ce qu’ils n’ont jamais expérimenté eux-mêmes).

Mais en fait, tout le monde, ou presque, comprend très bien qu’il n’y a toujours pas de propositions concrètes, pour eux – que des bullshit jobs et des impossibilités administratives de faire autrement que plus d’industriel. Même s’ils voulaient faire autrement. Sinon, on leur donnerait déjà des jardins, non, et des conditions de travail sans machine abordables? Il n’y a vraiment que très peu de signes que cela se passe comme ça, vraiment. L’inverse, plutôt, si on regarde le bilan.

Cela a été comme ça pendant tellement de temps, tellement de générations, qu’il faudrait vraiment d’autres dignitaires pour leur donner des leçons – puisque tous ceux qui sont en place sont les “succés” de ce monde dans lequel on vit. Par définition.

Tous sans exception, par définition – les scientifiques, les médecins, les politiciens, la média, le monde de la culture, les sportifs, les entrepreneurs, tous nos héros et nos héroïnes.

J’ai compris ça quand j’ai vu un film qui faisait bruit, vers 2012, d’un autrichien qui tout seul a remodelé plusieurs hectares de terrain aride et pentu dans une vallée de la montagne autrichienne, en petit paradis pisicole, plein d’arbres fruitiers. “Me voilà.” dit-il, “Vous voyez bien ce que j’ai fait, émulez moi!” Plein de bassins à usage agricole. Très efficace. 30 hectares, une seule personne. Impressionant.

C’est le bon vieil astuce de faire d’un riche et son style un leurre, une aspiration. Je la trouvais tragique.

Il a tout fait à la pelle mécanique et au tracteur, en fait. En fait, sans l’appui du mécanique, il n’y est pour rien, nulle part – c’est la machine qui fait le travail, en gros. Toute cette énergie – et les terres – coûtent de l’argent, beaucoup d’argent. Il en a. Son travail a une profile énergetique, en fossile, tellement néfaste que jamais dans une vie de travail il ne pourrait la compenser tout seul. Et pourtant, un travail de jardinier peut très bien alimenter un être humain.

Bon, à cette époque lointaine – 2012 – cela passait pour l’écologie. J’étais dégoûté. Ensuite ils ont décidé d’acheter avec les bénéfices de leur FestiZad, quelques 20,000 euros, dans un tracteur, pour être “autonomes” en production de fruits, légûmes, blé, …

En soi c’est une aspiration noble, si c’est sans tracteur. Mais acheter des machines industrielles pour faire le travail qu’on ne fait pas soi-même, en entretenant un paysage amènagé à l’usage taille industrielle, c’est quelque peu illogique. Qu’en est-il de l’entretien des haies, des sentiers et des accidents de terrain qui sont propices à la bio-diversité et la diversification d’habitat?

Ce n’est pas la présence des humains qui pose problème ici, c’est la présence et le passage de leurs engins, comme la voiture, le tracteur ou le camion, à haute vitesse. Un humain ou un vélo passe facilement sur un sentier d’un mètre de largeur, à basse vitesse. Le renforcement des routes, des ponts et chaussées, pour un usage de poids plus lourd, plus grand, … c’est vastément dépensier en énergie, un cycle infernal.

La plupart de nos “petites” routes de campagne font actuellement de 8 à 12, voire 15 mètres de largeur. Sans parler des routes plus grandes, les départementales, les nationales. Lorsqu’il y a endiguement systèmatique, les largeurs augmentent.

Mais la sobriété écologique implique cette logique – elle implique l’évolution d’une économie à poids léger, qui maximise l’emploi de l’effort et du travail humain, profitant de son faible poids, empreinte ou trace physique, mais surtout de sa capacité d’auto-organisation systémique.

Nous sommes très adaptables, nos systèmes politiques et sociales nous organisent. Le défi est donc dans ce sens d’auto-organisation. Quelle voie suivre pour survivre?

C’est bien un débat qu’il faut poursuivre, … un chemin à creuser, parce qu’il est bien là, devant nous.

* * *

Cette émission sur l’écologie de France Culture – don’t je parlais tout-à l’heure – a coutûme de se présenter de manière apparemment modérée – trop modérée. Modéré, cela veut dire, toujours en retard sur la vérité, pour des raisons de calcul politique et social de ce qu’il est faisable de dire.

À cette finalité de neutralité non-neutre, dans le non-dit, il arrive de se faire des invités qui le disent quand même. Dans ce sens, la fiction de la neutralité est entretenue.

Cela pose problème parce que cela renforce la perception que les voies innovatrices viennent des radicaux – voire des extrèmistes, des marginaux qu’il ne faut pas écouter. Bizarre, ils ont eu raison, avant tout le monde, ils ont été courageux, avant tout le monde, ne serait-il pas temps de leur donner un peu d’attention? Si ce n’était que pour sauver sa propre peau?

L’émission de ce mardi a pris ces concepts, les a édulcoré comme sujet la formation à l’action – dans les grandes écoles. Quelle ironie! Cela donnait le pretexte pour des clips d’étudiants radicaux qui parlaient de la nécessité de passer à l’acte. On a même invité un ex-étudiant de la Polytéchnique (fils et grand-fils de polytechniciens) à parler, live!

Il a choisi de vivre des expériences écologiques dans un village de Normandie. Il a sans doute un tracteur et de l’argent, on le sent.

On a parlé du besoin de relier acteurs et professeurs, mais il faut quand même reconnaître qu’à part les étudiants, il n’y a pas encore, à la média nationale, des têtes parlantes qui agissent vraiment.

collapsologie – c’est foutu – tragédie, pas de drame

mercredi 21 septembre 2022

Notes sur la Terre au Carré
Endiguement
Invité: Dominique Mehda
  • Redistribution “équitable” – cette femme a du gravitas et elle débite bien, comme un politicien, les éléments codés, les mots clés du lexique économique.

    mais moi je me contenterais déjà d’une distribution efficace pour ceux qui choissisent une vie frugale, à pied ou à vélo.

Cette infrastructure, de refuges de montagne publics, mais cette fois-ci pour d’autres fins, permet le déplacement aux gens relativement humbles, qui continuent d’exercer leurs libertés de base, de mouvement, d’association, de travail ou de partage, sans entrave.

Ce n’est pas le cas si l’infrastructure n’est adaptée qu’à la seule voiture d’abord, ou au seul poids lourds. C’est le cas actuellement, les nouvelles constructions d’habitat humain doivent, au-delà d’une certaine taille, être accessibles aux engins des Pompier, de plusieurs tonnes.

  • “Prospérité” – pourquoi pas “(auto)-suffisance”, reprenant ainsi l’usage nouveau anglais d’“auto-sufficiency”?
  • Investissement en rail, tramway (collectif donc, et avec le CoVid?)
  • “circuits courts”

soyons spécifiques – quel rayon? Réalisable à vélo, à la marche – à vélo collectif? On ne peut pas louer les voyages lents sans aborder la logistique du voyage lent. Le voyage pour tous, riches et pauvres, les sobres que les ostentatoires.

  • Moins de travail des machines, plus de travail humain.
  • Plus de travailleurs dans le secteur de l’”agriculture”( pardonnez-moi, “jardinage” ).

Donc, selon elle, “1 million de plus d’agriculteurs” (quel terme vague, finalement)?

C’est plutôt habiter en immersion avec la nature de manière vivrière, bioproductive. D’ailleurs, si le terme “jardinage” a plus de sens, c’est qu’il y a toute la transformation saisonnière de produits à prendre en compte, qui évitent les achats, ou qui permettent l’échange de la production.

Rappelons-nous qu’un jardin se vit à proximité, est qu’il est réellement très productif, par hectare, plus que l’agriculture dans des champs, ou le seul élevage.

Trois jardins forestiers par hectare, 3000 mètres carrés chacun, de quoi nourrir plusieurs personnes, potentiellement. Le défi est technique – il nous faut nous réalimenter en main d’oeuvre humain formé.

Ne pourrait-on pas mieux dire si l’on parlait de plus d’habitat qui se vit en intégration avec le monde végétal et animal?

  • “Emplois utiles, localisés, partagés”

  • Là, je la suis totalement.Il s’ensuit logiquement qu’il faut accommoder la la présence d’une force de travail mobile. Le travail saisonnier est nécessaire à une économie paysanne rurale qui n’est pas basée sur les machines. Une infrastructure qui tient compte de la sobriété permet à des humains de voyager par leurs propres force, sans véhicule. Mais à présent, le cadre administratif punit les habitats innovateurs, à très bas coût énergétique, sinon les fait détruire.
  • “Le PIB occulte (cf. Travail domestique), l’empreinte carbone, et de là …
  • Une proposition de “compte carbone”, budget limité au-delà d’un seuil
  • reconvertir – reconversion de compétences massive, partage de savoirs faire divers (étude co-commandée par Action Climat)
  • Une société nouvelle (nouvelle structuration de la société)
Alain Pavé : Comprendre la Biodiversité 2019, p.279

Dieu doit beaucoup à Bach.” d’après l’expression d’un certain Cioran “S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu”.

Dieu ne joue pas aux dés” attribué à Einstein

la vie doit beaucoup au hasard” (Pavé), et il continue: on peut même montrer que, sans hasard, pas d’évolution et même tout simplement pas de vie et, évidemment, pas de biodiversité.

Dieu serait peut-être le dé lui-même (Pavé)

L’exemple de: “[…] “systèmes dynamiques”, avec les équations différentielles, ordinaires et aux dérivées partielles, ainsi que les équations recurrentes afin de mieux représenter les mécanismes du vivant .

Les quelques combinaisons qui ont résisté ont constitué les premières pièces du Lego de la vie puis, petit à petit sur le très long terme, l’édifice s’est construit et continue à le faire, largement à “coups d’essais et d’erreurs” pour constituer ce qu’on appelle la biosphère, avec toute sa diversité.”

Cela explique bien l’importance de la biodiversité, elle prend son temps. Elle s’accumule et elle s’organise. Comme nous, qui sommes tout juste en train de définir notre cahier de charges.

Retenons ce mot d’ordre de passage à l’acte, le besoin de mettre ses mains dans le cambouis des étudiants de sciences po – mais n’est-ce pas la méthode pédagogique des écoles Montessori – pourquoi pas des écoles linéaires, en mouvement, en interaction avec la biosphère?

Pour relever le défi, vaut mieux être en état de marche …

ProFrugal#3 - domiciliés Boucle - l'aspect nomade

mercredi 28 septembre 2022

3. Domiciliés Boucle - l'aspect nomade

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Rématérialiser notre monde à tous

L’une des méthodes les plus fiables et sûres de répondre à nos besoins écologiques élementaires, c’est de redynamiser le monde à l’échelle humaine, en conformité avec la réalité somatique et sensorielle de l’humain.

Cet objectif est atteint, en partie, lorsqu’on se réintègre au vivant, lorsqu’on réapprend les usages du vivant. Ce n’est pas donné, lorsque vous ếtes acculturé depuis le plus jeune âge à vivre dans des cages. L’analogie entre nous – notre besoin de stimulus et interactivité, tous comme les grands fauves dans les zoos, pâlit lorqu’on constate que les améliorations des conditions dans les zoos n’ont pas été suivi par l’amélioration des conditions de vie en appartement de l’être humain.

Dans ce cadre, le téléphone portable se montre un jouet insuffisant, mais très économe.

Voyons. Je n’ai pas abordé le gros du problème énergivore de notre société de surconsommation, devenue la norme, la valeur principale de toute une culture dite “industrielle” mais qui laisse de moins en moins de place aux vrais “industrieux”.

C’est la sacrée voiture, l’automobilité dans toutes ses formes.

Je n’ai pas vraiment saisi l’essence de la voiture moderne avant de visiter – tout dernièrement – vous pouvez aller sur le site de l’émission et visiter l’article “Mobile”, rubrique “Concept”, qui traîte en partie du Port Royal, dans les Bouches du Rhône. J’y ai posé quelques photos des quilles des bateaux que l’on répare là-bas, tout hydrodynamiques qu’ils sont, comme les corps des baleines, des orcs ou des dauphins.

Pour les voitures et les avions, on dit “aérodynamique”. Il faut atteindre des vitesses supérieur à 30, voir 50kmh avant de commencer à vraiment sentir la force du vent. A partir de 130kmh, cela devient de plus en plus comme un mur, ça frappe.

Tandis que dans l’eau, plus dense, ces effets de turbulence et viscosité se détectent à des vitesses bien plus réduites.

L’être humain marche sur la plante des pieds, qui ont des surfaces assez grandes pour mieux distribuer le poids d’un bipède. Il n’a pas besoin de prioritiser l’aérodynamique de son corps, c’est un corps finalement très versatile.

La voiture moderne est aérodyamique, comme un oiseau, comme un bateau, comme une baleine, parce qu’elle va vite. La route est vastement plus simplifiée, plus grande, plus lisse et plus prédisible, pour nous permettre de rouler à toute allure en toute tranquilité à une vitesse que, dans des conditions normales, nos sens ne pourraient pas accommoder.

Les panneaux indicateurs sont vastes aussi, écrites d’une lettre sans sérif de grande taille, qui nous indique notre chemin de la manière la plus réduite possible. Comme si nous étions des enfants. A grande vitesse, tout doit être simplifié, nous n’avons pas vraiment le temps de réagir.

Les gens ne voient pas tout ça, le paysage passe trop vite et en tous cas, on a de quoi s’occuper juste pour tenir la ligne.

Il est sans surpris que l’on découvre que ce paysage routier, où aucun détail ne nous est vraiment accessible, devient un désert, à l’échelle industrielle d’autres véhicules, des tous-terrains, des tracteurs. Nous n’y sommes pas engagés – nous ne savons même pas … de quoi ça traite.

Et les gens s’en foutent de tout cela, par conséquence. Cette histoire d’immersion dans le monde du vivant, c’est une histoire d’intérêt, de familiarité, de confiance. Ne cherchons pas beaucoup plus loin que les habitudes de tous les jours. Un peu de jardinage change déjà la donne. C’est une expérience enrichissante, un environnement enrichi pour un humain – comme on fait pour les chimpanzees.

Sauf que pour les humains, c’est un enjeu de vie et de mort, nous impactons tout le reste.

Parler plus – se parler plus – est également une expérience plutôt enrichissante. Ce sont des fonctionnement humains de plein épanouissement de ses potentialités, si l’on veut.

Ce n’est pas pour nier l’intellectuel, mais la reflexion – la pensée humaine – n’est pas vraiment abstraite, elle traîte de ce qu’on lui donne comme alimentation, ne serait-ce que la langue qu’on emploie.

Décroissance

L’imaginaire positif autour de la sobriété

Cela pourrait étonner, avec un titre comme ProFrugal, que je suis peu convaincu par tous ces mots qui communiquent la parsimonie, je vois surtout des opportunités pour améliorer la qualité de vie humaine – des vies pleinement réalisées.

Sans cesse, l’argument que l’on y oppose, c’est la réalité de tous les jours – la fin de mois, le besoin absolu d’un certain pouvoir d’achat.

C’est raisonner à partir du cas particulier, d’une océan de cas particuliers. Mais pour répondre à ces besoins individuels et individualistes, c’est tout un système qu’il faut changer.

Tout simplement, ce n’est pas le cas individuel qui compte. S’il y avait des trains à prix et à fréquence abordables, on aurait moins besoin de la voiture. S’il y avait des ressources humaines adéquates à la campagne, on aurait moins besoin de se déplacer au loin.

viaduc 2
viaduc 2
ProFrugal#4 - L'Habitat

jeudi 6 octobre 2022

4. l'habitat

alguie
alguie

Ce sont les notes du début d’émission – j’ai ensuite utilisé les notes manuscrites que je n’ai pas pu transcrire encore, faute de temps sur un ordinateur branché et avec accès ftp (file transfer protocol) – s’il y en a qui lisent ces mots qui peuvent me proposer un contexte (quelques heures devant un ordi dans un lieu dit) tel que je peux mener à bien ces travaux j’en serai très reconnaissant … et ceux qui m’écoutent aussi, j’espère ;)

Cette émission, le No.4, est censé traîter de l’habitat. La dernière se concentrait sur le mouvement, le transport, le nomadisme.

Mais comme cela a été démontré, dans une analyse dynamique, on ne peut pas échapper au cadre.

Sur l’Aire des camping car, j’ai demandé à un norvège en mobilhome où se trouvait l’eau.

Sur France Inter, La Terre au Carré hier mercredi venait de Millau, pour parler du vélo. Ils ont identifié le problème en France du vélo conçu comme un sport, par rapport aux pays nordiques, où c’est tout le monde qui le fait.

A Millau, on a beaucoup d’élan, pour créer des systèmes de covoiturage, pour les trotinettes électriques, pour les nouveaux types de transport léger dont traitait l’émission …

mobilité - à vélo

J’ai entendu l’émission sur le vélo-mobilité, ce mercredi 5 octobre 2022, sur France Inter, La Terre au Carré.

J’ai la sensation que tout le monde est en train de bouger, très lentement, trop lentement, vers des positions pré-existantes mais ignorées - c'est une démonstration de l'amnésie de l'histoire et de l'importance de sa mise en valeur.

45kmH, c’est trop rapide. 100km en 2 ou 3 heures, c’est une manière de ne pas changer la topographie de nos vies, alors qu’il nous faut densifier les populations rurales et réintégrer nos vies au vivant. En fait, chaque interlocuteur sur l'écologie se devrait de parler des gens aui vont participer dans son expérience, comme s'ils faisaient partie du grand ensemble, de nouveau ...

Si l’on crée une mobilité pour les gens du pays, sans accommoder les transporteurs, les messagers et les travailleurs actifs en déplacement, on reste dans le même modèle industriel.

La mobilité crée l’habitat.

L’imaginaire positif

ProFrugal#5 - guerre écologique et désuétude programmée

jeudi 13 octobre 2022

5. guerre écologique - désuétude programmée

tronc écorce arbre colon grillés
prendre de la hauteur

Intro / sommaire

La situation se cristallise - c'est comme un voyage de découverte civilisationnelle, où on procède par toutes les étapes de l'apprentissage, où une allégorie des sept fléaux de Moïses; les gilets jaunes et leur fixation sur l'essence, le climat qui se réchauffe manifestement, l'extinction de la biodiversité, la séchéresse, le virus pandémique, la troisième guerre mondiale, les grèves pétrolières. Et le rémède: la frugalité, la sobriété, la prospérité, l'écologie, ...

Mieux dit, dans la version Macronesque: les subventions, pour faire tourner la machine économique. La solution finale.

Le problème est que tous ces problèmes sont entremèlés, mais la politique se prétennd strictement politicienne. Ah, les chasses gardées! Avec chacun qui se renvoie la balle sur l'autre, jusqu'à ne pas savoir qui est qui.

Guerre écologique

Le plus fréquent, ce sont des gens qui disent qu’ils ne sont pas écolos puisqu’ils ne pratiquent pas – même qu’ils sont pleins dans l’industriel.

Je leur réponds que ce n’est pas comme ça qu’on raisonne par rapport à l’armée – les soldats ils y vont pour nous, ce n’est pas parce qu’on n’est pas soldat qu’on ne les soutient pas, avec leur courage.

C’est une guerre dans ce sens, on soutient les actifs écologiques – puisqu’on en a grave besoin pour nous défendre, même si on ne peut pas soi-même.

Cela déblaye le terrain un peu, on sait pourquoi on soutient l’armée écologique.

Le deuxième exemple qui me vient à l’esprit, ici en France, c’est la Résistance – qui est un modèle exemplaire de solidarité dans l’adversité – qui fait partie de la culture partagée.

On peut même apprécier l’ironie de la situation, ceux qui hébergent les résistants actifs, qui les protègent, ont tout intérêt à cacher leur soutien logistique, de rester dans le rôle de non-combattants. On peut faire l’analogie avec la guerre en Ukraine, où les ukrainiens versent leur sang et nous, qui ne sommes pas en guerre, les alimentos avec des munitions dans cette entreprise.

Par rapport à la guerre écologique, où on se combat avec et contre les éléments, on est un peu dans la situation d’une population captive dans une zone occupée, ici à la campagne française.

Les riches, les hyperconsommateurs sont ici, chez nous – même quand ils ne sont pas là – ce serait le cas des deuxièmes résidences, des gîtes, des usines abandonnées, …

Sans hypermarchés, les hyperconsommateurs crèvent, même en campagne.

C’est comme un kit de survie, le premier outil à récupérer, les moyens de se défendre.

Pour en sortir, de cette dépendance à distance, il nous faudrait créer des endroits pour se ressourcer, des relais d’étape, mais aussi des ateliers, une mutualisation du travail, des lieux de stockage, des gîtes de passage, des espaces de partage et d’orientation – sur la voie publique, sur les marchés locaux, accessibles au maximum de gens qui sont vraiment, physiquement là.

Ces outils permettent de s’autonomiser – de faire des jardins, de transporter des denrées, d’apprendre des métiers et de se présenter sur le chantier.

Das un pays champion de l’agriculture sans agriculteurs, on pourra créer une nation de jardiniers décontractés, libres de leurs actes, libres de leurs mouvements.

Dans un pays dominé par la voiture, on pourra récupérer des pistes marchables, cyclables, sans peur. Tout cela est maintenant à portée de main, si on le veut bien.

Pourquoi la Guerre écologique ?

Pourquoi pas ? La guerre est toujours multidimensionnelle. En sciences politiques, on peut utiliser un schémat basé sur l’idée de conflit.

Dans une guerre de « haut conflit », le mouvement domine, les sédentaires sont pillés, leurs terres incendiées.

« Bas conflit », dans ce schémat, équivaut à « coopération ». Les soldats, des nomades qui pillent et qui violent, sont remplacés par des saisonniers qui sèment et qui récoltent. Ce sont les sédentaires qui dominent, pas les nomades. Dans une autre dimension, cela s’appelle une guerre de positionnement et d’occupation.

Napoléon disait qu’une armée marchait sur son estomac. En général, une bataille décisive est déjà gagnée par sa contextualisation anticipatoire. On parle de « théâtre de guerre », mais je pense toujours à son inverse : « guerres de théâtre », dans le sens que la mise en scène déterminera le résultat.

Ceci est particulièrement important lorsqu’on traite de la guerre écologique. Il est important d’identifier l’ennemi, de le cerner de près. L’ennemi est en nous – un peu comme aliène, inextricable – et cependant il nous faut nous en séparer, coute-que coûte.

(je recommande à tous ceux qui m’écoutent d’ultiliser sans crainte toutes les expressions dont le président s’est accaparé ces dernières années, sans vergogne).

Le terme « guerre » est utile dans le sens qu’il admet la possibilité d’une force hostile. Je peux dire que la plupart de discours écologiques actuels s’agitent sur un terrain neutre, comme si l’ennemi était décervelé, un simple objet sur lequel il faudrait agir.

Mais non. L’ennemi est hostile et proactif – il défend ses terres, il défend ses acquis – logiquement.

En réalité, la territorialité, la subordination, le colonialisme, objectifient les relations subjectives, imposent un rapport de force.

Parler de ce rapport de force n’est autre que dire, selon le dictum anglais «  être propriétaire, c’est 9/10 de la loi. »

En termes stratégiques, donc, ceux qui eux-mêmes bougent … et comment (!) et qui detiennent des pieds-à-terre partout, ont le meilleur des deux mondes stratégiques. Ils n’ont qu’à fixer les dépossédés et sans domicile sur des domiciles fictifs ou des résidences fiscales, pour contrôler totalement l’affaire.

Cela explique, en grande partie, pourquoi on n’a pas agi ou bien que l’on continue dans des politiques anti-écologiques, bien qu’au niveau rhétorique on se prétend très ouvert à l’écologie.

A chaque échelle, y inclus le micro-échelle, il n’y aura pas grand’intérêt à agir. Ceux qui agissent ne pourront pas vaincre, ils vont contre toute une série d’intérêts pré-existants dans chaque lieu. Seulement ceux qui ne menacent pas les pouvoirs existants avancent. On tue dans l’oeuf toute velléité de créer un système réellement différent.

Ce théâtre de guerre qui est la campagne a cette particularité, il est devenu le terroir des riches et des puissants, seules les villes rurales ont un profile de population comprenant aussi de pauvres, des immigrants, … Il est facile d’exclure géographiquement, lorsqu’on est riche.

La guerre écologique prend aussi la forme d’un poire. « N’importe où mais pas chez nous ». La voix des riches porte loin, en campagne. Le désert rural est une création des riches, autant que les réserves naturelles, où la présence des humains est perçue comme nocive. Typiquement, le riche est fortement motivé à devenir encore plus riche, comme porte de sortie, comme le seuil du prix d’entrée au désert rural est de plus en plus élevé. Après tout, le pétrole coûte de plus en plus cher…

perspective, gros plan

Face à ces oppressions, bien identifiées et connues de nous tous, cette guerre écologique non-métaphorique que j’essaie d’articuler, elle sort plutôt avec un parfum de rose. Elle consiste à joindre intelligemment les différentes pièces humaines et de convertir les épées en outils d’usage horticulturel.

Sans nier le rapport de force – si nous commençons sérieusement à réoccuper la campagne avec des pratiques saines, nous aurons gagné la supériorité logistique qui gagne la guerre. Les collaborateurs de l’ancien régime seront devenus nos alliés, ayant vu la direction que prennent les événements.

Mais pour cela, il faut des …

Fils conducteurs

… des réintroductions d’espèces, une biodiversité culturelle rafraichie.

Je parle évidemment d’être humains, et c’est en cours. Des jeunes familles ont tendance à répeupler les campagnes, actuellement. Mais tout est toujours en cours, même des tendances symmètriquement opposées.

Il va sans dire que la mutualisation et la fédération des ressources font partie de l’économie écologique – et directement contre les intérêts de la désuétude programmée – du marché captif, consomptif.

La désuétude programmée dans sa forme la plus dénuée et transparente, c’est la guerre, qui brûle et qui casse, nous obligeant à acheter toujours plus pour remplacer ce qu’il n’aurait pas fallu remplacer.

Ici quelques suggestions de ce qu’il faudrait mettre en place, pour durer.

– Pôles de renseignements écologiques, analyses, chiffres, orientations

– écologie active : ateliers, formations, écoles linéaires

– espaces de réception et de partage (accueil sur les marchés chaque semaine)

– lieux de stockage (vélos, bagages, denrées)

– ressourceries populaires, ateliers physiques pour créer et construire

Tous ces éléments peuvent être assimilés, fonctionnellement, à des groupes de soutien – qui rendent faisable la pratique d’une vie écologique – le soutien logistique qui permet de mettre les soldats écologiques dans le champs où la bataille est menée – de mouler le théâtre de guerre déterminant.

Et le gouvernement, avec une lenteur excruciante, est en train de bouger dans ce sens – mais les territoires ruraux sont à des années lumières, encore, du pouvoir central, avec une capacité de créer des obstacles, tant constitutionnelles que démocratiques, à l’épreuve de tout effort de changement, jusqu’à là.

On continue de bétonniser, à la campagne. On arrose les champs de foot et les champs de maïs, dans la sécheresse. On chasse la vie sauvage. On plante les douglas. On élimine les pauvres. On interdit les Tiny House.

L’exception prouve la règle. Les Tiny House démontrent les limites de la tolérance réelle.

La désuétude programmée

Tournons-nous maintenant vers la montagne de la désuétude programmée qui nous noye sous des déchets, hors contrôle, actuellement. Ce monde cauchemardesque fait que les ressourceries et le recyclage broyent et brûlent, ici maintenant, les moyens de notre survie future, sous nos yeux.

Nous broyons notre avenir.

La Tour Eiffel avait une vie programmée d’environ deux décennies, il y a plus d’un siécle. La durée d’existence des bâtiments modernes est calculée plus finement, elle ne rate pas si souvent son coup.

Il y a d’autres sources de désuétude programmée encore plus réussies. Cramer l’essence, c’est une manière d’en avoir toujours plus besoin. On ne devrait pas être surpris de la popularité des quatres-quatres hyperlourds, c’est une expression tribale de cette allégéance à la consommation – à la désuétude programmée.

La guerre est l’expression de la désuétude programmée la plus perfectionée – elle oblige et elle contraint aux gens de produire et d’acheter des armes et de préférence des munitions autonomes, qui éclatent et qui doivent être remplacées … pour se sauver la peau.

La potentialité de croissance après-guerre d’un pays est astronomique, du fait qu’elle doit tout régénérer.

Il y a donc une harmonie complète entre la guerre et la désuétude programmée.

La politique de la guerre écologique est d’éviter la guerre, l’hyperconsommation, et surtout la désuétude programmée.

Voyons un peu plus loin.

Ceux qui manipulent, ingurgitent et dirigent à longueur de journées des instruments de désuétude programmée, des forfaits, des échéances, des transactions et leurs supports physiques, également fragiles dans la durée, …

C’est tout ce qu’on connaît de près.

C’est grave pour les vieillards. Comme la Tour Eiffel, on peut leur dire – mais n’êtes-vous pas un peu surnuméraire, vous avez passé votre date de péremption ?

C’est logique, ils ne connaissent que ça. Si ce n’est pas brillant et neuf, à quoi ça vaut, dans deux ans ce sera suranné ?

Le corps, aussi, doit être performant et neuf. La forme cardio-vasculaire d’un enfant, wow ! Et on ne savait pas, auparavant (?!).

La Tour Eiffel est en fait un vieil arbre, statuesque et magnifique, un trésor à tous égards. Elle dépasse tout contemporain maintenant.

Mais un humain, il a sa date limite de vente.

L’éthique de la désuétude programmée, l’esprit de l’économie circulaire, sont-ils vraiment si loins, l’un de l’autre ?

Sans singularités. Tout-consommants.

Spécifiés par groupe subordonné, schématisé.

clic-nudge, confort-facilité

Tout le monde est en mode clic-nudge – ou presque.

Cette idée est venue en écoutant une petite analyse du développement de nos cerveaux – où des gens exposés à Pokamon à une âge précoce développent une région du cerveau dédié au Pokemon, tout comme ils en ont une pour les visages ou pour les lieux – mais pas pour les voitures, il paraît.

Clic-nudge est une sorte de pacification de notre patrimoine culturelle cérébrale. Cela va ensemble avec l’économie de l’attention qui vise à rendre productifs les services, nous, vidés de tout autre sens.

Donc si vous avez des problèmes à suivre ce que je suis en train de dire, parce que vous avez un rendez-vous dans cinq minutes ou parce votre téléphone vous a blippé – rassurez-vous, ce n’est pas par hasard, c’est dans le program.

helice
hélice

lundi 10 octobre 2022

agir dans l’ensemble
D’après Bruno de la Tour, mort cette semaine 

… les marginaux parce que écolos terminent par devenir centraux (ils sont intéressants parce qu’ils avaient raison alors que ce n’était pas de mise).

Ce n’est pas l’environnement, l’extérieur, mais l’écologie, à la fois intérieure et extérieure, ensemble avec nous, au pluriel. Un virus est une carte de visite, il est en nous. L’idée de la « nature » qui équivaut à l’environnement vivant autour de nous, qui s’oppose à « l’environnement artificiel » dans lequel on vit soi-même, est un fable, une pure fabrication humaine.

On peut également mettre en cause l’idée de « réserves » de la nature, une nature avec laquelle il ne faut pas se mêler, qu’il ne faut pas toucher, qui fera pour nous, sans nous. Cela n’est toutefois pas un argument qui tient la route face aux terres déjà « artificialisées ». La terre est notre berceau, sa croûte notre linceul.

Des mots tels que « mutualisation », « partage », ce sont des mots qui ne font que témoigner de l’existence de ces ensembles.

L’écologique est intriqué dans chaque aspect de chaque sujet qui fait bien vivre – à nous, aux êtres humains, à l’ensemble.

La santé, les polluants, l’oxygène, l’eau, l’agriculture, la consommation, l’économie

et, pour ceux qui font ce genre de liste, le climat, la biodiversité

L’une des erreurs fondamentales, ce serait de séparer la biodiversité du climat. Une absence ou quasi-absences d’arbres entraîne peu de pluie, beaucoup de chaleur, beaucoup de sécheresse – Le peu de biodiversité amène à encore moins de biodiversité. Nous sommes les consommateurs de ce système. Sur cette pyramide de prédation, nous sommes le plus haut placés.

Pour autant, nous nous sentirons les conséquences de ce qui se passe dans tous les autres échelons de la pyramide en dessous de nous. Plus on est haut, plus le vide en dessous menace.

Quel serait la hauteur « naturelle » des humains sur cette pyramide, eux qui se sont hissés au premier rang ? Saura-t-on reproduire les équilibres heureuses pour la vie, que sait créer le vivant ?

Sachons que nos propres idées se trouveront confrontées aux idées des autres, que nous pouvons tenter d’objectifier, alors que l’on préférerait des sujets, des êtres qui font d’eux-mêmes. C’est-à-dire que l’idée même se conjugue à plusieurs – la méthode « naturelle » est plurielle – nous sommes nous-mêmes pluriels.

Il peut y avoir des milliers de Bruno La Tour, si le monde est suffisamment riche, interconnecté et biodiverse.

Minos
Minos
ProFrugal#6 - Greenwashing

jeudi 20 octobre 2022

6. Greenwashing
trough
trough, Lodève

Macronite - lignite

L’imprédictibilité et l’autonomie de plusieurs « êtres » font que l’un des éléments de l’ordre naturel est forcément la compétition – que la coordination et les prorogatives changent, sans pour autant que cela nuise à leur enchevêtrement, même l’inverse.

Le hasard détaillé fait l’affaire de tous.

Prenons un exemple concret. Selon un rapportage de France Inter (9h, dimanche 16 octobre 2022), les mairies de France se trouvent face à un mur, dans le cas de Strasbourg ces coûts énergétiques annuels sont montés de 12m euros à 60m d’euros – multipliés par cinq, ou par 500 %, à cause de la crise de pétrole, conséquence de la guerre de la Russie avec l’Ukraine. Les pénuries de carburants résultant des grèves récentes accentuent le trait.

Pour autant, c’est beaucoup pire que le taxe carbone qui a déclenché le mouvement des gilets jaunes, de la France Périphérique, de la « Province », leur ruralité artificielle étant d’autant plus touchée par ce phénomène de la hausse des coûts de l'énergie que les distances sont longues et les déplacements obligatoires.

Le cahier de charges écologique et sa contrepartie économique coïncident. Ils coïncident par force majeure – il n’était pas possible d’économiser l’énergie lorsque le coût de l’énergie était moindre, et stable, mais, dans ce nouveau monde de l’inflation des prix ahurissante, tout est à repenser, dans l’occurrence, et au grand chagrin des scions de la société industrielle, écologiquement.

La frugalité énergétique est maintenant à la base de toute réflexion économique.

C’est très ironique. On aurait dû le voir venir. Mais bien sûr qu'on a fait tout pour le ralentir, et elle accélère !

Dans l’occurrence, certains l’ont vu venir et ils ont déjà fait leurs calculs de réduction de leur empreinte énergétique. Les kilomètres parcourus, le poids transporté lors des déplacements, tout est à revoir vers le bas. On a intérêt à localiser la production, mais aussi les sources de matière première – cela devient plus rentable. Oui, on l'a vu venir, mais, pour constater l'inertie doctrinaire de nous tous, les collectivités locales, tout comme les pauvres, les énergétiquement éprouvés, attendent les subventions, espèrent recevoir les compensations, les "quoi que ça coûte".

Seuls les riches peuvent être prévoyants, les investissements dans l'infrastructure n'ont pas eu lieu. La pensée urgentiste, la crise est devenue un état d'âme, une manière de nous provoquer la réponse par électro-choc, là où l'habitude de l'inaction climatique était de rigueur.

Un exemple positif donné dans l’émission de Radio France est celui de la cuisine communale collective de légumes que l’on fait pousser localement. Les tomates venues du sud de l’Espagne perdent le peu de goût qu’ils avaient, face à cette concurrence, plus besoin d’emballage ni de chaîne de froid, de surcroît. Comment s'y opposer, on est ce qu'on mange ? Cependant, on peut se demander qui a droit à ces repas équilibrés ? Les pauvres et leurs instances sociales sont tombées, elles aussi, dans le tout industriel, sont autant mis en cause par cette crise énergetique que leurs équivalents publics et privés. Un pauvre, mal-logé et mal-alimenté, coûte plus cher qu'un "audessus du seuil de la pauvreté. Et pourtant, avec des jardins à sa portée, ce ne serait pas le cas. L'une des manières d'expliquer cette absurdité, c'est le manque d'écoute des pauvres, les organismes qui les desservent les ignorent, leurs interlocuteurs préférés se trouvent au-dessus d'eux.

Les entreprises, surtout celles à forte dépense énergétique – l’industrie dite « lourde », n’étant pas aussi dépendant des élections (bien qu’elles doivent penser à verser des dividendes annuelles pour maintenir leur accès au capital et prévoir les aléas de la politique), peut prendre des décisions stratégiques à moyenne et à longue terme. En réalité, ce sont les plus écologiquement prévoyant de nous tous, parce que les plus en contact avec les réalités du marché de l'énergie.

Nous, en tant qu’observateurs-acteurs, peuvent finalement comprendre qu’être écologique, être économique et être politique commencent à se souder dans une entité, tant régionale que mondiale, qui bénéficie, ou non, à notre intérêt collectif, même si cela passe beaucoup par la compétition et la contrainte, la coercition et le rapport de force.

Si l’on nous demande de tenir en compte l’impact sur le monde entier du cumul de nos actions particulières, on peut s’en passer, sans que cela amenuise à notre contribution quotidienne, de fait.

C’est comme dire que le cœur a des moyens que la raison ne soupçonne pas. Néanmoins, nous sommes des êtres de raison aussi, et selon l’échelle, ces raisonnements globaux peuvent fomenter une conscience et un consensus collectifs.

intro

Dans le monde des lavomatiques, les greenwashers d’aujourd’hui se trouvent en essorage libre.

Total se fait lessiver, au moins par l’opinion publique.

The boot is on the other foot now – and who is the pot to call the kettle black (la botte est sur l’autre pied maintenant – et qui est le pôt pour appeler la bouilloire noire ? - ne me demandez pas d’où viennent ces expressions obscures).

Les organismes de certification bio, les stages bio-sourcés, les shamans universalistes – qui ne sont autres que des gurus plus modernes, le prana, la méditation transcendantale, tous ces gens essaient de s’assimiler à l’agenda verte.

Il serait temps de nommer la bête que l’on discerne en tâtonnant . Elle date des années 1980-90, elle est hédoniste, néolibérale, no-future. Elle est la génération que l’on n’a pas vu venir au pouvoir, définie par sa vacuïté, son incongruïté. Autant insouciante du passé que de l’avenir, auto-centrée, narcissique, individualiste – autiste. Son slogan est peut-être « c’est ton choix », ensemble avec « There is no such thing as society » et « I don’t know where it is, but let’s nuke it, that way I don’t even need to know ».

C'est nous qui avons créé la société "bulle", en toute méconnaissance de cause, même si c'était le but. La Lampe d'Aladdin a été fort frottée, jusqu'à devenir passoire, l'huile s'en est toute écoulée.

GOVERNMENT GREENWASHING

LINGUISTIC GREENWASHING

LOCAL AUTHORITY GREENWASHING

… qui prennent totalement le dessus sur le greenwashing industriel …

… et pendant ce temps, le prix du pétrole monte, comme le lait sur le feu, …

… mais que font tous ces bons gens ?!

Comme le lait sur le feu, on surveille le peuple, on l’humorise, on l’harmonise, on le scinde, on lui induit l'atomisation, comme si c’étaient des enfants ...des enfants très cons, remplis de besoins d’énergie simples et justes, parce que juste simples. Industriels, encore et toujours, des abrutis à conditionner.

INFRASTRUCTURE

Dans cette société de l’euphémisme, est-ce que le vélo électrique est une forme de greenwashing ? Une sorte de dogme de la religion de la Solution Technique (Finale) ?

Et le réseau « warm shower » ou le « réso pouce » ?

Assurément. Ils n’ont pas encore subi la Transition. Ils pensent encore que la Transition, c'est quelque chose de beau et de ba ba.

Les grandes et moyennes distances qu’il faut parcourir et les poids qu’il faut transporter, pour concurrencer la voiture et le camion, maintiennent cette topographie fictive à trop grande échelle. De nouveau, le cahier de charges écologique, qui pour d’autres raisons a besoin d’incorporer l’échelle humaine, coïncide avec celui des puissants et des moins puissants d’aujourd’hui.

C’est-à-dire que dans un nouveau monde de prix de l’énergie astronomiques, tout change. Là où le paysan africain pensait gagner en efficacité et en autonomie, grâce au portable et au quatre quatre, là où se trouvent les grandes surfaces et le péri-urbain, dans des paysages chaque fois plus arides et semblables, c'est là que ça frappe, de plein fouet. Ce sont des endroits sans échelle mineure - les chemins d'autrefois sont perdus sous les ronces. Le mosaïc d'échanges locales est fragmenté. La piétonnisation cesse, en dehors des centre-villes. Les aménagements qu'il faut ... c'est énorme !

A la mesure de tout ce qu'on a défait, on refait, quels idiots qu'on a été, pense-t-on - mais la plupart de ces infrastructures détaillées se sont dessinées sans grand plan, sans grand architecte, c'est justement sans toute cette fracasserie qu'elles sont apparues, au menu, au fur et à mesure, comme la vie sait faire - avancer en ordre dispersé même si l'on n'est pas encore arrivé au consensus. La financiarisation et l'objectification de nos raisonnements font que le plus simple, le plus pratique, le plus organique, n'a pas encore lieu d'être dans les calculs. Les échelles supérieures, avec leur limitations budgetaires, bloquent les opérations les plus simples, à plus basse échelle.

Les greenwashers crient très fort les titres de leurs chansons. Les gens font, non-obstant.

La bande énergétique d’un produit sera affixée, ensemble avec le nutricode.

Ce Greenwashing, un sacré phénomène liturgique. Que ce soit au niveau de l’état, de l’entreprise ou de chacun d’entre nous, il y a complicité dans cette affaire.

Nous faisons semblants. Nous ne sommes pas encore en guerre écologique, oh no. Nous nous fâchons lorsqu'on nous rappelle de ce qui se passe dans le monde, que la guerre est là, même là où elle ne l'est pas.

La vraie guerre, le rationnement, n’est pas encore, mais elle viendra, on se dit. Les colis alimentaires, oui, le rationnement, non, ce n'est pas encore nous - mais c'est qui, nous?

Tout le monde l’attend, même les hérésies « anti-système » (mais quel système, si cela ne rime à rien?) s’entendent.

Cependant, il y a des gens qui risquent leurs vies pour venir travailler ici. Le SMIC, c’est un salaire de riche pour eux – et pour une partie croissante d’entre nous.

Et l’argent qu'ils gagnent, ils le gardent, précieusement, chaque sous. Cela s’accumule, cela se dépense sagement pour faire des achats significatifs.

Le besoin de voiture, de voiture électrique, de trotinette ou vélo électrique, on n’a que faire, si l’objet est de s’enrichir. Certes, ils ont une valeur ostentatoire – qu’on est arrivé, que son statut social est adéquat – pour cela que les gens parlent maintenant de leurs vélos électriques comme si c’étaient des Ferraris et des Porsches. Des « vélos » électriques à quatre roues, sans carrosserie finie, mettent en évidence l’aspect pionnier de cette affaire.

Un mirage – créé par et pour les riches, qui attend son Model T Ford, son 2CV, coccinelle ou quatrelle. Pour aller où, au juste ?

Le monde des riches, en France, en Europe, mais d’autant plus dans les pays à grande distance comme les EEUU, est un simple mirage, un monde virtuel à vaste échelle superposé sur le monde physique, réel.

Fictions, fausses réalités

« Do you think you’re lucky ? » (Clint Eastwood, The Good, the Bad and the Ugly).

« Vous pensez que vous avez du bol ? »

L’Utopie campagnard peut vite changer en cauchemar lorsqu’on n’a pas de voiture, qu’on n’a pas assez d’argent. Sur qui compter ? Les Gilets Jaunes se mettent sur les rond-points, seuls points-rencontres fiables qui restent, l'isolement est quasi-total, sans industrie. Réduits au status de mendiant à la rue par l’essence et la vie chère. Le désir de dignité, le désir de ne pas se voir affichée une identité de cas soc, d'assisté, explique les fines distinctions de statut défendus par les plus pauvres, il en va de l'amour propre.

Qu’est-ce qu’ils vont faire maintenant avec la hausse des prix à la pompe et même la rareté de ces liquides combustibles ? La complicité avec le système présent est patent – on veut faire avec l’essence, pas sans. On peut donc dire que les ruraux pauvres et les pauvres ruraux font une avec le greenwashing.

Aller vers l’électrique, donc, … s’ils ont assez d’argent – cela coûte un bail. Les frais sont en amont. A poids égal, la voiture électrique ne gagne pas beaucoup – vous avez vu un tracteur électrique ?!

Un vélo électrique coûte vingt fois moins cher, globalement, parce qu’il est 20 fois moins lourd et il va moins vite. Il peut faire 45km heure, consomme beaucoup moins à 30kmh. En périurbain cela équivaut à la vitesse moyenne supérieure d’une voiture, en campagne cela fait 2 heures pour 100km, à quelques kilomètres près.

Mais la voiture a toujours été surpuissante et sous-chargée. Comme une maison de riche, grande et avec quelques chambres vides pour les visiteurs potentiels.

Electrifiés, à contre-courant

On est en train de transposer, de transférer nos calculs topographiques, topo-sociaux et économiques, à un autre style de véhicule, sans jamais penser au réel. Nous sommes tous devenus des greenwashers de fait, dans une société rurale greenwash, où, sans véhicule, tu es nulle part.

Et cependant, cette époque est terminée – elle n’est pas soutenable. Le mot « assisté » s’applique à tous ceux qui, sans voiture, sont nulle part. T

Toujours la même elasticité d’un paradigme civilisationnelle qui refuse de lâcher le morceau, comme un enfant qui tente toujours le même coup et qui ne veut pas lâcher sa mère.

Il faut un appel d’air et un coup de pouce à ceux qui proposent de venir s’investir dans la campagne et ceci sans voiture, sans fortune. Et en réalité, nous savons que, sauf des rares exceptions, c’est tout-à-fait l’inverse qui se passe avec en plus, de la complicité donc. Des greenwashers incertains, auto-justificateurs, pas coupables, elastiques.

On n’a aucune envie de renoncer à visiter les grandes surfaces à la limite de la ville, où les choses sont moins chères et il y a plus de choix, et comment rentrer avec 25 kilos d’achats ? Où met-on le sac de croquettes premier prix pour le chien de compagnie, le Patou personnel ?

La déchetterie broie les vélos. Les employés n’ont pas le temps de faire le tri c’est sous contrat et il y a le caméra de surveillance. Il faut tout broyer. La différence entre les recycleries et les ressourceries est subtile. Le recyclage est un euphémisme – on broie tout ce qu’on n’enfouit ou on ne brûle pas. Les ressourceries font la même chose – elles amènent la plupart de ce qu’elles reçoivent à la déchetterie pour être broyé. C’est l’époque – on est plein dans les excès de la surconsommation, les déchets s’accumule, on s’y ensevelit sinon.

Deux exemples magnifiques de greenwashing, de nouveau. L’intérêt commercial est totalement dominant.

Mais si le neuf devient trop cher, le marché d’occasion sauvera le jour. Même les économies d’énergie ont des surcoûts faramineuses – il faut jeter toute l’ancienne génération de machines énergétiquement inefficaces, il faut rénover le bâti. D’énormes dépenses énergétiques, finalement, avec un délai de retour sur investissement qui dépasse très largement le délai climatique qui nous est accordé.

Encore du greenwashing ? On voit bien l’intérêt, dans les termes économiques de l’industriel – du boulot, des profits, de la production.

Mais pas si l’énergie coûte trop cher. C’est subitement comme si on avait un salaire de Tiers Monde – nous ne sommes pas faits pour cela, ce n’est pas comme cela que ça devait se passer.

Étant donné que le façonnage et la transformation de ces produits industriels est, à part l’extraction et l’exploitation des matières premières, le processus qui consomme le plus d’énergie, il est difficile de comprendre pourquoi broyer les bouteilles et les bocaux pour ensuite les refondre soit plus écologique que leur réutilisation telles qu’elles.

Personne n’est vraiment dupe de cette situation. On préfère jeter le bocal plutôt que de le laver et le réutiliser. C’est plus facile. Ça gagne du temps. Ce n’est que les vrais pauvres qui montrent un intérêt pour ces objets – mais ils n’ont souvent pas la place pour les garder !

Une société de greenwashing doit aussi assécher les manières de faire autrement.

Les pauvres, ils ont des caddies, là où les riches, ils ont des voitures.

Qui veut être vu avec un caddie, surtout en pleine cambrousse ? On a toutes les chances d’être pris en stop, surtout pour cacher la misère. Un peu comme des fourmis qui nettoient devant leurs nids, tous dans un élan d’être pris pour le plus beau village de France !

La laideur et la stérilité de tels paysages se constate. Les « plus beaux villages », ainsi désignés au moins, sont en général fortifiés, construits en pierre massive, béton et bitume, à l’air d’énormes termitières rupestres.

« Pour mieux résister à la canicule » dira Grand-mère Louve, tout en souriant lorsqu’elle songe au gonflement du rendement immobilier que toutes ces maisons lourdes représentent.

On n’est pas sorti de l’auberge …

« On a besoin des riches, à la campagne, pour nourrir les pauvres, à la campagne. »

Ainsi pourrait-on formuler un autre type de pensée « greenwashing », celui du tourisme de consommation, sur lequel est basé une large part du gâteau électoral. Le touriste achète sa deuxième demeure à la campagne, l’écolo qui vit en yourte ou en cabane doit louer son appart au village pour assurer sa « contribution », son intégration à la combine.

« Que les riches et les touristes achètent dans les petites boutiques en centre-ville, à prix exorbitant, trois mois à l’année, cela nous donnera du boulot pour les servir et des profits à réinvestir. »

Sauf que les riches vont dans les grandes surfaces aux abords des villes – comme tout le monde, quoi … pour la plupart de leurs achats. Et le plus grand dépense ? L’essence, le gaz, le pétrole, évidemment. Ce n’est pas local.

Et puisque nous sommes tous, à degré varié, complices, le mot « greenwashing » induit une dissidence cognitive – à quoi bon s’attaquer aux super-profits de Total si nous sommes tous des super-co-profiteurs sans aucune envie de transformation réelle.

Mais l’énergie devient tellement important, à elle seule, qu’elle mérite une devise, à elle seule. On commence maintenant, tout juste, de parler des kilowatt heures en société correcte. On commence tout juste à savoir qu’un homme, c’est quelques dizaines de Watts, contre une voiture de quelques milliers de Watt.

De telle manière que très bientôt, même dans ce monde monétarisé où il n’y a que les chiffres qui parlent, même un ignorant volontaire ne pourra plus nier l’évidence devant ses yeux.

On se renvoit la balle, mais on n'est pas coupable. On s'atomise et on s'abszente, pour ne pas être co-responsable. On est rancoeureux contre le voisin, pour les mêmes points fautifs que l'on trouve chez soi. C'en est trop. La pression est là. Les encoquillés !

ProFrugal#7 - Agriculture - Biosphère

vendredi 21-jeudi 27 octobre 2022

7. agriculture - biosphère

hens
hens

réserves - intégration

Notre agriculture est la culture des champs, d’un type devenu hyper-spécifique. Je donne quelques définitions, commençant par le Wiktionnaire :

Étymologie Emprunté du latin agricultura , composé de ager (« champ ») et de cultura (« culture »). Nom commun agriculture \a.ɡʁi.kyl.tyʁ\ féminin Activité ayant pour objet l' exploitation des terres par la production de végétaux et l' élevage d' animaux.

J’aime bien cette élucidation, trouvée en alorthographe.com :

Le mot agraire est apparu au XIVe siècle, issu du latin agrarius, de ager qui signifie champ.

Lois agraires. Agricole est apparu également au XIVe siècle, du latin agricola qui signifie laboureur. Agriculture est apparu plus tard, au XVe siècle, du latin agricultura.

Il est important de noter cependant que le préfixe agro- vient du grec agros = champ.

Culture (XIVe siècle) vient du latin cultura, de colere qui signifie cultiver. De là tous les noms désignant des cultures particulières : horticulture (fleurs, plantes), sylviculture (forêts), aquaculture (production animale ou végétale en milieu aquatique), pisciculture (poissons), conchyliculture (coquillages), ostréiculture (huîtres), mytiliculture (moules), riziculture (riz), etc.

Je n’aime pas celle-ci, la première phrase sur la culture du wikipédie

En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature.

« Nature » est un mot polysémique en français, même vague. En anglais le mot tend plus vers le sens « c’est dans sa nature » - c’est-à-dire sa quintessence.

Observons que l’usage du même mot, en anglais et en français, avec des sens parfois subtilement différents, fait partie de l’étoile binaire franglaise, c’est d’un ensemble linguistique qu’on parle, à ce moment-là. Même le besoin de différencier l’une de l’autre langue indique qu’il s’y trouve une fonctionnalité comparative. Ceux qui maîtrisent, plus ou moins, les deux langues, ont accès aux deux ou plus de sens du même mot, parfois des sens qui se contredisent.

Version moderne

J’ai longtemps songé à comment aborder ce sujet d’apparence technique – les appellations « agriculture » et « biosphère » étant des termes assez froids et non-communicatifs, tout en se voulant descriptifs et précis, en quelque sorte.

Bien sûr que je les rejette, ces appellations. Notre nature n’est pas l’agriculture. La biosphère n’est pas la biosphère – à la limite c’est une sorte de croûte terrestre, comme sur une fromage et qui pullule d’acariens. J’ai toujours aimé manger la croûte, toute la croûte. En cela je suis bien humain.

Force est de constater que de techniques, il reste très peu, dans l’ancien sens du mot, pour nous adresser à cette crise du vivant. Tout le monde ce met à dos, devient récalcitrant et réfractaire, comme des bestioles résistants.

Et puis, posons-nous sur l’affleurement de l’art, dans nos paysages … en manque de création, mon œil s’est fait attirer par des gros livres d’architecture, des livres magnifiques sur des œuvres également magnifiques, typiquement le Guggenheim, Bilbao, et l’éternelle Tour Eiffel. Aux États Unis, chaque ville de taille s’éprouve à tailler dans le granit, dans l’acier, le béton, le fer et la silice, son renom, son tourisme volumétrique, sa postérité.

Ce sont des signes visibles de postérité, ces édifices pharaoniques. Dans le lieu de naissance de la civilisation, en Arabie, sous le guise d’un propagande aspirante (nom de marque, « conspicuous consumption »), on a investi, et comment ! Dans de nouvelles tours de Babel – à quelques 850m de hauteur, aux United Arab Emirates, on a même la tour la plus grande de l’année, il y a une dizaine d’années.

Mais ce qui m’a le plus frappé, cela a été des tesselations, des franges, des roseaux, des bâtiments naturalisés, des cabanes dans les arbres, des maisons troglodytes. Tous en train d’imiter la nature, de faire nature, mais malheureusement morte, de nature morte, donc, comme des paniers de fruits en cire, des fleurs en plastique trompe l’œil.

La culture, donc, une tentative de faire nôtre cette culture de l’artificialisation, la copie et l’imitation, la synthèse et même le dépassement du vivant. Il suffit d’aller voir les Grecs, les mythes grecques, passés de génération en génération par voie orale, dans cette Grèce antique que l’on reconnaît être l’un de nos précurseurs, dont nous sommes en partie héritiers, ces leçons sur l’hybris des hommes face aux dieux.

Cette culture de mort vivante, qui est la nôtre, qui, nous en sommes de plus en plus persuadés, ne nous fait pas de bien, ne nous veut pas de bien.

L’agriculture est un type de culture. Être cultive, éduqué, dressé, formé, pourquoi maintenant, juste maintenant, ces mots ont de plus en plus de mal à passer ? Ce sont des mots qui vont trop bien ensemble, peut-être, avec des mots comme contrôler, dominer, administrer, exécuter. On soupçonne ces mots de va et vient par génération en bande organisé, en groupuscule clandestin.

L’agriculture est un tel mot, qui communique la rationalisation d’un modèle exploitant, extrayant, du vaste monde qui se met devant nos yeux accapareurs. N’oublions pas que cette vision d’un monde d’un infini de ressources exploitables, c’est le Nouveau Monde d’hier, pas la vieille Amérique d’aujourd’hui. Et le mythe survit, longtemps après, sous la forme de croissance.

L’économie circulaire, elle, n’est pas une invention nouvelle, mais une nécessité évidente depuis toujours. S’il y a eu moins de guerres, avant notre sédentarisation et notre civilisation, ce n’est peut-être pas bête de tenir en compte la circularité nécessaire de notre manière de vivre de l’époque. Pour ne pas épuiser les ressources, il faut comprendre les ressources, il faut les laisser faire le travail de grandir auquel ils sont déjà prédisposés. Ou bien bouger. Bouger est en soi une manière de détendre les stress qui sauront s’imposer sur un environnement si on y reste trop longtemps. Bouger intelligemment. Le jardinage linéaire est exemplaire – nos proches cousins, les orang-outans, pratiquent ce genre de déplacement et récolte programmées, ils utilisent leurs grands cerveaux comme des calendriers. Ils mangent des fruits qui leur sont en partie adaptés, pour leur dispersion et leur propagation. Il y a réciprocité d’intérêts dans cette affaire, ce n’est pas pour rien que l’arbre produit des fruits succulents et nourrissants, plein de la ressource de l’énergie convertible par la grande famille arboricole.

Est-ce que c’est de l’agriculture ? L’agriculture, c’est le ménage des champs, l’aménagement de surfaces planes, dégagés, à fin d’y récolter où faire paître quelque chose. Mais ce n’est pas nécessairement très logique de faire cela, à moins d’avoir une abondance d’autres types d’écosystème à proximité, pour cueillir les fruits, les noix, les champignons de la forêt, par exemple. Ou les fruits de la mer et de la rivière. A proximité, un terme qui paraît vague, c’est peut-être le mieux vu comme une question d’ombre, mais aussi de mobilité. Si les insectes, les petits mammifères et les plus grands, ont besoin d’endroits propices pour vivre, ils débordent sur leurs proches alentours, les semences aussi, le bois mort, l’humidité, tout joue avec les surfaces planes que l’on appelle l’agriculture.

surfaces planes

C’est juste trop simpliste de parler de surfaces planes, l’accidentation d’un terrain peut multiplier par des ordres de magnitude (par dix, par cent, par mille) la bio-productivité de cette surface, parfois par des logiques qui dépassent celui du poids, ou des éléments concernés. La surface d’un arbre est énorme, par rapport à son empreinte au sol, ou à la surface plane de sa canopée. Cela lui permet de respirer plus, mais aussi d’avoir des surfaces de condensation plus grandes et de contenir et humidifier les vastes volumes d’air semi-contenus, sous sa canopée. Il est, en effet, le moulin à eau, le barrage et le bassin vivant – il distribue ou lâche, quand les stocks ils sont pleins, il retient avec parcimonie lorsque les temps ils sont secs.

Pourquoi l’agriculture se mettrait-elle dans une catégorie à part ? Peut-être par la simple logique des circonstances – sa lutte a souvent été de supprimer la nature débordante pour y faire pousser quelque chose d’intérêt humain. Des murs sèches, par exemple, suivent la logique du tri – on enlève les pierres gênantes pour faciliter le labour, on les arrange autour des jardins et des champs si ce n’est que par simple praticité et économie du geste. Cela crée des accidents là où il n’y en avait pas, de manière souvent très bénéfique à la biodiversité.

Cet ameublement des terrains par les humains, les rizières collinaires étant un autre exemple ancien, crée donc de l’accidentation, diminue les effets assèchants des vents, permet a des micro-écosystèmes linéaires d’établir des corridors de continuité d’habitat, encadrant les champs, mais en covalence, par rapport à l’intérêt humain.

On parle du besoin de concevoir notre engagement avec la biosphère comme notre adaptation à celle-là. Objectivement, il est vrai, on doit la tenir en compte, dans l’ensemble. Ce n’est pas nécessairement le cas particulier – on peut s’isoler, dans l’immédiat et le moyen terme, des conséquences de nos actes. Mais c’est le fait de concevoir cette relation d’adaptation comme étant objectif qui me trouble. Nous ne sommes pas, à l’origine, maladaptifs à la terre, ni la terre à nous. Nous générons la croissance et la fertilité, nous tenons en compte les intérêts d’autrui et l’interconnectivité de tous nos intérêts, si nous faisons bien.

Prenons l’exemple de l’élection d’une montagne ou un fleuve au statut de personne légale, avec des intérêts à défendre.

J’ai passé pas mal de temps à suivre la trace des rivières en France – l’Ariège, le Tarn, la Garonne, entre autres. Mes compagnons de route et souvent de perchoir sont, bien sûr, les oiseaux, mais aussi les truites. On ne peut qu’être impressionné par l’eau qui coule, qui vient de l’amont, qui descend vers l’aval, qui ne cesse jamais de transporter, d’aller d’un endroit à l’autre. C’est elle qui anime, la force vive. Tout se construit autour de cette mobilité fluviale.

Et sa propriété et ses bornes ? La gestion de l’eau, gros mot, le contrôle qu’on exerce sur l’hydrologie d’un lieu, cela n’a pas beaucoup de sens par rapport à une rivière. Son lit mineur, ce flux constant dont on parle quand on parle d’une rivière, n’est-ce pas ? Ce lit mineur est le résultat d’un flux, une saturation en eau sous terre, souterraine, d’une nappe d’eau, phréatique ou autre, c’est en quelque sorte le débordement du vase, ou de la vase. Donner un statut légal à une rivière est donc donner un statut à l’ensemble de son bassin versant.

Et ses habitants, comme ses nappes, bougent tout le long de la rivière. Son débit est le cumul de tous ces effets en amont, forcément en amont de là où on se trouve, sur la rive.

C’est d’autant plus le cas avec les lacs et les océans, qui ne sont aucunement en reste lorsqu’on pense à la vie sur terra firma.

Le calcaire, ce rocher qui nous est tellement familière, est essentiellement le résultat du cumul de millions et de trillions de carapaces de crustacé, de coquillages et d’ossatures d’animaux et de plante, qui se sont posés sur le fond de l’océan. Le calcaire, il est poreux. Les rivières en zone calcaire se trouvent souvent dans des gorges, l’eau des causses, filtré par le calcaire, descend pour alimenter ces rivières.

Pour faire partie de ces écosystèmes il faut faire le lien entre l’un et l’autre. Où sont les liens ? De nouveau, la matérialité de ces liens ne correspond pas nécessairement à leur influence, directe ou indirecte, sur l’écologie des lieux. Les migrations et les déplacements sont des phénomènes qui s’enchaînent, l’une derrière l’autre. Les virus et les idées circulent, à toute échelle. Une agriculture qui ne prend pas en compte son contexte, qui traite celui-ci comme une externalité, est une agriculture avec peu de probabilité de succès, globalement – il ne peut qu’être court-termiste et individualiste.

La question de l’agriculture est donc aussi une question d’accommodation à l’altérité, si l’on veut l’appeler adaptation, c’est en homo industrialis qu’on parle, alors que ce n’est pas mon positionnement – on y est déjà accommodé, par nature …

Prenons par exemple la question de sexe et de communication. Je viens de voir un petit poisson flasher – c’est-à-dire qu’il montre son ventre argenté au ciel, ce qui crée une étincelle de lumière. Les poissons comme cela vivent souvent en bancs. Qu’ils ont , qui crée un besoin des neurones dites miroirs, c’est sans aucun doute – chaque mouvement de leurs confrères et sœurs et à l’instant réfléchi par le poisson – ils bougent ensemble, en concertation, comme les oiseaux en vol. La communication se fait, donc, par ces messages argentés, ces flashes. L’autre, la reconnaissance de l’altérité, sont des aspects de la vie sexuelle, aussi. Il est parfaitement possible de reproduire par fission, comme des clones. Mais le faire avec un autre, … implique aussi l’autre. Sont ces mécanismes d’interaction instinctifs, selon les dires de certains, vraiment innés, préprogrammés ? Parce que sinon, on est en face de quelque chose de très subjectif.

C’est donc un mécanisme assez intrinsèque à la vie – inventé par la vie parce qu’elle donne un avantage sur la duplication et la mutation génétique – elle met deux êtres différents face-à-face, pour s’accorder - s’assurer une relation en étroit lien avec l’environnement et le temps local. Rien à voir avec le codage des millénaires, dans l’ADN. Ce qu’on appelle l’épigénétique, ou les gènes supposés redondants, ne font pas plus que les contextes locaux, dans la transmission générationnelle.

On est malléable, en partie instruments de notre destin, en partie inséparables de nos contextes locaux, en partie des mécanismes de feedback (boucle de rétroaction, en français). Lorsqu’on entreprend l’aménagement d’un terrain en « champs », et puis de plusieurs champs, on entre en contact avec des cycles de rétroaction à plusieurs échelles. Est-ce que l’on est apte, même adapté à la tâche ? Vaudrait-il pas mieux déléguer ces tâches de biodiversification et coordination de cycles à des plantes qui en font déjà partie et se montrent compétentes (les adventices) ?

bois et forêts

Qui, objectivement, pourra vraiment se sentir fier de ce qu’ont fait nos forestiers, ce siècle dernier ?

On a tous entendu les raisonnements des arboriculteurs dans les Landes, cela ne va pas faire l’affaire, même après l’incendie. Le modèle industriel-extractiviste, du bûchéron, prédomine – notons que sans routes costaudes, le transport de bois par camion ne serait pas faisable et qu’elle reste l’une des principales causes d’affaissement de route et de frais d’entretien de route – ce transport est donc en soi anti-écologique. Le pro-écologique dans ce cas serait la fonction sur place des arbres, qui peuvent récupérer un habitat en le rendant, tout simplement, habitables.

Nos partenaires les arbres font visiblement mieux entre eux, témoigne la vieille forêt. Une haie, c’est une invasion technique, une intrusion de vieille forêt, de la bio-ingénierie – même si ce dernier mot n’est mon mot préféré, de régénérescence de la biodiversité (celui-là non plus), dans nos affaires, sans pour autant nous séparer de la nature. Une haie peut être conçue comme un périmètre, une limite, mais devient, en ce faisant, un chemin et un corridor vert, et ceci en étant à la circonférence d’un champs, mais à vrai dire à l’interface entre un champs et au moins un autre – elle peut faire le gros de la canopée, une grande partie de la surface (plus grande, relative à la parcelle, selon qu’elle est plus petite).

Un milieu de vie est donc aussi un habitat, mais aussi une voie, un chemin, à toute distance, et tout cela de manière simultanée. Je ne dis pas que l’agriculture commence à se sentir tout petite, dans la grande échelle des choses, mais il lui faudrait peut-être réviser ses options. L’agriculture a besoin de se réintégrer à l’ensemble. Sans énergie rajoutée, elle fait bien son travail – et d’ailleurs, il ne manque pas d’humains, comme force de travail, de nos jours.

C’est quand même le but, je suppose, de nous tous, de vivre – et dans la meilleure des conditions, idéalement ? Alors là, on est en train de réduire, vastement, notre gamme de choix – déjà qu’elle se réduit à peau de chagrin chaque fois plus. Avec quelle vie qui nous reste, quels compagnons de route, si toute la nature nous quitte ? Renaud peut garder son béton, je n’ai que faire de ça. Est-ce que l’on respecte les animaux, en les tuant ? C’est un peu la base essentielle d’une réciprocité dans la relation ? Pourquoi la génétique, si elle n’est qu’encore une manière d’objectifier l’intersubjectif ? Est-ce que l’on pourrait favoriser la confiance entre êtres, pour qu’il puissent tomber d’accord sur des modus operandi, encourager l’intelligence, plutôt que d’abrutir, de soumettre ?

Pastoralistes de L’Aveyron

Il y a eu des reportages sur les néo-pastoralistes de l’Aveyron cette semaine. Et il y a eu Greta Thurnberg sur la Terre au Carré, sur France Inter, plusieurs émissions sur France Culture et France Inter qui traitent de l’urgence écologique. Terre de Liens, un autre favori de France Radio, trouve ses origines à Saint Affrique.

Si je fais ces émissions et les écrits qui vont avec, c’est que le temps est venu d’essayer de publier mes découvertes sur les solutions écologiques qui marchent, vraiment. C’est justement un peu le problème avec toutes ces initiatives dont j’entends parler – ce sont comme les pièces dans un puzzle, mais qui ne savent pas se joindre.

On est d’accord que la pièce matrice manque – qu’entre théorie et pratique il reste encore un gouffre. C’est justement le gros du truc. On va passer des heures et des heures à parler des problèmes présenter les remèdes proposés, souvent sans observe si cela marchera – c’était le cas pour l’émission Terre au Carré ce mardi, sur le commerce maritime, et c’est l’une des facettes critiquables du journalisme, qui va décrire et narrer jusqu’à l’épuisement ce que l’on sait sur une problématique.

Les solutions que je pose passent par la grille de la physicalisation et de la socialisation, physique parce qu’elles réduisent le problème écologique à des proportions traitables par tout un chacun, sociales parce qu’elles obligent à traiter les autres êtres vivants autour de nous comme des sujets et non pas des quantités.

La problématique se définit par rapport à un objet – dans le cas du fret maritime, l’objet serait de le réduire, énormément, tout en le préférant à d’autres modes de transport, qui devraient se réduire encore plus – sinon disparaître. C’est un peu ce qui se passe déjà pour le trafic aérien. Le coût par kilo du fret aérien est grand, réservé à des denrées de haute valeur donc.

Le fret routier, c’est encore pire, en termes du prix énergétique par kilo. Toutes ces modes de transport sont actuellement chères – sont en réalité trop chères pour nous. C’est à cause des distances parcourus, des frais de construction et d’entretien, des matières premières et de l’énergie dépensée dans la création où dans la dépollution/absence de dépollution.

C’est juste trop cher. Les tracteurs sont également trop chers, pour un peu les mêmes raisons. L’être humain sans machines, par contre, n’est pas très cher. Il peut, comme un ovin qui broute les bonnes herbes et entretient un terrain, faire un bel effet, juste par son passage, s’il n’a pas de véhicule plus grand que lui.

Je pense être tomber sur un encadrement conceptuel et une série de vraies solutions qui en écoulent, à profusion.

Je prends un problème matériel, l’énergie consommée, par personne et en général, j’applique une solution – qui réduit l’énergie consommée suffisamment pour rentrer dans les clous climatiques et à la fois de biodiversité – c’est une solution holiste dans le sens « complète » - elle s’applique à grimper et passer par-dessus la majorité des murs et des falaises contre lesquels nous butons.

Il est très irritant d’entendre tous ces activistes qui agissent « contre » des cibles, des peintures, des sculptures, ou qui tentent d’organiser des manifestations – à quoi bon ? Ils disent eux-mêmes que l’un des principaux bels effets est sur eux-mêmes – au moins ils agissent. Mais, Jusqu’à là, toutes ces agitations, qui ne datent pas d’hier, y inclus les ZADs, n’ont aucunement réussi à percer le plafond de verre, qui est plutôt descendue envers nous, pour nous asphyxier chaque fois plus.

Je pense que les écolos sont dans une position inconfortable – ils n’ont pas réussi et ne proposent pas de vraies solutions, encore de nos jours. Ce sont des solutions toujours partielles, une ou deux pièces du puzzle, mais pas applicables partout dans la vie réelle.

J’ai encore entendu quelqu’un de ma génération parler de la vulgarisation, … qu’est-ce qu’il n’a pas compris ! S’il était vraiment allé comme il l’a dit, parler avec les gens, il saurait que les gens savent – le problème n’est pas là. Le problème, c’est à deux coups, personne ne les a posé une vraie solution, les vraies solutions qu’ils ont proposées ont été rejetées.

C’est-à-dire que pendant tout ce temps, tous les bons gens qui font les écolos d’office n’ont pas offert de vraie solution parce qu’ils n’ont en pas.

Mais comme je le dis, je crois que j’en ai trouvé une. Nous pouvons vivre nos interactions, nos communications et nos mouvements, à l’échelle humaine. C’est la réphysicalisation de nos vies sociales, le ré-engrenage dans le monde du vivant. Tandis que pour le moment, nous sommes en roue libre vers le bas et les freins sont usés.

ProFrugal#8 - Industrie-Chimie

jeudi 3 novembre 2022

8. Industrie-Chimie

éolienne
éoliennes, hauts de Lacaune

intro

Comme je l’ai dit la semaine dernière, je n’avais encore rien écrit sur ce sujet, parce que je ne savais pas au juste comment le traiter.

Mais en fait, si. L’industrie, autant que la chimie, ce sont deux mythes, centraux, ce sont les pivots des croyances qui font le socle de l’idéologie anti-écologiste.

En soi, cependant, ce sont des mots bidons, c’est-à-dire qui créent des images qui ne correspondent pas à leur sens primaire.

L’industrie ? C’est ce que l’on attribue aux abeilles, leur industrie, leur force de travail. Bien sûr que dans la version contemporaine, cette capacité est allouée aux machines, aux machines souvent sales et polluantes, mais qui sont nécessaires pour nous fournir les moyens de vivre, … comment dire « décemment » (une utilisation que j’intolère – « la décence humaine », épousée par George Orwell, par contre, j’approuve).

L’industrie est donc « nécessaire à la vie pleinement réalisée, digne d’être vécue », selon les critères contemporaines, partagées, même sans le reconnaître, par la vaste majorité d’entre nous. Et l’industrie a une échelle, plus grande que la nôtre, plus forte, plus dominante. On rit au nez de celui qui prétend faire le petit colibris, et en plus cela détourne l’attention des choses sérieuses, comme comment bouger les choses à une distance de la moitié du monde (sinon on crève de faim), ou comment maintenir l’essentiel du transport (sous-entendu les trains, les autoroutes, les avions). Une question plus sérieuse, ce serait, comment favoriser une infrastructure beaucoup plus légère, moins consommatrice et à distance vastement réduite, par rapport aux exigences d’aujourd’hui.

la fange

La chimie est un mot de non-sens, également. La chimie s’applique à tout – ce qui est biologique comme ce qui ne l’est pas, c’est une manière de décrire le monde comme une série d’éléments identifiables, qui s’assemblent, du plus bas au plus haut.

Heureusement que les actualités ne manquent pas, comme j’ai dit la prochaine boîte de Pandore qui vient d’être ouverte, c’est la boue, et la boue, c’est la chimie.

bien venue au lithium en France Métropolitaine !

Ça tombe bien. L’industrie et la chimie d’une seule pierre, le lithium, en une semaine, sur un plateau. C’est l’effet Halloween ! Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement propose d’embellir nos autoroutes et nos routes de panneaux solaires, sur les bords. Les républicains, pour leur part, avancent la proposition de donner le veto au maire du coin, intelligent ça, plus rien ne se fera.

En fait, qui a dit que la sortie du catastrophique climatique était par ces technologies, s’il n’y avait pas de sobriété derrière ? On ne veut pas froisser les gens, leur donner des câlins dans le sens du poil, jouer des jeux électoraux ?

C’est ce qui est bien, de faire des émissions d’une semaine à l’autre, en essayant de devenir ou plutôt de pressentir l’ordre naturel du déroulement médiatique sur ce sujet : catastrophe écologique : décisions à prendre.

Dans le développement durable, l’industrie et la chimie (style ancien régime) figurent très fortement. On fait essentiellement la même chose, mais avec moins. Cela s’appelle « efficacité énergétique », mais selon quels critères ? La sobriété, c’est la réduction de nos besoins en consommation – la transformation de nos besoins. Le Président a dit que l’efficacité, c’était le sobriété, avec l’air d’un écolier en besoin d’une formation rapide à ce sujet, comme ses journalistes se le voient promise. Ah, les industries de l’avenir, le photovoltaïque, les éoliennes, le nucléaire, quel paradis !

Eh ben, tout le monde commence à se parler en éco-jargon – en éco-talk réaliste, comme si rien n’était et qu’ils n’avaient pas changé leurs vestes, c’est nauséabond. Sauf, peut-être, pour les républicains, le rassemblement national, quelques groupuscules majoritaires et Gérald Darmanin, qui ont tous le boulot de duper leur électorat pour les prochaines présidentielles.

En même temps, la ZAD des bassines, dans les Deux Sceaux, accompagné par ses terroristes acharnés (version petit lapin blanc), ceux qui paraissent s’obstiner à croire que le sens commun d’un petit écolier bien sage et bien éduqué vaut encore quelque chose (mais c’est le pire, ceux-là, … au Goulag tous…), se trouvent confrontés à des fous en uniforme, qui sortent direct du Cyberpunk, Darth Vaderesques.

Bon, fallait bien s’attendre à la bataille finale du bien et du mal, l’industrie extractive et la chimie lacrymogène rongées contre les Hobbits, peut-être accompagnés par quelques méchants gobelins en drag.

Sauron sourit. Cela fait du bien de foutre le bordel dans ce petit pays de petits gens minables, le Middle Earth de l’Europe de l’Ouest !

Son champion, Darmanin Vader, fait tout pour lui plaire. Et ceci, en plein terroir d’Aurélien Pradié, l’étoile montante du parti politique appelé, pour le moment, les républicains. Où est Aurélien Barrau, le champion blanc, le seigneur des Elfes ? En retraite dans son monastère, pardon, son laboratoire, en train de réaliser la magie moderne de la pleine conscience quantique, pendant que ses disciples lui peignent les cheveux qu’il ne coupe jamais.

Notre héros, où es-tu, ton heure est venue ?!

Éléments de langage – creative writing

C’était l’un des sujets très à la mode aux années soixante-dix, un peu comme avec les Dadaistes, ou le flux de conscience. J’imagine que Macron a un cabinet d’agents créatifs, censés trouver des mots pour faire avaler des couleuvres. N’importe quel couleuvre, qu’il soit de Montpellier ou d’ailleurs éthiquement et rationnellement neutres, donc. Ils ont peu-être tous suivi des cours de creative writing – laisser l’esprit planer, faire un peu d’automatic writing, découper le bout de papier (pardon – s’envoyer des Tweets, mieux dit), jusqu’à tomber sur l’expression magique qui remplit toutes les cases. C’est comme trouver un nouveau nom pour un modèle de voiture – limace, liasse, lobotomie, ce genre de chose. Tout bien pesé, bien sûr, faut pas un autre nom foiré comme Nova (qui « ne va pas » en espagnol), quand même.

Ou bien, faut accepter que nos gérants sont tellement créatifs eux-mêmes qu’ils ‘ont pas besoin de cabinet créatif, que c’est même leur cœur de métier. Dans ce cas, faut pas s’étonner qu’ils soient moins futés niveau décisions exécutives. Dans leurs têtes, ce n’est pas leur boulot, qui est principalement de faire accepter des politiques, quoi qu’elles soient.

histoire de la chimie

Mon grand-père maternel était enseignant en chimie, il a même écrit des livres d’école dessus. Personnellement, j’ai toujours fui le sujet, qui risquait de me tuer d’ennui. Des valences, des combinaisons, des atomes et des concoctions, vulgarisés par des savants autistes – comme à l’époque de l’alchimie.

Ce n’est pas une manière de concevoir le monde qui me plaît, il y a trop de structures qui m’intéressent qui restent non-expliquées par ces simplismes matériels. On pourrait dire que la où l’industrie donne l’impression d’être à vaste échelle, la chimie donne l’impression que toute est réaction catalytique, chimique, à très petite échelle, partout – que nous sommes des usines chimiques ambulantes. L’échelle humaine et toutes les autres échelles de l’organisation de la matière sont un peu laissés pour compte, à ce moment-là.

On peut aussi considérer cette fascination scientifique avec l’infiniment grand et l’infiniment petit comme un résultat de leur nouveauté historique, ce qui les a donné une importance démesurée, par rapport à ce qui est plus familier, à l’échelle humaine.

En tous cas, la chimie est un domaine de la science empirique, on tente des combinaisons, on voit ce qui marche de manière reproduisible, mais lorsqu’il traite d’expliquer le fond d’existence de tout cela, on parle plutôt en tant que physicien ou de biologiste que de chimiste. Un monde de spiruline ne correspond pas à la complexité des écosystèmes qui nous sont nécessaires. D’ailleurs, comment se battre contre la spiruline, avec des gnocchi ?

Je dirais donc que la chimie est plutôt une science empirique, c’est-à-dire une série de techniques appliquées à la matière, sans penser à comment marche le monde émergent et vital.

Cela peut être à l’origine de la séparation qu’ont pu développer les industries chimiques entre leurs usines et l’étendue des conséquences de ces industries, en termes de pollution et d’impact sur la vie et sur la planète, qui sont vus, du point de vue chimique, comme des externalités, rarement approfondies, parce que, dans le fond, inconvénients, complexes. Une science reductioniste, donc, de par sa nature (sens : 4b).

Comme un libéral, un Ellen Musk, qui dit que c’est à la loi de censurer Tweeter, mais lui il est pour l’absence de censure. Ou un membre du public qui dit que c’est à ses représentants de décider parce que lui, à son échelle, ne fera pas d’effet.

Aux autres de considérer les conséquences et les dommages collatéraux, donc. L’industrie pharmaceutique poursuit cette course – elle divise le monde en thérapies et effets collatéraux indésirables.

Regardez les notices dans les boîtes de vos médicaments, si vous ne me croyez pas !

Assez dit, pour le moment, sur le sens racinaire de ces deux mots, industrie et chimie. Ils sont suffisamment flous pour qu’on y colle n’importe quoi dessus.

Les mythes de l’industrie et de la chimie

… servent avant tout à la maintenance du statu quo. Je rajouterais que c’est pour cela que personne, politiquement, jusqu’à là, ne paraît avoir pris le taureau par les cornes là-dessus, puisque les gens croient dur comme le fer que l’industrie leur sert. Le mythe du bon bosseur est fabriqué à partir de là, aussi – sa « productivité », qui, en réalité, dépend de l’énergie des machines qu’il utilise, de la puissance des machines, un peu comme la puissance de feu des armes, qui dépendent, elles aussi, de l’industrie.

C’est sous-jacent, cela reste dans le non-dit, en partie que personne ne veut se risquer à aborder le sujet de s’il faut tuer l’oie qui pond les œufs d’or. Tout le monde, ou presque, en est complice, comme des drogue-addicts non-déclarés.

« Pourvu que cette vie de luxe, ce confort ne s’arrêtent jamais, pour moi au moins. »

« Mais comment pourrait-on vivre à dix milliards, sinon – on n’arriverait jamais à produire le suffisant sans moyennes industrielles ? »

« Et puis, notre sécurité, sans moyen de nous défendre, contre les Poutines de ce monde, tu n’es pas sérieux ».

Et ainsi de suite.

Ce serait intéressant de tracer, et on l’a sans doute fait (sans que je le sache), l’évolution de notre conception du monde industriel, depuis le Fordisme et le film de Fritz Lang, dans les années 1920, à travers les grandes parades militaires et les danses synchronisées à plusieurs, vers l’individualisme et les micro-machines comme les Fablabs de nos jours.

Cela reste industriel. Un accaparement du pouvoir productif. Qui représente le pouvoir tout court, tel qu’on l’envisage.

De nouveau, Poutinesque – l’idée du pouvoir comme un rapport de violence et d’intimidation. On peut même le comprendre – les « alliés » de l’occident voulaient bel et bien émasculer le pouvoir historique de l’empire russe – par des méthodes souvent indirectes, invisibles, subreptices, mais qui restaient quand même des rapports de force.

Seulement des remèdes qui fissionnent cette édifice de force essentielle peuvent nous sauver, écologiquement. Ce qui est supposé être le réalpolitik dans les guerres entre les hommes n’est pas bon dans notre guerre collective contre le néant.

Cela ne va pas dans le bon sens.

Cette culture du plus fort, de la dominance et de la soumission, sabote la culture de la sagesse et du discernement, pour ainsi dire. Ce qu’on appelle la politique du chiffre est en réalité l’abandon d’une politique d’intersubjectivité.

Supposons que l’on applique des critères industriels aux problèmes écologiques. Il est peu probable qu’on verra émerger du tas le plus faible. Presque toutes les solutions écologiques à notre disposition vont dans le sens de la frugalité, du partage, mais ceux-ci sont donc contradictoires avec les valeurs de compétition, de concurrence – de gagner le grand lot.

samedi 29 octobre 2022

Still Life, Nature Morte, Guerre Hybride

Tsunamis en Méditérranée, flux de gaz et de véhicules, …

Quelle est la priorité ? Il y a le COP27 en Égypte cette semaine.

Selon la tradition Macronienne, le média public est en train de faire des formations de ses journalistes clés pour qu’ils accordent l’importance qui lui correspond à la trame d’analyse écologique nécessaire. Il a été reconnu qu’il fallait éduquer les journalistes clés sur ce sujet …

C’est à dire « La Maison brûle et on ne branle rien, comme d’hab ».

Trame d’analyse écologique : on accepte le downscaling, la réduction de l’échelle de nos vies, on fait l’analyse dans ce contexte, faute de mieux.

Donc on n’analyse jamais un systèmes de transport sans tenir en compte le poids énergétique de l’infrastructure qui va avec. Si l’on fait rouler des véhicules moins lourds et moins rapides, et que des véhicules moins lourds et moins rapides, même pour le livraison et le transport à distance, on a beaucoup, beaucoup moins besoin de renforcer la chaussée. L’échelle des forces induites par les véhicules lourds est logarithmique, calculée « par essieu ». Et heures passées sur la route, kilomètres parcourus – plus on diminue les distances parcourues, plus on localise le trafic, moins on a de temps sur la route, quels trajets sont favorisés par tel ou tel projet d’infrastructure ?

Quelles sont les implications pour les embouteillages, les encombrements et la perte de temps et de carburant impliqués ? De nouveau, limiter les distances parcourues réduit mathématiquement l’empreinte écologique. Réduire les poids et les forces subies permet, très probablement, de végétaliser les routes et de les rendre beaucoup moins létales pour les animaux et les humains qui les fréquentent – moins dangereuses. Il y aura moins d’insectes écrasées sur le pare-brise, par exemple, si la vitesse moyenne tourne autour de 25kmh.

Toutes ces facteurs sont, je crois, écologiquement valides comme outils d’analyse. Si les journalistes ne connaissent pas encore les chiffres, cela reste à eux de les promulguer – les sigles, c’est à eux de les faire entrer dans le langage.

Pourquoi pas citer l’indice d’efficacité énergétique d’un mode de transport, pour permettre à celui qui écoute de pouvoir comparer celui-ci contre un autre ? On ne fait pas une analyse des nouveaux véhicules sans tenir en compte ce facteur « poids-vitesse-distance parcourue ». On ne devrait pas parler de véhicules de manière séparée de l’infrastructure qui leur est nécessaire – c’est la moitié du coût énergétique.

J’observe des vélos de plus en plus sveltes et bien dessinés, d’autant plus qu’ils sont presque tous neufs. Cela me fait penser au culte de la voiture, de la mobylette, de la moto, de la vitesse, lorsqu’on était dans l’âge de la voiture – de sa « performance ». Là, c’est définitivement le culte du vélo assisté. Ce transfert d’affect me paraît dangereux, puisque dans le fond il ne change pas le syndrome, l’idée, vaguement dessiné, dans la tête de toutes ces générations d’amateurs de la mécanique, est peut-être qu’ils peuvent continuer de faire leur truc. Mais en réalité, nous avons besoin surtout de techniciens de la bio-ingénierie, que l’on peut appeler, plus prosaïquement, le jardinage – et tout ce qui va avec.

Le public pollue

Je viens de lire dans Le Monde d’aujourd’hui, entre les reportages franchement catastrophistes sur le réchauffement climatique, une phrase fantastique :

« pour les arts visuels au niveau mondial, 74 % des émissions viennent des déplacements des visiteurs. »

Le titre de l’article est « Le public pollueur, un tabou »

Cela ne pourrait pas plus clairement illustrer comment il faut s’y prendre – à celui qui est cohérent avec lui-même de jeter la première pierre, …

Cela met bien le doigt sur notre manière de contourner nos propres responsabilités, le fait que c’est nous, finalement, qui détruisons le monde. Donc ce modèle de la culture qui attise les flammes de la consommation en favorisant le tourisme de partout dans le monde, transporté par les moyens les plus chers, écologiquement, il est tout simplement incohérent. Comment faire pour réunir les gens autour d’un événement culturel, s’il est évident que leurs mouvements ne font pas de sens, écologiquement ? Et tout ce beau monde se tait, et fait des petits gestes.

Je propose (et je pratique) de créer des œuvres qui s’intègrent à des environnements qui ne sont accessibles qu’à pied ou à vélo. Surtout des pans de mur – un peu comme les tapisseries, par exemple. Ou bien de créer des circuits des festivals à pied, à vélo, à cheval quand il y a un vrai esprit de mouton parmi leurs invités, appelés souvent « les experts » - mais experts en quoi, s’ils ne disent pas l’indicible ? Il restera indicible.

Dans mon émission sur le nomadisme (le No.3) j’ai abordé cette question, j’ai rajouté le thème de « Voyages Lents », en partie parce que j’ai assisté au Festival du Voyage Lent au Caylar cet été. J’ai résister à en parler par auto-censure, en partie, ce que je pouvais dire sur ce que j’ai vu était tellement peu flatteur que je craignais d’être perçu comme un plaintif. Il y avait des voyageurs de plusieurs pays, des écrivains et des cinéastes – les conférenciers – et ceux qui avaient assez d’argent pour se payer le voyage en voiture pour venir y participer. C’était un genre, à vrai dire. Entre le voyage lent et le pays parcouru il y avait une sorte de cloison. Le » style de vie de ces gens n’avait visiblement rien à voir avec les exigences de l’écologie, et cependant, tout était présenté sous cette guise. Une sorte d’effet trickle-down, où par contagion les ploucs allaient pouvoir être des aventuriers comme les auto-héros du voyage lent se dessinait.

Inaction climatique

Cela veut dire que les tabous ont tué le sujet, jusqu’à là – où jusqu’à il y a deux ans, un an. C’est important de le constater – les journalistes ont du mal à faire cavalier seul. Un expert, c’est quoi, s’il se réduit à son champs d’expertise ? Il est comme un syndicaliste qui ne peut parler que si lui-même il est concerné – il demande des augmentations de salaire pour lui et ses potes, il ne sort plus de sa singularité, de sa réductionnisme.

Un autre sujet qui mérite d’être pris en main par le journalisme, avec le but de le faire rentrer dans la culture, dans notre monde du compréhensible, c’est la présentation scientifique de la nouvelle technologie d’immersion numérique, ou de substitution numérique ? Je traiterai de ce sujet dans l’émission d’ici deux semaines « réalité somatique ». La pensée mécaniste, l’échelle industrielle, la poursuite de vitesse et de distance, servent surtout à détourner notre regard de cette réalité psycho-socio-somatique – de notre vie sur terre. Mais dans ce cas, on oublie de penser à nous-mêmes.

Tout en pensant surtout à nous-mêmes, mais à travers des filtres d’analyse faussées. Je m’émerveille des panneaux indicateurs routiers – qui sont grossièrement simplistes – est-ce le progrès, ou est-ce qu’on devient idiot lorsqu’on roule trop vite ? Depuis que l’industrie existe, les lamentations sur ses effets délétères se vocifèrent. Aujourd’hui, on vit les prophéties d’Armageddon, situation très inconfortable pour les progressistes et les dévéloppementalistes d’hier.

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’à l’inverse des prophéties, nous ne solutionnerons pas ces problèmes par l’éradication de la modernité et la régression à un état antérieur, considéré à tous égards primitif. Il est difficile de penser que, la génie de la communication à distance par portable, des assemblages sociaux composés par les machines, des calculs des algorithmes et des découvertes scientifiques, peut être persuadée à rentrer de nouveau dans sa lampe.

C’est l’innocence perdue. Mais cela veut dire que nous devons faire avec cette connaissance, ces nouveaux savoirs-faire. Il serait futile d’accuser les écolos de vouloir revenir à l’état d’avant – ils ne savent même pas ce que c’était.

Mais l’avant, ce n’est plus l’avant d’avant. C’est bel et bien l’époque industrielle – c’est cela qui est intéressant – l’industriel tel qu’il a existé est très démodé aujourd’hui. On se méfie très clairement des produits chimiques. On se croit enchaîné, bon gré, mal gré, à la machine industrielle, en état de dépendance, d’assistance. On cherche à s’en libérer, tout en manifestant une méfiance du naturel et en n’ayant aucune confiance en soi, dans ce contexte-là.

Et c’est un processus de désabusement qui a été d’autant plus rapide avec les télécommunications, les médias et les ordinateurs, auxquels il a suffit de quelques décennies pour qu’on devienne allergique.

Si c’était la boîte de Pandore, le plus important maintenant n’est pas de fermer la boîte mais d’accommoder ce qui en est sorti à nos vies – d’atteler la bête.

C’est amusant, on parle de bêtes – alors que ce sont des animaux, on parle d’animaux domestiques et/ou dociles et d’animaux sauvages – alors que les animaux sauvages sont loin d’être sauvages et les animaux domestiques sont souvent bêtes.

Ne serait-ce pas nous qui sont devenus sauvages et intraitables, de par les animaux ? Il y en a quand même beaucoup qui nous ont fuit, et si c’était par leur choix, définitivement désabusés de nous. Mais la fuite ne marche pas, face à un espèce tout-envahissant comme nous, et justement, des animaux comme des rats, des plantes comme l’ortie et la ronce, et nombreux parasites et virus sont les mieux adaptés, maintenant, à notre présence. Nous ne sommes pas gentils avec eux, eux non plus avec nous, notre sauvagerie et leur sauvagerie se rencontrent, mais c’est nous les plus sauvages et ils ne font que profiter de nos mérites – à leurs yeux.

Par rapport à l’industrie, elle doit être le plus indomptable et sauvage des bêtes, puisqu’elle est actuellement hors contrôle humain – visiblement – les plus saugrenus d’entre nous se trouvent dans les positions clés de pouvoir, mais ne sont pas puissants sans assistance industrielle.

Qu’est-ce que peut faire l’industrie pour nous réunir ? Visiblement, elle fait l’inverse – elle fait que nous nous sentons impuissants, incapables de contrôler notre destin.

ProFrugal#9 -Globalisation-localisation

vendredi 28 octobre 2022 pour jeudi 10 novembre 2022

9. Globalisation-localisation

ZAD partout
ZAD Partout mais singulièrement discrète

leapfrog

C'est le jeu de saute-mouton. Lorsque l'Allemagne choisit d'acheter ses denrées militaires chez les Américains, pas chez nous, cela fait que la défense européenne autonome reste lettre morte. En fait, cela fait partie du jeu social et politique à chaque échelle depuis toujours, mais les règles du jeu ont changé. On n'a qu'à regarder l'histoire de l'immigration et des réfugiés, cela commence tout près, d'un bled à un autre, ensuite c'est de l'autre côté de la frontière, ensuite un peu plus loin - selon les moyens de transport et de communications qui existent. Maintenons ce concept en tête, je vais essayer de l'articuler au cours de cette émission. Pour être clair, je pense que, le problème identifié, il y a des solutions pour éviter le repli et la stagnation, sans pour autant rentrer dans une époque de chauvinisme invalidant.

Ce titre est un peu une blague. Nous savons déjà ce que cela veut dire, la localisation, c’est un usage du domaine de la signalétique, cela signifie identifier la source, le positionnement de quelque chose. En termes littérales, la globalisation serait donc « ne pas savoir où se trouve ni d’où vient un objet ».

Je suggère que ce n’est pas nécessairement une grande avancée. Les gens peuvent nous faire n’importe quoi sans être là et sans en être tenus responsables. C’est à peu près cela qui peut préoccuper dans la globalisation.

L'origine historique du mot globalisation est assurément matérialisée bien avant l'époque numérique, dans la forme de l'Empire Maritime Britannique. Un pur exercice de projection de pouvoir. L'aspect qui frappe, c'est que les britanniques ont pu, à partir d'une petite population sur une petite île, et pendant une courte période, dominer le monde, partout dans le monde. Grâce au transport et un certain flair administratif, peut-être - il est à noter que plusieurs composants nécessaires à cet exercice de pouvoir sont devenus sémi-autonomes ou indépendants.

Si depuis lors, rien d'aussi efficace en termes de "reach" - d'étendue de pouvoir avec si peu de moyens, a réussi autant, c'est parce que les techniques évoluées et l'accélération industrielle se sont vite répandues, de par les mêmes infrastructures qui ont assurée, pendant un certain temps, la primauté britannique. Notons que je considère ici l'aspect "global" de cette affaire - une autre nation qui pourrait réclamer cette qualité par rapport à son effort, c'est le Portugal. Dans l'antiquité, évidemment les grecs et autres phéniciens.

Prenons un cas contemporain. Visiblement, les pouvoirs autoritaires sont dans l'ascendance - et ils font des combines, à distance, pour rester maîtres chez eux.

La taille des nations est devenue le facteur gouvernant dans l'équilibre des pouvoirs actuelle, au moins en apparence. Les petits pays performants sont les équivalent des port-avions des grands puissances d'antan. Leurs aéroports sont les pistes d'atterrisage et de décollage.

Il est évident qu'il faut changer l'organigramme, on devient totalement détaché des réalités du terrain - tout terrain.

En réfléchissant sur la meilleure manière de communiquer certains messages, j'ai compris que pour une ville comme Millau, ce qui se perd dans un monde globalisé, c'est la reconnaissance du savoir-faire des gens localisés à Millau, l'effet terroir. Moi comme d'autres, j'irai plutôt vers un média national pour écouter les actualités et l'analyse des savants. Attrapé dans le système globalisé présent, on perd rapidement son individualité, en grande partie parce que les liens sociaux réciproques, entre temps, ce sont désagrégés, jusqu'à ce qu'il n'y ait pas la volonté de structurer notre savoir nous-mêmes - qui est à vrai dire assez grand, étant donné le niveau d'éducation et de formation des populations rurales.

Il y a des méthodes presque contra-intuitives pour faciliter cette acquisition d'intelligence collective, plutôt que d'ignorance et d'inactivisme collective. Les universités comme Oxford ou Princetown créent des contextes sociales de plusieurs petits groupes attachés à des infrastructures de savoir, bibliothèques, laboratoires, mais aussi activités. Tout est intensément social, on apprend à coopérer, à collaborer et à donner de l'espace personnel, dans un collectif où ces intérêts sont partagés et donc communs. L'atmosphère peut être intense mais relativement décontractée, ce qui laisse beaucoup d'autonomie à l'étudiant et aux profs. A peu près l'inverse des amphis des universités françaises des années 1970 jusqu'à nos jours.

Le problème qui n'est souvent pas très bien résolu, c'est celui d'intégrer la population locale - on dit "Town and Gown" à Oxford, "Ville et Cape des Collèges" - du code vestimentaire des collèges, initialement calqué sur celui des moines ("cathedral colleges"). Les liens ont tendance à se faire à grande échelle ou en petit groupe collégial, dépassant la population locale.

Il n'y a donc que très peu de mystère autour de la production de savoir - vous mettez à peu près n'importe qui dans ou à proximité d'un groupe humain plutôt convivial et fraternel, vous leur donnez quelques pistes à suivre - et ils le feront, en toute probabilité. C'est un cercle vertueux. Le retour, c'est la loyauté intéressée envers des institutions qui ont donné le coup de piston qu'il fallait. Pour les autres groupes politiques, ou industriels, ou que sais-je, la recette est à peu près identique. Cela a très peu changé. Dans un navire, vous avez tout le temps pour échanger et former des liens profonds et vous allez à la découverte du monde, un certain monde.

Le prochain rajout au mixte, auquel j'ai fait allusion en racontant l'histoire du Saint Affrique, plus loin, c'est donc cette fluidité du flux. Il ne faut pas oublier que l'Afrique, même exotique, fait depuis avant la colonisation grecque partie du monde connu et rôdé. D'adopter un nom pour une ville telle que Saint Affrique, c'est un peu l'équivalent de vanter son cosmoplitanisme, son ouverture sur le monde et son importance stratégique, c'est une forme de "branding".

Le localisme, par contre, est une illusion manifeste, presque un voeu d'extinction ou d'effacement subconscient. C'est une question qui a tendance à fissionner la société en ce moment, le repli communautaire contre l'ouverture et l'accueil. Les méchants et les gentils ... migrants.

On s'abstrait du monde, et d'interactions avec le monde, toute à la fois. Que des anomalies. Ces recettes de pouvoir bien rodées sont devenues des vraies boulets, qui nous empêchent de mener des vies d'interaction positive avec le vivant.

Je me trouve bien obligé de mélanger le sujet de la prochaine émission, sur la réalité éxpérimentée, vécue par l'ensemble d'entre nous: la réalité somatique.

Nous avons souvent l'habitude de trancher les choses en catégories, en oubliant de comprendre que l'un ne va pas sans l'autre. C'est le cas avec la réalité sociale et la réalité physique. La délocalisation, la déphysicalisation de notre expérience sociale, c'est un cas exemplaire à cet égard. Nous risquons tout simplement de devenir superbement inutiles, chacun d'entre nous, si nous poursuivons dans cette course folle vers la globalisation, mais c'est la faute du repli social, j'évite le mot "identitaire" puisque ce serait déjà trop dire.

Les migrants

Les réfugiés, les immigrants, les nomades, les gens de voyage, etc. Je me classifie en réfugié interne à la France, pour des raisons qui me sont propres et tout-à-fait intelligibles. Ni gentil, ni méchant. Ensuite, j’observe de manière moitié amusé, moitié désespéré, comment les gens, surtout ceux qui sont censés s’occuper de ces affaires, dans les assocs., les préfectures, etc., réagissent à cette auto-appellation – de manière super-négative. C’est les dé »finitions administratives qui comptent pour eux, et surtout pas le sens de la langue. Il m’arrive de penser que le Rassemblement National ne fait que suivre les tendances de ce qui se passe vraiment, chez des gens, plutôt des libéraux – des néo-libéraux, qui ne s’identifient absolument pas avec le racisme et la discrimination, mais qui sont ses fidèles serviteurs, néanmoins.

A Millau, on devrait, à vrai dire, être en train de créer un hub de mouvements, pas un "centre" d’excellence, mais un articulateur d'excellence qui attire du monde, de la créativité, de la variété. Le modèle de grands centres universitaires lointains, de stages à Rodez, de réseautage à grande distance, va exactement contre les intérêts et la vitalité locales, directement contre les intérêts écologiques.

Actuellement, nous allons quémander de toutes les forces qui se sont montrées inadéquates, au niveau du bouleversement écologique, de nous solutionner nos problèmes. Normalement, on vire les incompétents et on installe des compétents, dans ce cas. Mais bien que les forces politiques et industrielles en place se soient montrées défaillantes et irresponsables, on continue de chercher à leur attirer l'attention, mendier des subventions, et obéir à des critères administratifs chaque fois plus redondants. C'est une contradiction de termes.

C'est une question de pouvoir, mais aussi une question de techniques déployées pour retenir l'attention. Tout le monde sait, à peu près, qu'en pointant du doigt un ennemi extérieur, on renforce sa position interne. De la même manière, en créant des drames et des outrages entre des personnages politiques, on détourne le regard des questions les plus concrètes, à une autre échelle. Prenons la Reine d'Angleterre, et toute la pompe et la cérémonie qui est associée à la royauté, c'est idiot.

Prenons le cas de l'industrie de l'automobile, avec tous ses sous-traitants et les routes qui vont avec. On invente, littéralement, un débat sur le tout électrique en 2035, ou la réduction des émissions de carbone en 2050. Mais ce sont à vrai dire des leurres massives, cela ne peut pas et ne va pas se passer comme ça, et on le sait. C'est une politique fiction qui évite l'hostilité de ceux qui travaillent dans ou dépendent de ces secteurs. On a beaucoup moins de temps pour agir. Ou prenons cette histoire du nucléaire - un autre trompe l'oeil. Le nucléaire, comme toutes les autres technologies de taille industrielle proposées, a besoin de grands investissements coûteux en carbone en amont, alors que l'on sait que c'est le court terme, les prochaines trois années, qui sont les plus importantes. Le nucléaire consomme - et réchauffe - beaucoup d'eau, en fait réchauffer l'eau et le convertir via des turbines en électricité, c'est le fonctionnement d'un réacteur nucléaire. Quelle belle idée, par rapport à la biodiversité et le réchauffement du climat! Or, si on écoute les analystes, c'est le seul sujet qu'ils évitent de couvrir. Le bilan carbone est un simple raccourci de communiquant, d'autres gaz comme le méthane peuvent être aussi importants, la bio-diversité en est un autre - déjà, avec les sécheresses la terre, je veux dire le sol, dorénavant morte sur des grandes surfaces, va ventiler encore plus les réserves de ces molécules qu'elle a séquestrée au cours des siècles.

Dès que, pour une raison ou autre, les flux tendus d'une industrie ou d'une autre se détendent, les stocks de, par exemple, voitures invendues s'accumulent sur les parkings de leurs usines. Dès que nous commençons à agir avec sérieux sur la sobriété écologique, nous constaterons que nous sommes absolument gavés de produits industriels, au point qu'ils ne valent plus grand'chose. Pourquoi en faire du neuf - quand il serait mieux d'arrêter de broyer le vieux, dans le jeu infantile de la désuétude programmée?

La réponse : pour satisfaire à ceux qui votent, plutôt vieux, plutôt inculqués dans les valeurs industrielles et surtout plutôt dépendants de l'industriel pour leurs boulots.

Le gouvernement et toute l'élite décisionnaire est consciente de cette réalité de l'opinion publique, elle est pragmatique, en termes de politique électorale. C'est un peu comme avec la menace nucléaire - il ne faut pas dire la vérité, il faut rester dans le flou. Mais en réalité physique, l'époque de la voiture, du nucléaire et de plusieurs autres technologies dépensières d'énergie et de matières premières - par exemple les éoliennes, est déjà terminée. Une réduction de l'énergie généralement consommée va dans ces secteurs forcément baisser les prix et l'intérêt de ce genre d'objet, il y aura forcément beaucoup moins de travail dans le secteur et les gens qui y travaillent seront forcément bien moins rémunérés.

Notons que le bio, disons authentique, du fait qu’il est moins dépendant d’intrants à distance et qu’il fait son propre fourrage, a moins souffert des aléas internationales récentes. En Aveyron, on est potentiellement assis sur une mine d’or vert, en termes de potentiel non pas agricole mais horticulturel, si on arrive à augmenter la population utile et complexe des lieux, si on arrive à créer des habitudes de transport hyper-frugales.

Et c'est dans ces domaines que la croissance - et le progrès existeront.

A cet égard il est aussi intéressant de noter que les mouvements intellectuels et autres du passé ont souvent été bien plus interculturels qu’aujourd’hui. Tromp n'a pas tort, ni le chef russe des mercenaires et des hackers, de s'attaquer à l'oligarchie et aux riches, aux privilégiés et aux bien éduqués, qui eux sont ouverts au monde. L'intelligence collective de cette minorité mondiale menace - parce que mondialisée. Le Globish menace - jusqu'au sein du monde anglophone. Les anglais - les britanniques, n'aiment pas le Globish, parce qu'il peut y avoir des gens comme Macron, ou Tromp, avec leurs accents exécrables, en train de nous donner des leçons dans notre propre langue, en train de parler du monde anglo-saxon, ou de la langue américaine - alors qu'elle est la nôtre. Vous pouvez en juger de mes paroles parce que je crois qu'à parler le français comme je le fais, je produis à peu près le même effet ici en France. Le repli social n'est pas sans fondement, loin de là, mais c'est un instrument sur lequel les plus mal-intentionnés peuvent jouer pour, en réalité, dominer des territoires captives, tout en eux-mêmes étant les plus grands voyageurs. Personnellement, je ne voyage pas bien loin, j'ai appris de mes excès.

Le mot que je viens d'utiliser, c'est le mot "voyageur". Nuance. Les gens qui laissent des traces positives et durables sur les terroirs qu'ils occupent sont rarement des voyageurs volontaires. Africanus était réfugié de l’évèché de Comminges (Saint Bertrand de Comminges) et a donné son nom à Saint-Affrique, il y a plus de 1000 ans, quand la liberté de voyager et l'ouverture sur l'autre étaient plutôt établies - n'oublions pas que la question de frontières est relativement nouvelle. En Ariège, j’ai fait des petits boulots chez un fermier du coin. Son parcours ? D’extraction espagnole – ou au moins juste de l’autre côté de la frontière, son grand-père venait faire les saisons régulièrement. Ensuite son père est devenu métayer et propriétaire. Lui, fils du pays maintenant, a hérité de cette lente intégration.

Peut-être nous devrions reproduire le même schéma, si nous voulons vraiment avoir des populations intégrées et investies, de nouveau, à la campagne. Par contraste, je viens d'une famille de néoruraux anglais, très sensible au paysage et à son histoire. Nous ne sommes plus là, bien que tout a été fait pour durer.

Une grande partie des néo-ruraux sera partie au bout de deux ou trois ans, sans jamais s'enraciner, bien qu'ils croient être dans une autre démarche. Sans voyages lents, une vraie hospitalité fonctionnelle, sans des points de réelle attractivité sociale pour toutes les couches sociales, cette précarité du paysage fera que rien ne peut s'enraciner. Les rentiers et les rentes vont prédominer, ceux pour lesquels le paysage est employé à des fins purement extractives et récréatives.

Ou prenons le cas des exploitants agricoles - c'est dans le nom, c'est tout à fait déclaré, pas caché du tout. Depuis De Gaulle, il y a eu des efforts conscients de couper le lien vivrier du paysan avec son territoire, pour tout convertir en opération industrielle et il me semble que par une sorte d'osmose, la culture industrielle des fermes actuelles s'est enracinée comme une culture du "vrai agriculteur du pays". Les champs, comme ils sont à ce seul usage, sont littéralement la moteur de la destruction écologique qui tue le vivant. On n'a qu'à voir une terre nue pendant des hectares, en train d'évaporer sa richesse en eau, à attendre les pluies qui ne viennent pas parce avec des telles organisations du terrain, l'air est trop sèche pour en générer, des pluies. Non-contents du résultat du pari annuel des récoltes ratées, ils demandent qu'on leur vient en aide avec des subventions exceptionnelles, pour refaire l'année prochaine ce qui a causé les dégâts de l'année dernière, c'est fou. Mais le problème de base est qu'il n'y a tout simplement pas assez de monde, maintenant. On dit que la terre coûte trop chère, mais je vois plutôt un désert.

Ce qui a changé entre temps c’est les distances parcourues et les possibilités d’intégration véritable. Les migrations d’en haut se font souvent dans l’ignorance des langues locales – et imposent leurs modèles culturels sur le pays. Mais c’est pareil lorsque les machines agricoles des paysans locaux raclent et nivellent le paysage, comme si c’était un fond benthique.

Raccourcir les distances parcourues, en ralentissant les temps de trajet, recréer des emplois de temps à l'échelle humaine et pas constamment saccadées par des tiraillements de l'attention pour nous faire marcher, comme c'est le cas avec les téléphones portables et la série de mini-tâches qui nous rendent impossible la véritable concentration, encourager des relations moins superficielles avec l’environnement tant social que physique dans lequel on vit, tout cela indique que la localisation n’est pas une affaire de paroisse mais de flux et d’échanges d’information, mais avec des relais conformes à d'autres échelles que l'industriel, plus petites.

Et en faisant ainsi, les porteurs d'intelligence collective sont forcément les voyageurs, mais l'information qu'ils portent, c'est de l'information localement pertinente et responsive, qu'ils ont reçu directement des "gens du coin". Sinon, nos yeux seront toujours rivés sur les échelons supérieurs, plus distants, et nous aurons toujours envie de jouer le jeux de dépassement du local pour trouver des renforts et des rapports de force avec des forces extérieurs lointaines.

C'est un fils de néo-rural qui le dit. Nous devrions remplacer les intérêts sectoriels, de classe, avec une cohésion et une coopération sociales physiquement localisées, mais en mouvement et sans faire des jeux d'exclusion et d'inclusion par catégorie sectorielle - ou par localisme. Si quelqu'un est là et il est humain, il a son rôle à jouer. Et c'est cela la solution proposée, de transition réelle, qui quitte le système industriel, ô trop dépendant des forces extérieures qui s'en foutent de nous. Il est vrai que cela peut nous laisser très exposés à des ennemis extérieurs, comme la Russie. Il est même probable que notre note de crédit, national et européen, s'écroulera, de manière transitoire. Mais à vrai dire, c'est de l'innovation, sans laquelle rien ne se fera.

C'est là que la stratégie politicienne devient explicable. Pourquoi prétendre qu'une transition écologique peut se faire en gardant nos voitures individuelles, nos portables, notre style de vie d'hyperconsommation d'énergie industrielle ? Pour la même raison qu'il n'aurait pas fallu dire qu'on ne va pas tirer sur la Russie avec des armes nucléaires si elle tire sur l'Ukraine avec des armes nucléaires. C'est du bluff. Un discours de vérité va sans doute bientôt se matérialiser, au niveau du gouvernement. Dans un état de guerre, on maintient la fiction de sa force et de sa résolution - tout le monde est censé le faire. Par contre, à d'autres niveaux de la société, y inclus au niveau individuel, il y a beaucoup plus de marge de manoeuvre pour des expériences taille vrai vie.

Ne pas flouer les réalités physiques

Juste une observation, mais notre concentration sur les points chauds de la pollution, comme les villes, en ne pas parlant du massacre industriel de la campagne, cela pourrait être considéré anti-écologique. La catastrophe écologique en cours est assurément d'envergure globale. La montée des eaux, la fonte des glaciers, l'expansion thermique des océans, la sécheresse, la désertification, ce sont des phénomènes qui se passent sur des grandes surfaces - ce que nous appelons ici la campagne, la nature. Les villes ont une surface très réduite par rapport aux campagnes. Normalement, le point de levier le plus rentable, écologiquement, c'est l'action à la campagne - la réoccupation de la campagne. C'est un peu le même argument que l'argument qu'on utilise actuellement de la ré-localisation en France ou en Europe - le discours varie - des industries critiques au niveau stratégique - le lithium, les micro-processeurs, etc.

Ce qui change, c'est l'échelle à laquelle on applique cette logique. Une logique écologique, c'est une logique qui marche à l'échelle où on ne doit pas utiliser des véhicules motorisés, mais du transport vivant, principalement nous. Cela n'a jamais empêché le commerce de choses de suffisamment de valeur, comme le sel ou le café, à grande distance. Mais cela fait penser deux fois avant de transporter du béton dans des cimentières (ou du chanvre super-bio d'isolation) du nord au sud de la France, ou du sud de l'Espagne au marché de gros de fruits et légumes de Perpignan, si on a d'autres matières à proximité, de la main d'oeuvre, de l'outillage et des compétences très localement déplaçables.

Comment convaincre. Je viens d'entendre une bribe ... "aller dans les villages, parler avec les gens, expliquer pourquoi cela peut les intéresser", ... c'était par rapport aux néo-Zadistes des Bassines. Pour moi, l'explication, c'est dans l'acte. Il ne suffit pas du tout d'y aller pour expliquer - comme si c'était un exercice de vulgarisation scientifique, même le mot "vulgarisation" est arrogant et horrible. Il faut faire, et faire partie de la vie locale, dans une coopération réciproque.

C'est pour cela qu'il est tellement important d'établir des circuits réguliers, des gîtes de passage, tout ce qu'il faut pour faciliter l'accueil de gens à pied et à vélo. Ils peuvent faire le transport et la transmission par d'autres moyens que les moyens de la haute technologie - c'est à dire du monde industriel. Mais on ne les croira pas s'ils ne le font pas. C'est mon avis, en tous cas. De ce point de vue, le problème avec ces appels à l'attention des militants écologiques, c'est qu'on essaie d'appeler l'attention des puissants, mais les puissants, ce sont ceux qui doivent leurs positions à la maîtrise d'une technologie du passé - de l'époque industrielle super-consommatrice déjà passée.

L'avenir, pour nous tous, c'est le vivant, la biologie, la biotechnologie, mais, j'ai presque envie de dire, dans la socio-biologie plus que dans la biologie directe. Il faut, et très vite, réorienter l'éducation et les formations pour avoir des compétences surtout dans ces domaines. Même les outils de l'informatique sont en train de devenir bio. Nos disques durs, en tant qu'ils existeront, risquent de devenir des brins d'ADN lus et écrits par des enzymes - et sans métaux rares. Continuer de préférer l'industriel très primitif basé sur des métaux, des mines, etc., etc., c'est ce carcan conceptuel qu'il faut briser. Mais son transfert, dans une conception identique, envers des matières bio, n'est pas plus malin.

Dans une prochaine émission, je lirai un texte qui est déjà sur le site des émissions www.cv09.toile-libre.org « une chanson, une symphonie, un film, un algorithme des prises dans le mur d'escalade » dans la section « concepts ».

Ce texte traite de la réalité somatique qui peut advenir – l’expérience qu’on a, dans son corps et sensoriellement, selon le milieu – l’environnement dans lequel on se trouve, et aussi du coût énergétique impliquée dans ces métaverses que l’on a projeté de créer.

Je constate après l’écoute de France Inter que le métavers qui était Facebook est en train de foirer, pour à peu près les raisons que j’ai deviné dans l’écrit mentionné ci-dessus. Il me paraît que là où des réalités virtuelles pourraient intéresser, c’est lorsqu’ils permettent d’accompagner des tâches réelles – l’inspection d’un modèle en trois-D, la chirurgie, des danses synchronisées, l’apprentissage de gestes, l’entretien de l’attachement à des gens qui font déjà partie de son univers proche physique ou relationnel, etc.

Les vidéoconférences, par contre, ont déjà réussi pas mal à créer des groupes sociales – à remplacer l’interaction physique en présentiel. Je le sais parce qu’il y a des personnes qui m’ignorent parce que leur monde social est devenu l’écran, les sons, les voix et les personnes qui se trouvent là-dedans. Je ne suis pas sûr, par contre, que cela les aidera beaucoup dans leurs relations sociales avec les gens qui sont vraiment là, étant donné la réaction probable de gens qui se sentent ignorés.

Mais souvenons-nous que le remplacement du réel par le virtuel a déjà eu lieu – par nos voix physiques et nos récits, ensuite par la lecture, d’abord à haute voix, ensuite de plus en plus silencieusement, de mots écrits. Avant, on s’imaginait tout un monde à travers des contes et des écrits. Ce monde continue d’exister, mais il est peuplé de plus en plus par la jeune élite, ambidextre, qui lit des livres et utilise des smartphones.

Pour la majorité d’entre nous, il reste peu à imaginer, tout est déjà construit. Les images sont là, nous ne devons plus les développer nous-mêmes, ni le timbre de voix des personnages, ni le fond sonore de ce que nous regardons. Nous pourrions, c’est vrai, les changer, les customiser à nos goûts, mais il est plus facile de laisser cela à des algorithmes.Et pourtant, c’est étrange que ces images se voient sur des tous petits écrans et les sons sonnent au milieu de nos propres têtes, comme si elles étaient en nous ou devant nos yeux comme des petits génies dont on conjure l’existence.

Les ajustements cérébraux qui ont lieu actuellement, surtout avec cette distinction claire entre présentiel et distanciel qui nous a été présenté par la covide, sont préoccupantes.

L’autre essai se trouve également sur le site avec le titre infostruck, section pratique.

L’hypothèse est que pour regagner le contrôle sur la pertinence de l’information que nous recevons, pour nous, nous passerons obligatoirement par une retraite du cloud et une reprise en main de la communication humaine directe ou par messager humain interposé.

Ceci en partie parce que les alternatives coûtent trop chères, écologiquement. On déploiera des machines pour faire ce que font déjà très bien et fort à propos les humains, se communiquer et agir ensemble. Pourquoi faire, donc ? Qui veut être réduit à une passivité et une inertie très grandes, face à la vie, tenu à la bonne volonté de machines qui ne sont pas là ?

Pour mettre mes cartes sur la table depuis le début, je suis pour un chemin moyen, entre la globalisation et la localisation. Et c’est le mot chemin, l’aspect dynamique, la manière de faire le lien entre les acteurs de notre destin collectif qui m’intéresse. Je suis donc contre le retranchement chez soi et le survivalisme égoïste, que ce soit au niveau individuel, communal, national … Or, la voiture et tous les moyens de transport et de communication à énergie de machines sont à la fois ce qui est en train de détruire notre terre et ce qui donne un avantage massif à ceux qui sont les plus dépensiers et les plus riches, en termes d’influence et de pouvoir décisionnaire. Comme l’eau, on prend les ressources nécessaires à la vie, on les séquestre et on les utilise pour alimenter les machines. Les riches – les riches qui deviennent souvent pauvres en les achetant, détournent ce qui pourrait alimenter la nature pour alimenter des styles et des méthodes de vie qui n’ont plus rien à voir avec l’intérêt général.

Comme on l’a dit sur une émission de radio récente, le libéralisme a eu comme supposition une possibilité de croissance constante de production et de consommation, mais aujourd’hui, nous voyons bien que ce n’est pas le cas.

Il est donc urgent de créer des infrastructures et des habitudes de transport et de communication très, très frugaux et de créer ce qu’on appelle, pour le moment, une démocratie participative en étroit lien avec ce qui est autour de nous. Je rajoute que les seules ressources avec lesquelles il ne faut pas être parcimonieux, ce sont les ressources humaines, il faut rehausser notre considération pratique de nous-mêmes.

Dans le Monde du weekend (samedi-dimanche 5-6 novembre) il y a un supplément qui traite de la COP27. Un article traite du peu d’importance, surtout au niveau financier, donné à l’agriculture, par rapport au secteur « transport ». Je ne suis pas trop d’accord.

Le transport – les véhicules motorisés, y inclus les machines agricoles comme les tracteurs, ce sont eux qui déterminent très largement le type d’agriculture que l’on pratique et qui engendre notre dépendance sur une échelle d’approvisionnement mondial qui tue ce monde. C’est cela qu’il faut changer, dans le monde industriel. Radicalement. Et cela a des implications. Il faut qu’il y ait beaucoup plus de main d’œuvre non-motorisé dans la campagne, alors qu’actuellement on fait tout pour résister aux intrus, à la campagne – sauf s’ils apportent de l’argent à dépenser – ce qu’on appelle le tourisme de consommation.

Actuellement, en France, on dit qu’il manque de main d’œuvre. Il y a énormément de monde, en Afrique et au Moyen Orient, qui voudrait bien travailler chez nous. Mais imaginons un avenir tout proche où on arrête de dépendre des voitures et autres véhicules. Les chômeurs du secteur automobile risquent de devenir les paysans de demain.

Jusqu’à là, les politiciens, tout au moins en France, n’ont pas du tout été courageux à cet égard. Courageux, en jargon politique, cela veut dire dire les choses qui risquent de leur faire perdre les élections. Pire, ils n’ont pas lancé les projets pilotes qui démontrent comment on peut se passer des véhicules lourds – on a donc un manque d’expérience dans ce domaine quasi-totale et un genre d’omerta sur le sujet, fidèlement maintenue par les médias.

Le tabou touche tous les partis politiques, qui sont dans une rhétorique absolument idiote de remplacer les voitures à essence par des voitures à électricité, tout en maintenant des parcours et des trajets habituels qui ne peuvent se faire qu’avec l’infrastructure routière existante.

J’ai dit « courageux » - il est sûr que celui qui essaie de mettre en pratique des politiques raisonnées à cet égard perdra les élections, parce que, justement, une majorité des citoyens ne voteront pas pour lui ou elle. Surtout pas à la campagne désertifiée, occupée à présent par des populations réduites qui dépendent de la voiture pour leur existence.

On est donc dans un « écosystème » politique qui favorise les pires des excès anti-écologiques, exactement là où il est le plus urgent d’agir, à la campagne, à la nature.

Et la rhétorique, aussi bien que les actes de ceux qui se présentent comme les experts de l’écologie, de la nature et de l’agriculture, n’inspire pas confiance, chez ceux qui votent. Ils donnent l’impression qu’ils n’aiment pas les humains et qu’ils défendent la nature contre les humains. Ils proposent des réserves, des endroits où les humains sont interdits d’aller et d’interagir. Quand j’étais à la ZAD, j’ai observé et j’ai rencontré plusieurs de ces personnes, j’ai même inventé un sobriquet pour eux : les brigades « pas toucher ». Ils avaient l’impression, je pense, que dès que l’humain touchait à la nature, il la cassait, donc qu’il fallait mieux qu’il n’y touche pas.

Que ce soit vrai ou pas, priver les gens de contact utile avec la nature, tout en ne leur promettant rien que des sacrifices et des pertes de travail, n’est pas censé leur parler au moment des élections. Et on le constate.

Encore pire, si l’on voit des collectifs qu’on appelle des écohameaux, souvent très éloignés des centres de population et donc encore plus dépendants de la voiture, qui ne pourraient exister que par l’achat de terrains – qui favorisent donc le capital – où l’utilisation de tracteurs et de camions est totalement habituel. De nouveau, ces îlots de paradis terrestre ont existé en quantité non-négligeable depuis l’aube de la conscience populaire écologique moderne – disons les années 1960. En plus, cela a toujours existé, dans la forme de deuxième résidences à la campagne pour les riches.

Ils n’ont jamais dépassé une infime minorité d’adhérents, venant des classes moyennes et supérieures, dépendants d’autres sources de finance ou utilisant les moyens industriels pour tirer bénéfice de leurs biens – modèle capitaliste. On peut prendre comme exemples de ces deux tendances – conservation de la nature et agriculture « raisonnée » avec d’autres sources de revenu qui permettent de vivre dans des lieux très agréable, d’un côté Pierre Rab-hi, de l’autre Nicolas Hulot. Ou bien le Prince, maintenant le Roi Charles, qui fait les deux, conserver la nature et de l’agriculture bio, sur « ses terres ».

Il existe d’autres modèles écologiques beaucoup plus correctes, dans des pays comme l’Inde, où les salaires sont suffisamment basses pour rendre faisable l’utilisation de beaucoup de main d’œuvre et peu de machines. Du fait qu’on est trop pauvre pour se payer des voitures, on utilise d’autres modes de transport, la marche, le vélo, etc. Étant donné qu’une voiture coûte autour de 7000 euros par an, et pas beaucoup moins, même dans un pays pauvre, les gens peuvent bien vivre et en relativement bonne santé sur des revenus moins élevés.

Selon des reportages récents, bien que pendant des décennies les paysans sont devenus dépendants d’engrais chimiques et de semences industriels achetés, ils sont maintenant en train d’utiliser des méthodes naturelles très intelligentes, avec des rendements également performants, qui améliorent santé humaine et santé de la nature, ensemble.

Take Two

J’arrive à la médiathèque. La première chose que je vois, c’est le titre du Monde weekend : « Climat : la COP27, sommet de l’urgence absolue ».

On ne peut pas, depuis un certain moment, nier que notre élite est sensible aux enjeux écologiques. Par contre, au niveau local, la rhétorique et surtout les actes sont souvent désespéramment à côté de la plaque.

En termes de praticité, on est encore à l’époque de l’enfance – on n’a même pas lancé un débat pratique et sérieuse sur comment faire, si on voulait vraiment vivre de manière écologiquement cohérente. Cela va de soi que c’est une question d’infrastructure, mais nous devons subir une série d’analyses et d’émissions qui cherchent à nous provoquer des émotions, à nous remettre émotivement en contact avec la nature – actuellement j’attends d’écouter une émission sur un employé municipal reformé qui protège les arbres en grimpant dedans et en faisant du bruit. Cela aura sans doute un bel effet, mais ce n’est pas ou pas encore un homme politique, qui prendra des décisions sur la prochaine autoroute.

Or, on sait deux choses – on en a la preuve.1 ; «  Ils parlent de la fin du monde mais pour nous, c’est la fin du mois qui compte ». Ca, on le sait grâce aux gilets jaunes. On le sait aussi parce que ce n’est que lorsque cela nous touche dans notre chair, la sécheresse et la chaleur accablantes, que nous nous mettons à penser sérieusement à comment faire. Comment faire ?

Déjà faudrait-il commencer à écouter et à mettre en position de responsabilité décisionnaires ceux qui ont de l’expertise et qui ont été mis en marge et stigmatisés de radicaux ces longues années, on n’a plus le temps à perdre. Je ne vois aucune signe de cela et je suis bien placé pour le savoir. On a tendance à chercher les plus performants dans la société actuelle, comme si le fait d’être un soi-disant succès dans un monde où pour être identifié en tel, il aura forcément fallu s’enrichir, ou être « adopté » par l’élite, parce que l’on n’est pas méchant, on n’est pas un « challengeur », un concurrent sérieux, à l’âge de 17 ans.

Une série de femmes de plus en plus jeunes sont donc recherchées, pour se plaindre devant les grands de ce monde. Je ne les reproche rien, à elles, si ce n’est de jouer la jeune femme capable de provoquer toutes les émotions, donc d’assumer les rôles qui ne font que renforcer le stéréotype. Si j’étais dans leurs peaux, j’aurais du mal à choisir à jouer le pantin, l’influenceuse. Je pourrais très bien me dire que le jeu vaut la chandelle, finalement – et c’est très motivant de trouver un sens à sa propre vie. Je pourrais très bien essayer ensuite d’utiliser mon renom pour mettre en avant dans un livre la pensée d’autres gens que j’ai rencontré au cours de voyages en yacht et de serrages de mains avec des présidents.

Mais où est le sérieux, pour faire que la fin du mois des messieurs et mesdames tout-le-monde coïncide avec l’agenda de la fin du monde ? Cela ne peut que se faire avec des investissements de temps humain dans la création d’infrastructure non-industrielle, et surtout en arrêtant de le détruire. Le désavantage avec la notoriété de personnes peu plausibles pour gérer les affaires, c’est qu’on continue de vouloir les traiter sans sérieux.

J’ai dit qu’il y avait deux points. Le deuxième point, que l’on peut même déduire à partir du premier, parce que les gens ne sont pas complètement bêtes, c’est que l’élite politique et administrative essaie de nous leurrer, de nous berner, mais de manière complètement transparente – elle ne parle pas droit, mais de manière elliptique, elle introduit des mesures en tous cas, mais en trompe l’œil. C’est comme le non-dit, on paraît croire ici que si on ne le dit pas, mais qu’on emploie juste un ton de voir ou on invente des prétextes indirectes, c’est toléré de traiter les gens comme des idiotes.

Ce discours de la fin du monde, par exemple, est en train de se matérialiser en un discours d’investissement colossal en infrastructure industrielle – éoliennes, nucléaire, bassines, etc. Et à la fois, des mesures anti-voitures à petit feu mais soutenu. Or, on le sait déjà, ce n’est pas comme ça que l’on va solutionner nos problèmes écologiques, mais cela permet de donner du boulot, dans le meilleur des cas, et de maintenir un rapport de force relatif aux autres puissances mondiales et leurs citoyens, au niveau financier et militaire – de tenir les gens en respect, au niveau international. Dans l’intrahumain, donc, tout va bien, mais par rapport à la réalité naturelle, c’est plus que nulle.

On le sait. On connaît les incohérences parce qu’on est complice. C’est comme une dégradation de soi, amoindrissante. Praticité ! On n’a même pas abordé la question de quoi faire au niveau pratique.

Gouvernance mondiale ? Cela veut dire démocratie mondiale. Est-ce que cela pourrait vraiment marcher, déjà que le niveau national est très dépersonnalisant ? Comment se constituer en corps décisionnaires ? Si l’on ne veut pas être décisionnaire, comment faire déléguer ces responsabilités à autrui ? Les politiciens ont tendance à acheter leurs électeurs. Ils n’ont qu’à choisir une minorité agissante pour gagner des élections. Ce n’est pas vraiment la démocratie et cela veut dire que la majorité de la population, ou d’autres minorités, sont à dos contre les gouvernements dès le départ.

Lorsqu’on pense aux batailles rangées de nos ancêtres, on ne peut que leurs féliciter pour leur humanisme relatif, comparé à nos guerres contre les populations civiles, d’une inhumanité totale et englobante. Je généralise, sans doute, mais je ne pense pas qu’ils étaient moins humanistes, ni moins sages que nous, au niveau de l’humanisme, de la sophistication de leur pensée et du réalisme politique.

Rappelons-nous que le changement climatique et la perte de bio-diversité ne sont pas des sujets séparés, pas du tout. Je viens d’écouter une émission où le ministre de l’agriculture n’a pas arrêté de dire des choses idiotes, sans que les journalistes lui lancent des challenges là-dessus, c’était presque criminel et mine encore plus la confiance que l’on peut porter au média d’état français. Je cite « on ne peut pas faire du maraîchage sans eau ». C’est vrai, mais c’est si évidemment vrai que personne ne dit le contraire ?

Cela ne justifie pas les mégabassines, telles qu’elles sont conçues. L’agriculture industrielle et le pâturage/foin élimine les accidents de terrain et les volumes d’air humide surtout quand on se base sur des vastes champs entourés de clôture électrique. Les mégabassines, mais également l’abstraction d’eau à grande échelle dans des puits ou par pompage des rivières, se fait partout déjà. Le rendement par hectare de petites surfaces est supérieur à celui de ces grands champs industriels. La valeur rajoutée par la transformation permet aussi d’augmenter le rendement, par hectare. Utiliser une partie de ces mêmes surfaces pour un habitat humain écologiquement positif est aussi très utile, j’ai développé pas mal de modèles qui le démontrent, visibles sur mon site.

Les jardins forestiers et le paillage limitent drastiquement l’usage d’eau. Les haies, les arbres et les accidents de terrain réduisent le dessèchement par le vent. Mais le ministre n’a pas été une seule fois bousculé dans ce qu’il a dit. Les journalistes n’étaient tout simplement pas équipés mentalement pour le contredire. Si j’étais Ellen Musk, je les virerais à l’instant même. Ils étaient en train de justifier notre méfiance à leur égard et de jouer un jeu sordide avec le ministre, porte-parole du lobby industriel. Lui, de sa part, apprendra qu’il peut dire n’importe quoi. Cela ne favorise ni lui, ni son groupe politique, ni son média, c’est juste con. Il paraît qu’ils sous-estiment totalement l’intelligence des gens et qu’ils pensent pouvoir les encourager à se comporter comme des bébés émotifs, irraisonnés. Pas de sérieux. Pas pointu. Pas un bon exemple.

En revenant sur cette histoire de globalisme et de localisme, il faut questionner la prémisse que le monde fonctionnerait mieux si le localisme était prédominant dans la prise de décisions. Avec les voitures et les routes, il est vraiment facile de vivre des doubles vies dans des doubles résidences. En excluant les pauvres, sauf la classe de servitude aux riches, on sera toujours majoritairement pro-élite à la campagne, puisqu’on en fait partie ou on en dépend. Les états unis sont en avance sur nous sur cette gentrification, cette zonification de la campagne en réserve des riches. Ils apprécient aussi les peuples premiers, dans leurs réserves.

Manque de sérieux, de nouveau. On peut créer un monde que pour les riches comme cela – comme les états unis – comme la campagne française, mais que faire avec ceux qui ne sont pas riches ? On ne peut pas les laisser traîner. La richesse peut protéger, mais elle peut aussi détruire, c’est ce qu’on est en train d’apprendre. Et ce qu’on a pu mettre à l’extérieur de chez nous, les guerres, les problèmes, la pauvreté extrême, ne cessent de s’approcher de nous.

Mais comment faire, dans tous ces cas ? Je propose que le problème se trouve surtout dans notre manière de nous relier, trop instantanée et dernière minute, trop détaché de là où nous sommes, ce qui favorise l’irresponsabilité dans la prise de décisions, la non-prise-en-compte des autres.

Pour trouver de la traction sociale, il faudrait une bonne dose de reliement à moyenne distance – à distance de marche ou de voyage vélo. Cela donne aussi la possibilité d’injecter des populations non-riches, fortement motivées à travailler, à la campagne, mais plutôt en relation avec les résidents existants de la campagne. Il faudrait comprendre que les humains et les bêtes ont des rythmes circadiennes, qu’ils se fatiguent et se nourrissent et se côtoient. L’implication est de développer beaucoup plus d’infrastructure et de fonctionnalité pour les gens de passage sans véhicules – donc par définition actifs.

L’imbrication de populations complexes et variée, sur des projets communs qui s’adressent au vivant, est une solution pratique de ces dilemmes.

On m’a suggéré la semaine dernière qu’il manquait, dans mes émissions, le côté pratique, le passage à l’acte. Au contraire, cela fait maintenant quinze ans que j’agis, et de manière très, très précise – je vis sans argent, sans essence, de préférence de fruits et légumes que je produis et je glanes moi-même, pour avoir une consommation d’énergie équivalente à moins d’une tonne de CO2 par an – c’est-à-dire une consommation suffisamment réduite pour ne pas parasiter mes confrères et sœurs humains et autres.

Ceci à titre personnel. Je pense que ceux qui prêchent – qui prescrivent des modes d’action sans eux-mêmes agir de la sorte auront du mal à convaincre les autres. On le voit – les écologistes et autres gauchistes ont eu beaucoup de mal à convaincre, politiquement, au niveau de l’action concrète. Moi aussi, mais mes suggestions auraient eu beaucoup plus d’attention si l’on n’avait pas fait amalgame entre tous ceux qui proposent des solutions écologiques – s’il y avait eu un vrai débat rationnel. Je note que dans les récentes confrontations autour des bassines, on a tagué la voiture de Yannick Jaddo. Je ne suis donc pas le seul à ressentir le manque de logique des écolos politiques. Je me demande comment, même avec ceux qui se disent écolos, on peut débattre. Je dois me fier à des manifestations comme ce taguage pour savoir que les questionnements existent.

On sait maintenant que l’important, c’est de créer des possibilités pour la grande majorité, que cela ne sert à rien de créer des éco-hameaux sans proposition pour l’infrastructure qui va avec – ils ont tous des voitures, voir des camions, ce n’est vraiment pas comparable à une vie pauvre en banlieue. Je passe mon temps à étudier et à parler de l’infrastructure nécessaire pour que la grande majorité de mes concitoyens terrestres puissent adopter le même style de vie frugal, sobre et agréable que moi, tout en sachant que si cela continue comme ça, ce ne sera ni agréable, ni même faisable, de vivre dans une campagne de plus en plus exclusive et industrielle, en canicule et en sécheresse. Avec infrastructure oui, sans, non. Avec travail écologiquement utile, sans machines, oui. Sans, non.

J’ai pratiqué pendant des années en Ariège les circuits sans essence, sans argent que je propose comme solution à plusieurs égards à notre impasse écologique. Lorsque je termine ces émissions radio, en décembre, je propose de les reprendre, ici en Aveyron. Je sais pertinemment que tout cela ne servira à rien à moins que d’autres personnes me rejoignent. J’estime que le niveau d’hostilité actuelle à la campagne contre de telles initiatives est énorme – c’est-à-dire que je ne donne pas cher pour ma peau si je continue de creuser ces chemins dans un climat de plus en plus dangereuse, sans soutien. Par analogie, je peux considérer que peu de gens auront envie de me rejoindre.

Par contre, la rhétorique me rejoint de plus en plus souvent, sans passage à l’acte suffisant.

On m’a même dit hier que mon problème était que j’étais en avance sur mon temps. Le temps est en train de nous rattraper, nous tous, et on me dit que je suis trop en avance ! C’est à se désespérer.

Du fait que j’ai pu exister pendant plusieurs années dans ce contexte, j’ai pu mûrement réfléchir, selon les paroles de la chanson, sur la conséquence de telles actes. Ayant participé à plusieurs initiatives contre la pauvreté, la guerre civile et les vies détruites qui créent les problèmes de populations déplacées, de l’Amérique Latine jusqu’aux ZADs.

Au lieu de devenir plus radical, j’ai tendance à comprendre que le problème est structurel – qu’en ayant des manières de s’organiser et de nous déplacer qui nous mettent à distance du territoire que nous occupons physiquement – avec nos corps, avec nos réseaux de contacts physiques, nous nous mettons dans l’impossibilité d’agir dessus. En fait, c’est les machines qui agissent pour nous – sauf que non, cela ne marche pas comme ça. Comme nous ne sommes pas dans l’environnement physique, il ne fait pas partie de nos priorités, surtout, nous ne le connaissons pas, nous n’interagissons pas avec. Par exemple, dans des endroits que je fréquente au bord de la rivière, des gens viennent en camion déposer des déchets verts – justement parce que c’est une zone inoccupée par les humains et qu’ils ne risquent pas de se faire choper. Ou ils grignotent du bois, souvent du bois vert, ils sont tellement peu informés, pour leur feux ouverts. Ces zones inondables doivent être les plus bio-diverses de toutes. Qui s’en occupe ? Personne. Dès qu’une zone est déclarée inhabitable ou réserve naturelle, elle est en danger. Dès qu’il y a moins d’habitants humains, on a le droit d’avoir des voitures polluantes. Des chasseurs avec des chiens viennent semer la terreur et déstabiliser ces zones qui, auparavant, étaient les axes principaux de mouvement, tout au moins en bas, dans les gorges.

Or, le système de propriété et de pouvoir local actuel favorisent, c’est-à-dire empirent cette situation, en coupant la possibilité d’installer des populations humaines capables de régénérer la biodiversité et la résilience de la campagne. On a un besoin urgent de jeunes actifs qui peuvent remplacer les machines agricoles, qui peuvent faire du travail manuel de jardinage et de transport à petite échelle. S’ils n’utilisent pas le transport routier et surtout s’ils n’ont pas de voitures individuelles, s’ils se déplacent et ils déplacent les denrées sans machines, ils gagnent en pouvoir d’achat à peu près 8000 euros par an.

Toute la logistique de tels réseaux sert aussi pour accueillir des écoliers et des étudiants, qui peuvent, en suivant ces écoles linéaires, apprendre comment interagir avec la nature de manière constructive.

Comme nous tous, je me trouve face à des évidences qui cependant ne donnent pas lieu aux changements radicaux qu’il faut. Ces émissions radio font partie des réflexions là-dessus. En mieux comprenant les problèmes, en tentant d’appliquer des solutions, on peut s’en sortir – c’est mon opinion.

Globalisation-localisation – le sujet de cette émission No.9, je pense que cela pourrait aussi bien s’appeler « l’intelligence collective bafouée ». Le terme « intelligence collective, je ne l’ai jamais aimé. Consensus, mieux dit. Historiquement, on voit bien l’intolérance sociétale à l’œuvre – la possibilité de se désigner « athée », par exemple, n’a pas existé vraiment avant Galileo. Intelligence collective ? Transmission ? Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est une série d’Omertas.

Nous sommes presque tous dans l’emprise d’un système qui ne cesse de nous déséquilibrer selon des critères qui viennent de loin, sur lesquels nous n’avons pas prise. Le marché du blé, la guerre lointaine, les prix qui montent, il n’est pas étonnant qu’il y a envie d’un repli sur soi et d’une autonomie locale, surtout chez les gens éduqués qui cherchent à se protéger et les siens. Rappelons-nous que ce n’est pas cela, la fonction de la campagne, d’être une réserve pour les riches, les privilégiés, les deuxièmes résidences et les touristes nantis.

Il est très très difficile à supporter de voir ces gens de deuxième résidence se proclamer contre la venue de pauvres ou de réfugiés, en nombre suffisant pour s’occuper des terres.

Le grand pays le plus riche, les plus industrialisé et le plus polluant au monde – les états unis – est aussi l’un des pays les plus repliés sur ses propres intérêts. Sa puissance fait qu’il est souvent le décisionnaire – c’est comme si l’on mettait les clés de notre maison qui brûle dans les mains du pompier-pyromane à l’origine du problème.

Une politique de « self-reliance » d’autonomie dite locale, c’est-à-dire de la communauté politique européenne commence à être à l’ordre du jour. Sans l’Angleterre. Sans la Norvège. Avec l’Allemagne qui ne fait qu’à sa tête. Sans la Turquie, etc., etc. Avec des programmes identitaires chaque fois plus détraqués.

Pour les questions d’intelligence collective, face à des crises, rappelons-nous que les nouvelles politiques viennent d’abord des marges, et qu’une fois des systèmes autoritaires et intolérants installés, cela peut prendre plusieurs décennies avant qu’ils ne tombent.

Si je propose des systèmes de mouvement local, c’est pour maintenir notre capacité d’interagir avec l’altérité – de trouver notre intérêt et notre plaisir à rencontrer et travailler avec plusieurs types de personnes, plutôt que de vivre dans des communautés fermées.

Une caractéristique commune entre ces états désunis, tant les états unis que les nôtres, est un consensus des oligarchies et des élites de partout dans le monde à partager le butin entre elles. Si l’on voit de plus près, c’est pareil – même la forme dite démocratique représentative joue en faveur des élites à chaque échelle fractale locale, qui au niveau national ou supra-national se mettent d’accord pour partager le butin.

Le culte de la personnalité, du charisme et de la performance, commun à tout régime existant, qu’il soit autoritaire ou supposément non-autoritaire, favorise, bien sûr, les personnages qui ont su profiter, en abandonnant toute éthique et raisonnement collectif, de la situation.

Ce sont nos héros – la plupart d’entre eux par le hasard de la naissance. Disons que chacun d’entre nous, s’il arrive à parler et à marcher, est à peu près à niveau – si l’on voit des gens qui deviennent des super-héros, si on crée des cultes de la personnalité, la réalité est que les humains sont surtout des émulateurs, c’est-à-dire hyper-conformistes et qui cherchent à se trouver approuvés par les autres « My name is Joe Biden and I approve this message ».

C’est-à-dire, à peu près l’exacte contraire d’un super-héro.

Ceux qui osent agir d’une autre manière, ou lancer des vrais défis argumentés à cet état d’affaires sont persécutés, vilipendés, leurs œuvres détruites et ainsi de suite. Il est même nécessaire – pour soutenir ceux qui ont su profiter de la destruction rapide du monde, d’accabler l’opposition qui, ayant pris son élan, se trouverait très rapidement en position de force et de popularité.

Les preuves sont manifestes. La destruction d’habitat alternatif et de jardins, la persécution injustifiée de personnes sont tellement systématisées et incrustées dans la loi, les us et les coutumes que le succès individuel ou collectif est plutôt indicatif du compromis de trop. On présente toujours les succès en termes relatifs – on fait donc mieux que « les industriels ». La critique de l’autre, sans auto-critique véritable, visible. Exemple : on critique les mégabassines qui ne feront qu’augmenter la sécurité et les profits des quelques peu de grandes exploitations agricoles.

On essaie de tuer dans l’œuf toute proposition raisonnée pour sauver l’humanité, la nature, les êtres vivants.

Les seuls qui ont pu tenir sont ceux qui proposent des solutions non-viables. La confédération paysanne, le collectif de Larzac, de la ZAD de Notre Dame des Landes ou maintenant des Bassines, par exemple, rentrent bien dans le cadre de l’exploitation agricole à moyenne échelle (plus de 5 hectares), avec des tracteurs, avec des camions, avec besoin de beaucoup d’infrastructure routière et avec très peu de transport et de labour humaine, si on le calcule en kilojoules injectés. Pour contextualiser, si on appliquait leurs méthodes à des pays comme l’Inde, il y aurait des centaines de millions de morts, à cause de l‘élevage qui remplace les régimes végétariennes.

L’un des actes les plus forts que pourraient prendre les européens, c’est de vivre bien avec beaucoup moins – d’élever le statut social de ceux qui vivent correctement, au niveau de leur empreinte écologique.

Actuellement, la plupart des pauvres ne peuvent pas avoir des jardins vivriers, ces endroits sont possédés par les riches. Les riches eux-mêmes se pensent pauvres – du fait que pour être à peu près bien, il faut consommer beaucoup d’énergie.

Les mouvements de protestation qui font des actes de désobéissance civile utilisent les mêmes moyennes de transport et de communication qui favorisent la dominance des forces anti-écologiques. Des voitures, des minibus, des tentes, des portables et ainsi de suite. Tweeter et Ellen Musk sont très intéressants à cet égard – puisque ce sont les élites mondiales qui utilisent ce média en particulier. Pourquoi est-ce que les médias nationaux mettent les logos d’entreprises privés américains à être cliqués par leurs audiences ?

C’est l’un des aspects de mes études – je m’abstiens de tous ces médias, j’ai passé des années sans internet, je n’ai pas de portable. C’est à peu près invivable. Les médias locaux n’existent quasiment plus. Comment peut-on s’attendre à une prise en considération de ces réalités o trop physiquement réelles par des gens qui en sont détachés ? Il me paraît évident que retisser les communications physiques au niveau local est une simple reconnaissance de notre existence.

Si c’était une question d’intelligence collective, on ferait tout autrement que ce que l’on fait maintenant. On émet des forts doutes sur l’utilité de cette rencontre de « 40,000 personnes venues de 196 pays » à Charm El-Cheik en Égypte, le COP27. 40,000 personnes – mais qui sont-elles ? Celles qui peuvent se déplacer à de telles distances. Quel intérêt a-t-on vraiment à donner notre attention à celles-ci, qui, surtout si elles viennent des pays pauvres, feront partie ou dépendront des oligarchies qui exploitent leurs propres co-citoyens ?

La manière tout-à-fait pragmatique et pratique de contourner ces problèmes et de créer une interactivité responsable et responsive, c’est de retisser des liens à travers les mouvements sans machines à essence ou à électricité, à moyenne distance. Pour cela, il faut une infrastructure minimale d’accueil et de mise en activité utile de ceux qui participent à ces réseaux. Or, c’est exactement l’inverse qui se passent actuellement. Les gens qui sont physiquement présents sont de plus en plus méprisés, les vidéo-conférences sont visiblement beaucoup plus importantes que ceux qui sont là. On rend la vie difficile aux réfugiés et aux pauvres, au lieu de les accommoder. Comme dans la politique nationale annoncée, on essaie de favoriser ceux qui sont utiles et rejeter ceux qui ne le sont pas. Ceci, pour faire les boulots qui raccourcissent la vie et qui rendent malade. Chauffeur de camion. Femme (ou homme) de ménage. Agent de nuit. Soudeur. Je souligne en particulier que les travaux d’aide à la personne et d’entretien signifient respirer des produits ménagers hyper-nocifs, respirer les poussières qu’on soulève en nettoyant, etc., etc.

C’est un peu comme un néocolonialisme, un néo-esclavage qui est proposé. Moi, ce que je proposerais, ce serait plutôt l’équivalent des travaux saisonniers, décontractés, en déplacement, de maraîchage et de jardinage, bons pour la santé et pleinement socialisés.

Je suis presque obligé de prendre comme exemple les aides alimentaires. Actuellement, les systèmes de distribution se font à l’imitation du système Walmart, à grosse échelle. Que ce soit à Ganges, à Toulouse ou à Millau, les principales instances d’aide alimentaire dépendent de la fourniture à distance en camion.

Dans le cas de Millau, c’est Rodez, le « hub ». Ces denrées de basse qualité, dites de l’Union Européenne mais à vrai dire qui viennent des industriels surtout français de produits laitiers, de poulet et autre, invendables à tous ceux qui ont le choix, parce que nocifs pour la santé et le bien-être, sont partagés avec les gens en état de famine en Afrique et en zone de guerre secondaire des pays riches (Afghanistan, Syrie, etc.).

Ces produits sont aussi les produits avec le plus d’emballage et de frais de stockage. Dès que l’on doit stocker et redistribuer, il faut une chaîne de froid et des emballages longue-durée, ce qui veut dire que tout produit périssable non-emballé est hors circuit. C’est-à-dire, la plupart de tout ce qui est bon – le saucisson, le foie gras, le lait cru, les légumes et les fruits mûrs pour la confiture, les produits passés de date d’un jour du boulanger, etc., - bref les produits locaux. Il n’est tout simplement pas rentable de s’occuper de ces produits, selon le modèle Walmart. La perte de bon goût, de savoir faire et de connaissance culinaire des français est très très rapide, avec ces normes. Sachons que la conservation, en cave, sans emballage en plastique, fait partie de ce savoir faire et permet aux gens de s’auto-alimenter.

Cette semaine dernière, on a entendu au média national qu’il y a des propositions d’en haut de remplacer ce système néfaste et totalement anti-écologique avec des produits frais, sourcés localement.

Mais dans les instances alimentaires, on va dire que l’on ne donne que ce qu’on reçoit. Je prédis, très sincèrement, que si l’on continue comme ça, même avec les initiatives centralisées, on ne fera que générer de plus en plus de ressentiment, de moins en moins de bénévoles, et de plus en plus d’abus des usagers du système, rendus totalement passifs et traités de manière de plus en plus humiliante.

Il faut y réfléchir un moment – les restaus du cœur était une initiative populaire, à l’origine, pas une organe d’état créé pour empoisonner les pauvres, mais, il me semble, l’idée de donner un bon repas par jour en toute convivialité aux plus démunis.

Les restes qui sont aujourd’hui jetés aux cochons et à d’autres animaux, dans le meilleur des cas, mais le plus souvent dans des sacs en plastique à pourrir et créer de la méthane sous terre, pourraient servir à faire des repas collectifs pour les gens. Mais pas dans le cadre actuel.

Le sujet reste ce sujet de globalisation-localisation.

« On n’a pas vocation à aller sur le territoire de l’autre »

Je citerai le contexte plus loin, mais le sens, le sens de cette expression porte loin déjà. Il démontre qu’il peut exister des collusions à distance, des mutualités d’intérêt qui servent à neutraliser la vie démocratique chez soi. Plus loin, qu’il peut exister … qu’il existe des coalitions d’intérêt qui nient leur responsabilité, tout en étant les acteurs déterminants. Prenons l’exemple de notre empreinte nationale énergétique - l’énergie venant d’ailleurs. Le travail et l’exploitation venant d’ailleurs. Total donne l’exemple. Mais nous profitons tous des produits de Total. Notre économie ne marcherait même pas, sans ses opérations extérieures.

Ne pas y aller, ce n’est pas ne pas recevoir ce qui en vient ...

J’ai capté cette bribe en écoutant l’explication d’un responsable d’une radio locale. J’ai subitement compris qu’il y avait tout un iceberg de décisions administratives qui allaient déterminer la localisation ou l’universalisation d’une radio dite « locale », que le diable était dans les détails, élaborés au cours des années, depuis les premières radios libres du début des années 1980.

Il faut savoir qu’à un moment donné, les émissions qui vont s’entendre sur une radio dite locale ne sont ni lives, ni locales – que les lives sont le plus souvent syndiqués. C’est un vrai problème – il faut pas mal de production locale pour justifier les subventions.

Et je pense que, comme la fédération paysanne, les radios locales doivent être d’entre les meilleures qui restent, écologiquement – mais qui se trouvent face à des réalités parfois intraitables.

On est presque démuni face à l’enregistrement, les podcasts, les compétences à d’autres échelles. Mais, comme avec les bénévoles et les employés d’autres assocs., il ne faut pas pratiquer l’auto-censure ou défendre ce qui est à vrai dire indéfendable, cacher les vérités ou en discuter seulement à huis clos.

L’analyse du « tout local » tient bon si on ne se tient qu’aux opérants et décisionnaires, en principe, bien qu’il existe des autorités plus centrales qui détiennent souvent les reines du pouvoir. En ce qui concerne ce qui est sélectionné et produit pour être inclus dans la programmation, et donc l’expérience réelle des auditeurs – la raison d’être de la radio, normalement – c’est une toute autre histoire – on ne se prive pas de radio venant de toutes parts. Qu’est-ce qui se passerait si l’on appliquait une analyse systémique des sources et des productions de flux d’information, d’énergie et de matière à la radio locale – qui est aussi sur internet ? Qu’est-ce que deviendrait cette profile si l’on arrêtait d’émettre sur les ondes FM, au niveau local ? Et qu’est-ce qui se passe, avec cette histoire de syndication des émissions – ce qui signifie qu’une radio locale, ou plusieurs, se mettent ensemble pour partager des émissions ?

Je mets un petit b-mol , il existe des producteurs de radio errants, qui ne paraissent pas inassimilable à l’organigramme, l’organigramme que je rappelle, dit « On n’a pas vocation à aller sur le territoire de l’autre ». Cela m’amuse – cela montre que le fait d’avoir un style de vie « bouger », d’être nomade, permet des exceptions à la règle. Avec plus de gens qui bougent et qui prennent des sons, cela pourait être vraiment intéressant.

En tous cas, cette question de territorialité moule les possibilités actuelles. Territorial, en rapport avec d’autres territoires, ou fiefs, j’ose dire. Un peu à l’instar du sénat et d’autres institutions de pouvoir qui se fédèrent pour mieux exercer le pouvoir de décision. L’état nation en dépend. Cela suit le modèle d’élite locale qui fait élite nationale.

Si je prends la radio comme exemple, c’est pour quelques raisons assez pertinentes. D’abord, j’y suis – près de l’information ce concernant, je peux y connaître quelque chose, tout en étant étranger. Bref, j’ai, bien que ce soit peu, accès à l’information parce que je suis là.

Deuzio, la radio, c’est la communication, la communication à distance – distance courte, dans le cas de la radio locale, et longue, puisque c’est sur internet et en podcast, en principe. La communication donne naissance au pouvoir, pouvoir d’agir sur les choses – de les bouger, de manière coordonnée, par exemple. Le transport mais aussi l’habitat. Ce n’est pas rien.

Mais la radio locale, face aux groupes sociaux, face au média national, est presque rien, aujourd’hui. Je pense que cela fait une bonne analogie avec les gens qui se côtoient physiquement mais qui vivent des vies à part, plus unis avec des gens lointains. C’est évident que cela peut miner la confiance en soi et créer des surcompensations de tous bords.

Troisième, la radio locale fait partie du vieux modèle, essentiellement non-interactif, des acteurs devant une audience.

Un groupe social ou un influenceur dépendent des followers et de ceux qui interagissent, bien que l’on voit se rétablir, de plus en plus, le même vieux modèle d’acteur/audience. Cela peut ressembler à une antenne de radio en termes de taille et même de fonction. La différence étant que l’on est producteur-participant – en principe.

On peut dans les deux cas cerner des groupes de pouvoir – des groupes décisionnaires – qui se déterminent plus par secteur que par localisation géographique. Il y a des liens forts d’interdépendance sectorielle, mais relativement peu de responsivité par rapport à l’avis de l’audience, les consommateurs, les clients, les usagers ou utilisateurs … vous voyez ce que je veux dire – il manque un mot.

Et ça, c’est en ce qui concerne la radio « locale » - c’est dans le nom.

J’ai été proche de la vie associative, c’est un terme que j’apprends à décortiquer avec un étonnement croissant. Comme on n’est pas en Chine, mais dans le pays de la liberté et de la solidarité librement accordée, le carcan administratif des associations – je me demande comment les gens peuvent s’y plier. De toute évidence, les Gilets Jaunes ont partagé mon avis, sauf que j’ai l’impression que pas mal d’entre eux n’ont jamais eu de problèmes à faire partie d’associations loi 1901 ou 3 – je ne sais pas – caritatives et autres – tout en rejetant la structuration de ce mouvement en particulier.

Mais, comme je l’ai dit, le diable se trouve dans les détails – lorsque les gens se fédèrent, ils le font pour se fortifier, pour faire que leurs voix comptent.

Ce que j’ai pu observer dans l’évolution des associations, au cours des 15 dernières années, c’est une très rapide professionnalisation, de telle manière que les décisionnaires exécutifs – les exécutants, se réduisent en nombre et deviennent déterminants dans les décisions prises. Les soi-disant bénévoles, particulièrement dans les sphères médiatiques ou les stagiaires ne sont pas ou peu payés, côtoient des employés rémunérés correctement, souvent en CDI. L’obsession français avec les CDIs, je ne l’ai jamais compris, mieux vaut partager les fruits de notre labour entre plusieurs que le réserver au petit nombre de super-privilégiés. Mieux vaut assurer les bases de la vie pour la majorité que dépendre de la charité et le bénévolat qui ne l’est pas vraiment.

Mais je digresse, la superstructure qui rend tout cela possible, qui rend possible que peu de gens qui ont pu négocier des termes favorables, comme les cheminots, les livreurs de pétrole et de gaz, les employés de la média, … c’est justement cette structuration politico-géographique, par antenne, qui joue.

Vous voyez – globalisation-localisation, où ça nous mène ? Du haut en bas, de gauche à droite, les mêmes structures, qui nient la prise en compte du monde physico-social. Mais ce monde, c’est l’environnement. Si on peut l’ignorer – et profiter de cette ignorance socialement, économiquement, il faut pas s’étonner que le monde va mal.

Jusqu’à cette année, les climatologues que j’ai entendu indiquaient que la France et l’Europe n’allaient pas subir en premier les conséquences du réchauffement climatique et de l’extinction des espèces. Aujourd’hui, c’est-à-dire après la canicule et la sécheresse de cet été, ils prédisent que c’est l’Europe et la France qui vont être les premiers à subir le réchauffement et les extinctions. Après coup.

Subtile différence, n’est-ce pas ? L’Europe est toute une région du monde – si cela monte de quelques deux ou trois degrés, dès maintenant, les dégâts aussi. Nous devons vraiment créer, au maximum, un grand mur vert chez nous, et pas juste en Afrique. J’ai déjà élaboré les plans pratiques, vrai vie, relatés sur mon site, section « pratique ». Le problème, comme en Afrique, c’est la protection de ces murs verts, ces haies, contre les forces anti-écologiques. Les miens ont été détruits, à deux reprises. Donc, sans tomber dans le syndrome des milices, il faut sérieusement penser à comment défendre, en profondeur, les tentatives de créer un monde vert viable pour demain. Il faut déjà être présents, sinon la nature devient notre déchetterie, de toute évidence.

Défendre ce monde comme si c’étaient nos enfants. En fait, c’est la vie de nos enfants qui est en jeu. Le vieux qui dit qu’il s’en fout, il n’a que quelques années à vivre, …, c’est difficile ça, je l’ai entendu à plusieurs reprises maintenant, cela m’a choqué.

stringly
stringly partout (buis pyralisé et ensuite cauterisé) contre jour
ProFrugal#10 - Réalité somatique : les sens, la proprioception

vendredi 28 octobre pour le jeudi 17 novembre 2022

10. Réalité somatique : les sens, la proprioception

graffiti blur
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Proprioception – ré-éducation

Les sens : vue, ouïe, toucher, odorat, goût, inertie/équilibre, vibrations, sens du corps, effort, plaisir, fatigue, stress, éveil-sommeil.

Préambule

Je pourrais me limiter à ne parler que de ce sujet, sauf que je trouve que cela ne marche pas, les sens, ce qu’on vit dans son corps, ne se limitent pas aux sensations – le ressenti est un amalgame des sensations et de la connaissance du grand monde, du mappemonde qui existe dans nos « boîtes noires » ou nos « têtes de choux ».

Il existe donc cette boucle de retro-action, pré-eminente. On ne se rend pas compte d’un manque de forme physique que lorsqu’on se trouve à bout de souffle, si dans sa vie journalière on n’a jamais à s’exercer. L’inexercice d'une capacité, on n’y pense que lorsqu’on en est privé, fonctionnellement, de par le manque de réalité incarnée de sa vie somatique.

La réalité somatique est donc autant une question de son univers d’immersion cognitive – le bien-être et le mal-être peuvent se manifester face à un même stimulus, si le bagage mental est différent. La facilité et le confort, deux mots qui n’ont cessé de surgir, ces derniers temps, sont trompeurs, préoccupants, on se demande de plus en plus à quoi on sert, si ce n’est qu’à soi-même, ce qui ne paraît aucunement suffisant. L’auto-suffisance, l’autonomie et le survivalisme font d'étranges partenariats, déterminés par le vide ressenti, autour de soi.

On peut sentir le dégoût ou l’appréciation d’une même chose, selon les codes culturels autour de soi, mais aussi selon les événements précis qui ont créés des traumas ou des sensations agréables. Chaque "sens" a une qualité de proximité ou éloignement différenciée, par rapport à l'émotif - ce qui nous motive et nous permet d'attribuer des ordres d'attention. Ils fonctionnent en unaison. Ce n'est pas exactement le cas avec nos technologies de communication actuelles.

physico-socialisation – réalité virtuelle

Il m’arrive de penser que la familiarité que les plus jeunes d’entre nous, nous avons avec les portables, les écrans et les moyens de transport rapide font naître plus de « réalité » sensorielle que les aspects physiquement présents de cette réalité. Que l’inclusion sociale, le « faire partie de ce monde » se trouvent plus dans des mondes virtuels que réels, que l’on a parfois envie de fuir, par manque d'adresse.

PRISES

Lecture de « une chanson, une symphonie, un film, un algorithme : des prises dans le mur d'escalade »

reprise

Il y a à peu près dix ans, en 2012 donc, j’ai voulu conduire une expérience vraie-vie, de m’absenter assez rigoureusement de ce monde de l’informatique, etc., d’observer un peu à distance l’évolution des choses. Je me sens de plus en plus comme Rip Van Winkle, ou comme un vieil indien, coupé de la vie moderne. L’évolution a été extrêmement rapide, envers une société dite tout-numérique, et au combien déficitaire, à tellement d’égards. Les nouvelles générations ne connaissent souvent que cette manière de voir et de concevoir, les gens d’âge moyenne sont, eux-aussi, plus de la génération des joueurs de jeux vidéos que de joueurs de jeux de rôles, ou de joueurs de jeux de société. Tout devient genre.

Je prends quelques exemples de réalité altérée. Pour quelqu’un né en ville, les pelouses sont souvent suspectes – sales, du fait que ce sont les lieux où les chiens, ils font leurs crottes, tout comme les trottoirs, incrustés d’on ne sait pas quoi. L’espace public, il est sale, la voie publique, encore plus. Une moue de dégoût instinctif est générée, même d’y penser, on ne s’assoit donc pas sur l’herbe. Pour un rural, habitué à la ruralité, les pelouses ne sont pas sales, le sol non plus. Il faut se mettre dans la peau de l’autre, pour comprendre.

N’oublions pas que ces habitudes de détection des menaces ont déjà été révolutionnés par l’époque de l’hygiénisme, qui naît avec Pasteur, ou Florence Nightingale, à la fin du dix-neuvième siècle. Toujours paradoxale, cette terreur des microbes a fait naître l’usage de linoléum, qui dans l’occurrence peut être encore plus nuisible à la santé, par les fumées qu’elle exhale, et des surfaces comme le formica (la fabrique à Quillan est maintenant fermée, c’est cancérogène), on ne peut plus propices aux pellicules de microbes, que l’on trouve encore partout, dans les hôpitaux, les écoles, tout endroit du service public. Pour un mal, on échange un autre.

Pour ceux habitués à rouler en voiture, ils ne voient que des paysages, que j’appelle voituresques. On ne voit pas le détail et on n’interagit pas avec. Il est donc normal que ce qui nous concerne, c’est le grand plan, pas le menu détail. Les machines deviennent nos yeux. Nos yeux, faute d’entrainement, deviennent dépendants aux verres, aux lunettes et, bien sûr, aux écrans.

Si l’on vit dans une maison de ville ou un appartement, sa fenêtre sur le vaste monde, c’est l’écran. Les gens qui parlent et qui font des choses, ils s’écoutent et ils se regardent par ces instruments techniques.

La réalité somatique ou sensorielle est composé de tous ces éléments, mais aussi la réalité sociale. Prenons nos animaux domestiques. Ils font essentiellement pareil – ils s’adaptent au milieu, deviennent attachés à nous. Les chiens aboient sur tout ce qui leur est étranger, puisque cela génère la méfiance. Ils sont nos odorats, nos ouïes, mais aussi nos formateurs de caractère.

Un aspect de cette culture, coupée du monde du vivant non-humain, non-humain-friendly, c’est un bascule entre incertitude (manque de confiance) et dominance – on cherche souvent à conquérir, plier à notre volonté ce qui nous gène, ce que nous appelons en général « sauvage » ou « barbare ». Bien sûr que l’inverse, le ré-ensauvagement, devient vigoureux à son tour, mais cette pensée reste dans le cadre de la dominance et la sous-dominance, elle s'est simplement inversée. Si nous cherchons à ré-ensauvager, c’est aussi à nous-mêmes que nous pensons, mais nous ne nous en croyons pas capables.

Nous préférons la sous-dominance qui domine, les dominants qui nous sont favorables. Tout comme les animaux domestiques.

De telle manière que nos connections neurales, nos sens, sont subvertis à d’autres exigences que ceux auxquels ils étaient adaptés, dans l’intérêt général, la survie de l’espèce. Ils commencent à se morceler, à force.

Cela me fait penser aux habitudes mal adaptatives à la voiture et aux routes des hérissons, qui se mettent en boule et se figent sur place pour se défendre contre des menaces, ou des salamandres mâles, qui trouvent, une belle nuit, sur une route mouillée, une magnifique opportunité pour se mettre en valeur. Tous aplatis.

Pour le mieux ou pour le pire ?

Probablement pour le pire. Nos sens et nos cerveaux, bien que très plastiques, ne sont pas moins liés à notre réalité de bipède voyageur, dans toute sa complexité et sa spécificité.

Du fait que nous utilisons ces facultés pour nous adapter à un monde virtuel, et que les instruments virtuels que nous utilisons sont assez neufs, assez rudimentaires, nous avons tendance à faire avec, jusqu’à ce que cela se montre vraiment inintéressant pour nous. Nous en faisons une fierté, même.

À titre personnel, nos habitudes d’usage, une fois établies, surtout pendant l’enfance, sont difficiles à rompre, pas si plastiques. L’auto-pilote, la voiture automatique, sont symptomatiques de cette préférence pour contourner le problème de l’interface humain, en ne plus utilisant les ressources humaines, l'adaptation devient à ce point un genre de rénoncement, de rétraction, de sur-simplification. Surtout lorsqu'il n'y a plus de vraie cohérence entre les sens possible.

À titre sociétal, le challenge est encore plus préoccupant. Cela prend des générations pour changer des logiciels de pensée collectif, pour changer des équilibres de pouvoir entre une doctrine et autre. Mais il existe aussi des cas où cela s’est montré possible. Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours eu des courants écologiques de pensée, même noyés, ignorés ou éradiqués par la pensée industriel dominant.

La figification de l’humain, son immobilisme, est de ce point de vue hautement dangereux. Il peut penser qu’il n’a plus besoin de s’adapter. Par sa seule consommation, il engraisse les machines qui lui donnent vie. Sa loyauté est le prérequis, on joue beaucoup sur l'affect.

À l’instar des voyages de croisière, où dans un monde de luxe, protégé de l’environnement, entouré de ses co-gériatriques, on voit des icebergs passer devant les yeux - "vraie-vie".

C’est surtout au niveau de la pleine utilisation, du plein épanouissement de nos sens et de nos corps, que nous souffrons le plus de dégâts. Nos champs visuels se rétrécissent – qui a besoin d’une grande angle si toute son attention est captée par un petit écran ? Nos champs auditifs sont encore plus abîmés, nous vivons souvent dans des endroits mouflés et restreints, des tous petits espaces, des grottes. Nous écoutons des sons amplifiés, à petite distance, même au centre de nos têtes, spatialement – c’est l’effet « écouteurs ».

C’est un choc, de se retrouver sur une plaine ou au bord de la mer, où les sons viennent de loin. Le silence, pour un urbain, c’est l’absence de vrombissement de fond, et le fait que les sons qui sont là n’ont pas plus de sens détectable pour lui que son cœur qui bat. Paysage sonore.

Référence : « le son amplifié »

Ce n’est plus la peine de fuir – les drones vont nous trouver. Tout ce monde s’ouvre à nous maintenant, et c’est un monde où la réalité somatique se trouve de plus en plus dans le creux de nos mains. Je pense aux jeunes africains, qualifiés de « réfugiés », assis sur des bancs, qui entretiennent des relations vibrantes avec leurs familles, dans leurs terres d’origine, sans besoin de se parler.

Bien sûr que l’écologie prend des coups lorsqu’on est tellement divorcé de sa proche environnement, et que la question se pose, pour les adultes autant que pour les enfants, de comment préserver la fonctionnalité et la pertinence de nos vies en société réelle. Les riches ont moins de problèmes là-dessus – ils peuvent se déplacer et accéder aux services qui leur sont nécessaires, au gré. Le bilan écologique est désastreux – il est donc parfaitement légitime de chercher des alternatifs, dans l’intérêt général.

une petite journée

J’ai passé un après-midi à laver mes vêtements et à errer au bord de la rivière. Toute la journée les nuages se sont montrés menaçants, sans jamais qu’il tombe une seule goutte de pluie. Typique. J’ai été saisi par la forme des arbres, qui ont su résister aux forces des crues en prenant des formes fantasques. Un saule, penchant de plusieurs mètres au-dessus du Tarn devient iridescent chaque fois que le soleil couchant sort de derrière un nuage. Le paysage est impossiblement varié, à petite échelle, en assemblage, les crues, la sécheresse, ce qu’apporte la rivière, des dizaines d’essences. Les bébés-truites et tous les autres poissons se ruent sur moi dès que je me montre, pour picoter mes pieds, pour guetter les miettes. Je les trouve adorables.

Il y a énormément de vie. C’est l’un des seuls endroits sanctuaires ici, parce que, justement, les inondations rendent impossible la propriété de l’humain, la constante bascule d’un état à autre, l’impermanence créent cette niche de diversité et de richesse.

Je dois dire que j’ai vu une jeune femme avec une petite vache et un chariot plein de trucs, en train de suivre sa route, de la Bourgogne vers Albi. Comme moi, elle vivait sur le chemin. C’est très rare, de rencontrer quelqu’un qui vit un peu comme moi.

Comment dire, comment communiquer aux gens dans les voitures qu’il y a tout simplement d’autres manières, plus riches, de vivre, que leurs vies de riches ?

Comment expliquer que le monde n’est pas ce monde de sauts en avion, en train, en panique, d’une réunion à autre pour décider du sort du monde ? On ne fait que suivre le sort du monde, en live virtuel.

Le président Macron, je peux même croire qu’il est peut-être un homme décent, mais s’il n’y avait plus d’avions, de TGVs, de centrales nucléaires, est-ce que nous serions plus mal ? Cela coûte tellement d’argent pour si peu de gain réel.

Comment peut-on comparer positivement un train, des rails, une voiture, du bitume, à l’incroyable diversité et le perfectionnement constant des formes de vie ? Ces objets industriels sont si primitifs, si inefficaces, comment est-ce qu’on a pu croire en eux ? Quelle naïveté étonnant !

Pour être si naïf, il faut être soi-même un robot, qui pense sur des rails.

colonialistes sans éducation

… ou bien des coloniaux – j’ai entendu cette explication, l’idée étant que l’élite n’a jamais voulu éduquer les masses, que les pauvres qu’ils ont d’abord conquis sont devenus les premiers à coloniser d’autres terres, et ainsi de suite.

Macron, dans ce sens, est en train de maintenir en vie un système de dominance mondiale, en utilisant des machines, des finances et une classe de super-privilégiés, dans une société où la hiérarchie est préservée.

Je peux observer qu’en cela, la France correspond à l’Angleterre, et que la France et l’Angleterre, étant les toutes dernières puissances coloniales, il est permis de reconnaître que cette pensée prend encore beaucoup de place dans leurs systèmes de gouvernance.

Par rapport au peuple, il y a un changement – avant, l’absence d’éducation menait souvent à des éducations sur le tas dans des conditions sémi-naturelles. Aujourd’hui, les conditions de vie ressemblent souvent à celles d’un canari.

La vie de l’esprit : objectif / subjectif

Les fourmis : l’auto-construction d’un univers dans le noyau d’une pomme … coupés des siens, dans un aéroport lambda

Tout est fait pour nous caler dans l’espace-temps que nous vivons. En diphase – avec les nouvelles technologies peu adaptées à nos biorythmes et nos besoins spatio-temporels en lien avec le cycle diurne-nocturne – ou les cycles des saisons

Ces boucles proprioceptives sont encore peu accommodées, et de moins en moins. Et c’est nous qui nous effaçons.

On parle de la pénibilité, du manque de main d’œuvre dans certains secteurs. On note que le nucléaire manque de recruter les gens qui seraient nécessaires s’il veut construire une nouvelle génération de réacteurs.

Dans d’autres cultures, à d’autres époques, on a souvent trouvé préférable de développer des armées de mercenaires, plutôt que de risquer d’armer sa propre population.

ProFrugal#11 - Solutions vivantes; obstacles sociales

vendredi 28 octobre pour jeudi 24 novembre 2022

11. Solutions vivantes; obstacles sociales

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Cette émission, le Profrugal numéro 11, s'appelle "solutions". Donc je vais commencer avec les solutions !

il en existe plusieurs, des solutions, des solutions discrètes, dans les deux sens du mot "discret" : séparés, ... et, malheureusement, modestes et moitié cachées. J'ai horreur de la fausse modestie, je trouve ça prétentieux. Je ne vais pas faire une liste, de ces solutions tout-à-fait évidentes. Sans en faire un flux amorphe, il faut y faire des initiatives conjointes, qui se complétent, qui se complémentent, il faut donc coopérer, si l'on veut y réussir.

Désolé de le dire de manière aussi brutal, mais c'est comme ça. Il ne suffit pas de faire tout modestement dans son coin - c'est souvent pire que de ne rien faire. Par contre, il est bien temps que ceux qui essaient de se concentrer sur la pub., en abusant des chefs d'oeuvre, se mettent à trimer, et à marcher ensemble - l'événémentiel, c'est toutes les semaines maintenant, comme le dirait un certain Ellen Musk, maudits soient ses os.

coopérer, cela veut dire, dans le cas de la France métropolitaine, bouger ensemble, sans voitures, parler ensemble, sans portables - pour que le bruit court. De l'énergie humaine, là où il n'y avait que de l'énergie fossile. Cela implique des structures d'accueil pour les humains, et pas leurs voitures. Des gîtes de passage, des lieux de stockage, des ateliers vélo et des jardins. Un espace public fait pour s'asseoir, se sentir un peu chez soi. De la logistique, de l'infrastructure dédiée à ces fonctions-là - pour nous, sans voitures. On dégage cette volonté en y allant, en étant là - manque pas d'infrastructure dans ce pays, suffit juste d'y penser.

Les gens qui font cela, qui se présentent régulièrement chaque semaine aux marchés, peuvent ainsi apporter de l'information, toute sorte d'approvisionnement, des savoirs faire et une énergie de travail.

comme dans une guerre ou sur une ZAD, ces combattants de l'écologie font le travail, on ne les demande pas de payer pour ce privilège - on les soutient.

On combat frontalement des gens comme Bruno Lemaire ou Gérard Darmanin qui font tout pour rendre la vie impossible pour ceux qui essaient de divaguer de l'exploitation des pauvres du monde. Le productivisme où des agriculteurs riches essaient de faire passer leur dépouillement des ressources et des gens lointains pour une plus grande productivité personnelle, on l'attaque frontalement aussi.

Le "en même temps" rendu célèbre par le président français, on le décode et on le dit tout haut. On ne peut pas en même temps casser les baraques des pauvres, interdire la production indépendante de méthane bio-sourcée, et donner de plus en plus d'argent aux industriels qui sont en train de tuer le monde. Cela crée beaucoup d'animosité et ne peut que mal terminer.

les bisounours de l'écologie qui raisonnent comme si le monde était neutre doivent comprendre cela maintenant - ceux qui essaient de retenir leur pouvoir et leurs privilèges, cela les importe peu qu'ils le fassent en faisant sauter leurs enemis plutôt qu'en faisant marcher leur propres oeuvres. Les résultats, en termes de pouvoir, c'est les résultats qui comptent. Il faut que le gouvernement et les institutions arrêtent d'empêcher les vrais écologistes d'agir en leur mettant des bâtons dans les roues, en les harcelant, en les méprisant, ça suffit. L'ancien régime, où on téléguidait les gens envers des boulots de merde, c'est fini. Fini, en tous cas, au niveau de la cohérence globale.

Avant que ce pays ne devienne un état policier dominé par la mafia, on a encore de la marge pour faire ce que je propose, c'est-à-dire, faire que sur le terrain, les bonnes pratiques prennent racine et que les gens sont là pour les défendre. Cette cohésion sociale manquera, tant qu'il n'y a pas de gens qui interagissent là où ils se trouvent, là où ils peuvent avancer, constructivement. Ne nous laissons pas réagir constamment contre les dernières outrages de l'opposition industrielle primitive, comme des taureaux contre des matadors. Comme ça, on aura des gens qui savent construire avec nous et pas que des casseurs et des réactionnaires.

Tout en tenant bien compte des anti-solutions - il y a une bataille en ce moment où tout le monde essaie de se faire paraître en faveur de l'écologie, en rémâchant et en régurgitant les solutions technologiques, en essayant de paraître raisonnables par rapport aux "réalités" de la transition. C'est très nouveau, ça fait un peu rigoler, est-ce que les gens se rendent bien compte du chemin déjà parcouru, en si peu d'années? Si cela continue comme ça, ce qui est dit maintenant sera passé de date d'ici deux ou trois mois - on va même arriver au point de départ - pas de voitures à la campagne ! Très bien. Mais ne nous laissons pas dévier le regard, il y a bien un axe de mouvement vers ce qu'on appelle la sobriété énergetique prioritaire, mais rien n'est encore fait. Faisons cela, faisons que toutes ces autres daemons de notre passé industriel ne soient pas en train de lui revenir dans la gueule, faisons la guerre de l'attention en ne leur prêtant pas attention.

dimanche 20 novembre 2022

solutions annexe

« On ne peut pas retourner 50 ans en arrière. » C’est ça le problème avec le progrès. Les arguments coups de massue qui ne permettent pas de réponse raisonnée. Disons que le progrès, c'est humain, que le but n'a jamais été de produire des humains en surpoids, avec des cancers, qui ont des vies qui ne font plus de sens. Et ça tombe bien, de parler de cela, je dois être devin - à 16h, sur France Culture, leur émission va parler de ... "arrêter le progrès" !

Le solutionnisme écologique tombe dans le même camp que les "on ne peut pas revenir en arrière". Vous me soupçonnez déjà de ne rien proposer comme solution ? Mais si mais si ! Je dois juste débroussailler un peu, à la main, tout ce que disent les solutionnistes.

Si, par maladresse, j’ai l’air de dire qu’il n’y a que moi qui ai pensé à ça, ça, ça ou ça, rassurez-vous que je pense tout-à-fait le contraire – pour cela que je veux que le courant passe. Je pratique plein de choses pour voir si elles marchent et je constate que c'est la transmission qui nous est souvent difficile, parce que nous y avons perdu la main, ces dernières années. Faut s'y remettre, voilà toute l'histoire.

Pour trouver des solutions écologiques, il ne faut pas cloisonner nos raisonnements. Il y a des choses auxquelles nous croyons, aujourd'hui, dur comme fer, que demain on va dire "mais comment est-ce qu'ils ont pu croire ça, alors que c'était si évidemment faux ?" Peut-être qu'on n'y croyait pas vraiment, mais on ne voulait pas créer des vagues ... honte à nous !

Solidarité humaine avec tous les êtres humains, solidarité du vivant avec le vivant, pas juste notre tribu, ou groupe, ou ethnie, ou écosystème, celui qui « mérite » une sympathie particulière, ou qui exige une attention particulière. D'abord la dignité, ensuite la condéscendance.

Et pas de révérence particulière pour les peuples premiers, nous sommes tous des peuples premiers.

J'ai lu des choses souvent niaises, cette semaine, par exemple "Sciences et Avenir" s'est mis, en prenant beaucoup de chiffres et projections de l'association "Négawatt", à adresser le problème de réduction de l'énergie que nous utilisons. Il en advient une sorte de science technique qui ignore l'humain. C'est la même chose pour une émission de France Culture le vendredi soir à 21h - "le meilleur des mondes", de nouveau, pro-technique, comme si les humains étaient des moutons.

Mais ce n'est pas parce que c'est fait en métal ou en silice, ou parce que cela produit des tonnes et des tonnes d'énergie que c'est scientifique. Ce n'est pas parce qu'il y a plein de chiffres et de gros mots techniques que c'est scientifique. Les sciences qui sont en croissance, actuellement, ressemblent de plus en plus à la fonctionnalité de la vie, les algorithmes sont les nôtres.

Quelques exemples

  • l'isolation thermique, telle qu'elle est avancée actuellement, est une anti-solution, ficellée pour contenter les ayant-fric, les ayant-droits du bâti. Pour avoir un effet bénéfique sur l'empreinte carbone et le biosphère, il faut être physiquement là, avec le minimum de machines et le maximum d'intelligence participative humaine. Beaucoup plus d'habitat léger, mais pas mobile. J'ai développé des méthodes de construire avec les arbres vivants - cela vous intéresse, allez voir le site www.cv09.toile-libre.org.

    Nos véhicules ont tendance à devenir des genres d'habitat - mais cela coûte trop cher à l'écologie. Nous avons besoin d'un bâti mutualisé, adaptable, récupéré, accessible. Juste pour donner un exemple, la quantité de travail que l'on fait en automne et en hiver dans le jardinage est très grand, pourquoi ne pas utiliser les campings et les gîtes ruraux qui restent vides pendant ce temps, pour servir aux populations qui créent des potagers ? Cela coûterait sûrement moins cher que d'isoler une maison de riche et de payer l'hôtel à un sans abri. Avec plus de mobilité et plus d'occupation du bâti existant, on est plus libre, plus autonome.

  • télétravail - sciences et avenir propose que le télétravail peut réduire nos dépens énergetiques de manière signifiante. Dans le même rubrique, le covoiturage et le vélo pèsent relativement peu en termes de gain énergétique. Mais cela veut dire quoi, que ça coûte plus cher de se parler et de se rencontrer que de ne pas se parler et de ne pas se rencontrer ? C'est presque comme si on disait que cela coûte trop cher d'exister en tant qu'humain. Ce sont des subterfuges qui minent la confiance collective dans la science. La valeur du télétravail dépend de la manière de construire le travail ensemble - à quel rayon physique, à la convénience de qui, avec quelle matière ?

    Supposons, en prenant l'exemple de la Grande Bretagne, que l'on cesse d'y construire des vehicules - même électriques. Ensuite, cela deviendra de plus en plus intéressant d'utiliser le vélo ou la marche, l'organisation à grande distance de la société deviendra moins intéressante, la production locale n'atteindra même pas les grandes surfaces, on l'aura déjà mangé dans les pubs sur le chemin, la perspective logistique change totalement. Tout cela peut se faire aussi rapidement que, par exemple, la révolution du portable, ces dernières années. Ces chiffres cités dans "science et avenir" sont des hypothèses farfelus, parce qu'ils dépendent de raisonnements cloisonnés.

  • Si l'on utilise beaucoup moins d'énergie que prévu à l'avenir, c'est que ce ne sera plus le sujet. Rappelons-nous le sujet - nous, nous tous.

Pertes et dommages

J’écris le jour de la fin hypothétique de la COP21 en Égypte. On nous représente dans le média des petits pays qui n’ont guère contribué aux gaz à effet de serre courant le risque de disparaître sous les vagues, ou de grands pays comme le Pakistan subissant par tours l’extrême sécheresse et les inondations. Ces pays promettent de se camper là, jusqu’à ce que les grands pays riches et puissants cèdent sur le principe : pertes et dommages.

On demande un fond international exprès pour pouvoir soutenir ces pays qui subissent les conséquences climatiques des politiques de deux siècles des pays riches qui les ont colonisés. Plus de 50 pays de l’Afrique soutiennent cette demande. La France offre 1 milliard d’euros, sauf que ce sont des fonds qu’elle a déjà alloués – elle compte deux fois les mêmes sommes d’argent, sauf que c’est en forme de prêt (quelle gifle) et que beaucoup de cet argent est attaché à des contrats avec des entreprises françaises. Les États Unis et la Chine refusent d’y participer. Peut-être ce positionnement changera avant mon émission de jeudi 24 novembre 2022, on verra. Je note que oui, il a changé, et que la France propose une réunion pour le mettre au point.

A Dohar, la Coupe Mondiale se lance. Il n’y a jamais eu un si grand mécontentement autour d’une Coupe du Monde. Les Qatariens encaissent sur tous les fronts, les excès de consommation, les abus des droits humains. Et nous, nous avons Saint Germain. Le clime, l’abus des ouvriers, le racisme, le sexisme, tous fournis par notre achat de leur pétrole. Je vois un petit problème, là, symptomatique des petits problèmes qui nous hantent de plus en plus, tous. Que celui qui n’a pas commis de péchés jette la première pierre, ah, j'ai oublié, ça compte pas, c'est dans le cloison religion. Ce club parisien dont j’oublie le nom, financé par ce même Kuweit, … l’entreprise française Total qui se spécialise dans l’ouverture de nouveaux gisements et pipelines dans des pays pauvres, les élus français déjà compromis dans ces affaires. Et pour comble, après avoir dit qu’ils allaient le permettre, l’interdiction de bière près des stades. Mais pas les cannettes, sans doute, l'alu n'est pas contre la religion. Compliqué, hein ? C’est un petit pays qui sert de souffre-douleur, sans grande menace, en fait.

Pertes et dommages bis, …

Justice, …

La loi du plus fort, ou pas de loi du tout? La vaste majorité du média se concentre sur des supposés spécialistes et des supposées autorités écologiques, qui se sont miraculeusement matérialisés ces toutes dernières années. Or, chacun d'entre ces experts a eu un mal fou à se faire entendre et à se faire rémunérer, jusqu'à il y a très peu d'années, et il est complètement habitué à défendre et à faire valoir sa chasse gardée, en se déclarant incompétent dès qu'il sort un peu de ce champ où il maîtrise les chiffres et le jargon. On peut supposer que la chasse gardée des politiciens, c'est quoi, à ce moment-là ? C'est, bien sûr, l'économie du pays, la globalisation, la guerre, les conférences internationales, la consultation de l'électorat.

Pendant ces derniers jours, les émissions de proue du média national interviewent des chefs de la FNSA, de l’aéronautique, Bruno Lemaire, quelqu'un de la Fondation Abbé Pierre pour le logement, etc., souvent de manière assez critique.

Bon vous voyez le tableau. Les pauvres veulent du fric, les riches ils en ont, suffit de les harceler pour en avoir. Cela a bien marché en Amérique, en Allemagne aussi, en France énormément, …

Après tout, ce sont des pays riches.

Et cette sobriété dont on parlait, …

Je n’ai jamais entendu autant d’adultes en train de se comporter comme des petits enfants. On est sur la voie du hara kiri collectif et on passe son temps à discuter sur comment partager le butin. Du vrai "île aux trésors".

Mais il n’y en aura bientôt plus, de butin ! Si les puissants d’aujourd’hui jugent bien leur coup, lorsqu’ils cèdent, finalement, les coffres seront vides.

Et si l’on doit vraiment parler de pyramides de pouvoir, il est intéressant de noter que le biogaz viendra d’en bas, d’abord il ira aux alentours, ce qui reste ira sur le réseau. Cela ne viendra pas du haut, pour être distribué vers le bas.

La logique donc est que les riches occuperont de plus en plus le bas, domineront de plus en plus la campagne – cette fois-ci, libres des contraintes de s’occuper des pauvres – ils auront des machines, des vaches et du biogaz, ils n'auront plus vraiment besoin de pauvres. Pour être absolument sûrs d'avoir la main-mise sur la campagne, ils adoptent la méthode qatarienne, employer des sans-droits à bas salaire qui ne viennent pas d'ici et qui s'en vont dans le plus court delai.

Ces riches qui adorent les réserves de la nature, puits de carbone et peuples premiers.

Bien joué, les riches ! Vous n’avez qu’à ériger des frontières et des murs de plus en plus accomplis, peut-être avec des drones militaires en mode « tir automatique » pour surveiller les circonférences. Les instances sociales alimentaires prendront les grosses miettes qui tomberont de vos tables, pour les distribuer aux pauvres sur place – ces pauvres qui n’auront, en fait, plus le droit de bouger hors leurs camps de concentration et leurs mal logement en périphe, comme l’a prédit Doris Lessing.

Analyses conventionnelles

Je tire les analyses que je présente en bas surtout de la revue « Pour la Science », novembre 2022. La lacune majeure, bien sûr, est que l’on n’incorpore ni le mouvement – le transport, ni le social – la politique, dans l’analyse dont j’essaie de suivre la logique. Ce sont des logiques parcellaires et partielles, articulées par des experts.

Mais si l’on faisait une analyse dynamique, chacun de ces éléments rebondirait sur un autre,qui créerait des répercussions ensuite.

Mais dans cet état de stupidité collective, on pense que les mensonges par l’omission, ça va. Lorsqu’une logique ne tient plus, on va se replier sur une autre – par exemple importer les denrées qui manquent. Parler du Quatar alors qu'on fait la même chose chez soi. Etc.

En faveur de la Science, donc, on y va

2 400 Kilo-calories (10 000 Kilojoules) par jour, c’est l’énergie nécessaire pour vivre, travailler, se déplacer. 1 Kilocalorie = 4,184 Kilojoules (kcal→kJ).

La femme (à Madagascar) qui repique du riz à la main, sans aucun engrais, ne peut pas repiquer plus de 0,5 hectares par an. Le rendement ne dépasse pas 1 tonne par hectare, ce qui équivaut à 500 kilos par actif par an. Son concurrent en Arkansas (États Unis) cultive 100 hectares, avec un rendement de 5 tonnes par hectare : 500 tonnes par actif par an. Il a utilisé des engrais, des carburants, des pesticides, des tracteurs, des moissonneuses-batteuses, etc., ce qui a réduit sa valeur rajoutée par cinq – c’est-à-dire qu’il lui reste 100 tonnes, 200 fois plus que la demie tonne de la femme de Madagascar.

Elle a besoin d’environ 200 kilos de céréales par an pour remplir ses besoins alimentaires de base, rappelons-nous qu’elle a produit deux fois et demie cette quantité (500 kilos). La moyenne mondiale de production par habitant est actuellement de 330 kilos – 130 kilos de plus que le nécessaire théorique pour alimenter tout le monde.

Mais … on utilise une quantité croissante de cette production végétale pour l’élevage de viande (de 3 à 10 fois moins de rendement calorifique que pour les plantes, 33 % des terres agricoles mondiales dédiées à cet usage – FAO, 2009), ou pour les agrocarburants. Le gaspillage est un autre facteur important.

Rappelons-nous que la femme à Madagascar cultive 0,5 hectares, le fermier d’Arkansas 100 hectares. Le bilan du rendement par hectare est le même ! Il produit, net, 200 fois plus de riz, sur 200 fois plus de surface. Enfin, je dis lui, on y reviendra.

D’autres chiffres intéressants que j’ai entendu, tout dernièrement, sur l’hypothèse démographique de la fin du monde. On a calculé que si tout le monde vivait comme dans les pays riches, on pourrait vivre à 700 millions de personnes en restant dans les clous écologiques. Mais on a rajouté cette analyse que je trouve intéressante à plus d’un égard.

En Amérique du Nord, on relâche en moyenne plus que le double de l’Europe, par personne – on occupe bien plus de place, les maisons sont bien plus grandes et spacieuses, etc. En regardant une carte mondiale de la pression exercée et la dégradation des sols (p34, Pour la Science novembre 2022), on observe qu’aux pays riches, les sols sont plutôt en train de s’améliorer et que la pression est faible, l’Europe et l’Amérique inclus.

p>J’ai noté que les américains se réfèrent souvent à « The American Way », d’une manière que je trouve vaniteuse. « Faîtes comme nous et vous le vivrez bien, comme nous », c’est à peu près ça que cela veut dire.

OK. On va tous occuper à peu près 200 fois, au moins, les terres qu’il nous faut pour l’autosuffisance, y inclus vos terres, aux États Unis, ou en France, ou en Angleterre ! Ça vous va ?

C’est une réponse possible. Mais cela va bien plus loin – pour cela que j’ai dit que les réponses que l’on trouve sont intéressantes à plus d’un égard.

Beaucoup, beaucoup d’européens mais surtout d’américains du nord, et je mentionne spécifiquement Naomi Klein, étant identifiée avec les mouvements de défense des peuples premiers et de conservation de la nature, promeuvent le concept de la réservation de vastes espaces naturelles à la nature – de sa biodiversité, de ces forêts primaires, très peu peuplés. Mais moi, je me demande : ça change quoi, pour les êtres humains, globalement ? » D’après ce que j’observe, on change l’usage de 100 hectares par un fermier plutôt riche en 100 hectares de nature protégée par un riche.

Dans d’autres parties du monde, où il y a une plus grande densité de populations par rapport à la qualité et la quantité de terres disponibles, la pression sur ces terres s’intensifiera, elles se détériorerant, c’est mathématique, dans la mesure que les industriels prennent la plupart des terres – et des ressources, ou directement ou indirectement.

Logiquement, la redistribution qui permettra à la population mondiale de vivre est une redistribution du poids écologique de cette population, une utilisation plus efficiente des terres disponibles pour à la fois nourrir et caser les gens. Le céréalier des États Unis occupe et consomme le produit d’une surface qui permettrait à au moins 200 paysans de Madagascar de vivre.

Dans sa tête, ses terres ne sont cependant pas « disponibles ». Si les américains du nord sont très « libéraux », très dans le seul droit de l’homme qui compte, le droit à la propriété, tout est cool pour lui, il peut invectiver les politiques, parce qu’il y a inflation, parce que sa « fin du mois » n’est pas aussi fourni qu’avant.

Les arguments que j’ai utilisés, jusqu’à là, n’ont pas pris en compte des questions écologiques, comme l’impact adverse ou autre des différentes méthodes de culture.

Je vous rappelle que le fermier américain est pile poil à l’image de « l’exploitant agricole » français. On l’a juste labellisé américain pour objectiver.

Nous savons exactement ce qu’a été la politique depuis De Gaulle : « préférence aux industriels et à l’économie d’échelle ». De telle manière que nous pouvons métaphoriquement compter sur les doigts d’une main la population agricole, ceux qui restent. Nous restons radicalement dans le camp du toujours plus, pour toujours moins de profiteurs du travail caché des autres – ces autres qui ont rajouté l’engrais, les pesticides, même les semences, spécialisés pour tout aspirer de la terre jusqu’à l’épuisement du sol. Mais en général, en laisse tout ça aux autres, les brésiliens (maïs et soja), les indonésiens (huile de palme), les russes (gaz), etc. Cela va jusqu’au salaire minimum et aux CDIs, toujours une séparation nette entre nantis et assistés, supposément.

Il faudrait cinq Frances, en surface, pour que chaque français, en moyenne, ait une vie « décente », selon les critères « modernes » de confort et d’aisance, en toute chose. On voit bien l’intérêt de parler exclusivement de la productivité de « l’exploitant », en oubliant tous les « exploités » sur la chaîne d’approvisionnement style Walmart qui maintiennent cette illusion. Comme les servants, invisibles.

Regardons de nouveau la pauvre paysanne Malgache. Étant, par force majeure, bien obligée de se débrouiller, elle s’est faite une chaumière en paille de riz et boue, entre autre, avec du genêt pour le toit. Bien sûr que cela lui a pris un petit moment, mais elle est au-dessus des inondations fréquentes et il y a un creux de colline qui lui abrite un peu de la force des vents et des pluies diluviennes qui arrivent deux ou trois fois par an. Et comme les autres paysans, accrochés à la montagne, chaque fois qu’elle va à sa parcelle de soixante-dix par soixante-dix mètres, à 300 mètres de dénivelé, elle y apporte quelque chose, de la merde de poule ou de pigeon, de la coquillage d’œuf, quelques pierres pour renforcer la terrasse, et ainsi de suite.

En fait son semis, elle l’a de sa récolte. Et on n’a pas tout dit, elle a déjà un mari, ses enfants grandissent, et ça fait 5 fois ses 5 000 mètres carrés de riz qu’on cultive, avec la famille, ce qui donne un excédent de 1 500 kilos annuels de riz, une tonne et demie. Ils ont accès à un vieux portable et un groupe social par SMS pour négocier en collectif le prix du riz et la logistique du transport.

En fait, sa maison ne lui a peut-être pas coûté même un rond, mais, voyons, elle a sa petite cabane à la montagne, et elle s’est assurée les bases de sa vie, tout sans se plaindre de l’inflation, du coût de la vie – et elle a déjà son CDI.

Pas mal pour pas un sous. Très efficace, comme opération. Bien sûr que le prix du riz, tellement bas à cause des prix que peut lui donner l’industriel à Kansas, c’est un sale coup. L’agriculteur de Kansas s’en fiche pas mal, il en a des tonnes.

Pour elle et sa famille, il reste que le fait de le manger sans même devoir aller au supermarché récompense déjà un peu, il y a les mil kilos qu’il faut pour la famille déjà engrangées. Il y a d’autres récoltes à proximité que l’on peut échanger. Non. Le vrai type de problème que l’on peut rencontrer, à part son anxiété constante par rapport à l’érosion, les coulées de bout et l’épuisement physique dû à la chaleur du soleil croissante, c’est les possibilités d’intimidation ou de violence en bande organisée, le vol, l’accident de vie. La vie est assez précaire parfois, dans ce sens. Il y a surtout la sécheresse, elle vit dans le sud de l’île, où ces problèmes groupés ont eu tendance à s’enchaîner comme les 7 fléaux de Moïses, ces dernières années.

On voit bien pourquoi De Gaulle a vu comme nécessaire de couper le lien, dans la tête du paysan, entre la terre et la culture vivrière – tout doit passer par l’argent, sinon cela ne marchera pas, c’est à peu près ça, son analyse, de l’époque.

Dans un cadre colonial, bien sûr, … plus les temps courent, plus ils changent, n’est-ce pas ?

Vous voyez où cela nous mène, cette logique ? Droit dans le mur, soixante ans après.

C’était ça, la bonne idée.

invectives futiles ?

Le journal Le Monde du vendredi 28 octobre 2022, une semaine avant le COP27, porte le titre : Climat : des efforts « terriblement insuffisants ».

Il paraît qu’à un certain moment, nous allons nous plier au défi, mais il y a un petit problème, … presque par définition, les décisionnaires actuels ou potentiels se sont montrés déficients, inadéquats, autant dans leurs prises de position que dans leurs actes.

La manière d’agir, jusqu’à là, a été de sauter dans un avion et aller sur place, ou bien d’envoyer des gens, à forte dépense énergétique, pour faire la même chose. Plus ça allait, plus ça allait, c’est une manière de parler, pour ne pas dire un élément de langage, c’est comme ça qu’ils passent leur temps, les communicants.

Notons que les solutions vivantes existent – le problème, qu’elles n’arrivent pas à prendre, que cela ne fait pas boule de neige. J’ai fait exprès dans ces émissions et écrits de ne pas passer trop de temps à parler de choses spécifiques – pour ne pas tomber dans l’erreur de donner des listes de solutions techniques, sans solutions sociales. J’ai cassé mes propres règles là-dessus en parlant de manière assez pointue sur les chiffres de rendement, par demi-hectare cultivé de l’industriel par rapport au paysan sans moteurs et sans les sous.

Je viens d’écouter une Terre au Carré (mardi 15 novembre 2022) plutôt perturbant à cet égard, qui montre bien le dilemme. On a demandé au cinéaste Dion, célébrité montante de l’écologie, quelles seraient les cinq mesures phares à prendre, dans l’ordre de leur importance. La première, selon lui, a été les frigos, qui contiennent des gaz réchauffants très nocifs. À ce point précis, il m’a perdu. Et la biodiversité, et la destruction des milieux ? Il a accusé le Président Macron de fourberie, et lui-même ? On va tous s’affairer autour des frigos qu’on n’a pas, c’est ça le grand plan ?

Il a dit aussi qu’il avait la foi dans le bon sens de la démocratie participative, que c’étaient les gérants qui posaient problème. Ce n’est pas mon avis. Les membres des conventions citoyennes ne se voient pas dans l’obligation de se faire élire – ils sont déjà élus, par le tirage au sort – par conséquence ils ont les mains relativement libres. C’est tout. Ce n’est pas un système, ce n’est guère rien et il reste tout à faire, au niveau de la démocratie participative, soyons raisonnables. Que de l’incrémental.

Les politiciens et autres gérants sont dans un pacte avec leurs électeurs, même les chefs autoritaires courent le risque que leurs peuples tournent contre eux.

Sur l’idée que les grandes victoires se font par plusieurs petites victoires, oui, mais cette thèse coupe dans les deux sens – tout le monde est capable de l’appliquer, pour le bien ou pour le mal. Et le dessin risque de ne pas être clair du tout, c’est un peu ma critique.

solutions

analyse et passage à l’acte dynamiques

C’est le fait de créer des structures qui accommodent et facilitent les mouvements des populations, de l’information et des denrées, tout en maintenant d’étroits liens productifs entre elles et les lieux par lesquels elles passent. La frugalité des moyens déployés, avec une absence d’énergie non-vivante et l’effet bénéfique des interactions créent les bons résultats. Cet effet est à plusieurs dimensions, que je vais essayer de présenter en bref ici.

Les essais présents sur le site www.cv09.toile-libre.org traitent de manière plus fine les divers aspects de cette problématique.

Stress démographique

Ces mesures – la marche-à-pied, le vélo sans assistance, etc., détendent le stress démographique. Essayez-les - vous verrez bien que c'est le cas. Populations sédentaires et populations mobiles trouvent de chaque côté leur bonheur dans l’échange. Ils se familiarisent, les uns avec les autres, ils établissent des modes de vie ensemble, mais pas trop. Au contraire de ce que l’on pourrait penser, ce sont des politiques d’intégration, de respect pour les lieux et pour les cultures de chacun. On est à la recherche d’un certain équilibre.

D’autant plus que ceux qui bougent véhiculent et transmettent les savoirs aussi bien que les produits des terroirs qu’ils traversent. On peut tolérér la présence de populations migratoires s'ils ne risquent pas de rester, ou de s'imposer, il faut donc renforcer leurs droits en tant que semi-nomades, pour établir des termes de respect à titre égal.

Écoles linéaires

La méthode : « écoles linéaires » crée, par l’interactivité et la confrontation avec l’altérité, un apprentissage efficace et durable qui prend en compte l’intérêt écologique et productif des lieux par lesquels on passe. On apprend à connaître leur topologie et leur fonctionnalité. L’économie locale en est régénérée, par l’accueil et l’encadrement de cette main d’œuvre mobile.

Jardins linéaires

Les routes, chemins et passages parcourus sont de cette manière entretenus, leurs produits vivants sont récupérés et utilisés. C’est une manière de spatialiser et temporaliser ces actions, la saison des récoltes, l’utilisation des espaces aux bords des routes, qui ne sont que les contours des champs, des bois et des jardins. Cet aspect géométrique de l’analyse mérite une attention plus assidue. La circonférence d’un champ est relativement plus grande, si le champ est plus petite. Une ligne d’arbres est une forêt linéaire. La nature utilise déjà ce genre de principe, d’économie de geste, d’économie d’énergie et de ressources, pour en extraire le maximum de bénéfice. La section du tronc d’un arbre est très petite par rapport à la surface de sa canopée. Les architecte cherchent, dans leurs défis structurels, à comprendre comment la nature a fait. Les arbres suspendent tout d’un pilon, étayé par ses confrères, les grands immeubles aussi.

Concret

Concrètement, je suis en train de considérer comment m’y prendre pour rétablir le modèle de Boucle des Marchés, la où je me trouve, en terre plutôt hostile (jusqu’à preuve du contraire), peuplée de plus en plus par des riches, des visiteurs/deuxième résidence et des pastoralistes plus ou moins industriels, plutôt irrémédiables (jusqu’à preuve du contraire). Comme nous tous. La prochaine émission, la douzième, est titrée « Conclusions », de manière assez originale, je trouve.

ProFrugal#12 - Conclusions

jeudi 1 décembre 2022

12. Conclusions

mont blur
mont blur

intro

On a parlé d'indicateurs économiques, d'indicateurs qui seraient plus pertinentes à nos vies que le PBI (Produit Intérieur Brut). Je propose un indicateur "mouvement, déplacement", qui mesure et sépare les mouvements strictement humains des mouvements des machines.

l'économie du geste

Je n'ai pas tout clair dans ma tête, parce que je viens d'inventer l'idée, mais ce serait question d'une échelle glissante (sliding scale) entre l'énergie dynamique humaine et du vivant et l'énergie dynamique industrielle ou artificielle.

Par voie d'exemple, on peut prendre "taper à l'ordinateur" (plus la dissémination de ce qui est écrit), les sms ou parler au téléphone, bouger physiquement, bouger machinalement, bouger de l'information. L'idée, ce serait de créer quelque chose qui communique non pas le bonheur, mais le niveau d'activité - l'animation et de là la cohérence de nos corps et du biosphère ou écosystème dans lequel ils se situent.

repoussoir

L'écologie est un répoussoir. On ne veut pas croire que nos inventions industrielles, notre connectivité numérique et nos automates, des robots qui nous remplacent, conçues pour nous faciliter la vie, pour rendre nos actes plus productifs à moindre coût, nous amènent sur un chemin sans avenir. Nous portons, collectivement et individuellement, toutes les signes d'une maladie mêmetique, une addiction à cette vieille conception du progrès. Bien sûr que nous avons aussi une tendance croissante à nous imaginer faisant partie de la nature, de la biosphère, mais "avec voiture", "avec portable", avec la médécine et les produits pharmaceutiques modernes.

mercredi 30 novembre 2022

vulnérabilité, fragilité

maintenance, restauration

dichotomies

  • Biosécurité, règles internationales.

    Mafia international hors contrôle, drogues de synthèse.

  • Protection de l’environnement.

    Fracturation hydraulique, gaz de schiste, infrastructure portuaire, pipelines.

  • Jardins forestiers, biodiversité, régimes sans viande.

    Insecticides, tracteurs, stérilisation des sols.

  • Famine, désertification.

    Biocarburants, méthanisation, irrigation industrielle.

  • Transport doux, la marche, les vélos.

    Vélos électriques, trains, tramways et encore plus d'infrastructure routière (bétonnisation).

  • Pauvreté, sobriété, la vie frugale.

    Richesse, hyperconsommation, croissance.

rondélous

oui, on tourne en rond. C'est sûr que l'on tourne en rond. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de gens dans des positions de pouvoir décisionnaire en ce moment, à toute échelle, qui peuvent, au niveau intellectuel, apprécier le besoin de changer de cahier de charges, mais qui, au niveau des décisions clés, ne vont pas le faire.

D'en haut, on regarde le monde à travers un vitrail qui illumine les couleurs fortes, l'économie, la finance, la production industrielle, ce qui rend bien difficile de penser hors ces cadres - en tous cas c'est ce qui peut s'observer, lorsqu'on écoute la rhétorique politique. Il sera intéressant de voir à quel point les innovations techniques peuvent être des game changers - changer la nature du jeu. On arrive à des objets hyperlégers, très petits et très portables, ce qui joue en faveur de l'humain mobilisé. C'est pour dire qu'en tous cas, que ce soit avec ou sans machines, les humains seront peut-être assez libres de leurs actes.

Jusqu'à là, ça va, mais pour que des corps constitutifs d'un nouvel ordre se forment, le problème est posé, on va, par inaction, par simple instinct reflexif d'auto-défense, bloquer les réformateurs, les casseurs de modèle, en ne leur prêtant aucune attention, on ne leur donnant aucun plateforme, ni statut. Dans la situation actuelle, bien que dans le monde virtuel on n'a jamais vu autant d'effervescence, la traduction de cela dans la vie réelle est très peu réussie - il n'y a pas ou peu la courroie de transmission qu'il faut. On n'a qu'à voir l'évolution des mouvements de contestation en Iran ou en Chine pour noter jusqu'à quel point les aspirations des peuples peuvent être anéanties par les forces du status quo. Les agendas secondaires - par exemple le féminisme - réussissent à casser les lignes de force, sans que de groupes alternatifs complexes, à plusieurs strates, puissent se former à leur suite.

Cela commence par le non-débat. S'il n'y a ni rapport de force ni intérêt politico-social à faire intervenir des interlocuteurs radicaux, on ne le fera pas. Ceci, malgré le fait qu'il est dans l'intérêt collectif de faire propspérer des idées fraîches. C'est ici que les actions au niveau national donnent le la au retranchement social. Les tentatives d'Emmanuel Macron de déstabiliser la cohérence écologique, en étant illisible, en ne donnant pas une logique claire de sa version de la sobriété énergetique, sont intégrées - pas la peine de songer à une vraie initiative collective et solidaire.

On peut noter ici qu'au contraire de ce qui est dit, les initiatives les plus sobres sont rejetées parce qu'elles ne coûtent pas cher et parce qu'elles remplacent d'autres projets qui eux, coûtent super-chers. Pour avoir une base industrielle dans un domaine, il faut une taille minimale critique - on le voit dans les problèmes de recrutement et de compétences dans le domaine du nucléaire, actuellement. Si on a les machines, il faut les utiliser pour les rentabiliser. Les initiatives les plus sobres ne les utilisent pas. Pour changer de système, il y a besoin de réhausser la valeur purement humaine du travail - mais on vit dans un monde où l'humain coûte trop cher et la machine paraît plus intéressant.

vendredi 28 octobre 2022

Nos problèmes sont imbriqués, les uns dans les autres et on s’immobilise mutuellement. Faut être mobiles – libres – pour changer cette situation. Mais, au contraire, on se trouve de plus en plus bloqués et contraints. En libérant nos machines, de transport, de télécommunications, nous délitons nos propres capacités individuelles et collectives.

Je traite brièvement du contentieux sur les mégabassines, qui est, globalement, une question de la biodisponibilité de l'eau, il me semble. Un agriculteur a dit qu'il produisait de quoi nourrir 3 500 personnes, si j'ai bien entendu. Je suppose que si ces 3 500 personnes se trouvaient sur ses terres, ils pourraient s'y nourrir et y habiter. Je note que dans les débats sur ces thèmes, personne ne parle de tracteurs, ni de débroussailleuses, ni de tronçonneuses, parce que des deux côtés, ils les utilisent et qu'ils ne sont pas près de les lâcher. On ne parle donc que de l'agriculture, ou, à la limite, du maraîchage - alors que j'ai tendance à parler du jardinage. La différence d'échelle est importante. Pareil pour les haies, les arbustes et les arbres - s'il y en a beaucoup, dans un terrain complexe et accidenté, cela transforme l'hydrologie d'un lieu et la nature d'un sol.

Rappelons-nous que le Président Macron est en train de proposer une expansion du transport en commun en périurbain, pas en milieu rural.Mais pour changer la biodiversité, il faudrait augmenter la présence humaine et la force de travail humaine en milieu rural, sinon, on n'aura que des grands agriculteurs industriels, bios ou pas bios, des deuxièmes résidences et des réserves, tous entretenus et visité en machine.

samedi 26, dimanche 27 novembre 2022

douce par nature

On a fait une remarque que la nature n’était ni gentille ni bienveillante et que les gens pouvaient embrasser les arbres, mais que les arbres, ils s’en foutaient.

Si je l’ai retenu, cette remarque, c’est que cela m’a troublé. Je passe la plupart de ma vie en pleine nature, ici en Europe, et je n’ai peur de rien.

Je ne la trouve pas hostile et absolument pas indifférente – ce qui ne s’est pas accommodé à l’homme, en Europe, n’est plus.

Quelqu’un me dira que ce n‘est pas ça, la vraie nature, je leur dirai que moi non plus, mais que je suis un animal parmi d’autres, et que je suis entouré de tout type de bestiole, d’acarien, de végétal ou de virus, depuis bien des années.

J’ôte déjà mon chapeau à toutes ces formes de vie, qui ont su perdurer, face à nous, les plantes de la garrigue et des marais, les orties et les ronces, les peupliers et les joncs, les moustiques et les mouches.

Je suis tout franchement admiratif.

Aucun animal ne m’a menacé, sauf quelques frelons brimeurs, mais on est vite arrivé à une entente. Ces ententes cordiales paraissent possibles entre plusieurs formes de vie, elles s’établissent de manière personnelle, comme avec tout voisin, et permettent de focaliser sur les vrais dangers. Je ne dis pas qu'il y a toujours une étincelle de reconnaissance entre deux êtres sentients, mais qu'à force de se cotoyer et d'identifier les propriétés des autres, on baisse sa garde lorsqu'on estime que l'intentionnalité de la menace n'est pas là. Cela, d'ailleurs, explique le concept très fort de trahison ou de désabusement ressenti lorsqu'un être que l'on pensait ami se montre ennemi.

Les limaces m’ont causé beaucoup de peine, je les ai jeté vers le bas et je leur ai donné des repas succulents ailleurs.

L’être humain, il est vraiment tout en haut de la pyramide de la vie, il n’a pas besoin d’avoir peur de ses congénères non-humains.

Les oiseaux, comme les mammifères, les reptiles, les serpents, les poissons, les crustacés sont, il me semble, des créatures de l’affect, du tactile, des caresses et de la tendresse, comme nous, ce qui signifie qu’il peut s’établir, entre nous, des liens de confiance – que cette potentialité existe. En effet, je soutiens que ces liens entre individus d’un même ou un autre espèce font partie du puzzle du vivant.

Nos naturalistes parlent de toute une série de concepts pointus, au niveau des mesures et des mécanismes physiques et bio-chimiques, mais je parle plutôt de l’hypothèse que tout être vivant peut établir un rapport avec tout autre être vivant, rencontré dans son « écosystème » - à nous, un peu quand même, de déduire comment et pourquoi, parce qu’il y a plusieurs manières de le faire et de le cacher.

Lors des cinq ou six dernières extinctions de masse, les peu d’espèces restantes, parfois une mère 4 %, après l’extinction, ont su garder des combinaisons de gènes qui ont pu ensuite repeupler et réconstituer l’ensemble de l’écosystème global. Il y a ici des phénomènes encore mal-saisis, de retro-actions systémiques, qui donnent aussi lieu à la production d’oxygène libre, ou à la séquestration du carbone, qui favorisent l’existence d’une certaine vie, un certain axe de progrès évolutif. Ce qui dépasse très largement la survie spécifique ou individuelle.

On ne devrait pas s’étonner de l’échange sensible entre êtres vivants. Les sciences sociales sont des vraies sciences, aujourd’hui, et on commence à comprendre les mécanismes et les lois sous-jacents de ces communautés inter-spécifiques. On commence à comprendre leur « socialisation ».

L’âge industriel et du numérique, dans la mesure qu’il ignore ou qu’il remplace ces mécanismes du vivant social, se crée la sixième extinction – il détruit l’équilibre dynamique, évolutive, du monde du vivant, mais il ne réussit pas à le remplacer.

Ce n’est pas inévitable, si je peux aider à créer des interactions plus propices, je me porte volontiers. Plusieurs d’entre nous diraient la même chose, il y a toujours eu une certaine dichotomie dans nos sociétés industrielles et productivistes, entre les pro-vivant et les pro-machine, pro-productivisme, pro-rapport de force.

Une extinction a deux axes, il y a la réduction en quantité de matériel – le biomasse, et la réduction quantitative – et qualitative – d’espèces – de la biodiversité. Ce n’est pas la quantité d’individus qui compte, bien entendu, sauf dans le sens combinatoire.

Il n’y a pas, proprement dit, un opposé à l’extinction, la vie se perpétue, elle évolue, à travers des milliards de petites extinctions, localisées, inéluctables, sinon contingentes.

Si la vie est plurielle, c’est pour cela qu’il vaut mieux employer le terme « le vivant », et pour juste cause : dans sa vaste pluralité, elle retient beaucoup de choses en commun : notre ADN nous en informe. Nous sommes faits, en partie, de virus, les codages nous les tenons en commun, à travers les phyla et les éons, elles peuvent rejaillir et se ré-transmettre, gardées, même en forme non-expressive, récessive, au sein d'autres organismes.

Les vies sont donc des petites capsules de mémoire, d’une génétique toujours potentiellement mélangée, avec une épigénétique toujours prête à ressusciter ces mémoires, plus qu’ancestrale, depuis l’aube du temps.

Face à cette complexité imbriquée naturelle, les machines des humains, aussi bien que les formes de vie ersatz sont d’un primitivisme profond.

Plus rapidement nous nous mettons à écouter les harmoniques de ce grand fleuve de vie, plus sûrement nous nous en tirerons à l’avenir. Il n’y a pas à avoir plus peur qu’avant, nous restons tous mortels, tout en faisant partie du fleuve.

politique de la terre

= géopolitique. Géographie = dessiner la terre. Géologie = la logique « le sens ») de la terre.

modèle de liberté de mouvement et d’association, horizontal, qui naît du bas et migre vers le haut, en solidarité – des échanges.

Cet « Érasmus des frugaux » est, dans son ensemble,

les institutions participatives, délibératives, auto-constitutives et plastiques
que peut valoriser une société libre.

En ce qui concerne les humains, ce sont les deux libertés ou droits fondamentaux, la liberté de mouvement et la liberté d’association, qui permettent d’agir. Lorsqu’on parle d’égalité, cela peut être conçu dans le sens de « empowerment », de possibilité d’agir – d’auto-réalisation ou d’autonomie d’action, dans un cadre forcément collectif.

Il est très clair que l’atomisation de nos responsabilités, notre tendance à attribuer notre destin individuel à une responsabilité exclusivement personnelle, casse le collectif et le social, laissant aux égos des individualistes les plus puissants le soin de prendre des décisions pour nous. En cela, le libéralisme d’un Musk – qui cherche à donner l’internet libre aux militants iraniens, ou l’hégémonie totalitaire d’un Xi Ping, en Chine, sont tous les deux des formes de gouvernement totalitaires et arbitraires.

Ce que j’aborde, surtout, ce sont des méthodes très pratiques de créer des consensus dans l’action et dans le mouvement, dans ce sens mes propositions sont autant politiques que techniques.

J’envisage une manière d’auto-constituer l’action écologique, du bas vers le haut, en facilitant le mouvement et l’engagement territorial, à l’échelle humaine. Une sorte de solidarité et d’échange humaines qui permettent une bonne intégration sociale, là où on se trouve. On pourrait aussi l’appeler l’Érasmus des frugaux, sauf que je n’envisage pas d’exclure ou inclure les gens sous des critères d’être ou ne pas être des européens, ou des étudiants. C’est justement l’idée d’ôter cette question de l’exclusion et de l’inclusion territoriales du domaine politique qui me motive.

Et en ceci, il est pertinent de noter que je suis anglais et que je ne suis pas Brexiteur. Ceux qui cherchent, en France, à renforcer l'identité" européenne, construite autour de la centralité de l'état français, sont brexiteurs - ils vont jusqu'à marginaliser la Grande Bretagne et redéfinir le fait d'être européen autour du fait d'appartenir à cet état non pas fédéral mais centraliste européen.

Dire qu’il y a certains qui ont le droit de bouger et d’autres que non, que les retraités non, sans argent, que selon la couleur de ton passeport ou de ta peau, oui ou non, que selon ton sexe ou ton âge, oui ou non, cet agenda est partagé entre les forces les plus réactionnaires de l'Europe.

On arrive jusqu’au point où des gens qui voudraient bien rentrer dans leurs pays ne peuvent pas, par crainte de ne plus pouvoir revenir, au point de nier la vie familiale et d’autres droits fondamentaux aux enfants et d’empêcher aux professionnels dont on a besoin, de travailler, sous le prétexte que leurs titres d’études ne sont pas homologués en France ou en Europe !

Des institutions participatives délibératives auto-constitutives et plastiques

Cela pourrait servir de titre de papier scientifique (!).

On pense acheter la liberté avec ce qu’on gagne, mais il faut gagner de plus en plus pour de moins en moins de liberté réelle. Le marge de manœuvre disponible pour faire des vraies travaux d’utilité écologique et sociale diminue. Pour vivre une vraie vie écologique, il faut renoncer à presque tout.

Il s’ensuit que ceux qui cherchent sincèrement à contribuer à un avenir écologique, doivent surtout créer de l’infrastructure sociale, réelle, qui permet une vie écologique en société.

Nous avons l’impression que nos machines nous libèrent, mais de manière plus objective, elles nous tiennent en servitude culturelle.

Par exemple, en attendant de rentrer dans la médiathèque avec cinq autres personnes, j’ai été frappé par le fait que chacun d’entre elles avait un portable à la main, qu’il fixait attentivement, dans un silence absolu. J’ai songé à mon enfance – un luthier vivait dans la maison d’à côté, je visitais souvent son atelier, qui avait toute sorte d’outil à main, pour tourner, pour scier, pour poncer le bois, le métal. Lui-même était grimpeur assez bien connu. On pourrait dire que le corps et ses extensions faisaient fusion.

Aujourd’hui, la culture qui compte, surtout, est celle des machines, on déprécie, culturellement, les applications, les manipulations et la dextérité humaines, surtout si elles ne passent pas par l’ordinateur ou le portable. Nos machines nous libèrent de faire, on pourrait dire. On investit beaucoup, par contre, dans l’avoir. Il n’est pas si étonnant que la finance et les enjeux de pouvoir territorial, de transport et de communications, deviennent les points focaux du « faire » humain, puisqu’il ne fait guère rien, sauf aller chercher pour ensuite assembler ce que les machines ont fait pour lui.

Je ne pense pas que cela puisse durer longtemps, cette culture, je parle de cette mode passagère qui existe. Je suis tout content d’apprendre un peu sur la pensée de William Morris, il y a 130 ans, qui nous donne des leçons aujourd’hui.

J’ai été frappé par le remarque d’une femme bien remontée sur la crise révolutionnaire en Iran – elle a dit quelque chose du genre « mais vous savez, les 10 % qui soutiennent les Mullahs, les traditionnalistes à la campagne – la campagne ne représente qu’à peine 25 % de la population, 75 % se trouve dans les grandes villes ».

Et j’ai pensé – mais c’est pareil en France. Et d’après ce que nous pouvons observer, la population rurale devient plus riche, plus éduquée, il y a plus de deuxième résidences, de gîtes rurales. Ou aux États Unis, pareil. Les riches cherchent à avoir la mainmise sur la terre, ici et ailleurs.

Les exemples que je prends, là, sont bien sûr parsemés d’exceptions, mais ce sont des exceptions qui prouvent la règle.

Et puis j’ai entendu une émission tôt le matin où on interviewait les restaus du coeur ou la Fondation Abbé Pierre, sur notre comportement avec les plus démunis, les SDFs. Pour les instances d’aide alimentaire, 70 % de la population touchée est étrangère, ou n’a pas ses papiers en règle pour pouvoir travailler, ou reçoit un salaire de moins de 500 et quelques euros.

Mais en fait SDF, c’est une définition tautologique, malsaine, pareil pour le DAL – droit au logement. D’abord, le droit au mouvement, le droit à s’associer. Si on n’a pas ça, on n’a rien. On ne peut pas vivre dans un monde où les machines bougent, les machines se mettent en contact et se parlent, tandis que nous, nous restons confinés dans nos maisons, par ordre d’état. C’est pire que la vie d’un animal dans une Zoo à l’ancienne, ou une poule en batterie. L’infrastructure qu’il nous faut créer, c’est une infrastructure qui nous permet de bouger sans machines, en créant des jardins et de la biodiversité.

Et par rapport à la situation présente, ceux qui créent l’appauvrissement, ce sont surtout les préfectures, avec leur obligation de faire un politique de chiffre, qui interdisent aux gens les papiers qui les permettent de travailler et de se domicilier légalement. Ensuite, les administrations locales prennent le relais, de manière hautement variable. C’est comme dans une histoire de Daniel Pennac, où le père, il vend les bonbons qui pourrissent les dents et la mère, elle est dentiste. Ils ont leurs boîtes de chaque côté de la rue qui donne sur l’école.

Dans le cas de l’administration française, les préfectures précarisent, et les autorités locales et les assocs. assument les frais – parfois ils se comportent bien, parfois ils deviennent les instruments de la bureaucratie, il n’y a que très peu d’exigences déontologiques parce qu’ils sont tous d’accord pour ne pas être tenus responsables. Les abus sont fréquents, pas la peine de chercher les lanceurs d’alerte ou les représentants syndicaux, trop risqué. Un vrai cauchemar, quoi.

Je propose un tissu social positif, pour sortir de cette situation apparemment négative.

Je note qu’à la radio, divers experts suggèrent des actions qui pourraient remédier à ces situations – il y en a une qui a proposé que les meilleurs inspecteurs, ce serait les pauvres qui subissent ces iniquités. Elle a peut-être mal compris que ces services ne sont pas faits pour être efficaces, le contraire.

Le 115, le numéro utilisé pour demander un hébergement d’urgence, est un autre élément. Beaucoup de gens n’ont pas besoin d’un logement d’urgence, sinon un logement dans la durée. Plus cela dure, plus cela devient difficile. Sont-ils inéligibles ? Pas du tout, il faut juste qu’ils suivent le parcours de tri, c’est-à-dire qu’ils prétendent être dans l’urgence. Après, souvent, on les trouve le gîte pendant des semaines, voir des mois.

Donc, pourquoi cette histoire de faire semblant d’avoir besoin d’un logement d’urgence ?

Quelle histoire ! Paraît que la France est beaucoup plus généreuse avec les pauvres que l’Allemagne ou l’Angleterre, ou à Berlin ou à Londres on ne permet pas aux gens de dormir dehors … hmmm, pas totalement convaincu. On a expliqué ou plutôt on n’a pas expliqué le système de mettre les SDFs dans des hôtels – cela coûte un bras après tout, ne serait-ce pas plus simple et moins coûteux de les loger ? Je pense qu’une manière d’acheter la paix avec les forces conservatrices et riches, c’est de mettre les problèmes sous le tapis, et de les offrir de l’argent – pour les hôteliers de bas-de-gamme, par exemple, en hébergeant des SDFs.

Ce cas d’urgence peut s’expliquer de la manière suivante – c’est un mise-à-l’abri in extremis, qui justifie l’absence transitoire de pleins droits et dignités humaines. On ne peut pas recevoir, on doit quitter sa chambre à une heure déterminée, on a un petit déj sans choix, etc. Pas pour des raisons objectivement fondées, mais parce que c’est le choix qu’on propose. Cela pue la charité. Cela crée le racisme anti-pauvre.

Mais SDF, pour moi, c’est presque de la noblesse – c’est des gens qui vivent libres, comme leurs ancêtres. Pourquoi est-ce que cette société industrielle s’en prend autant contre les nomades, les chiffonniers, les chasseurs-cueilleurs ? Pourquoi est-ce qu’elle leur rend la vie si misérable, si harcelée ? C’est une très longue histoire – en France, par rapport aux gitans, par exemple.

erronée

L’erreur serait de se laisser prendre son attention en otage, par les préoccupations qui nous absorbent à présent, les moments de crise.

Il faut garder son sang froid et penser à créer d’autres infrastructures, d’autres pensées systémiques. Ces actions seront très difficiles à mener dans un monde industriel qui n’est pas fait pour elles. L’industrie est une subvention massive qui fausse la compétitivité de l’alternatif.

Nous avons l’exemple récent de la résilience des fermes bio, face à la hausse des prix, lorsqu’elles ont choisi d’avoir des cheptels qui peuvent être nourris à partir des surfaces qu’ils occupent, qui les rendent relativement auto-suffisantes. Ce sont les grandes exploitations industrielles, les plus exposées aux cours mondiaux de l’énergie.

On a ce grand paradoxe, toutes ces firmes assistées par l’état, pour maintenir la puissance industrielle. On comprend qu’ils essaient de jeter la faute sur l’autre – les assistés sont toujours ailleurs, n’est-ce pas ? L’avenir, c’est la croissance. Mais pour croître, il faut être assisté, n’est-ce pas, Monsieur Bruno leMaire ?

Faire croître la sobriété, redéfinir la productivité comme le résultat de la labour humaine, ne serait-ce pas plus logique ?

Le profit il est où ? Et quand ?

La géopolitique, conçue comme une histoire inter-étatique – c’est, pour certains, la politique internationale – entre nations – par un autre nom, mais rien ne le pré-ordonne d’être comme ça.

Que les gens bougent lentement ou rapidement, ils terminent par arriver.

Des flôts de cadeaux électoraux

Macron ne cesse de proposer des conneries en ce moment. D’abord c’est la crise du DAL : du droit au logement. Des squatteurs sans toit sont criminalisés s’ils se mettent à l’abri, le RSA est radicalement réduit dans sa durée, comme si c’était la guerre aux pauvres, la cour faite aux propriétaires. Il y aura bientôt une règle pour tout. Tout acte de solidarité humaine sera gratuite, parce que le seul droit et deevoir qui reste, ce sera de gagner et de dépenser de l’argent.

Pourquoi donner de l’argent aux pauvres ? Parce que c’est efficace, paraît-il.

Ensuite d’énormes éléphants blancs commencent à cumuler dans le ciel – de l’infrastructure, de l’industrie lourde – le nucléaire, les éoliennes mais aussi les trains, les tramways, les métros, les voitures électriques, le lithium, les ports, le gaz de schiste, les microprocesseurs, tout le kit de survie industrielle rapatrié – avec la plupart des coûts en carbone en amont, qui prendront bien plus que les quelques années qui nous restent encore à s’amortir.

C’est comme si on faisait pire que rien. Des quantités astronomiques de béton coulé, de métal extrait et fondu, de véhicules électriques et à hydrogène, toute la farimbole du cirque de l’hyperconsommation structurelle devant nous. Sûrement pas la vie. Encore les 30 glorieuses. Et encore. Et encore !

Sans doute Emmanuel pense passer à la vitesse supérieure en adoucissant les coeurs tendres, les Amish, les éco-terroristes et le GIEC en deuxième moitié de mandat.

Sans doute. Mais c’est mal parti, cette partie présente du « en même temps.

Décalé. Très décalé. Pas avec l’électorat qui vote, par contre, qui sont bien plus industriels dans l’âme que les politiciens, mais c’est quand même étrange. Il ne faut peut-être donner aucune signe de bienveillance vers des changements qui ne sont pas purement cosmétiques, si l’on veut être élu ? Il est connu dans des systèmes bipartisans que le parti qui n’est pas nécessairement identifié avec une cause progressiste peut souvent porter la réforme « couragfeuse » - exemles : Giscard D’Estaing – l’abolition de la peine de mort ; Pompidou – la légalisation de l’avortement ; Angela Merckel – l’acceptance d’un million de réfugiés syriens. Selon cette logique, Marie Le Pen sera la mieux à même de porter des réformes progressistes sur la crise des réfugiés et l’écologie.

Bono a dit que Macron était comme un chef de start-up, qu’il voulait passer au chantier, mettre en actes les idées. Soit. Mais les idées, elles ne peuvent pas être éternellement des formes rassasiées de l’industrio-capitalisme, cette boîte-à-outils qui n’a pas les clés qu’il faut.

Pour cela qu’on a l’impression que la ou les solutions ne peuvent plus être espérées à ce niveau du national, de l’international, du « système de finances mondial ». Il est donc logique qu’il casse. Parce que, de solutions, il en faudra bien, il en faut déjà.