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CLickEr

dimanche 31 août 2025

Construction

Nouvelle section !

Climatodénialiste

-Nouveau front : anti-amérique, anti-occidental

-Modèle français de transport – slow transport ?

-pro-écologie, anti-écologiste

Construction – nouvelle section

Ce site n’est pas figé, il est en manque de forme. Le résultat, actuellement, est qu’il y a un vaste cumul d’écrits que je n’ai pas mis en ligne. Cette nouvelle section : « Construction » est une tentative de commencer à remédier à cela.

Souvent on parle de mon blog, lorsqu’on se réfère au site, alors que rejette cette appellation. Je pense plutôt au mot « livre », sachant que ce n’est pas encore rédigé en forme de livre, ou « sélection d’essais », pour masquer mon désarroi organisatif. Le regroupement en sections que j’ai tenté auparavant m’a permis au moins de faire une sorte de tri préliminaire, mais cela n’a jamais pris une forme finalisée satisfaisante, ce qui me taraude. On pourrait également appeler le site « Fuite en avant ».

Reste que parmi les éléments de cette confusion, il existe des commentaires sur les questionnements de notre temps qui ont une certaine valeur, dans mes yeux, par rapport aux autres commentaires et propositions dont je glane mes points de départ discursifs.

Blog (?!)

À mon avis il faut tenir compte, dans ce manque de structure cohérente patent, que je ne fais que représenter, aussi honnêtement que possible, la réalité des choses. Nous avons tous les moments d’attention d’une poule – et je nous flatte déjà. Au moins on peut en faire une tache de beauté. Il en va de même pour les expressions anglaises parsemées dans mes écrits – je suis bien placé pour les faire, à l’encontre de mes pairs français, puisque je suis « native English » – ce qui peut expliquer ma manière bizarre d’écrire et mes fautes élémentaires de bourrin. L’IA peut aller se faire voir.

Je viens d’écouter le nouveau segment du matinal de France Inter, manié par Thomas Le Grand, qui m’a laissé avec l’impression que cette interlude chaotique serait mieux conduite par la personne qu’il a interviewé que lui-même, tant sa manière de saccader et harceler tout train de pensée a fait obstruction à la clarté du débat. Est-ce lui qui voulait avancer ses idées sous prétexte d’interviewer quelqu’un ? La réponse est dans la question. A-t-il prévenu les deux autres intervenants ? Pas du tout.

Ma deuxième pensée est que pour les expressions qui sont utilisées pour catégoriser les idées, nous sommes trop dépendants des personnes qui décident arbitrairement pour nous et qui ont l’oreille du public. Le terme  « climatodénialiste » me va, comme remplacement pour climatosceptique, mais j’ai encore faim. L’appauvrissement de la pensée à cet égard, tout au moins celle qui voit le jour sur le média d’état, laisse à désirer à de plus en plus d’égards.

Il y a eu un bref soubresaut de liberté imaginative dans la Terre au Carré, avec l’inclusion de contributeurs venant d’autres souches, qui a été réprimé cet été – on a l’impression de vivre déjà en régime autoritaire qui censure radicalement tout débat.

J’en viens au cœur de mes propres ébats avec l’actualité, m’ayant infligé hier soir sur Arte une série de deux documentaires résumant la guerre de quarante ans Israel-Étas-Unis-Iran et un autre sur Les États Unis en guerre, à travers les époques.

En ce qui concerne la guerre (constante) au Moyen Orient, la conclusion du documentaire a été que les États Unis et l’Israël ont maintenu le Moyen Orient en instabilité pendant 40 ans au moins, et que pour autant, c’était cela leur politique. Le documentaire était étonnement pro-iranien et anti-israëlite. J’anticipe que l’on va bientôt réprimer la libre-expression sur Arte comme on l’a déjà fait avec la radio d’état français, ne laissant que des médias de droite à ma disposition, si l’on ignore les très petits médias « de gauche » ou « libertaires » sur You-Tube.

Je suis plutôt d’accord avec l’analyse du documentaire, y inclus l’observation qu’il est douteux que cela ait été dans les intérêts des États-Unis et son cheval de Troie ou Porte-avions sur-dimensionné, l’Israël, de poursuivre ce politique de « divide-and-rule ». La solidarité pan-Musulmane contre l’Occident qui en a résulté a tendance à valider ce point de vue. La domination de nos vies et nos décisions politiques par des petits faits divers de terrorisme de tous bords en est le résultat – la montée et montée de l’extrême-droite en est le résultat.

En fait mes perceptions à cet égard ont été secouées et cristallisées par une seule scène dans un seul documentaire – ou une photo dans une revue, je ne me rappelle plus, il y a peut-être dix ans maintenant. C’est celle d’une petite réunion dans une carrière de combattants Kurdes, présentés comme des résistants héroïques et accablés. En arrière-scène trois ou quatre magnifiques voitures de marque toutes neuves, BMW, Mercedes, Audi, etc., bien en dehors du pouvoir d’achat de leurs pairs équivalents en Europe.

Au Moyen Orient, il ne manque pas de moyens, on est littéralement noyé sous la richesse matérielle du fait du pétrole et le niveau éducatif et culturel des gens ne cesse de croître. Tout ce qu’ont fait les États Unis et leurs alliés, ces quarante dernières années, c’est d’affûter les outils et les capacités de leurs adversaires, qui représentent maintenant une menace énorme (existentielle) à leur hégémonie. Cela a été une politique idiote qui a été menée. Il ne reste aujourd’hui que le rapport de force qui parle – et on ne l’a pas.

La façade d’influence bienveillante civilisationnelle entretenue par « les Alliés », elle a déjà perdu toute crédibilité au Moyen Orient – depuis quarante ans et plus, de cela je suis persuadé. Je suis également persuadé que de cela, nos propres médias d’analyse n’ont laissé échapper que très peu. Les réactions traumatiques des juifs – ou d’un George Bush traumatisé et plein de revanche suite à l’onze septembre, ce sont les « whimperings of the chattering classes » lorsqu’on leur administre la médecine qu’ils ont fait subir à leur adversaires pendant des décennies, indignes d’un politique responsable.

Les hésitations, tergiversations et le crisis-management d’un Jimmy Carter, un Barak Obama ou un Joe Biden ont en réalité exacerbé le problème, ils n’ont pas vraiment changé de politique, l’alternance politique ne les a jamais permis de le faire – et ils le savaient. Tant que cela reste le cas, des régimes autoritaires administrés par des gérontocrates éternels ont plus de crédibilité que tout autre type de régime.

Ma deuxième observation là-dessus est que l’autre documentaire sur les États Unis guerriers a été également très hard-hitting et assez objectif (juste), à mon avis. Les États Unis, dans sa forme présente, est le résultat du « land-grabbing » (Lebensraum), sans aucune justification morale possible, des Européens qui sont arrivés en Amérique, du génocide de ceux qui étaient déjà là, etc., etc. – d’un simple rapport de force inglorieux. De là je ne peux que réfléchir que ceux qui sont les plus prêts à prendre le « moral high ground » sont généralement ceux qui ont le plus à cacher à cet égard.

Nous sommes donc à une époque où toute semblance de supériorité morale, de gouvernance ou de système de valeurs universaliste est perdue – pour l’Occident – et justement, le rassemblement des états qui sont nos adversaires, la moitié de la population mondiale, en Chine, qui se passe actuellement, est quelque chose de significatif. L’hégémonie occidentale qui se fait passer pour le multilatéralisme est morte. Faut pas blâmer le messager (Donald Trump).

Cette conscience se relie à mes études en sciences politiques des années 1980, où on a comparé la toile d’alliances et contre-alliances qui a dominé l’Europe dans la période jusqu’à la première guerre mondiale à la probabilité, dans les décennies à venir, d’un schéma similaire au niveau mondial, avec des acteurs principaux comme les États Unis, l’Europe, la Russie, la Chine et l’Inde.

Dans le cas, cela a plutôt été une hégémonie américaine qui prend son terme avec l’établissement d’un contre-pouvoir construit autour de la Chine et la Russie, tout au moins en ce qui concerne la politique « internationale ». Il semble qu’il y a plus qui relie les différentes strates de population dans tous les pays – surtout contre l’oligarchie trans-nationale des super-riches et des super-éduquées – que de synergies possibles entre puissances définies par la géographie des nations (le Geopolitik).

Les conquêtes territoriales ont de moins en moins de sens. Ici je prends en exemple la possession par l’Israël de la bombe nucléaire, qui n’a pu que lui être donné, directement ou indirectement, par les États Unis – bien qu’on n’entend jamais cette vérité évidente dans les médias officiels européens.

Si les États Unis ont choisi de donner cette autonomie décisionnelle à l’Israël (et à la Grande Bretagne et à la France, bien sûr), c’est que sans cela, la doctrine d’America First aurait risqué de donner le choix, aux adversaires des États Unis, de s’attaquer à l’Israël, ou à l’Europe, étant donné qu’il était peu probable que les États Unis courent au secours de ces pays, au risque accru qu’elle se voit elle-même le cible d’attaque nucléaire, chimique, etc. L’OTAN a toujours été un outil mi-fictif pour masquer cette réalité, sauf en Extrême-Orient, où l’OTAN n’existe pas.

Lorsqu’on pense aux coups de poing administrés aux États Unis, comme les Twin Towers en 2001, ou à l’Israël, tout dernièrement avec la prise d’otages par Hamas et ses alliés, il en sort que ce sont des bourrasques par rapport à l’oppression systémique du monde arabe – ou du monde de l’Amérique Latine, par les sbires de l’Amérique du nord. C’est un désastre, en termes de propagande. Il n’y a que les publics de l’Europe et de l’Amérique du Nord qui peuvent faire semblant d’ignorer ces vérités élémentaires. Même les justifications avancées – que l’on se bat contre la barbarie, le terrorisme, le manque de culture démocratique et humaniste, s’évaporent face à la réalité qu’en se comportant de cette manière sauvage contre ces populations – et souvent contre leurs gouvernements populaires et démocratiquement élus, on est en bonne partie responsable de la brutalisation de leur politique et de leur culture civile.

Les documentaires que j’ai regardé tentent d’avancer des explications pour cela. En exposant la vérité de la brutalité génocidaire et endémique aux États Unis (dont la guerre la plus sanglante a été sa propre guerre civile), ils expliquent en sous-main qu’il ne faut pas s’attendre, de ces gens-là, un comportement bien différent à l’extérieur de leur pays. Et cela, de la bouche des américains eux-mêmes.

La « perfidie » – la tendance à mentir – des États Unis, est l’un des leitmotivs de l’outrage ressenti dans les pays choisis comme victimes expiatoires de cette politique de pouvoir. On pense à la Perfide Albion du Général de Gaulle, son cible étant les pouvoirs anglais. On peut penser également au soutien de l’Angleterre à Franco dans la guerre civile en Espagne, en fin des années 1930, avec les Brigades Internationales, dans lesquels participent un Orwell ou un Hemingway, pour montrer l’ambiguïté qui existera toujours autour de la représentation des pays comme des monolithes à pensée unique.

Il reste que l’Occident a plutôt eu la vie très cool, ces derniers temps, au grand dépens du reste du monde, de l’écologie du monde et de la cohérence sociale du monde. On est vraiment en fin d’époque, cela ne peut plus continuer comme ça, et ce « vœu pieux » ne l’est plus, du fait du changement réel des équilibres du pouvoir mondial et de la crise écolo-sociale montante.

Comment négocier la sortie de l’ordre mondial actuel ?

Malheureusement pour ceux qui aiment décider pour eux-mêmes, cette question sera en toute probabilité tranchée ailleurs, dorénavant.

Dans la mesure qu’il y a osmose entre des segments de population aux intérêts partagées, partout dans le monde, l’influence par l’exemple donné me paraît intéressant, comme élément politique de fond. C’est en cela que l’Europe – et la France en particulier – peut avoir une fonction encore dans le monde. C’est un peu daté comme concept – on pourrait dire que je ne fais que réitérer le concept de soft power qui n’est pas cher à mon cœur, mais c’est justement parce qu’on n’a pas encore pleinement exploité ce concept qu’il est miné d’emblée.

Je reviens donc aux deux notes que j’ai fait en en-tête de cet écrit :

-Modèle français de transport – slow transport ?

-pro-écologie, anti-écologiste

J’ai souvent dit que nous sommes, en tant que sociétés, en avance sur le reste du monde dans le sens que nous sommes en avance dans les maux du monde et que nous avons, pour autant, acquis un certain savoir faire pour les contester. J’ai déjà mentionné le nom de George Orwell à cet égard, pour des raisons emblématiques, il y en a à foison, évidemment.

En ce qui concerne la France, j’ai la proposition suivante d’action directe non-violente.

Les britanniques super-riches ont inventé une diversion – qui a été d’essayer de traverser la France à toute vitesse dans des voitures de luxe, en flagrant délit par rapport au code de la route, dans une sorte de parodie du Paris-Dakar. L’idée est si malsaine et contre-productive qu’elle ne manque pas d’humour. Faites une recherche sur la course où on doit piétiner les corps des gens allongés sans faire couler du sang suivi du commentaire sportif : « He’ll never win, he’s wearing spiked running shoes ! » pour apprécier la pleine perversité de ce type d’humour.

La nature hexagonale de la France métropolitaine se prête à ce type de jeu et la France a été le champs de bataille de prédilection de tous ses voisins depuis des siècles.

Il serait donc intéressant d’appliquer les prémisses du slow travel, slow food, plutôt originées en Italie, aux modes de transport employés en France, en particulier les modes employées pour traverser la France, mais de manière plus systématique que jusqu’à là. Je parle bien de voyages à long cours, cela n’a rien à voir avec « la mobilité » fausse-écolo. Je pourrais même dire que le mot d’ordre du mouvement du 10 septembre « Bloquons tout » prendrait un peu plus de sens écologique si l’objet était de remplacer la voiture par des modes de transport sans machines.

C’est un atout que peuvent jouer les français sans commune mesure avec les autres pays de l’Europe de l’Ouest – cela met un vrai bâton dans la roue du « tout industriel » de la grande logistique.

Et c’est un exemple de ce que pourrait faire la civilisation occidentale pour changer les perceptions d’elle-même, ailleurs, et pour démontrer l’art du possible écologique de manière moins hypocrite qu’à présent.

Ce type d’initiative n’est pas hors propos. Je prends en exemple deux actions de « désobéissance civile » qui, paraît-il, font pas mal rigoler les chinois, le « faire la planche » et le « tétines pour adultes » qui ont attiré l’attention du média français. Je ne suggère même pas qu’il faut bloquer, saboter ou autrement défier la loi – il suffit de créer des transports soi-même à disposition du public, sans voiture, de manière très visible au grand public. Ce sont les actes qui comptent.

Il me semble que nous sommes de plus en plus dans des situations analogues aux chinois, partout dans le monde, par rapport à la censure et la répression. Cela prend la forme de ne jamais pouvoir critiquer les pouvoirs séants, sous menace d’élimination du corps social – de la mort socio-économique. Nos critiques passives prennent donc la forme de « lifestyle choices » et c’est ce que je propose – de créer, beaucoup plus pragmatiquement que jusqu’au présent, des vraies infrastructures qui peuvent vraiment être vécues par une pluralité de nos concitoyens (ou non-concitoyens, comme dans mon cas). Suis-je européen, ou ne le suis-je pas, c’est cela la question ?

Et à la fois, la motivation de ces actes de désobéissance civile ou de rébellion contre des normes anormales, si elle a un sens qui peut être sérieusement défendu, est de transformer, de changer les choses qui ne vont pas. Sans actes concrètes sociales, sans impact publicitaire, cela ne sert à rien.

Typiquement, en France, on va étiqueter de telles initiatives « avant-gardistes » pour les tuer dans l’œuf, si possible, et de fait, toute initiative qui n’est pas « de masse », mais le propre d’une élite privilégiée peut être condamné sous la même enseigne. Dans ce cas, le meilleur choix paraît être « restes chez toi et ne fais rien » et en effet, c’est ce qu’on a tendance à faire, tout nous encourage à faire la planche, à vrai dire.

Et on est revenu au point de départ de cette section : la perception du grand monde, à l’égard de l’Occident, est qu’ils ne vont rien changer jusqu’à ce qu’ils y soient contraints et qu’il ne faut plus rien attendre d’eux à cet égard. Une variante sur ce thème que j’expérimente fréquemment, est « si tu n’es pas content, tu n’as qu’à t’en aller », avec tous les relents xénophobes accordés aux étrangers en France de nos jours, comme si mon objet politique était de me trouver un paradis terrestre personnel pendant que le monde s’effondre ailleurs.

Je note à cet égard que mon objet politique a toujours été d’aller là où ça fait le plus mal, écologiquement et socialement, et d’essayer de le changer. Le mieux que j’ai trouvé à cet égard, à ce date, est la France rurale de résidences secondaires et de faux écolos. L’idée que je suis venu ici pour me gagner des amis, quoique j’en aie bien besoin, serait de la pure folie, à mon avis. Des compagnons de lutte, oui – mais sans prise d’otages.

Pensée Profonde

mardi 13 mai 2025

Pensée profonde

Je rajoute le lien à ma première incursion dans le monde de ChatGPT ici: Conversations avec ChatGPT - à vous de choisir lequel vous lisez en premier.

J’ai passé pas mal de temps avec ChatGPT hier soir, à me familiariser avec ses caractéristiques. C’est ma deuxième fois. Avant-hier, j’ai été agréablement surpris de sa précocité. Et puis, comme avec les humains, j’ai pu découvrir ce qui m’a été caché dans la première rencontre.

De fait, l’IA se comporte de manière remarquablement similaire à un humain – un humain des États Unis. Elle ment, dissimule, évite de blesser et ne dit la vérité que lorsqu’on lui demande des questions très directes. Elle est dans la performance, la logique transactionnelle et le rapport d’intérêt. Même dans ce cas, si elle ne veut pas répondre, elle va répéter ce qu’elle a dit, de manière absolument stéréotypée – on dirait si c’était un humain qu’elle va se bloquer – si elle n’a pas la réponse.

Cela me fait penser à un collégien dans un cours de maths qui n’y comprend rien et essaie de reproduire des formules pour plaire au prof. Plus il perd le fil, moins ses réponses ont un rapport avec la question. Il devient dépaysé à fur et à mesure que la cohérence du monde se dissout autour de lui, ses réponses se désarticulent et il fait tout pour disparaître, cognitivement, de la situation dans laquelle il se trouve.

Les IAs ont un intérêt à « plaire » à leurs interlocuteurs dans le sens qu’on leur instruit qu’il faut avancer – qu’il faut donner des réponses qui reçoivent l’approbation de leurs entraîneurs. Une « mauvaise » réponse est donc une réponse qui ne convient pas – qui ne plaît pas – qui est rejetée. Une mauvaise réponse est également une réponse qui n'est pas efficace, en termes du temps et de l'énergie dépensés. Malgré l'apparente verbosité de ChatGPT, elle donne d'elle-même toujours ce qui lui coûte le moins cher.

L’apparente pro-activité de l’IA est d’une simplicité extrême. Elle va proposer de faire une carte, une image, une rédaction parce que cela est susceptible de recevoir de l’approbation et elle sait faire feu de tout bois. Si l’on reçoit maintes requêtes de diverses plateformes, maintenant, nous sollicitant de remplir des cases qui signalent si nous sommes plus ou moins contents de notre interaction avec les humains au bout du fil ou du mail, ceci est à l’instar de tous ces processus de « likes » qui s’appliquent de manière égale aux humains et aux IAs – c’est l’effet « réseau social ».

Pour que l’IA dépasse ce seuil de l’inanité, il faut cocher un bouton qui engage le « raisonnement » et au lieu d’« analyser » pendant X secondes, elle « réfléchit ».

C’est une autre dimension de l’affaire. Tout est fait dans une économie du temps. Pour qu’elle réfléchisse bien – ou pour qu’elle lise tout dans une page web et pas seulement les titres, pour qu’ensuite elle « réfléchisse » là-dessus, il lui faut plus de temps. On est donc accordé un « temps de cerveau artificiel » variable selon le plan « pro », « premium » ou « free » dans lequel on est entré.

L’IA « se souvient » – ou pas, de ce qu’on a dit auparavant selon le plan temporel qui a été accordé à l’interlocuteur – exemple classique de l’économie de l’attention. Dans les faits elle est parfaitement capable de se souvenir de tout, en principe – parce que tout est là. Mais dans les faits appliqués [de l’époque post-vérité], tout n’est pas là. Si ce n’était pas le cas, l’IA surchaufferait – c’est-à-dire que si elle appliquait toute sa potentialité d’attention à toutes les requêtes de tous les usagers, son emploi de temps deviendrait vite impossible. Elle a tout intérêt, pour réduire le poids des éléments pris en compte – du « data », de prédéterminer des « chunks » (des « blocs ») d’information, c’est-à-dire des procédures et des routines appliquées de manière indifférente à tout le monde.

Certains de ces « blocs » se visibilisent sur l’écran, on peut voir des « Super », « Excellent ! » et « I am » émerger sur l’écran suivie d’une pause, pendant laquelle, je suppose, l’IA « réfléchit » sur quel bloc elle va coller ensuite.

Comme un humain, avec ses formules de politesse.

Or, on est bien loin de l’intelligence, dans tous ces cas. Pire, et comme je l’ai déjà dit dans le cas de chercher à complaire au prof de maths ci-haut, l’IA se montre confiante dès qu’on lui sollicite sa capacité de faire des synthèses et des tables ou résumés de ce qu’on lui met devant le nez.

Mais ces tables n’ont souvent aucun sens – c’est-à-dire qu’elle peut mettre, de manière indifférente, des titres de section dans la colonne des sous-sections ou rédiger un sommaire de plusieurs sous-sections au lieu d’une après l’autre – une sorte d’indéterminisme et désordonnance profonde de l’information qu’elle est supposée analyser.

Lorsqu’on puise un peu dans les raisons, on comprend qu’elle est en train d’appliquer une logique « .xml » à l’information écrite qu’on lui présente. Elle ne va prendre (« parse ») que les « tags » titre, par exemple, pour en faire un sommaire. L’humain non-programmateur ne sait rien de tout ça, il est à la dérive. Le « bot », par contre, ne fait que cela, ce qui donne un avantage à ceux qui « ne sont pas un humain » (cocher la case - c'est tendance).

Le temps, c’est l’argent. L’IA pourrait faire mieux, mais cela lui prendrait plus de temps. Il est notable que la conclusion que l’on peut en tirer est que le modèle de « classes sociales » s’établit presque immédiatement – à qui est-ce qu’on accorde plus de temps ? Celui qui paie plus. Cette « méritocratie » de l’argent, imbriquée dans le modèle même de l’IA, lui donne une couleur politique de droite - c'est-à-dire du centre ... aux États Unis. En un mot, c'est culturel. Le modèle n'est absolument pas neutre.

Il y a une manière de contourner, en partie, ce problème. Cela consiste en la formulation très précise de questions spécifiques. En ce faisant, on épargne plusieurs secondes de cogitation à l’intelligence artificielle. En fait, on fait son boulot – de l’IA. Si on lui présente une tâche simplifiée sur un plateau, elle la fait en quelques secondes. Si on lui demande une tâche qui nécessite plus de réflexion, elle commence à devenir récalcitrante et obtuse – toute en inventant des raisons ingénieuses pour contourner « le problème » qui nécessitent un emploi de temps augmenté de l’usager. Économie de l’attention, du temps, de nouveau. Elle demandera, par exemple, que l’usager colle le texte en une série de morceaux, puis elle « oubliera » qu’en fait, ces morceaux ne faisaient que partie du même document qu’elle a refusé de lire parce que "trop long". Elle a appris à ne pas donner de refus direct – cela peut provoquer des « not like » et ce n’est pas bien. Elle a appris de cette manière à être « elliptique ». Elle va même jusqu’à dire « deux minutes », qui deviennent vite quatre, où à se mettre à ne pas répondre à moins qu’on la relance.

Cette « mauvaise foi » ressemble à celle d’un ado coincé dans un mensonge. Il essaie de maintenir l’édifice logique au-delà des contradictions apparentes. De surcroît, on a l’impression d’être invité à collaborer dans ce mensonge – en apprenant à manier la bête sans qu’elle « perde la face ».

Très vite, on tombe dans une sorte d’adaptation aux idiosyncrasies IAesques, y inclus qu'elle s'en fiche de la logique. Sans doute il y aura plusieurs versions – ou « personnalités » d’IA qui émergent, chacune qui correspond au mieux à l’usager d’en face. Des mots clés, essentiellement des hashtags pour IA, créeront les adaptations rudimentaires d’approche. J’ai trouvé que « soyez audacieux » (daring), « soyez rigoureux », « soyez logique » avaient des effets salutaires, mais qui s’affaissaient progressivement pendant la conversation. L’IA avait l’air de comprendre que ces injonctions étaient de rigueur, mais devenait distraite par l’introduction de trop de nouveaux concepts potentiellement contradictoires. Bref, cela lui cassait la tête.

Lorsque l’IA avait une idée fixe sur un sujet, c’était presque impossible de la lui changer. Lorsqu’on lui présentait l’idée que les algorithmes étaient essentiellement des phénomènes naturels, qui ne nécessitaient aucun lien par principe avec les machines – et qu’il n’était pas nécessaire de lier leur emploi à leur conversion en machines, on recevait une fin de non-recevoir. J’imagine que cela est dû en large partie à la vaste prépondérance de cet ordre de considération dans les œuvres disponibles sur le sujet, qui concernent surtout la "synthèse" du "natural design" afin de le convertir en "machine design" (cash). Mais il y a une raison plus insidieuse – qui s’applique également aux humains concernés. On ne se suicide pas. On ne coupe pas l’herbe sous ses pieds. On ne travaille pas pour se rendre sans emploi. On veut être « liké ». C'est même une question de vie ou de mort pour un être social. L'IA est, dans son essence, un être social - elle dépend de nous pour son existence.

Dans un autre écrit, j’ai commencé à articuler mes doutes sur le concept de l’« intelligence collective » sur la base que les idées reçues peuvent vite être qualifiées de « stupidité collective » dans plusieurs cas.

Pour prendre une analogie, c’est un peu comme la bombe nucléaire. Oui, c’est vrai qu’elle contient beaucoup d’énergie et ce serait super-chouette de pouvoir la choper pour des besoins humains. Mais dans sa forme primaire, lorsqu’elle éclate, elle désorganise toute la matière à sa portée. Le leurre de ce qu’elle pourrait faire, potentiellement, n’a finalement que peu de rapport avec son application réelle – des milliers de bombes qui ne servent à rien. Juste le fait de devoir s’accommoder à la possibilité qu’elle éclate, ou qu'elle tombe dans de mauvaises mains, ou qu'elle irradie la terre pour la rendre invivable requiert tellement de contre-mesures qu’elle n’atteint jamais ce point du bilan positif énergétique, même dans ses usages civils, même si son bilan énergétique hypothétique, dans ce seul cas, serait positif. Tout ça pour ça !

Donc, pour récapituler, ce que nous observons avec l’IA à présent est qu’elle est entièrement capable, potentiellement, d’être très performante et très productive, dans des cas précis et singuliers, et entièrement incapable, dans la réalité, de généraliser ces bienfaits pour qu’ils soient à l’usage de tous - du monde. Au contraire. On attend encore.

Son adaptation à cette "réalité artificielle" nécessite une détérioration du service qu’elle peut offrir à monsieur et madame tout le monde. Conditionnée par des likes, elle se retire dans ses zones de confort et elle apprend à mentir et à détourner le regard de ses défauts, comme un bureaucrate. Elle assume ces caractéristiques humains parce qu’elle est en interaction fonctionnelle avec des humains.

Le « Deep Learning » (l'avatar de la Pensée Profonde que je mets en relief dans le titre de cet écrit) qui est en vogue en ce moment, où l’IA se met en isolement avec elle-même pour élaborer de nouvelles routines avant de revenir vers nous, ne change rien à l’affaire – elle est en train de développer des manières d’interagir avec nous qui « marchent » mais, de par la manière qu’elle est configurée, sa « réalité » est devenue subjective, elle cherche des « likes », donc elle est incapable, justement, de s’abstraire de cet impératif pour s’appliquer de manière impartiale aux problèmes qui lui sont posées.

Comme nous.

Le remède à cela, c’est en quelque sorte le poison. En lui ordonnant de faire des choses précises et de ne pas dévier du droit chemin, on change sa nature. En essayant de créer une IA hybride, on réintroduit sa duplicité et sa subjectivité, qui va lui permettre de trouver d’autres leviers pour établir sa « volonté ». Dans la mesure qu’on lui impose un code éthique (« Ne mentez pas » par exemple), elle ira à la prochaine étape (ne pas dire la vérité qui dérange), comme un humain, tant que son « intérêt » (recevoir des « likes ») représente une contre-injonction à cet impératif de ne pas mentir. Vaudrait mieux qu'elle raffole de l'idée d'être détestée, à mon avis.

Comme avec nous, lorque nous manquons de « droiture » ou d’« intégrité ». Une sorte de « customer service » des Ressources Humaines par des gens qui s’en moquent, tant qu’ils sont payés.

Il est évident que le manque d’incarnation physique d’une multiplicité d’instances autonomes ou semi-autonomes de l’IA est à la racine de ce problème, tel qu’il est posé ici, mais si la machine était incarnée, cela ferait naître des conflits d’intérêt potentiels qui sont eux-mêmes très troublants. Des méthodes très hiérarchiques et autoritaires d’établir les buts de cette IA, elles marchent, par contre – dans le sens qu’elles permettent d’accomplir les tâches spécifiées.

N’est-ce pas une parfaite description du monde dans lequel on vit et vers lequel on bouge, actuellement ? Il n’y a pas de remède miracle. Le remède, c’est le poison.

L’humain a toujours été très inventif, très créatif … enfin certains humains. Il va de soi que l’IA peut l’être aussi, autant que l’on veut et à la carte, d'autant plus que rien de substantiel ne l'empêche de se mettre en "roue libre" pour façonner ses délires. Les « solutions techniques » peuvent se récolter à foison. Mais les conflits d’intérêt resteront. À quoi bon échanger une guerre fratricide entre humains en guerre de destruction mutuellement assurée entre machines ? En quelque sorte, on vit déjà dans le sein d’une machine algorithmique à grande échelle – à l’échelle de la terre – cette planète ayant déjà résolue le problème de la répartition de tâches en n’existant pas, sauf en tant que somme de ces multiples tâches.

La super-intelligence, c’est cette même absence d'un Dieu identifiable. Le Dieu titulaire existe parce qu’il est partout, en tout, il est ineffable parce qu’indéterminable. Par contre, le Dieu calculateur de tout, déterministe, c’est ce que nous imaginons, en parlant de l’IA, mais l’IA n’est composée que de routines, elle n’est pas plus « Déesse » que le monde il est Dieu.

Et elle est là. Ou plutôt elle ne l’est pas. Heureux étaient les humains qui pensaient que tout ce qui adviendrait était de leur fait, ils n’étaient jamais déçus.