radio
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samedi 20 août 2022 (rev.220914)
ProFrugal conducteur
1. Introduction
jeudi 15 septembre 2022 : 15h-16h
2. Comment on s'y prend
jeudi 22 septembre 2022 : 15h-16h
3. le nomadisme : voyages lents
jeudi 29 septembre 2022 : 15h-16h
4. L'habitat - les écolieux
jeudi 6 octobre 2022 : 15h-16h
5. Guerre écologique : désuétude programmée
jeudi 13 octobre 2022 : 15h-16h
6. Greenwashing
jeudi 20 octobre 2022 : 15h-16h
7. Agriculture - biosphère
jeudi 27 octobre 2022 : 15h-16h
8. Industrie-chimie
jeudi 3 novembre 2022 : 15h-16h
9. Globalisation-localisation
jeudi 10 novembre 2022 : 15h-16h
10. Réalité somatique : les sens, la proprioception
jeudi 17 novembre 2022 : 15h-16h
11. Solutions vivantes; obstacles sociales
jeudi 24 novembre 2022 : 15h-16h
12. Conclusions
jeudi 1 décembre 2022 : 15h-16h
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jeudi 15 septembre 2022
1. ProFrugal introduction
vous pouvez ré-écouter la prémière émission de ProFrugal ici.
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mercredi 21 / jeudi 22 septembre
2. comment on s'y prend
bleu rose fleurs
solutions immanentes
C’est dans l’air du temps. On n’a jamais eu de semaine si bourrée d’écologie que
celle-ci, au moins sur la média d’état. On a même dit qu’il
fallait plus de travail humain, même un peu pénible, et moins de
travail de machines. On a parlé d’ascétisme et de sobriété. Le
mainstream est en train d’occuper le terrain des perchés.
L’écoféminisme milite contre la culture de la dominance – dans
ses rangs. Le privé se nationalise, dans un climat de guerre
outrancière. Tout paraît contenir un reflet climatique, écologique,
y inclus le social. La reine de la modération et de
l’auto-effacement est morte, vive le roi qui parle aux plantes!
Infrastructure, systèmes sobres – où va-t-on?
Ce que l’on entend aujourd’hui, c’est plein d’analyses et de critiques –
les rapports du GIEC ne font que ça et cela stimule les autres à
faire pareil.
Ce que l’on n’entend pas, ce sont ceux qui ont des propositions concrètes de
systèmes alternatives.
Mais c’est bien de cela que ça traîte. Systèmes. Et, basé sur l’expérience, je
sais pourquoi on ne les propose pas – parce que l’on sera mis au
ban de la société. Des Amish – Macron n’a pas pu le dire plus
clairement. Justement, nous pouvons tous devenir des Amishs, à notre
guise.
Les exigences de performance, d’intégration sociale, d’une société de
travailleurs, ce sont des ordonnances de conformisme – de
conformité stricte. Ceux qui proposent des systèmes sobres,
frugaux, réalistiques, d’adaptation, sont caractérisés de
non-conformistes, de révolutionnaires, de déséquilibrés,
d’inadaptifs. Et en réalité, ce ne sont que ces gens qui ont un
marge de manoeuvre qui peuvent faire leurs choix de style de vie, qui
parlent, incessamment, des bénéfices spirituels, etc. Les pauvres
savent très bien que cela ne marchera pas comme ça pour eux. La
bagnole, par contre, oui.
La rareté de vraies propositions systémiques, infrastructurelles, engendre une
sorte de flou, où on parle de l’imposition de sobriété ou
de son acceptance libre et démocratique. Mais quelle sobriété,
quel modèle? Qui bouge quoi, comment ça marche?
Est-ce que ce ne sont que des voeux pieux, faits d’intelligentsia et d’alternatifs?
N’est-ce pas que c’est parce qu’on est ignorant qu’il y a un
manque de clarté sur le “comment faire”, qu’il n’y a que des
théorie et des généralismes?
* * *
Le mardi 20 septembre 2022 à 21h sur France Culture il y a eu une émission sur
l’urgence de l’enseignement sur l’écologie dans les Grandes
Écoles et le manque d’enseignants. En fait il n’y a que ça, en ce moment. C’est
un peu riche, pour ceux qui y ont consacré leurs vies de se trouver
au centre du débat “sérieux” des gens qui comptent, sans encore
qu’on les écoute, mais …
Toute l’élite font déjà courir le bruit, ils sont tous au courant de la fin du monde dans
lequel on s’enlise, ce n’est que la majorité démocratique qui paraît ne rien y
comprendre. Faut les éduquer, sauf que … ils veulent “agir” sur leur destin
collectif, en plus. Comment faire (ils ont du mal à envisager ce
qu’ils n’ont jamais expérimenté eux-mêmes).
Mais en fait, tout le monde, ou presque, comprend très bien qu’il n’y a toujours
pas de propositions concrètes, pour eux – que des bullshit jobs et des impossibilités administratives
de faire autrement que plus d’industriel. Même s’ils voulaient faire autrement. Sinon,
on leur donnerait déjà des jardins, non, et des conditions de
travail sans machine abordables? Il n’y a vraiment que très peu de
signes que cela se passe comme ça, vraiment. L’inverse, plutôt,
si on regarde le bilan.
Cela a été comme ça pendant tellement de temps, tellement de
générations, qu’il faudrait vraiment d’autres dignitaires pour
leur donner des leçons – puisque tous ceux qui sont en place sont
les “succés” de ce monde dans lequel on vit. Par définition.
Tous sans exception, par définition – les scientifiques, les médecins,
les politiciens, la média, le monde de la culture, les sportifs, les
entrepreneurs, tous nos héros et nos héroïnes.
J’ai compris ça quand j’ai vu un film qui faisait bruit, vers 2012, d’un
autrichien qui tout seul a remodelé plusieurs hectares de terrain
aride et pentu dans une vallée de la montagne autrichienne, en petit
paradis pisicole, plein d’arbres fruitiers. “Me voilà.”
dit-il, “Vous voyez bien ce que j’ai fait, émulez moi!” Plein
de bassins à usage agricole. Très efficace. 30 hectares, une seule
personne. Impressionant.
C’est le bon vieil astuce de faire d’un riche et son style un leurre, une
aspiration. Je la trouvais tragique.
Il a tout fait à la pelle mécanique et au tracteur, en fait. En fait, sans l’appui
du mécanique, il n’y est pour rien, nulle part – c’est la
machine qui fait le travail, en gros. Toute cette énergie – et les
terres – coûtent de l’argent, beaucoup d’argent. Il en a. Son
travail a une profile énergetique, en fossile, tellement néfaste
que jamais dans une vie de travail il ne pourrait la compenser tout
seul. Et pourtant, un travail de jardinier peut très bien alimenter
un être humain.
Bon, à cette époque lointaine – 2012 – cela passait pour l’écologie.
J’étais dégoûté. Ensuite ils ont décidé d’acheter avec les
bénéfices de leur FestiZad, quelques 20,000 euros, dans un
tracteur, pour être “autonomes” en production de fruits,
légûmes, blé, …
En soi c’est une aspiration noble, si c’est sans tracteur. Mais acheter des machines
industrielles pour faire le travail qu’on ne fait pas soi-même, en
entretenant un paysage amènagé à l’usage taille industrielle,
c’est quelque peu illogique. Qu’en est-il de l’entretien des
haies, des sentiers et des accidents de terrain qui sont propices à
la bio-diversité et la diversification d’habitat?
Ce n’est pas la présence des humains qui pose problème ici, c’est la présence et
le passage de leurs engins, comme la voiture, le tracteur ou le
camion, à haute vitesse. Un humain ou un vélo passe facilement sur
un sentier d’un mètre de largeur, à basse vitesse. Le
renforcement des routes, des ponts et chaussées, pour un usage de
poids plus lourd, plus grand, … c’est vastément dépensier en
énergie, un cycle infernal.
La plupart de nos “petites” routes de campagne font actuellement de 8 à 12, voire
15 mètres de largeur. Sans parler des routes plus grandes, les
départementales, les nationales. Lorsqu’il y a endiguement
systèmatique, les largeurs augmentent.
Mais la sobriété écologique implique cette logique – elle implique l’évolution
d’une économie à poids léger, qui maximise l’emploi de
l’effort et du travail humain, profitant de son faible poids,
empreinte ou trace physique, mais surtout de sa capacité
d’auto-organisation systémique.
Nous sommes très adaptables, nos systèmes politiques et sociales nous organisent. Le
défi est donc dans ce sens d’auto-organisation. Quelle voie suivre
pour survivre?
C’est bien un débat qu’il faut poursuivre, … un chemin à creuser, parce qu’il
est bien là, devant nous.
* * *
Cette émission sur l’écologie de France Culture – don’t je parlais tout-à l’heure – a
coutûme de se présenter de manière apparemment modérée – trop modérée. Modéré,
cela veut dire, toujours en retard sur la vérité, pour des raisons
de calcul politique et social de ce qu’il est faisable de dire.
À cette finalité de neutralité non-neutre, dans le non-dit, il arrive
de se faire des invités qui le disent quand même. Dans ce
sens, la fiction de la neutralité est entretenue.
Cela pose problème parce que cela renforce la perception que les voies innovatrices
viennent des radicaux – voire des extrèmistes, des marginaux qu’il
ne faut pas écouter. Bizarre, ils ont eu raison, avant tout le
monde, ils ont été courageux, avant tout le monde, ne serait-il pas
temps de leur donner un peu d’attention? Si ce n’était que pour
sauver sa propre peau?
L’émission de ce mardi a pris ces concepts, les a édulcoré comme sujet la
formation à l’action – dans les grandes écoles. Quelle ironie!
Cela donnait le pretexte pour des clips d’étudiants radicaux qui
parlaient de la nécessité de passer à l’acte. On a même invité
un ex-étudiant de la Polytéchnique (fils et grand-fils de
polytechniciens) à parler, live!
Il a choisi de vivre des expériences écologiques dans un village de Normandie. Il
a sans doute un tracteur et de l’argent, on le sent.
On a parlé du besoin de relier acteurs et professeurs, mais il faut quand même
reconnaître qu’à part les étudiants, il n’y a pas encore, à
la média nationale, des têtes parlantes qui agissent vraiment.
collapsologie – c’est foutu – tragédie, pas de drame
mercredi 21 septembre 2022
Notes sur la Terre au Carré
Endiguement
Invité: Dominique Mehda
Cette infrastructure, de refuges de montagne publics, mais cette
fois-ci pour d’autres fins, permet le déplacement aux
gens relativement humbles, qui continuent
d’exercer leurs libertés de base, de mouvement, d’association,
de travail ou de partage, sans entrave.
Ce n’est pas le cas si l’infrastructure n’est adaptée qu’à
la seule voiture d’abord, ou au seul poids lourds. C’est le cas
actuellement, les nouvelles constructions d’habitat humain doivent,
au-delà d’une certaine taille, être accessibles aux engins des
Pompier, de plusieurs tonnes.
- “Prospérité” – pourquoi pas “(auto)-suffisance”, reprenant ainsi l’usage nouveau anglais d’“auto-sufficiency”?
- Investissement en rail, tramway (collectif donc, et avec le CoVid?)
- “circuits courts”
soyons spécifiques – quel rayon? Réalisable à vélo, à
la marche – à vélo collectif? On ne peut pas louer les voyages
lents sans aborder la logistique du voyage lent. Le voyage
pour tous, riches et pauvres, les sobres
que les ostentatoires.
- Moins de travail des machines, plus de travail humain.
- Plus de travailleurs dans le secteur de l’”agriculture”( pardonnez-moi, “jardinage” ).
Donc, selon elle, “1 million de plus d’agriculteurs”
(quel terme vague, finalement)?
C’est plutôt habiter en immersion avec la nature de manière
vivrière, bioproductive. D’ailleurs, si le terme “jardinage” a
plus de sens, c’est qu’il y a toute la transformation saisonnière
de produits à prendre en compte, qui évitent les achats, ou qui
permettent l’échange de la production.
Rappelons-nous qu’un jardin se vit à proximité, est qu’il
est réellement très productif, par hectare, plus que l’agriculture
dans des champs, ou le seul élevage.
Trois jardins forestiers par hectare, 3000 mètres carrés chacun,
de quoi nourrir plusieurs personnes, potentiellement. Le défi est
technique – il nous faut nous réalimenter en main d’oeuvre
humain formé.
Ne pourrait-on pas mieux dire si l’on parlait de plus d’habitat
qui se vit en intégration avec le monde végétal et animal?
- “Emplois utiles, localisés, partagés”
- Là, je la suis totalement.Il s’ensuit logiquement qu’il faut accommoder la
la présence d’une force de travail mobile. Le travail saisonnier
est nécessaire à une économie paysanne rurale qui n’est pas
basée sur les machines. Une infrastructure qui tient compte de la
sobriété permet à des humains de voyager par leurs propres force,
sans véhicule. Mais à présent, le cadre administratif punit les
habitats innovateurs, à très bas coût énergétique, sinon les
fait détruire.
- “Le PIB occulte (cf. Travail domestique), l’empreinte carbone, et de là …
- Une proposition de “compte carbone”, budget limité au-delà d’un seuil
- reconvertir – reconversion de compétences massive, partage de savoirs faire
divers (étude co-commandée par Action Climat)
- Une société nouvelle (nouvelle structuration de la société)
Alain Pavé : Comprendre la Biodiversité 2019, p.279
“Dieu doit beaucoup à Bach.” d’après l’expression d’un certain
Cioran “S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est
bien Dieu”.
“Dieu ne joue pas aux dés” attribué à Einstein
“la vie doit beaucoup au hasard” (Pavé), et il continue: on peut même
montrer que, sans hasard, pas d’évolution et même tout simplement
pas de vie et, évidemment, pas de biodiversité.
Dieu serait peut-être le dé lui-même (Pavé)
L’exemple de: “[…] “systèmes dynamiques”, avec les équations
différentielles, ordinaires et aux dérivées partielles, ainsi que
les équations recurrentes afin de mieux représenter les mécanismes
du vivant .
“Les quelques combinaisons qui ont résisté ont constitué les
premières pièces du Lego de la vie puis, petit à petit sur le très
long terme, l’édifice s’est construit et continue à le faire,
largement à “coups d’essais et d’erreurs” pour
constituer ce qu’on appelle la biosphère, avec toute sa
diversité.”
Cela explique bien l’importance de la biodiversité, elle prend son
temps. Elle s’accumule et elle s’organise. Comme nous, qui sommes
tout juste en train de définir notre cahier de charges.
Retenons ce mot d’ordre de passage à l’acte, le besoin de mettre
ses mains dans le cambouis des étudiants de sciences po – mais
n’est-ce pas la méthode pédagogique des écoles Montessori –
pourquoi pas des écoles linéaires, en mouvement, en interaction
avec la biosphère?
Pour relever le défi, vaut mieux être en état de marche …
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mercredi 28 septembre 2022
3. Domiciliés Boucle - l'aspect nomade
Rématérialiser notre monde à tous
L’une
des méthodes les plus fiables et sûres de répondre à nos besoins
écologiques élementaires, c’est de redynamiser le monde à
l’échelle humaine, en conformité avec la réalité somatique et
sensorielle de l’humain.
Cet
objectif est atteint, en partie, lorsqu’on se réintègre au
vivant, lorsqu’on réapprend les usages du vivant. Ce n’est pas
donné, lorsque vous ếtes acculturé depuis le plus jeune âge à
vivre dans des cages. L’analogie entre nous – notre besoin de
stimulus et interactivité, tous comme les grands fauves dans les
zoos, pâlit lorqu’on constate que les améliorations des
conditions dans les zoos n’ont pas été suivi par l’amélioration
des conditions de vie en appartement de l’être humain.
Dans
ce cadre, le téléphone portable se montre un jouet insuffisant,
mais très économe.
Voyons.
Je n’ai pas abordé le gros du problème énergivore de notre
société de surconsommation, devenue la norme, la valeur principale
de toute une culture dite “industrielle” mais qui laisse de moins
en moins de place aux vrais “industrieux”.
C’est
la sacrée voiture, l’automobilité dans toutes ses formes.
Je
n’ai pas vraiment saisi l’essence de la voiture moderne avant de
visiter – tout dernièrement – vous pouvez aller sur le site de
l’émission et visiter l’article “Mobile”, rubrique
“Concept”, qui traîte en partie du Port Royal, dans les Bouches
du Rhône. J’y ai posé quelques photos des quilles des bateaux que
l’on répare là-bas, tout hydrodynamiques qu’ils sont, comme les
corps des baleines, des orcs ou des dauphins.
Pour
les voitures et les avions, on dit “aérodynamique”. Il faut
atteindre des vitesses supérieur à 30, voir 50kmh avant de
commencer à vraiment sentir la force du vent. A partir de 130kmh,
cela devient de plus en plus comme un mur, ça frappe.
Tandis
que dans l’eau, plus dense, ces effets de turbulence et viscosité
se détectent à des vitesses bien plus réduites.
L’être
humain marche sur la plante des pieds, qui ont des surfaces assez
grandes pour mieux distribuer le poids d’un bipède. Il n’a pas
besoin de prioritiser l’aérodynamique de son corps, c’est un
corps finalement très versatile.
La
voiture moderne est aérodyamique, comme un oiseau, comme un bateau,
comme une baleine, parce qu’elle va vite. La route est vastement
plus simplifiée, plus grande, plus lisse et plus prédisible, pour
nous permettre de rouler à toute allure en toute tranquilité à une
vitesse que, dans des conditions normales, nos sens ne pourraient pas
accommoder.
Les
panneaux indicateurs sont vastes aussi, écrites d’une lettre sans
sérif de grande taille, qui nous indique notre chemin de la manière
la plus réduite possible. Comme si nous étions des enfants. A
grande vitesse, tout doit être simplifié, nous n’avons pas
vraiment le temps de réagir.
Les
gens ne voient pas tout ça, le paysage passe trop vite et en tous
cas, on a de quoi s’occuper juste pour tenir la ligne.
Il
est sans surpris que l’on découvre que ce paysage routier, où
aucun détail ne nous est vraiment accessible, devient un désert, à
l’échelle industrielle d’autres véhicules, des tous-terrains,
des tracteurs. Nous n’y sommes pas engagés – nous ne savons même
pas … de quoi ça traite.
Et
les gens s’en foutent de tout cela, par conséquence. Cette
histoire d’immersion dans le monde du vivant, c’est une histoire
d’intérêt, de familiarité, de confiance. Ne cherchons pas
beaucoup plus loin que les habitudes de tous les jours. Un peu de
jardinage change déjà la donne. C’est une expérience
enrichissante, un environnement enrichi pour un humain – comme on
fait pour les chimpanzees.
Sauf
que pour les humains, c’est un enjeu de vie et de mort, nous
impactons tout le reste.
Parler
plus – se parler plus – est également une expérience plutôt
enrichissante. Ce sont des fonctionnement humains de plein
épanouissement de ses potentialités, si l’on veut.
Ce
n’est pas pour nier l’intellectuel, mais la reflexion – la
pensée humaine – n’est pas vraiment abstraite, elle traîte de
ce qu’on lui donne comme alimentation, ne serait-ce que la langue
qu’on emploie.
Décroissance
L’imaginaire positif autour de la sobriété
Cela
pourrait étonner, avec un titre comme ProFrugal, que je suis peu
convaincu par tous ces mots qui communiquent la parsimonie, je vois
surtout des opportunités pour améliorer la qualité de vie humaine
– des vies pleinement réalisées.
Sans
cesse, l’argument que l’on y oppose, c’est la réalité de tous
les jours – la fin de mois, le besoin absolu d’un certain pouvoir
d’achat.
C’est
raisonner à partir du cas particulier, d’une océan de cas
particuliers. Mais pour répondre à ces besoins individuels et
individualistes, c’est tout un système qu’il faut changer.
Tout
simplement, ce n’est pas le cas individuel qui compte. S’il y
avait des trains à prix et à fréquence abordables, on aurait moins
besoin de la voiture. S’il y avait des ressources humaines
adéquates à la campagne, on aurait moins besoin de se déplacer au
loin.
viaduc 2
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jeudi 6 octobre 2022
4. l'habitat
alguie
Ce
sont les notes du début d’émission – j’ai ensuite utilisé
les notes manuscrites que je n’ai pas pu transcrire encore, faute
de temps sur un ordinateur branché et avec accès ftp (file transfer
protocol) – s’il y en a qui lisent ces mots qui peuvent me
proposer un contexte (quelques heures devant un ordi dans un lieu
dit) tel que je peux mener à bien ces travaux j’en serai très
reconnaissant … et ceux qui m’écoutent aussi, j’espère ;)
Cette émission, le No.4, est censé traîter
de l’habitat. La dernière se concentrait sur le mouvement, le
transport, le nomadisme.
Mais comme cela a été démontré, dans une analyse dynamique, on ne peut
pas échapper au cadre.
Sur
l’Aire des camping car, j’ai demandé à un norvège en mobilhome
où se trouvait l’eau.
Sur
France Inter, La Terre au Carré hier mercredi venait de Millau, pour
parler du vélo. Ils ont identifié le problème en France du vélo
conçu comme un sport, par rapport aux pays nordiques, où c’est
tout le monde qui le fait.
A Millau, on a beaucoup d’élan, pour créer des systèmes de
covoiturage, pour les trotinettes électriques, pour les nouveaux
types de transport léger dont traitait l’émission …
mobilité - à vélo
J’ai entendu l’émission sur le vélo-mobilité,
ce mercredi 5 octobre 2022, sur France Inter, La Terre au Carré.
J’ai la sensation que tout le monde est en train
de bouger, très lentement, trop lentement, vers des positions pré-existantes mais ignorées - c'est une démonstration de l'amnésie de l'histoire et de l'importance de sa mise en valeur.
45kmH, c’est trop rapide. 100km en 2 ou 3
heures, c’est une manière de ne pas changer la topographie de nos
vies, alors qu’il nous faut densifier les populations rurales et
réintégrer nos vies au vivant. En fait, chaque interlocuteur sur l'écologie se devrait de parler des gens aui vont participer dans son expérience, comme s'ils faisaient partie du grand ensemble, de nouveau …
Si l’on crée une mobilité pour
les gens du pays, sans accommoder les transporteurs, les messagers et
les travailleurs actifs en déplacement, on reste dans le même
modèle industriel.
La mobilité crée l’habitat.
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jeudi 13 octobre 2022
5. guerre écologique - désuétude programmée
Intro / sommaire
La situation se cristallise - c'est comme un voyage de découverte civilisationnelle, où on procède par toutes les étapes de l'apprentissage, où une allégorie des sept fléaux de Moïses; les gilets jaunes et leur fixation sur l'essence, le climat qui se réchauffe manifestement, l'extinction de la biodiversité, la séchéresse, le virus pandémique, la troisième guerre mondiale, les grèves pétrolières. Et le rémède: la frugalité, la sobriété, la prospérité, l'écologie, ...
Mieux dit, dans la version Macronesque: les subventions, pour faire tourner la machine économique. La solution finale.
Le problème est que tous ces problèmes sont entremèlés, mais la politique se prétennd strictement politicienne. Ah, les chasses gardées! Avec chacun qui se renvoie la balle sur l'autre, jusqu'à ne pas savoir qui est qui.
Guerre écologique
Le plus fréquent, ce sont des gens qui disent
qu’ils ne sont pas écolos puisqu’ils ne pratiquent pas – même
qu’ils sont pleins dans l’industriel.
Je leur réponds que ce n’est pas comme ça
qu’on raisonne par rapport à l’armée – les soldats ils y vont
pour nous, ce n’est pas parce qu’on n’est pas soldat qu’on ne
les soutient pas, avec leur courage.
C’est une guerre dans ce sens, on soutient les
actifs écologiques – puisqu’on en a grave besoin pour nous
défendre, même si on ne peut pas soi-même.
Cela déblaye le terrain un peu, on sait pourquoi
on soutient l’armée écologique.
Le deuxième exemple qui me vient à l’esprit,
ici en France, c’est la Résistance – qui est un modèle
exemplaire de solidarité dans l’adversité – qui fait partie de
la culture partagée.
On peut même apprécier l’ironie de la
situation, ceux qui hébergent les résistants actifs, qui les
protègent, ont tout intérêt à cacher leur soutien logistique, de
rester dans le rôle de non-combattants. On peut faire l’analogie
avec la guerre en Ukraine, où les ukrainiens versent leur sang et
nous, qui ne sommes pas en guerre, les alimentos avec des munitions
dans cette entreprise.
Par rapport à la guerre écologique, où on se
combat avec et contre les éléments, on est un peu dans la situation
d’une population captive dans une zone occupée, ici à la campagne
française.
Les riches, les hyperconsommateurs sont ici, chez
nous – même quand ils ne sont pas là – ce serait le cas des
deuxièmes résidences, des gîtes, des usines abandonnées, …
Sans hypermarchés, les hyperconsommateurs
crèvent, même en campagne.
C’est comme un kit de survie, le premier outil à
récupérer, les moyens de se défendre.
Pour en sortir, de cette dépendance à distance,
il nous faudrait créer des endroits pour se ressourcer, des relais
d’étape, mais aussi des ateliers, une mutualisation du travail,
des lieux de stockage, des gîtes de passage, des espaces de partage
et d’orientation – sur la voie publique, sur les marchés locaux,
accessibles au maximum de gens qui sont vraiment, physiquement là.
Ces outils permettent de s’autonomiser – de
faire des jardins, de transporter des denrées, d’apprendre des
métiers et de se présenter sur le chantier.
Das un pays champion de l’agriculture sans
agriculteurs, on pourra créer une nation de jardiniers décontractés,
libres de leurs actes, libres de leurs mouvements.
Dans un pays dominé par la voiture, on pourra
récupérer des pistes marchables, cyclables, sans peur. Tout cela
est maintenant à portée de main, si on le veut bien.
Pourquoi la Guerre écologique ?
Pourquoi pas ? La guerre est toujours
multidimensionnelle. En sciences politiques, on peut utiliser un
schémat basé sur l’idée de conflit.
Dans une guerre de « haut conflit »,
le mouvement domine, les sédentaires sont pillés, leurs terres
incendiées.
« Bas conflit », dans ce schémat,
équivaut à « coopération ». Les soldats, des nomades
qui pillent et qui violent, sont remplacés par des saisonniers qui
sèment et qui récoltent. Ce sont les sédentaires qui dominent, pas
les nomades. Dans une autre dimension, cela s’appelle une guerre de
positionnement et d’occupation.
Napoléon disait qu’une armée marchait sur son
estomac. En général, une bataille décisive est déjà gagnée par
sa contextualisation anticipatoire. On parle de « théâtre de
guerre », mais je pense toujours à son inverse :
« guerres de théâtre », dans le sens que la mise en
scène déterminera le résultat.
Ceci est particulièrement important lorsqu’on
traite de la guerre écologique. Il est important d’identifier
l’ennemi, de le cerner de près. L’ennemi est en nous – un peu
comme aliène, inextricable – et cependant il nous faut nous en
séparer, coute-que coûte.
(je recommande à tous ceux qui m’écoutent
d’ultiliser sans crainte toutes les expressions dont le président
s’est accaparé ces dernières années, sans vergogne).
Le terme « guerre » est utile dans le
sens qu’il admet la possibilité d’une force hostile. Je peux
dire que la plupart de discours écologiques actuels s’agitent sur
un terrain neutre, comme si l’ennemi était décervelé, un simple
objet sur lequel il faudrait agir.
Mais non. L’ennemi est hostile et proactif –
il défend ses terres, il défend ses acquis – logiquement.
En réalité, la territorialité, la
subordination, le colonialisme, objectifient les relations
subjectives, imposent un rapport de force.
Parler de ce rapport de force n’est autre que
dire, selon le dictum anglais « être propriétaire, c’est
9/10 de la loi. »
En termes stratégiques, donc, ceux qui eux-mêmes
bougent … et comment (!) et qui detiennent des pieds-à-terre
partout, ont le meilleur des deux mondes stratégiques. Ils n’ont
qu’à fixer les dépossédés et sans domicile sur des domiciles
fictifs ou des résidences fiscales, pour contrôler totalement
l’affaire.
Cela explique, en grande partie, pourquoi on n’a
pas agi ou bien que l’on continue dans des politiques
anti-écologiques, bien qu’au niveau rhétorique on se prétend
très ouvert à l’écologie.
A chaque échelle, y inclus le micro-échelle, il
n’y aura pas grand’intérêt à agir. Ceux qui agissent ne
pourront pas vaincre, ils vont contre toute une série d’intérêts
pré-existants dans chaque lieu. Seulement ceux qui ne menacent pas
les pouvoirs existants avancent. On tue dans l’oeuf toute velléité
de créer un système réellement différent.
Ce théâtre de guerre qui est la campagne a cette
particularité, il est devenu le terroir des riches et des puissants,
seules les villes rurales ont un profile de population comprenant
aussi de pauvres, des immigrants, … Il est facile d’exclure
géographiquement, lorsqu’on est riche.
La guerre écologique prend aussi la forme d’un
poire. « N’importe où mais pas chez nous ». La voix
des riches porte loin, en campagne. Le désert rural est une création
des riches, autant que les réserves naturelles, où la présence des
humains est perçue comme nocive. Typiquement, le riche est fortement
motivé à devenir encore plus riche, comme porte de sortie, comme le
seuil du prix d’entrée au désert rural est de plus en plus élevé.
Après tout, le pétrole coûte de plus en plus cher…
perspective, gros plan
Face à ces oppressions, bien identifiées et
connues de nous tous, cette guerre écologique non-métaphorique que
j’essaie d’articuler, elle sort plutôt avec un parfum de rose.
Elle consiste à joindre intelligemment les différentes pièces
humaines et de convertir les épées en outils d’usage
horticulturel.
Sans nier le rapport de force – si nous
commençons sérieusement à réoccuper la campagne avec des
pratiques saines, nous aurons gagné la supériorité logistique qui
gagne la guerre. Les collaborateurs de l’ancien régime seront
devenus nos alliés, ayant vu la direction que prennent les
événements.
Mais pour cela, il faut des …
Fils conducteurs
… des réintroductions d’espèces, une
biodiversité culturelle rafraichie.
Je parle évidemment d’être humains, et c’est
en cours. Des jeunes familles ont tendance à répeupler les
campagnes, actuellement. Mais tout est toujours en cours, même des
tendances symmètriquement opposées.
Il va sans dire que la mutualisation et la
fédération des ressources font partie de l’économie écologique
– et directement contre les intérêts de la désuétude programmée
– du marché captif, consomptif.
La désuétude programmée dans sa forme la plus
dénuée et transparente, c’est la guerre, qui brûle et qui casse,
nous obligeant à acheter toujours plus pour remplacer ce qu’il
n’aurait pas fallu remplacer.
Ici quelques suggestions de ce qu’il faudrait
mettre en place, pour durer.
– Pôles de renseignements écologiques,
analyses, chiffres, orientations
– écologie active : ateliers, formations,
écoles linéaires
– espaces de réception et de partage (accueil
sur les marchés chaque semaine)
– lieux de stockage (vélos, bagages, denrées)
– ressourceries populaires, ateliers physiques
pour créer et construire
Tous ces éléments peuvent être assimilés,
fonctionnellement, à des groupes de soutien – qui rendent faisable
la pratique d’une vie écologique – le soutien logistique qui
permet de mettre les soldats écologiques dans le champs où la
bataille est menée – de mouler le théâtre de guerre déterminant.
Et le gouvernement, avec une lenteur excruciante,
est en train de bouger dans ce sens – mais les territoires ruraux
sont à des années lumières, encore, du pouvoir central, avec une
capacité de créer des obstacles, tant constitutionnelles que
démocratiques, à l’épreuve de tout effort de changement, jusqu’à
là.
On continue de bétonniser, à la campagne. On
arrose les champs de foot et les champs de maïs, dans la sécheresse.
On chasse la vie sauvage. On plante les douglas. On élimine les
pauvres. On interdit les Tiny House.
L’exception prouve la règle. Les Tiny House
démontrent les limites de la tolérance réelle.
La désuétude programmée
Tournons-nous maintenant vers la montagne de la
désuétude programmée qui nous noye sous des déchets, hors
contrôle, actuellement. Ce monde cauchemardesque fait que les
ressourceries et le recyclage broyent et brûlent, ici maintenant,
les moyens de notre survie future, sous nos yeux.
Nous broyons notre avenir.
La Tour Eiffel avait une vie programmée d’environ
deux décennies, il y a plus d’un siécle. La durée d’existence
des bâtiments modernes est calculée plus finement, elle ne rate pas
si souvent son coup.
Il y a d’autres sources de désuétude
programmée encore plus réussies. Cramer l’essence, c’est une
manière d’en avoir toujours plus besoin. On ne devrait pas être
surpris de la popularité des quatres-quatres hyperlourds, c’est
une expression tribale de cette allégéance à la consommation – à
la désuétude programmée.
La guerre est l’expression de la désuétude
programmée la plus perfectionée – elle oblige et elle contraint
aux gens de produire et d’acheter des armes et de préférence des
munitions autonomes, qui éclatent et qui doivent être remplacées …
pour se sauver la peau.
La potentialité de croissance après-guerre d’un
pays est astronomique, du fait qu’elle doit tout régénérer.
Il y a donc une harmonie complète entre la guerre
et la désuétude programmée.
La politique de la guerre écologique est d’éviter
la guerre, l’hyperconsommation, et surtout la désuétude
programmée.
Voyons un peu plus loin.
Ceux qui manipulent, ingurgitent et dirigent à
longueur de journées des instruments de désuétude programmée, des
forfaits, des échéances, des transactions et leurs supports
physiques, également fragiles dans la durée, …
C’est tout ce qu’on connaît de près.
C’est grave pour les vieillards. Comme la Tour
Eiffel, on peut leur dire – mais n’êtes-vous pas un peu
surnuméraire, vous avez passé votre date de péremption ?
C’est logique, ils ne connaissent que ça. Si ce
n’est pas brillant et neuf, à quoi ça vaut, dans deux ans ce sera
suranné ?
Le corps, aussi, doit être performant et neuf. La
forme cardio-vasculaire d’un enfant, wow ! Et on ne savait
pas, auparavant (?!).
La Tour Eiffel est en fait un vieil arbre,
statuesque et magnifique, un trésor à tous égards. Elle dépasse
tout contemporain maintenant.
Mais un humain, il a sa date limite de vente.
L’éthique de la désuétude programmée,
l’esprit de l’économie circulaire, sont-ils vraiment si loins,
l’un de l’autre ?
Sans singularités. Tout-consommants.
Spécifiés par groupe subordonné, schématisé.
clic-nudge, confort-facilité
Tout le monde est en mode clic-nudge – ou
presque.
Cette idée est venue en écoutant une petite
analyse du développement de nos cerveaux – où des gens exposés à
Pokamon à une âge précoce développent une région du cerveau
dédié au Pokemon, tout comme ils en ont une pour les visages ou
pour les lieux – mais pas pour les voitures, il paraît.
Clic-nudge est une sorte de pacification de notre
patrimoine culturelle cérébrale. Cela va ensemble avec l’économie
de l’attention qui vise à rendre productifs les services, nous,
vidés de tout autre sens.
Donc si vous avez des problèmes à suivre ce que
je suis en train de dire, parce que vous avez un rendez-vous dans
cinq minutes ou parce votre téléphone vous a blippé –
rassurez-vous, ce n’est pas par hasard, c’est dans le program.
hélice
lundi 10 octobre 2022
agir dans l’ensemble
D’après Bruno
de la Tour, mort cette semaine
… les marginaux
parce que écolos terminent par devenir centraux (ils sont
intéressants parce qu’ils avaient raison alors que ce n’était
pas de mise).
Ce n’est pas
l’environnement, l’extérieur, mais l’écologie, à la fois
intérieure et extérieure, ensemble avec nous, au pluriel. Un virus
est une carte de visite, il est en nous. L’idée de la « nature »
qui équivaut à l’environnement vivant autour de nous, qui
s’oppose à « l’environnement artificiel » dans
lequel on vit soi-même, est un fable, une pure fabrication humaine.
On peut également
mettre en cause l’idée de « réserves » de la nature,
une nature avec laquelle il ne faut pas se mêler, qu’il ne faut
pas toucher, qui fera pour nous, sans nous. Cela n’est toutefois
pas un argument qui tient la route face aux terres déjà
« artificialisées ». La terre est notre berceau, sa
croûte notre linceul.
Des mots tels que
« mutualisation », « partage », ce sont des
mots qui ne font que témoigner de l’existence de ces ensembles.
L’écologique est
intriqué dans chaque aspect de chaque sujet qui fait bien vivre –
à nous, aux êtres humains, à l’ensemble.
La santé, les
polluants, l’oxygène, l’eau, l’agriculture, la consommation,
l’économie
et, pour ceux qui font ce genre de liste, le climat, la biodiversité
L’une des erreurs
fondamentales, ce serait de séparer la biodiversité du climat. Une
absence ou quasi-absences d’arbres entraîne peu de pluie, beaucoup
de chaleur, beaucoup de sécheresse – Le peu de biodiversité amène
à encore moins de biodiversité. Nous sommes les consommateurs de ce
système. Sur cette pyramide de prédation, nous sommes le plus haut
placés.
Pour autant, nous
nous sentirons les conséquences de ce qui se passe dans tous les
autres échelons de la pyramide en dessous de nous. Plus on est haut,
plus le vide en dessous menace.
Quel serait la
hauteur « naturelle » des humains sur cette pyramide, eux
qui se sont hissés au premier rang ? Saura-t-on reproduire les
équilibres heureuses pour la vie, que sait créer le vivant ?
Sachons que nos
propres idées se trouveront confrontées aux idées des autres, que
nous pouvons tenter d’objectifier, alors que l’on préférerait
des sujets, des êtres qui font d’eux-mêmes. C’est-à-dire que
l’idée même se conjugue à plusieurs – la méthode
« naturelle » est plurielle – nous sommes nous-mêmes
pluriels.
Il peut y avoir des
milliers de Bruno La Tour, si le monde est suffisamment riche,
interconnecté et biodiverse.
Minos
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jeudi 20 octobre 2022
6. Greenwashing
trough, Lodève
Macronite - lignite
L’imprédictibilité et l’autonomie de plusieurs « êtres »
font que l’un des éléments de l’ordre naturel est forcément la
compétition – que la coordination et les prorogatives changent,
sans pour autant que cela nuise à leur enchevêtrement,
même l’inverse.
Le hasard détaillé fait l’affaire de tous.
Prenons un exemple concret. Selon un rapportage de France Inter (9h,
dimanche 16 octobre 2022), les mairies de France se trouvent face à
un mur, dans le cas de Strasbourg ces coûts
énergétiques annuels sont montés de 12m euros à 60m d’euros –
multipliés par cinq, ou par 500 %, à cause de la crise de
pétrole, conséquence de la guerre de la Russie avec l’Ukraine. Les
pénuries de carburants résultant des grèves récentes accentuent
le trait.
Pour
autant, c’est beaucoup pire que le taxe carbone qui a déclenché
le mouvement des gilets jaunes, de la France Périphérique, de la
« Province », leur ruralité artificielle étant d’autant plus touchée par ce phénomène de la hausse des coûts de l'énergie que les distances sont longues et les déplacements obligatoires.
Le
cahier de charges écologique et sa contrepartie économique
coïncident. Ils coïncident par force majeure – il n’était pas
possible d’économiser l’énergie lorsque le coût de
l’énergie était moindre, et stable, mais, dans ce nouveau monde
de l’inflation des prix ahurissante, tout est à repenser, dans
l’occurrence, et au grand chagrin des scions de la société industrielle, écologiquement.
La
frugalité énergétique est maintenant à la base de toute réflexion
économique.
C’est
très ironique. On aurait dû le voir venir. Mais bien sûr qu'on a fait tout pour le ralentir, et elle accélère !
Dans l’occurrence, certains l’ont vu venir et ils ont déjà fait
leurs calculs de réduction de leur empreinte énergétique. Les
kilomètres parcourus, le poids transporté lors des déplacements,
tout est à revoir vers le bas. On a intérêt à localiser la
production, mais aussi les sources de matière première – cela
devient plus rentable. Oui, on l'a vu venir, mais, pour constater l'inertie doctrinaire de nous tous, les collectivités locales, tout comme les pauvres, les énergétiquement éprouvés, attendent les subventions, espèrent recevoir les compensations, les "quoi que ça coûte".
Seuls les riches peuvent être prévoyants, les investissements dans l'infrastructure n'ont pas eu lieu. La pensée urgentiste, la crise est devenue un état d'âme, une manière de nous provoquer la réponse par électro-choc, là où l'habitude de l'inaction climatique était de rigueur.
Un
exemple positif donné dans l’émission de Radio France est celui de la cuisine communale
collective de légumes que l’on fait pousser localement. Les
tomates venues du sud de l’Espagne perdent le peu de goût qu’ils
avaient, face à cette concurrence, plus besoin d’emballage ni de
chaîne de froid, de surcroît. Comment s'y opposer, on est ce qu'on mange ? Cependant, on peut se demander qui a droit à ces repas équilibrés ? Les pauvres et leurs instances sociales sont tombées, elles aussi, dans le tout industriel, sont autant mis en cause par cette crise énergetique que leurs équivalents publics et privés. Un pauvre, mal-logé et mal-alimenté, coûte plus cher qu'un "audessus du seuil de la pauvreté. Et pourtant, avec des jardins à sa portée, ce ne serait pas le cas. L'une des manières d'expliquer cette absurdité, c'est le manque d'écoute des pauvres, les organismes qui les desservent les ignorent, leurs interlocuteurs préférés se trouvent au-dessus d'eux.
Les
entreprises, surtout celles à forte dépense énergétique –
l’industrie dite « lourde », n’étant pas aussi
dépendant des élections (bien qu’elles doivent penser à verser
des dividendes annuelles pour maintenir leur accès au capital et prévoir les aléas de la politique), peut
prendre des décisions stratégiques à moyenne et à longue terme. En réalité, ce sont les plus écologiquement prévoyant de nous tous, parce que les plus en contact avec les réalités du marché de l'énergie.
Nous,
en tant qu’observateurs-acteurs, peuvent finalement comprendre
qu’être écologique, être économique et être politique
commencent à se souder dans une entité, tant régionale que mondiale, qui
bénéficie, ou non, à notre intérêt collectif, même si cela
passe beaucoup par la compétition et la contrainte, la coercition et
le rapport de force.
Si
l’on nous demande de tenir en compte l’impact sur le monde entier
du cumul de nos actions particulières, on peut s’en passer, sans
que cela amenuise à notre contribution quotidienne, de fait.
C’est
comme dire que le cœur a des moyens que la raison ne soupçonne pas.
Néanmoins, nous sommes des êtres de raison aussi, et selon
l’échelle, ces raisonnements globaux peuvent fomenter une
conscience et un consensus collectifs.
intro
Dans le monde des lavomatiques, les greenwashers d’aujourd’hui se
trouvent en essorage libre.
Total se fait lessiver, au moins par l’opinion publique.
The boot is on the other foot now – and who is the pot to call the
kettle black (la botte est sur l’autre pied maintenant – et qui
est le pôt
pour appeler la bouilloire noire ? - ne me demandez pas d’où
viennent ces expressions obscures).
Les organismes de certification bio, les stages
bio-sourcés, les shamans universalistes – qui ne sont autres que
des gurus plus modernes, le prana, la méditation transcendantale,
tous ces gens essaient de s’assimiler à l’agenda verte.
Il serait temps de nommer la bête
que l’on discerne en tâtonnant . Elle date des années 1980-90,
elle est hédoniste, néolibérale, no-future. Elle est la génération
que l’on n’a pas vu venir au pouvoir, définie par sa vacuïté, son incongruïté. Autant insouciante du passé
que de l’avenir, auto-centrée, narcissique, individualiste –
autiste. Son slogan est peut-être « c’est ton choix »,
ensemble avec « There is no such thing as society » et
« I don’t know where it is, but let’s nuke it, that way I
don’t even need to know ».
C'est nous qui avons créé la société "bulle", en toute méconnaissance de cause, même si c'était le but. La Lampe d'Aladdin a été fort frottée, jusqu'à devenir passoire, l'huile s'en est toute écoulée.
GOVERNMENT GREENWASHING
LINGUISTIC GREENWASHING
LOCAL AUTHORITY GREENWASHING
… qui prennent totalement le dessus sur le greenwashing industriel …
… et pendant ce temps, le prix du pétrole monte, comme le lait sur le feu, …
… mais que font tous ces bons gens ?!
Comme le lait sur le feu, on surveille le peuple, on l’humorise,
on l’harmonise, on le scinde, on lui induit l'atomisation, comme si c’étaient des enfants
...des enfants très cons, remplis de besoins d’énergie simples et
justes, parce que juste simples. Industriels, encore et toujours, des abrutis à conditionner.
INFRASTRUCTURE
Dans cette société de l’euphémisme, est-ce que le vélo
électrique est une forme de greenwashing ? Une sorte de dogme
de la religion de la Solution Technique (Finale) ?
Et le réseau « warm shower » ou le « réso pouce » ?
Assurément. Ils n’ont pas encore subi la Transition. Ils pensent encore que la Transition, c'est quelque chose de beau et de ba ba.
Les grandes et moyennes distances qu’il faut parcourir et les poids
qu’il faut transporter, pour concurrencer la voiture et le camion,
maintiennent cette topographie fictive à trop grande échelle. De nouveau, le cahier
de charges écologique, qui pour d’autres raisons a besoin
d’incorporer l’échelle humaine, coïncide
avec celui des puissants et des moins puissants d’aujourd’hui.
C’est-à-dire que dans un nouveau monde de prix de l’énergie
astronomiques, tout change. Là où le paysan africain pensait gagner en efficacité et en autonomie, grâce au portable et au quatre quatre, là où se trouvent les grandes surfaces et le péri-urbain, dans des paysages chaque fois plus arides et semblables, c'est là que ça frappe, de plein fouet. Ce sont des endroits sans échelle mineure - les chemins d'autrefois sont perdus sous les ronces. Le mosaïc d'échanges locales est fragmenté. La piétonnisation cesse, en dehors des centre-villes. Les aménagements qu'il faut ... c'est énorme !
A la mesure de tout ce qu'on a défait, on refait, quels idiots qu'on a été, pense-t-on - mais la plupart de ces infrastructures détaillées se sont dessinées sans grand plan, sans grand architecte, c'est justement sans toute cette fracasserie qu'elles sont apparues, au menu, au fur et à mesure, comme la vie sait faire - avancer en ordre dispersé même si l'on n'est pas encore arrivé au consensus. La financiarisation et l'objectification de nos raisonnements font que le plus simple, le plus pratique, le plus organique, n'a pas encore lieu d'être dans les calculs. Les échelles supérieures, avec leur limitations budgetaires, bloquent les opérations les plus simples, à plus basse échelle.
Les greenwashers crient très fort les titres de leurs chansons. Les gens font, non-obstant.
La bande énergétique
d’un produit sera affixée, ensemble avec le nutricode.
Ce Greenwashing, un sacré phénomène liturgique. Que ce soit au
niveau de l’état, de l’entreprise
ou de chacun d’entre nous, il y a complicité dans cette affaire.
Nous
faisons semblants. Nous ne sommes pas encore en guerre écologique, oh
no. Nous nous fâchons lorsqu'on nous rappelle de ce qui se passe dans le monde, que la guerre est là, même là où elle ne l'est pas.
La
vraie guerre, le rationnement, n’est pas encore, mais elle viendra, on se dit. Les colis alimentaires, oui, le rationnement, non, ce n'est pas encore nous - mais c'est qui, nous?
Tout le monde l’attend, même les hérésies « anti-système »
(mais quel système, si cela ne rime à rien?) s’entendent.
Cependant, il y a des gens qui risquent
leurs vies pour venir travailler ici. Le SMIC, c’est un salaire de
riche pour eux – et pour une partie croissante d’entre nous.
Et l’argent qu'ils gagnent, ils le gardent, précieusement, chaque sous. Cela s’accumule, cela se dépense sagement pour faire des achats significatifs.
Le
besoin de voiture, de voiture électrique, de trotinette ou vélo
électrique, on n’a que faire, si l’objet est de s’enrichir.
Certes, ils ont une valeur ostentatoire – qu’on est arrivé, que
son statut social est adéquat – pour cela que les gens parlent
maintenant de leurs vélos électriques comme si c’étaient des
Ferraris et des Porsches. Des « vélos » électriques à
quatre roues, sans carrosserie finie, mettent en évidence l’aspect
pionnier de cette affaire.
Un
mirage – créé par et pour les riches, qui attend son Model T
Ford, son 2CV, coccinelle ou quatrelle. Pour aller où, au juste ?
Le
monde des riches, en France, en Europe, mais d’autant plus dans les
pays à grande distance comme les EEUU, est un simple mirage, un
monde virtuel à vaste échelle superposé sur le monde physique,
réel.
Fictions, fausses réalités
« Do you think you’re lucky ? » (Clint Eastwood, The Good, the Bad and the Ugly).
« Vous pensez que vous avez du bol ? »
L’Utopie
campagnard peut vite changer en cauchemar lorsqu’on n’a pas de
voiture, qu’on n’a pas assez d’argent. Sur qui compter ? Les Gilets Jaunes se mettent sur les rond-points, seuls points-rencontres fiables qui restent, l'isolement est quasi-total, sans industrie. Réduits au status de mendiant à la rue par l’essence et la vie chère. Le désir de dignité, le désir de ne pas se voir affichée une identité de cas soc, d'assisté, explique les fines distinctions de statut défendus par les plus pauvres, il en va de l'amour propre.
Qu’est-ce
qu’ils vont faire maintenant avec la hausse des prix à la pompe et
même la rareté de ces liquides combustibles ? La complicité avec le
système présent est patent – on veut faire avec l’essence, pas
sans. On peut donc dire que les ruraux pauvres et les pauvres ruraux
font une avec le greenwashing.
Aller
vers l’électrique, donc, … s’ils ont assez d’argent – cela
coûte un bail. Les frais sont en amont. A poids égal, la voiture
électrique ne gagne pas beaucoup – vous avez vu un tracteur
électrique ?!
Un
vélo électrique coûte vingt fois moins cher, globalement, parce
qu’il est 20 fois moins lourd et il va moins vite. Il peut faire
45km heure, consomme beaucoup moins à 30kmh. En périurbain cela
équivaut à la vitesse moyenne supérieure d’une voiture, en
campagne cela fait 2 heures pour 100km, à quelques kilomètres près.
Mais
la voiture a toujours été surpuissante et sous-chargée. Comme une
maison de riche, grande et avec quelques chambres vides pour les
visiteurs potentiels.
Electrifiés, à contre-courant
On
est en train de transposer, de transférer nos calculs
topographiques, topo-sociaux et économiques, à un autre style de
véhicule, sans jamais penser au réel. Nous sommes tous devenus des
greenwashers de fait, dans une société rurale greenwash, où, sans
véhicule, tu es nulle part.
Et
cependant, cette époque est terminée – elle n’est pas
soutenable. Le mot « assisté » s’applique à tous ceux
qui, sans voiture, sont nulle part. T
Toujours
la même elasticité d’un paradigme civilisationnelle qui refuse de
lâcher le morceau, comme un enfant qui tente toujours le même coup
et qui ne veut pas lâcher sa mère.
Il
faut un appel d’air et un coup de pouce à ceux qui proposent de
venir s’investir dans la campagne et ceci sans voiture, sans
fortune. Et en réalité, nous savons que, sauf des rares exceptions,
c’est tout-à-fait l’inverse qui se passe avec en plus, de la
complicité donc. Des greenwashers incertains, auto-justificateurs,
pas coupables, elastiques.
On
n’a aucune envie de renoncer à visiter les grandes surfaces à la
limite de la ville, où les choses sont moins chères et il y a plus
de choix, et comment rentrer avec 25 kilos d’achats ? Où
met-on le sac de croquettes premier prix pour le chien de compagnie,
le Patou personnel ?
La
déchetterie broie les vélos. Les employés n’ont pas le temps de
faire le tri c’est sous contrat et il y a le caméra de
surveillance. Il faut tout broyer. La différence entre les
recycleries et les ressourceries est subtile. Le recyclage est un
euphémisme – on broie tout ce qu’on n’enfouit ou on ne brûle
pas. Les ressourceries font la même chose – elles amènent la
plupart de ce qu’elles reçoivent à la déchetterie pour être
broyé. C’est l’époque – on est plein dans les excès de la
surconsommation, les déchets s’accumule, on s’y ensevelit sinon.
Deux
exemples magnifiques de greenwashing, de nouveau. L’intérêt
commercial est totalement dominant.
Mais
si le neuf devient trop cher, le marché d’occasion sauvera le
jour. Même les économies d’énergie ont des surcoûts
faramineuses – il faut jeter toute l’ancienne génération de
machines énergétiquement inefficaces, il faut rénover le bâti.
D’énormes dépenses énergétiques, finalement, avec un délai de
retour sur investissement qui dépasse très largement le délai
climatique qui nous est accordé.
Encore
du greenwashing ? On voit bien l’intérêt, dans les termes
économiques de l’industriel – du boulot, des profits, de la
production.
Mais
pas si l’énergie coûte trop cher. C’est subitement comme si on
avait un salaire de Tiers Monde – nous ne sommes pas faits pour
cela, ce n’est pas comme cela que ça devait se passer.
Étant
donné que le façonnage et la transformation de ces produits
industriels est, à part l’extraction et l’exploitation des
matières premières, le processus qui consomme le plus d’énergie,
il est difficile de comprendre pourquoi broyer les bouteilles et les
bocaux pour ensuite les refondre soit plus écologique que leur
réutilisation telles qu’elles.
Personne
n’est vraiment dupe de cette situation. On préfère jeter le bocal
plutôt que de le laver et le réutiliser. C’est plus facile. Ça
gagne du temps. Ce n’est que les vrais pauvres qui montrent un
intérêt pour ces objets – mais ils n’ont souvent pas la place
pour les garder !
Une
société de greenwashing doit aussi assécher les manières de faire
autrement.
Les
pauvres, ils ont des caddies, là où les riches, ils ont des
voitures.
Qui
veut être vu avec un caddie, surtout en pleine cambrousse ? On
a toutes les chances d’être pris en stop, surtout pour cacher la
misère. Un peu comme des fourmis qui nettoient devant leurs nids,
tous dans un élan d’être pris pour le plus beau village de
France !
La
laideur et la stérilité de tels paysages se constate. Les « plus
beaux villages », ainsi désignés au moins, sont en général
fortifiés, construits en pierre massive, béton et bitume, à l’air
d’énormes termitières rupestres.
« Pour
mieux résister à la canicule » dira Grand-mère Louve, tout
en souriant lorsqu’elle songe au gonflement du rendement immobilier
que toutes ces maisons lourdes représentent.
On n’est pas sorti de l’auberge …
« On a besoin des riches, à la campagne, pour nourrir les pauvres, à la
campagne. »
Ainsi
pourrait-on formuler un autre type de pensée « greenwashing »,
celui du tourisme de consommation, sur lequel est basé une large
part du gâteau électoral. Le touriste achète sa deuxième demeure
à la campagne, l’écolo qui vit en yourte ou en cabane doit louer
son appart au village pour assurer sa « contribution »,
son intégration à la combine.
« Que
les riches et les touristes achètent dans les petites boutiques en
centre-ville, à prix exorbitant, trois mois à l’année, cela nous
donnera du boulot pour les servir et des profits à réinvestir. »
Sauf
que les riches vont dans les grandes surfaces aux abords des villes –
comme tout le monde, quoi … pour la plupart de leurs achats. Et le
plus grand dépense ? L’essence, le gaz, le pétrole,
évidemment. Ce n’est pas local.
Et
puisque nous sommes tous, à degré varié, complices, le mot
« greenwashing » induit une dissidence cognitive – à
quoi bon s’attaquer aux super-profits de Total si nous sommes tous
des super-co-profiteurs sans aucune envie de transformation réelle.
Mais
l’énergie devient tellement important, à elle seule, qu’elle
mérite une devise, à elle seule. On commence maintenant, tout
juste, de parler des kilowatt heures en société correcte. On
commence tout juste à savoir qu’un homme, c’est quelques
dizaines de Watts, contre une voiture de quelques milliers de Watt.
De
telle manière que très bientôt, même dans ce monde monétarisé
où il n’y a que les chiffres qui parlent, même un ignorant
volontaire ne pourra plus nier l’évidence devant ses yeux.
On se renvoit la balle, mais on n'est pas coupable. On s'atomise et on s'abszente, pour ne pas être co-responsable. On est rancoeureux contre le voisin, pour les mêmes points fautifs que l'on trouve chez soi. C'en est trop. La pression est là. Les encoquillés !
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vendredi 21-jeudi 27 octobre 2022
7. agriculture – biosphère
hens
réserves – intégration
Notre agriculture est la culture des
champs, d’un type devenu hyper-spécifique. Je donne quelques
définitions, commençant par le Wiktionnaire :
Étymologie Emprunté du latin agricultura , composé de ager
(« champ ») et de cultura (« culture »). Nom commun agriculture
\a.ɡʁi.kyl.tyʁ\ féminin Activité ayant pour objet l'
exploitation des terres par la production de végétaux et l' élevage
d' animaux.
J’aime bien cette élucidation, trouvée en alorthographe.com :
Le mot agraire est apparu au XIVe siècle, issu du latin agrarius,
de ager qui signifie champ.
Lois agraires. Agricole est apparu également au XIVe siècle, du latin agricola qui signifie laboureur. Agriculture est apparu plus tard, au XVe siècle, du latin agricultura.
Il est important de noter cependant que le préfixe agro- vient du grec agros = champ.
Culture (XIVe siècle) vient du latin cultura, de colere
qui signifie cultiver. De là tous les noms désignant des cultures
particulières : horticulture (fleurs, plantes), sylviculture
(forêts), aquaculture (production animale ou végétale en milieu
aquatique), pisciculture (poissons), conchyliculture (coquillages),
ostréiculture (huîtres), mytiliculture (moules), riziculture (riz),
etc.
Je n’aime pas celle-ci, la première phrase sur la culture du wikipédie
En
philosophie,
le mot
culture désigne ce qui est différent de la
nature.
« Nature » est un mot
polysémique en français, même vague. En anglais le mot tend plus
vers le sens « c’est dans sa nature » - c’est-à-dire
sa quintessence.
Observons que l’usage du même
mot, en anglais et en français, avec des sens parfois subtilement
différents, fait partie de l’étoile binaire franglaise, c’est
d’un ensemble linguistique qu’on parle, à ce moment-là. Même
le besoin de différencier les deux langues, l’une de l’autre, nous indique qu’il
s’y trouve une fonctionnalité sensuelle comparative. Ceux qui maîtrisent,
plus ou moins, les deux langues, ont accès aux deux ou plus de sens
du même mot, parfois des sens qui se contredisent.
Version moderne
J’ai longtemps songé à comment
aborder ce sujet d’apparence technique – les appellations
« agriculture » et « biosphère » étant des termes
assez froids et non-communicatifs, tout en se voulant descriptifs et
précis, en quelque sorte.
Bien sûr que je les rejette, ces
appellations. Notre nature n’est pas l’agriculture. La biosphère
n’est pas la biosphère – à la limite c’est une sorte de
croûte terrestre, comme sur un fromage et qui pullule d’acariens.
J’ai toujours aimé manger la croûte, toute la croûte. En cela je
suis bien humain.
Force est de constater que pour nous adresser à cette crise du vivant il nous reste très peu de techniques. Tout le monde se met à dos,
devient récalcitrant et réfractaire, comme des bestioles
résistants, mais ça ne sait pas faire.
Et puis, posons-nous sur
l’affleurement de l’art, dans nos paysages … en manque de
création, mon œil s’est fait attirer par des gros livres
d’architecture, des livres magnifiques sur des œuvres également
magnifiques, typiquement le Guggenheim, Bilbao, et l’éternelle
Tour Eiffel. Aux États Unis, chaque ville de taille s’éprouve à
tailler dans le granit, dans l’acier, le béton, le fer et la
silice, son renom, son tourisme volumétrique, sa postérité.
Ce sont des signes visibles de
postérité, ces édifices pharaoniques. Dans le lieu de naissance de
la civilisation, en Arabie, sous le guise d’une propagande aspirante
(nom de marque: « conspicuous consumption »), on a
investi, et comment ! Dans de nouvelles tours de Babel – à
quelques 850m de hauteur, aux United Arab Emirates, on a même la
tour la plus grande de l’année, il y a une dizaine d’années, dans l'ordre de 850m de hauteur.
Mais ce qui m’a le plus frappé,
cela a été les tessellations, les franges, les habitats en fagots de roseaux, ou bien les
bâtiments naturalisés, les cabanes dans les arbres, les maisons
troglodytes. Tous en train d’imiter la nature, de faire nature,
mais malheureusement morte, de nature morte, donc, comme des paniers
de fruit en cire, de fleurs en plastique trompe l’œil. Trompe l'oeil, un style d'art qui n'a jamais vraiment connu l'oubli.
La culture, donc, une tentative de
faire nôtre cette culture de l’artificialisation, la copie et
l’imitation, la synthèse et même le dépassement du vivant. Il
suffit d’aller voir les Grecs, les mythes grecques, passés de
génération en génération par voie orale, dans cette Grèce
antique que l’on reconnaît être l’un de nos précurseurs, dont
nous sommes en partie héritiers, ces leçons sur l’hybris des
hommes face aux dieux.
Cette culture de mort vivante, qui
est la nôtre, qui, nous en sommes de plus en plus persuadés, ne
nous fait pas de bien, ne nous veut pas de bien.
L’agriculture est un type de
culture. Être cultive, éduqué, dressé, formé, pourquoi
maintenant, juste maintenant, ces mots ont de plus en plus de mal à
passer ? Ce sont des mots qui vont trop bien ensemble,
peut-être, avec des mots comme contrôler, dominer, administrer,
exécuter. On soupçonne ces mots de va et vient par génération en
bande organisé, en groupuscule clandestin.
L’agriculture est un tel mot, qui
communique la rationalisation d’un modèle exploitant, extrayant,
du vaste monde qui se met devant nos yeux accapareurs. N’oublions
pas que cette vision d’un monde d’un infini de ressources
exploitables, c’est le Nouveau Monde d’hier, pas la vieille
Amérique d’aujourd’hui. Et le mythe survit, longtemps après,
sous la forme de croissance.
L’économie circulaire, elle,
n’est pas une invention nouvelle, mais une nécessité évidente
depuis toujours. S’il y a eu moins de guerres, avant notre
sédentarisation et notre civilisation, ce n’est peut-être pas
bête de tenir en compte la circularité nécessaire de notre manière
de vivre de l’époque. Pour ne pas épuiser les ressources, il faut
comprendre les ressources, il faut les laisser faire le travail de
grandir auquel ils sont déjà prédisposés. Ou bien bouger. Bouger
est en soi une manière de détendre les stress qui sauront s’imposer
sur un environnement si on y reste trop longtemps. Bouger
intelligemment. Le jardinage linéaire est exemplaire – nos proches
cousins, les orang-outans, pratiquent ce genre de déplacement et
récolte programmées, ils utilisent leurs grands cerveaux comme des
calendriers. Ils mangent des fruits qui leur sont en partie adaptés,
pour leur dispersion et leur propagation. Il y a réciprocité
d’intérêts dans cette affaire, ce n’est pas pour rien que
l’arbre produit des fruits succulents et nourrissants, plein de la
ressource de l’énergie convertible par la grande famille
arboricole.
Est-ce que c’est de
l’agriculture ? L’agriculture, c’est le ménage des
champs, l’aménagement de surfaces planes, dégagés, à fin d’y
récolter où faire paître quelque chose. Mais ce n’est pas
nécessairement très logique de faire cela, à moins d’avoir une
abondance d’autres types d’écosystème à proximité, pour
cueillir les fruits, les noix, les champignons de la forêt, par
exemple. Ou les fruits de la mer et de la rivière. A proximité, un
terme qui paraît vague, c’est peut-être le mieux vu comme une
question d’ombre, mais aussi de mobilité. Si les insectes, les
petits mammifères et les plus grands, ont besoin d’endroits
propices pour vivre, ils débordent sur leurs proches alentours, les
semences aussi, le bois mort, l’humidité, tout joue avec les
surfaces planes que l’on appelle l’agriculture.
surfaces planes
C’est juste trop simpliste de
parler de surfaces planes, l’accidentation d’un terrain peut
multiplier par des ordres de magnitude (par dix, par cent, par mille)
la bio-productivité de cette surface, parfois par des logiques qui
dépassent celui du poids, ou des éléments concernés. La surface
d’un arbre est énorme, par rapport à son empreinte au sol, ou à
la surface plane de sa canopée. Cela lui permet de respirer plus,
mais aussi d’avoir des surfaces de condensation plus grandes et de
contenir et humidifier les vastes volumes d’air semi-contenus, sous
sa canopée. Il est, en effet, le moulin à eau, le barrage et le
bassin vivant – il distribue ou lâche, quand les stocks ils sont
pleins, il retient avec parcimonie lorsque les temps ils sont secs.
Pourquoi l’agriculture se
mettrait-elle dans une catégorie à part ? Peut-être par la
simple logique des circonstances – sa lutte a souvent été de
supprimer la nature débordante pour y faire pousser quelque chose
d’intérêt humain. Des murs sèches, par exemple, suivent la
logique du tri – on enlève les pierres gênantes pour faciliter le
labour, on les arrange autour des jardins et des champs si ce n’est
que par simple praticité et économie du geste. Cela crée des
accidents là où il n’y en avait pas, de manière souvent très
bénéfique à la biodiversité.
Cet ameublement des terrains par les
humains, les rizières collinaires étant un autre exemple ancien,
crée donc de l’accidentation, diminue les effets assèchants des
vents, permet a des micro-écosystèmes linéaires d’établir des
corridors de continuité d’habitat, encadrant les champs, mais en
covalence, par rapport à l’intérêt humain.
On parle du besoin de concevoir
notre engagement avec la biosphère comme notre adaptation à
celle-là. Objectivement, il est vrai, on doit la tenir en compte,
dans l’ensemble. Ce n’est pas nécessairement le cas particulier
– on peut s’isoler, dans l’immédiat et le moyen terme, des
conséquences de nos actes. Mais c’est le fait de concevoir cette
relation d’adaptation comme étant objectif qui me trouble. Nous ne
sommes pas, à l’origine, maladaptifs à la terre, ni la terre à
nous. Nous générons la croissance et la fertilité, nous tenons en
compte les intérêts d’autrui et l’interconnectivité de tous
nos intérêts, si nous faisons bien.
Prenons l’exemple de l’élection
d’une montagne ou un fleuve au statut de personne légale, avec des
intérêts à défendre.
J’ai passé pas mal de temps à
suivre la trace des rivières en France – l’Ariège, le Tarn, la
Garonne, entre autres. Mes compagnons de route et souvent de perchoir
sont, bien sûr, les oiseaux, mais aussi les truites. On ne peut
qu’être impressionné par l’eau qui coule, qui vient de l’amont,
qui descend vers l’aval, qui ne cesse jamais de transporter,
d’aller d’un endroit à l’autre. C’est elle qui anime, la
force vive. Tout se construit autour de cette mobilité fluviale.
Et sa propriété et ses bornes ?
La gestion de l’eau, gros mot, le contrôle qu’on exerce sur
l’hydrologie d’un lieu, cela n’a pas beaucoup de sens par
rapport à une rivière. Son lit mineur, ce flux constant dont on
parle quand on parle d’une rivière, n’est-ce pas ? Ce lit
mineur est le résultat d’un flux, une saturation en eau sous
terre, souterraine, d’une nappe d’eau, phréatique ou autre,
c’est en quelque sorte le débordement du vase, ou de la vase.
Donner un statut légal à une rivière est donc donner un statut à
l’ensemble de son bassin versant.
Et ses habitants, comme ses nappes,
bougent tout le long de la rivière. Son débit est le cumul de tous
ces effets en amont, forcément en amont de là où on se trouve, sur
la rive.
C’est d’autant plus le cas avec
les lacs et les océans, qui ne sont aucunement en reste lorsqu’on
pense à la vie sur terra firma.
Le calcaire, ce rocher qui nous est
tellement familière, est essentiellement le résultat du cumul de
millions et de trillions de carapaces de crustacé, de coquillages et
d’ossatures d’animaux et de plante, qui se sont posés sur le
fond de l’océan. Le calcaire, il est poreux. Les rivières en zone
calcaire se trouvent souvent dans des gorges, l’eau des causses,
filtré par le calcaire, descend pour alimenter ces rivières.
Pour faire partie de ces écosystèmes
il faut faire le lien entre l’un et l’autre. Où sont les liens ?
De nouveau, la matérialité de ces liens ne correspond pas
nécessairement à leur influence, directe ou indirecte, sur
l’écologie des lieux. Les migrations et les déplacements sont des
phénomènes qui s’enchaînent, l’une derrière l’autre. Les
virus et les idées circulent, à toute échelle. Une agriculture qui
ne prend pas en compte son contexte, qui traite celui-ci comme une
externalité, est une agriculture avec peu de probabilité de succès,
globalement – il ne peut qu’être court-termiste et
individualiste.
La question de l’agriculture est
donc aussi une question d’accommodation à l’altérité, si l’on
veut l’appeler adaptation, c’est en homo industrialis qu’on
parle, alors que ce n’est pas mon positionnement – on y est déjà
accommodé, par nature …
Prenons par exemple la question de
sexe et de communication. Je viens de voir un petit poisson flasher –
c’est-à-dire qu’il montre son ventre argenté au ciel, ce qui
crée une étincelle de lumière. Les poissons comme cela vivent
souvent en bancs. Qu’ils ont , qui crée un besoin des neurones
dites miroirs, c’est sans aucun doute – chaque mouvement de leurs
confrères et sœurs et à l’instant réfléchi par le poisson –
ils bougent ensemble, en concertation, comme les oiseaux en vol. La
communication se fait, donc, par ces messages argentés, ces flashes.
L’autre, la reconnaissance de l’altérité, sont des aspects de
la vie sexuelle, aussi. Il est parfaitement possible de reproduire
par fission, comme des clones. Mais le faire avec un autre, …
implique aussi l’autre. Sont ces mécanismes d’interaction
instinctifs, selon les dires de certains, vraiment innés,
préprogrammés ? Parce que sinon, on est en face de quelque
chose de très subjectif.
C’est donc un mécanisme assez
intrinsèque à la vie – inventé par la vie parce qu’elle donne
un avantage sur la duplication et la mutation génétique – elle
met deux êtres différents face-à-face, pour s’accorder -
s’assurer une relation en étroit lien avec l’environnement et le
temps local. Rien à voir avec le codage des millénaires, dans
l’ADN. Ce qu’on appelle l’épigénétique, ou les gènes
supposés redondants, ne font pas plus que les contextes locaux, dans
la transmission générationnelle.
On est malléable, en partie
instruments de notre destin, en partie inséparables de nos contextes
locaux, en partie des mécanismes de feedback (boucle de rétroaction,
en français). Lorsqu’on entreprend l’aménagement d’un terrain
en « champs », et puis de plusieurs champs, on entre en
contact avec des cycles de rétroaction à plusieurs échelles.
Est-ce que l’on est apte, même adapté à la tâche ?
Vaudrait-il pas mieux déléguer ces tâches de biodiversification et
coordination de cycles à des plantes qui en font déjà partie et se
montrent compétentes (les adventices) ?
bois et forêts
Qui, objectivement, pourra vraiment se sentir fier de ce qu’ont fait nos forestiers, ce siècle dernier ?
On a tous entendu les raisonnements
des arboriculteurs dans les Landes, cela ne va pas faire l’affaire,
même après l’incendie. Le modèle industriel-extractiviste, du
bûchéron, prédomine – notons que sans routes costaudes, le
transport de bois par camion ne serait pas faisable et qu’elle
reste l’une des principales causes d’affaissement de route et de
frais d’entretien de route – ce transport est donc en soi
anti-écologique. Le pro-écologique dans ce cas serait la fonction
sur place des arbres, qui peuvent récupérer un habitat en le
rendant, tout simplement, habitables.
Nos partenaires les arbres font
visiblement mieux entre eux, témoigne la vieille forêt. Une haie,
c’est une invasion technique, une intrusion de vieille forêt, de
la bio-ingénierie – même si ce dernier mot n’est mon mot
préféré, de régénérescence de la biodiversité (celui-là non
plus), dans nos affaires, sans pour autant nous séparer de la
nature. Une haie peut être conçue comme un périmètre, une limite,
mais devient, en ce faisant, un chemin et un corridor vert, et ceci
en étant à la circonférence d’un champs, mais à vrai dire à
l’interface entre un champs et au moins un autre – elle peut
faire le gros de la canopée, une grande partie de la surface (plus
grande, relative à la parcelle, selon qu’elle est plus petite).
Un milieu de vie est donc aussi un
habitat, mais aussi une voie, un chemin, à toute distance, et tout
cela de manière simultanée. Je ne dis pas que l’agriculture
commence à se sentir tout petite, dans la grande échelle des
choses, mais il lui faudrait peut-être réviser ses options.
L’agriculture a besoin de se réintégrer à l’ensemble. Sans
énergie rajoutée, elle fait bien son travail – et d’ailleurs,
il ne manque pas d’humains, comme force de travail, de nos jours.
C’est quand même le but, je
suppose, de nous tous, de vivre – et dans la meilleure des
conditions, idéalement ? Alors là, on est en train de réduire,
vastement, notre gamme de choix – déjà qu’elle se réduit à
peau de chagrin chaque fois plus. Avec quelle vie qui nous reste,
quels compagnons de route, si toute la nature nous quitte ?
Renaud peut garder son béton, je n’ai que faire de ça. Est-ce que
l’on respecte les animaux, en les tuant ? C’est un peu la
base essentielle d’une réciprocité dans la relation ?
Pourquoi la génétique, si elle n’est qu’encore une manière
d’objectifier l’intersubjectif ? Est-ce que l’on pourrait
favoriser la confiance entre êtres, pour qu’il puissent tomber
d’accord sur des modus operandi, encourager l’intelligence,
plutôt que d’abrutir, de soumettre ?
Pastoralistes de L’Aveyron
Il y a eu des reportages sur les
néo-pastoralistes de l’Aveyron cette semaine. Et il y a eu Greta
Thurnberg sur la Terre au Carré, sur France Inter, plusieurs
émissions sur France Culture et France Inter qui traitent de
l’urgence écologique. Terre de Liens, un autre favori de France
Radio, trouve ses origines à Saint Affrique.
Si je fais ces émissions et les
écrits qui vont avec, c’est que le temps est venu d’essayer de
publier mes découvertes sur les solutions écologiques qui marchent,
vraiment. C’est justement un peu le problème avec toutes ces
initiatives dont j’entends parler – ce sont comme les pièces
dans un puzzle, mais qui ne savent pas se joindre.
On est d’accord que la pièce
matrice manque – qu’entre théorie et pratique il reste encore un
gouffre. C’est justement le gros du truc. On va passer des heures
et des heures à parler des problèmes présenter les remèdes
proposés, souvent sans observe si cela marchera – c’était le
cas pour l’émission Terre au Carré ce mardi, sur le commerce
maritime, et c’est l’une des facettes critiquables du
journalisme, qui va décrire et narrer jusqu’à l’épuisement
ce que l’on sait sur une problématique.
Les solutions que je pose passent
par la grille de la physicalisation et de la socialisation, physique
parce qu’elles réduisent le problème écologique à des
proportions traitables par tout un chacun, sociales parce qu’elles
obligent à traiter les autres êtres
vivants autour de nous comme des sujets et non pas des quantités.
La problématique se définit par
rapport à un objet – dans le cas du fret maritime, l’objet
serait de le réduire, énormément, tout en le préférant à
d’autres modes de transport, qui devraient se réduire encore plus
– sinon disparaître.
C’est un peu ce qui se passe déjà pour le trafic aérien. Le coût
par kilo du fret aérien est grand, réservé à des denrées de
haute valeur donc.
Le
fret routier, c’est encore pire, en termes du prix énergétique
par kilo. Toutes ces modes de transport sont actuellement chères –
sont en réalité trop chères pour nous. C’est
à cause des distances parcourus, des frais de construction et
d’entretien, des matières premières et de
l’énergie
dépensée dans la création où
dans la dépollution/absence de dépollution.
C’est
juste trop cher. Les tracteurs sont également trop chers, pour un
peu les mêmes raisons. L’être humain sans machines, par contre,
n’est pas très cher. Il peut, comme un ovin qui broute les bonnes
herbes et entretient un terrain, faire un bel effet, juste par son
passage, s’il n’a pas de véhicule plus grand que lui.
Je pense être
tomber sur un encadrement conceptuel et une série de vraies
solutions qui en écoulent, à profusion.
Je
prends un problème matériel, l’énergie consommée, par
personne et en général,
j’applique une solution – qui réduit l’énergie consommée
suffisamment pour rentrer dans les clous climatiques et à la fois de
biodiversité – c’est une solution holiste dans le sens
« complète » - elle s’applique
à grimper et passer par-dessus la
majorité des murs et des falaises contre lesquels nous butons.
Il
est très irritant d’entendre tous ces activistes qui agissent
« contre » des cibles, des peintures, des sculptures, ou
qui tentent d’organiser des manifestations – à quoi bon ?
Ils disent eux-mêmes que l’un des principaux
bels effets est sur eux-mêmes – au moins ils agissent. Mais,
Jusqu’à là, toutes
ces agitations, qui ne datent pas d’hier, y inclus les ZADs, n’ont
aucunement réussi à percer le plafond de verre, qui est plutôt
descendue envers nous, pour nous asphyxier chaque fois plus.
Je
pense que les écolos sont dans une position inconfortable – ils
n’ont pas réussi et ne proposent pas de vraies solutions, encore
de nos jours. Ce sont des solutions toujours partielles, une ou deux
pièces du puzzle,
mais pas applicables partout dans la vie réelle.
J’ai
encore entendu quelqu’un de ma génération parler de la
vulgarisation, … qu’est-ce qu’il n’a pas compris ! S’il
était vraiment allé comme il l’a dit, parler avec les gens, il
saurait que les gens savent – le problème n’est pas là. Le
problème, c’est à deux coups, personne ne les a posé une vraie
solution, les vraies solutions qu’ils ont proposées ont été
rejetées.
C’est-à-dire
que pendant tout ce temps, tous les bons gens qui font les écolos
d’office n’ont pas offert de vraie solution parce qu’ils n’ont
en pas.
Mais
comme je le dis, je crois que j’en ai trouvé une. Nous
pouvons vivre nos interactions, nos communications et nos mouvements,
à l’échelle humaine. C’est la réphysicalisation de nos vies sociales, le ré-engrenage
dans le monde du vivant. Tandis que pour le moment, nous sommes en roue libre vers le bas et les
freins sont usés.
🖶
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↓
jeudi 3 novembre 2022
8. Industrie-Chimie
éoliennes, hauts de Lacaune
intro
Comme je l’ai dit la semaine dernière, je n’avais encore rien
écrit sur ce sujet, parce que je ne savais pas au juste comment le
traiter.
Mais en fait, si. L’industrie, autant que la chimie, ce sont
deux mythes, centraux, ce sont les pivots des croyances qui font le
socle de l’idéologie anti-écologiste.
En soi, cependant, ce sont des mots bidons, c’est-à-dire qui
créent des images qui ne correspondent pas à leur sens primaire.
L’industrie ? C’est ce que l’on attribue aux abeilles,
leur industrie, leur force de travail. Bien sûr que dans la version
contemporaine, cette capacité est allouée aux machines, aux
machines souvent sales et polluantes, mais qui sont nécessaires pour
nous fournir les moyens de vivre, … comment dire « décemment »
(une utilisation que j’intolère – « la décence humaine »,
épousée par George Orwell, par contre, j’approuve).
L’industrie est donc « nécessaire à la vie pleinement
réalisée, digne d’être vécue », selon les critères
contemporaines, partagées, même sans le reconnaître, par la vaste
majorité d’entre nous. Et l’industrie a une échelle, plus
grande que la nôtre, plus forte, plus dominante. On rit au nez de
celui qui prétend faire le petit colibris, et en plus cela détourne
l’attention des choses sérieuses, comme comment bouger les choses
à une distance de la moitié du monde (sinon on crève de faim), ou
comment maintenir l’essentiel du transport (sous-entendu les
trains, les autoroutes, les avions). Une question plus sérieuse, ce
serait, comment favoriser une infrastructure beaucoup plus légère,
moins consommatrice et à distance vastement réduite, par rapport
aux exigences d’aujourd’hui.
la fange
La chimie est un mot de non-sens, également. La chimie s’applique
à tout – ce qui est biologique comme ce qui ne l’est pas, c’est
une manière de décrire le monde comme une série d’éléments
identifiables, qui s’assemblent, du plus bas au plus haut.
Heureusement que les actualités ne manquent pas, comme j’ai dit
la prochaine boîte de Pandore qui vient d’être ouverte, c’est
la boue, et la boue, c’est la chimie.
bien venue au lithium en France Métropolitaine !
Ça tombe bien. L’industrie
et la chimie d’une seule pierre, le lithium, en une semaine, sur un
plateau. C’est l’effet Halloween ! Et comme si cela ne
suffisait pas, le gouvernement propose d’embellir nos autoroutes et
nos routes de panneaux solaires, sur les bords. Les républicains,
pour leur part, avancent la proposition de donner le veto au maire du coin, intelligent ça, plus rien ne se fera.
En fait, qui a dit que la
sortie du catastrophique climatique était par ces technologies, s’il
n’y avait pas de sobriété derrière ? On ne veut pas
froisser les gens, leur donner des câlins dans le sens du poil,
jouer des jeux électoraux ?
C’est ce qui est bien, de faire des émissions d’une semaine à
l’autre, en essayant de devenir ou plutôt de pressentir l’ordre
naturel du déroulement médiatique sur ce sujet : catastrophe
écologique : décisions à prendre.
Dans le développement durable, l’industrie et la chimie (style
ancien régime) figurent très fortement. On fait essentiellement la
même chose, mais avec moins. Cela s’appelle « efficacité
énergétique », mais selon quels critères ? La sobriété,
c’est la réduction de nos besoins en consommation – la
transformation de nos besoins. Le Président a dit que l’efficacité,
c’était le sobriété, avec l’air d’un écolier en besoin
d’une formation rapide à ce sujet, comme ses journalistes se le
voient promise. Ah, les industries de l’avenir, le photovoltaïque,
les éoliennes, le nucléaire, quel paradis !
Eh ben, tout le monde commence à se parler en éco-jargon – en
éco-talk réaliste, comme si rien n’était et qu’ils n’avaient
pas changé leurs vestes, c’est nauséabond. Sauf, peut-être, pour
les républicains, le rassemblement national, quelques groupuscules
majoritaires et Gérald Darmanin, qui ont tous le boulot de duper
leur électorat pour les prochaines présidentielles.
En même temps, la ZAD des bassines, dans les Deux Sceaux,
accompagné par ses terroristes acharnés (version petit lapin
blanc), ceux qui paraissent s’obstiner à croire que le sens commun
d’un petit écolier bien sage et bien éduqué vaut encore quelque
chose (mais c’est le pire, ceux-là, … au Goulag tous…), se
trouvent confrontés à des fous en uniforme, qui sortent direct du
Cyberpunk, Darth Vaderesques.
Bon, fallait bien s’attendre à la bataille finale du bien et du
mal, l’industrie extractive et la chimie lacrymogène rongées
contre les Hobbits, peut-être accompagnés par quelques méchants
gobelins en drag.
Sauron sourit. Cela fait du bien de foutre le bordel dans ce petit
pays de petits gens minables, le Middle Earth de l’Europe de
l’Ouest !
Son champion, Darmanin Vader, fait tout pour lui plaire. Et ceci,
en plein terroir d’Aurélien Pradié, l’étoile montante du parti
politique appelé, pour le moment, les républicains. Où est
Aurélien Barrau, le champion blanc, le seigneur des Elfes ? En
retraite dans son monastère, pardon, son laboratoire, en train de
réaliser la magie moderne de la pleine conscience quantique, pendant
que ses disciples lui peignent les cheveux qu’il ne coupe jamais.
Notre héros, où es-tu, ton heure est venue ?!
Éléments de langage – creative writing
C’était l’un des sujets très à la mode aux années
soixante-dix, un peu comme avec les Dadaistes, ou le flux de
conscience. J’imagine que Macron a un cabinet d’agents créatifs,
censés trouver des mots pour faire avaler des couleuvres. N’importe
quel couleuvre, qu’il soit de Montpellier ou d’ailleurs
éthiquement et rationnellement neutres, donc. Ils ont
peu-être tous suivi des
cours de creative writing – laisser l’esprit planer, faire un peu
d’automatic writing, découper le bout de papier (pardon –
s’envoyer des Tweets, mieux dit), jusqu’à tomber sur
l’expression magique qui remplit toutes les cases. C’est comme
trouver un nouveau nom pour un modèle de voiture – limace, liasse,
lobotomie, ce genre de chose. Tout bien pesé, bien sûr, faut pas un
autre nom foiré comme Nova (qui « ne va pas » en
espagnol), quand même.
Ou bien, faut accepter que nos gérants sont tellement créatifs
eux-mêmes qu’ils ‘ont pas besoin de cabinet créatif, que c’est
même leur cœur de métier. Dans ce cas, faut pas s’étonner
qu’ils soient moins futés niveau décisions exécutives. Dans
leurs têtes, ce n’est pas leur boulot, qui est principalement de
faire accepter des politiques, quoi qu’elles soient.
histoire de la chimie
Mon grand-père maternel était enseignant en chimie, il a même
écrit des livres d’école dessus. Personnellement, j’ai toujours
fui le sujet, qui risquait de me tuer d’ennui. Des valences, des
combinaisons, des atomes et des concoctions, vulgarisés par des
savants autistes – comme à l’époque de l’alchimie.
Ce n’est pas une manière de concevoir le monde qui me plaît,
il y a trop de structures qui m’intéressent qui restent
non-expliquées par ces simplismes matériels. On pourrait dire que
la où l’industrie donne l’impression d’être à vaste échelle,
la chimie donne l’impression que toute est réaction catalytique,
chimique, à très petite échelle, partout – que nous sommes des
usines chimiques ambulantes. L’échelle humaine et toutes les
autres échelles de l’organisation de la matière sont un peu
laissés pour compte, à ce moment-là.
On peut aussi considérer cette fascination scientifique avec
l’infiniment grand et l’infiniment petit comme un résultat de
leur nouveauté historique, ce qui les a donné une importance
démesurée, par rapport à ce qui est plus familier, à l’échelle
humaine.
En tous cas, la chimie est un domaine de la science empirique, on
tente des combinaisons, on voit ce qui marche de manière
reproduisible, mais lorsqu’il traite d’expliquer le fond
d’existence de tout cela, on parle plutôt en tant que physicien ou
de biologiste que de chimiste. Un monde de spiruline ne correspond
pas à la complexité des écosystèmes qui nous sont nécessaires.
D’ailleurs, comment se battre contre la spiruline, avec des
gnocchi ?
Je dirais donc que la chimie est plutôt une science empirique,
c’est-à-dire une série de techniques appliquées à la matière,
sans penser à comment marche le monde émergent et vital.
Cela peut être à l’origine de la séparation qu’ont pu
développer les industries chimiques entre leurs usines et l’étendue
des conséquences de ces industries, en termes de pollution et
d’impact sur la vie et sur la planète, qui sont vus, du point de
vue chimique, comme des externalités, rarement approfondies, parce
que, dans le fond, inconvénients, complexes. Une science
reductioniste, donc, de par sa nature (sens : 4b).
Comme un libéral, un Ellen Musk, qui dit que c’est à la loi de
censurer Tweeter, mais lui il est pour l’absence de censure. Ou un
membre du public qui dit que c’est à ses représentants de décider
parce que lui, à son échelle, ne fera pas d’effet.
Aux autres de considérer les conséquences et les dommages
collatéraux, donc. L’industrie pharmaceutique poursuit cette
course – elle divise le monde en thérapies et effets collatéraux
indésirables.
Regardez les notices dans les boîtes de vos médicaments, si vous
ne me croyez pas !
Assez dit, pour le moment, sur le sens racinaire de ces deux mots,
industrie et chimie. Ils sont suffisamment flous pour qu’on y colle
n’importe quoi dessus.
Les mythes de l’industrie et de la chimie
… servent avant tout à la maintenance du statu quo. Je
rajouterais que c’est pour cela que personne, politiquement,
jusqu’à là, ne paraît avoir pris le taureau par les cornes
là-dessus, puisque les gens croient dur comme le fer que l’industrie
leur sert. Le mythe du bon bosseur est fabriqué à partir de là,
aussi – sa « productivité », qui, en réalité, dépend
de l’énergie des machines qu’il utilise, de la puissance des
machines, un peu comme la puissance de feu des armes, qui dépendent,
elles aussi, de l’industrie.
C’est sous-jacent, cela reste dans le non-dit, en partie que
personne ne veut se risquer à aborder le sujet de s’il faut tuer
l’oie qui pond les œufs d’or. Tout le monde, ou presque, en est
complice, comme des drogue-addicts non-déclarés.
« Pourvu que cette vie de luxe, ce confort ne s’arrêtent
jamais, pour moi au moins. »
« Mais comment pourrait-on vivre à dix milliards, sinon –
on n’arriverait jamais à produire le suffisant sans moyennes
industrielles ? »
« Et puis, notre sécurité, sans moyen de nous défendre,
contre les Poutines de ce monde, tu n’es pas sérieux ».
Et ainsi de suite.
Ce serait intéressant de tracer, et on l’a sans doute fait
(sans que je le sache), l’évolution de notre conception du monde
industriel, depuis le Fordisme et le film de Fritz Lang, dans les
années 1920, à travers les grandes parades militaires et les danses
synchronisées à plusieurs, vers l’individualisme et les
micro-machines comme les Fablabs de nos jours.
Cela reste industriel. Un accaparement du pouvoir productif. Qui
représente le pouvoir tout court, tel qu’on l’envisage.
De nouveau, Poutinesque – l’idée du pouvoir comme un rapport
de violence et d’intimidation. On peut même le comprendre – les
« alliés » de l’occident voulaient bel et bien
émasculer le pouvoir historique de l’empire russe – par des
méthodes souvent indirectes, invisibles, subreptices, mais qui
restaient quand même des rapports de force.
Seulement des remèdes qui fissionnent cette édifice de force
essentielle peuvent nous sauver, écologiquement. Ce qui est supposé
être le réalpolitik dans les guerres entre les hommes n’est pas
bon dans notre guerre collective contre le néant.
Cela ne va pas dans le bon sens.
Cette culture du plus fort, de la dominance et de la soumission,
sabote la culture de la sagesse et du discernement, pour ainsi dire.
Ce qu’on appelle la politique du chiffre est en réalité l’abandon
d’une politique d’intersubjectivité.
Supposons que l’on applique des critères industriels aux
problèmes écologiques. Il est peu probable qu’on verra émerger
du tas le plus faible. Presque toutes les solutions écologiques à
notre disposition vont dans le sens de la frugalité, du partage,
mais ceux-ci sont donc contradictoires avec les valeurs de
compétition, de concurrence – de gagner le grand lot.
samedi 29 octobre 2022
Still Life, Nature Morte, Guerre Hybride
Tsunamis en Méditérranée, flux de gaz et de véhicules, …
Quelle est la priorité ? Il y a le COP27 en Égypte
cette semaine.
Selon la tradition
Macronienne, le média public est en train de faire des formations de
ses journalistes clés pour qu’ils accordent l’importance qui lui
correspond à la trame
d’analyse écologique nécessaire. Il a été reconnu qu’il
fallait éduquer les journalistes clés sur ce sujet …
C’est à dire « La Maison brûle et on ne branle rien, comme d’hab ».
Trame d’analyse écologique : on accepte le downscaling, la
réduction de l’échelle de nos vies, on fait l’analyse dans ce
contexte, faute de mieux.
Donc on n’analyse jamais un systèmes de transport sans tenir en
compte le poids énergétique de l’infrastructure qui va avec. Si
l’on fait rouler des véhicules moins lourds et moins rapides, et
que des véhicules moins lourds et moins rapides, même pour le
livraison et le transport à distance, on a beaucoup, beaucoup moins
besoin de renforcer la chaussée. L’échelle des forces induites
par les véhicules lourds est logarithmique, calculée « par
essieu ». Et heures passées sur la route, kilomètres
parcourus – plus on diminue les distances parcourues, plus on
localise le trafic, moins on a de temps sur la route, quels trajets
sont favorisés par tel ou tel projet d’infrastructure ?
Quelles sont les implications pour les embouteillages, les
encombrements et la perte de temps et de carburant impliqués ?
De nouveau, limiter les distances parcourues réduit mathématiquement
l’empreinte écologique. Réduire les poids et les forces subies
permet, très probablement, de végétaliser les routes et de les
rendre beaucoup moins létales pour les animaux et les humains qui
les fréquentent – moins dangereuses. Il y aura moins d’insectes
écrasées sur le pare-brise, par exemple, si la vitesse moyenne
tourne autour de 25kmh.
Toutes ces facteurs sont, je crois, écologiquement valides comme
outils d’analyse. Si les journalistes ne connaissent pas encore les
chiffres, cela reste à eux de les promulguer – les sigles, c’est
à eux de les faire entrer dans le langage.
Pourquoi pas citer l’indice d’efficacité énergétique d’un
mode de transport, pour permettre à celui qui écoute de pouvoir
comparer celui-ci contre un autre ? On ne fait pas une analyse
des nouveaux véhicules sans tenir en compte ce facteur
« poids-vitesse-distance parcourue ». On ne devrait pas
parler de véhicules de manière séparée de l’infrastructure qui
leur est nécessaire – c’est la moitié du coût énergétique.
J’observe des vélos de plus en plus sveltes et bien dessinés,
d’autant plus qu’ils sont presque tous neufs. Cela me fait penser
au culte de la voiture, de la mobylette, de la moto, de la vitesse,
lorsqu’on était dans l’âge de la voiture – de sa
« performance ». Là, c’est définitivement le culte du
vélo assisté. Ce transfert d’affect me paraît dangereux, puisque
dans le fond il ne change pas le syndrome, l’idée, vaguement
dessiné, dans la tête de toutes ces générations d’amateurs de
la mécanique, est peut-être qu’ils peuvent continuer de faire
leur truc. Mais en réalité, nous avons besoin surtout de
techniciens de la bio-ingénierie, que l’on peut appeler, plus
prosaïquement, le jardinage – et tout ce qui va avec.
Le public pollue
Je viens de lire dans Le Monde d’aujourd’hui, entre les
reportages franchement catastrophistes sur le réchauffement
climatique, une phrase fantastique :
« pour les arts visuels au niveau mondial, 74 % des
émissions viennent des déplacements des visiteurs. »
Le titre de l’article est « Le public pollueur, un tabou »
Cela ne pourrait pas plus clairement illustrer comment il faut s’y
prendre – à celui qui est cohérent avec lui-même de jeter la
première pierre, …
Cela met bien le doigt sur notre manière de contourner nos
propres responsabilités, le fait que c’est nous, finalement, qui
détruisons le monde. Donc ce modèle de la culture qui attise les
flammes de la consommation en favorisant le tourisme de partout dans
le monde, transporté par les moyens les plus chers, écologiquement,
il est tout simplement incohérent. Comment faire pour réunir les
gens autour d’un événement culturel, s’il est évident que
leurs mouvements ne font pas de sens, écologiquement ? Et tout
ce beau monde se tait, et fait des petits gestes.
Je propose (et je pratique) de créer des œuvres qui s’intègrent
à des environnements qui ne sont accessibles qu’à pied ou à
vélo. Surtout des pans de mur – un peu comme les tapisseries, par
exemple. Ou bien de créer des circuits des festivals à pied, à
vélo, à cheval quand il y a un vrai esprit de mouton parmi leurs
invités, appelés souvent « les experts » - mais experts
en quoi, s’ils ne disent pas l’indicible ? Il restera
indicible.
Dans mon émission sur le nomadisme (le No.3) j’ai abordé cette
question, j’ai rajouté le thème de « Voyages Lents »,
en partie parce que j’ai assisté au Festival du Voyage Lent au
Caylar cet été. J’ai résister à en parler par auto-censure, en
partie, ce que je pouvais dire sur ce que j’ai vu était tellement
peu flatteur que je craignais d’être perçu comme un plaintif. Il
y avait des voyageurs de plusieurs pays, des écrivains et des
cinéastes – les conférenciers – et ceux qui avaient assez
d’argent pour se payer le voyage en voiture pour venir y
participer. C’était un genre, à vrai dire. Entre le voyage lent
et le pays parcouru il y avait une sorte de cloison. Le » style
de vie de ces gens n’avait visiblement rien à voir avec les
exigences de l’écologie, et cependant, tout était présenté sous
cette guise. Une sorte d’effet trickle-down, où par contagion les
ploucs allaient pouvoir être des aventuriers comme les auto-héros
du voyage lent se dessinait.
Inaction climatique
Cela veut dire que les tabous ont tué le sujet, jusqu’à là –
où jusqu’à il y a deux ans, un an. C’est important de le
constater – les journalistes ont du mal à faire cavalier seul. Un
expert, c’est quoi, s’il se réduit à son champs d’expertise ?
Il est comme un syndicaliste qui ne peut parler que si lui-même il
est concerné – il demande des augmentations de salaire pour lui et
ses potes, il ne sort plus de sa singularité, de sa réductionnisme.
Un autre sujet qui mérite d’être pris en main par le
journalisme, avec le but de le faire rentrer dans la culture, dans
notre monde du compréhensible, c’est la présentation scientifique
de la nouvelle technologie d’immersion numérique, ou de
substitution numérique ? Je traiterai de ce sujet dans
l’émission d’ici deux semaines « réalité somatique ».
La pensée mécaniste, l’échelle industrielle, la poursuite de
vitesse et de distance, servent surtout à détourner notre regard de
cette réalité psycho-socio-somatique – de notre vie sur terre.
Mais dans ce cas, on oublie de penser à nous-mêmes.
Tout en pensant surtout à nous-mêmes, mais à travers des
filtres d’analyse faussées. Je m’émerveille des panneaux
indicateurs routiers – qui sont grossièrement simplistes –
est-ce le progrès, ou est-ce qu’on devient idiot lorsqu’on roule
trop vite ? Depuis que l’industrie existe, les lamentations
sur ses effets délétères se vocifèrent. Aujourd’hui, on vit les
prophéties d’Armageddon, situation très inconfortable pour les
progressistes et les dévéloppementalistes d’hier.
Mais ce qui est intéressant, c’est qu’à l’inverse des
prophéties, nous ne solutionnerons pas ces problèmes par
l’éradication de la modernité et la régression à un état
antérieur, considéré à tous égards primitif. Il est difficile de
penser que, la génie de la communication à distance par portable,
des assemblages sociaux composés par les machines, des calculs des
algorithmes et des découvertes scientifiques, peut être persuadée
à rentrer de nouveau dans sa lampe.
C’est l’innocence perdue. Mais cela veut dire que nous devons
faire avec cette connaissance, ces nouveaux savoirs-faire. Il serait
futile d’accuser les écolos de vouloir revenir à l’état
d’avant – ils ne savent même pas ce que c’était.
Mais l’avant, ce n’est plus l’avant d’avant. C’est bel
et bien l’époque industrielle – c’est cela qui est intéressant
– l’industriel tel qu’il a existé est très démodé
aujourd’hui. On se méfie très clairement des produits chimiques.
On se croit enchaîné, bon gré, mal gré, à la machine
industrielle, en état de dépendance, d’assistance. On cherche à
s’en libérer, tout en manifestant une méfiance du naturel et en
n’ayant aucune confiance en soi, dans ce contexte-là.
Et c’est un processus de désabusement qui a été d’autant
plus rapide avec les télécommunications, les médias et les
ordinateurs, auxquels il a suffit de quelques décennies pour qu’on
devienne allergique.
Si c’était la boîte de Pandore, le plus important maintenant
n’est pas de fermer la boîte mais d’accommoder ce qui en est
sorti à nos vies – d’atteler la bête.
C’est amusant, on parle de bêtes – alors que ce sont des
animaux, on parle d’animaux domestiques et/ou dociles et d’animaux
sauvages – alors que les animaux sauvages sont loin d’être
sauvages et les animaux domestiques sont souvent bêtes.
Ne serait-ce pas nous qui sont devenus sauvages et intraitables,
de par les animaux ? Il y en a quand même beaucoup qui nous ont
fuit, et si c’était par leur choix, définitivement désabusés de
nous. Mais la fuite ne marche pas, face à un espèce
tout-envahissant comme nous, et justement, des animaux comme des
rats, des plantes comme l’ortie et la ronce, et nombreux parasites
et virus sont les mieux adaptés, maintenant, à notre présence.
Nous ne sommes pas gentils avec eux, eux non plus avec nous, notre
sauvagerie et leur sauvagerie se rencontrent, mais c’est nous les
plus sauvages et ils ne font que profiter de nos mérites – à
leurs yeux.
Par rapport à l’industrie, elle doit être le plus indomptable
et sauvage des bêtes, puisqu’elle est actuellement hors contrôle
humain – visiblement – les plus saugrenus d’entre nous se
trouvent dans les positions clés de pouvoir, mais ne sont pas
puissants sans assistance industrielle.
Qu’est-ce que peut faire l’industrie pour nous réunir ?
Visiblement, elle fait l’inverse – elle fait que nous nous
sentons impuissants, incapables de contrôler notre destin.
🖶
↑
↓
vendredi 28 octobre 2022 pour jeudi 10 novembre 2022
9. Globalisation-localisation
ZAD Partout mais singulièrement discrète
leapfrog
C'est le jeu de saute-mouton. Lorsque l'Allemagne choisit d'acheter ses denrées militaires chez les Américains, pas chez nous, cela fait que la défense européenne autonome reste lettre morte. En fait, cela fait partie du jeu social et politique à chaque échelle depuis toujours, mais les règles du jeu ont changé. On n'a qu'à regarder l'histoire de l'immigration et des réfugiés, cela commence tout près, d'un bled à un autre, ensuite c'est de l'autre côté de la frontière, ensuite un peu plus loin - selon les moyens de transport et de communications qui existent. Maintenons ce concept en tête, je vais essayer de l'articuler au cours de cette émission. Pour être clair, je pense que, le problème identifié, il y a des solutions pour éviter le repli et la stagnation, sans pour autant rentrer dans une époque de chauvinisme invalidant.
Ce titre est un peu une blague. Nous savons déjà ce que cela
veut dire, la localisation, c’est un usage du domaine de la
signalétique, cela signifie identifier la source, le positionnement de quelque
chose. En termes littérales, la globalisation serait donc « ne
pas savoir où se trouve ni d’où vient un objet ».
Je suggère que ce n’est pas nécessairement une grande avancée.
Les gens peuvent nous faire n’importe quoi sans être là et sans
en être tenus responsables. C’est à peu près cela qui peut
préoccuper dans la globalisation.
L'origine historique du mot globalisation est assurément matérialisée bien avant l'époque numérique, dans la forme de l'Empire Maritime Britannique. Un pur exercice de projection de pouvoir. L'aspect qui frappe, c'est que les britanniques ont pu, à partir d'une petite population sur une petite île, et pendant une courte période, dominer le monde, partout dans le monde. Grâce au transport et un certain flair administratif, peut-être - il est à noter que plusieurs composants nécessaires à cet exercice de pouvoir sont devenus sémi-autonomes ou indépendants.
Si depuis lors, rien d'aussi efficace en termes de "reach" - d'étendue de pouvoir avec si peu de moyens, a réussi autant, c'est parce que les techniques évoluées et l'accélération industrielle se sont vite répandues, de par les mêmes infrastructures qui ont assurée, pendant un certain temps, la primauté britannique. Notons que je considère ici l'aspect "global" de cette affaire - une autre nation qui pourrait réclamer cette qualité par rapport à son effort, c'est le Portugal. Dans l'antiquité, évidemment les grecs et autres phéniciens.
Prenons un cas contemporain. Visiblement, les pouvoirs autoritaires sont dans l'ascendance - et ils font des combines, à distance, pour rester maîtres chez eux.
La taille des nations est devenue le facteur gouvernant dans l'équilibre des pouvoirs actuelle, au moins en apparence. Les petits pays performants sont les équivalent des port-avions des grands puissances d'antan. Leurs aéroports sont les pistes d'atterrisage et de décollage.
Il est évident qu'il faut changer l'organigramme, on devient totalement détaché des réalités du terrain - tout terrain.
En réfléchissant sur la meilleure manière de communiquer certains messages, j'ai compris que pour une ville comme Millau, ce qui se perd dans un monde globalisé, c'est la reconnaissance du savoir-faire des gens localisés à Millau, l'effet terroir. Moi comme d'autres, j'irai plutôt vers un média national pour écouter les actualités et l'analyse des savants. Attrapé dans le système globalisé présent, on perd rapidement son individualité, en grande partie parce que les liens sociaux réciproques, entre temps, ce sont désagrégés, jusqu'à ce qu'il n'y ait pas la volonté de structurer notre savoir nous-mêmes - qui est à vrai dire assez grand, étant donné le niveau d'éducation et de formation des populations rurales.
Il y a des méthodes presque contra-intuitives pour faciliter cette acquisition d'intelligence collective, plutôt que d'ignorance et d'inactivisme collective. Les universités comme Oxford ou Princetown créent des contextes sociales de plusieurs petits groupes attachés à des infrastructures de savoir, bibliothèques, laboratoires, mais aussi activités. Tout est intensément social, on apprend à coopérer, à collaborer et à donner de l'espace personnel, dans un collectif où ces intérêts sont partagés et donc communs. L'atmosphère peut être intense mais relativement décontractée, ce qui laisse beaucoup d'autonomie à l'étudiant et aux profs. A peu près l'inverse des amphis des universités françaises des années 1970 jusqu'à nos jours.
Le problème qui n'est souvent pas très bien résolu, c'est celui d'intégrer la population locale - on dit "Town and Gown" à Oxford, "Ville et Cape des Collèges" - du code vestimentaire des collèges, initialement calqué sur celui des moines ("cathedral colleges"). Les liens ont tendance à se faire à grande échelle ou en petit groupe collégial, dépassant la population locale.
Il n'y a donc que très peu de mystère autour de la production de savoir - vous mettez à peu près n'importe qui dans ou à proximité d'un groupe humain plutôt convivial et fraternel, vous leur donnez quelques pistes à suivre - et ils le feront, en toute probabilité. C'est un cercle vertueux. Le retour, c'est la loyauté intéressée envers des institutions qui ont donné le coup de piston qu'il fallait. Pour les autres groupes politiques, ou industriels, ou que sais-je, la recette est à peu près identique. Cela a très peu changé. Dans un navire, vous avez tout le temps pour échanger et former des liens profonds et vous allez à la découverte du monde, un certain monde.
Le prochain rajout au mixte, auquel j'ai fait allusion en racontant l'histoire du Saint Affrique, plus loin, c'est donc cette fluidité du flux. Il ne faut pas oublier que l'Afrique, même exotique, fait depuis avant la colonisation grecque partie du monde connu et rôdé. D'adopter un nom pour une ville telle que Saint Affrique, c'est un peu l'équivalent de vanter son cosmoplitanisme, son ouverture sur le monde et son importance stratégique, c'est une forme de "branding".
Le localisme, par contre, est une illusion manifeste, presque un voeu d'extinction ou d'effacement subconscient. C'est une question qui a tendance à fissionner la société en ce moment, le repli communautaire contre l'ouverture et l'accueil. Les méchants et les gentils ... migrants.
On s'abstrait du monde, et d'interactions avec le monde, toute à la fois. Que des anomalies. Ces recettes de pouvoir bien rodées sont devenues des vraies boulets, qui nous empêchent de mener des vies d'interaction positive avec le vivant.
Je me trouve bien obligé de mélanger le sujet de la prochaine émission, sur la réalité éxpérimentée, vécue par l'ensemble d'entre nous: la réalité somatique.
Nous avons souvent l'habitude de trancher les choses en catégories, en oubliant de comprendre que l'un ne va pas sans l'autre. C'est le cas avec la réalité sociale et la réalité physique. La délocalisation, la déphysicalisation de notre expérience sociale, c'est un cas exemplaire à cet égard. Nous risquons tout simplement de devenir superbement inutiles, chacun d'entre nous, si nous poursuivons dans cette course folle vers la globalisation, mais c'est la faute du repli social, j'évite le mot "identitaire" puisque ce serait déjà trop dire.
Les migrants
Les réfugiés, les immigrants, les nomades, les gens de voyage,
etc. Je me classifie en réfugié interne à la France, pour des raisons qui me
sont propres et tout-à-fait intelligibles. Ni gentil, ni méchant.
Ensuite, j’observe de manière moitié amusé, moitié désespéré,
comment les gens, surtout ceux qui sont censés s’occuper de ces
affaires, dans les assocs., les préfectures, etc., réagissent à
cette auto-appellation – de manière super-négative. C’est les
dé »finitions administratives qui comptent pour eux, et
surtout pas le sens de la langue. Il m’arrive de penser que le
Rassemblement National ne fait que suivre les tendances de ce qui se
passe vraiment, chez des gens, plutôt des libéraux – des
néo-libéraux, qui ne s’identifient absolument pas avec le racisme
et la discrimination, mais qui sont ses fidèles serviteurs,
néanmoins.
A Millau, on devrait, à vrai dire, être en train de créer un hub de mouvements, pas un
"centre" d’excellence, mais un articulateur d'excellence qui attire du monde, de la créativité, de la
variété. Le modèle de grands centres universitaires lointains, de
stages à Rodez, de réseautage à grande distance, va exactement
contre les intérêts et la vitalité locales, directement contre les
intérêts écologiques.
Actuellement, nous allons quémander de toutes les forces qui se sont montrées inadéquates, au niveau du bouleversement écologique, de nous solutionner nos problèmes. Normalement, on vire les incompétents et on installe des compétents, dans ce cas. Mais bien que les forces politiques et industrielles en place se soient montrées défaillantes et irresponsables, on continue de chercher à leur attirer l'attention, mendier des subventions, et obéir à des critères administratifs chaque fois plus redondants. C'est une contradiction de termes.
C'est une question de pouvoir, mais aussi une question de techniques déployées pour retenir l'attention. Tout le monde sait, à peu près, qu'en pointant du doigt un ennemi extérieur, on renforce sa position interne. De la même manière, en créant des drames et des outrages entre des personnages politiques, on détourne le regard des questions les plus concrètes, à une autre échelle. Prenons la Reine d'Angleterre, et toute la pompe et la cérémonie qui est associée à la royauté, c'est idiot.
Prenons le cas de l'industrie de l'automobile, avec tous ses sous-traitants et les routes qui vont avec. On invente, littéralement, un débat sur le tout électrique en 2035, ou la réduction des émissions de carbone en 2050. Mais ce sont à vrai dire des leurres massives, cela ne peut pas et ne va pas se passer comme ça, et on le sait. C'est une politique fiction qui évite l'hostilité de ceux qui travaillent dans ou dépendent de ces secteurs. On a beaucoup moins de temps pour agir. Ou prenons cette histoire du nucléaire - un autre trompe l'oeil. Le nucléaire, comme toutes les autres technologies de taille industrielle proposées, a besoin de grands investissements coûteux en carbone en amont, alors que l'on sait que c'est le court terme, les prochaines trois années, qui sont les plus importantes. Le nucléaire consomme - et réchauffe - beaucoup d'eau, en fait réchauffer l'eau et le convertir via des turbines en électricité, c'est le fonctionnement d'un réacteur nucléaire. Quelle belle idée, par rapport à la biodiversité et le réchauffement du climat! Or, si on écoute les analystes, c'est le seul sujet qu'ils évitent de couvrir. Le bilan carbone est un simple raccourci de communiquant, d'autres gaz comme le méthane peuvent être aussi importants, la bio-diversité en est un autre - déjà, avec les sécheresses la terre, je veux dire le sol, dorénavant morte sur des grandes surfaces, va ventiler encore plus les réserves de ces molécules qu'elle a séquestrée au cours des siècles.
Dès que, pour une raison ou autre, les flux tendus d'une industrie ou d'une autre se détendent, les stocks de, par exemple, voitures invendues s'accumulent sur les parkings de leurs usines. Dès que nous commençons à agir avec sérieux sur la sobriété écologique, nous constaterons que nous sommes absolument gavés de produits industriels, au point qu'ils ne valent plus grand'chose. Pourquoi en faire du neuf - quand il serait mieux d'arrêter de broyer le vieux, dans le jeu infantile de la désuétude programmée?
La réponse : pour satisfaire à ceux qui votent, plutôt vieux, plutôt inculqués dans les valeurs industrielles et surtout plutôt dépendants de l'industriel pour leurs boulots.
Le gouvernement et toute l'élite décisionnaire est consciente de cette réalité de l'opinion publique, elle est pragmatique, en termes de politique électorale. C'est un peu comme avec la menace nucléaire - il ne faut pas dire la vérité, il faut rester dans le flou. Mais en réalité physique, l'époque de la voiture, du nucléaire et de plusieurs autres technologies dépensières d'énergie et de matières premières - par exemple les éoliennes, est déjà terminée. Une réduction de l'énergie généralement consommée va dans ces secteurs forcément baisser les prix et l'intérêt de ce genre d'objet, il y aura forcément beaucoup moins de travail dans le secteur et les gens qui y travaillent seront forcément bien moins rémunérés.
Notons que le bio, disons authentique, du
fait qu’il est moins dépendant d’intrants à distance et qu’il
fait son propre fourrage, a moins souffert des aléas
internationales récentes. En Aveyron, on est potentiellement assis
sur une mine d’or vert, en termes de potentiel non pas agricole
mais horticulturel, si on arrive à augmenter la population utile et
complexe des lieux, si on arrive à créer des habitudes de transport
hyper-frugales.
Et c'est dans ces domaines que la croissance - et le progrès existeront.
A cet égard il est aussi intéressant de noter que les mouvements
intellectuels et autres du passé ont souvent été bien plus
interculturels qu’aujourd’hui. Tromp n'a pas tort, ni le chef russe des mercenaires et des hackers, de s'attaquer à l'oligarchie et aux riches, aux privilégiés et aux bien éduqués, qui eux sont ouverts au monde. L'intelligence collective de cette minorité mondiale menace - parce que mondialisée. Le Globish menace - jusqu'au sein du monde anglophone. Les anglais - les britanniques, n'aiment pas le Globish, parce qu'il peut y avoir des gens comme Macron, ou Tromp, avec leurs accents exécrables, en train de nous donner des leçons dans notre propre langue, en train de parler du monde anglo-saxon, ou de la langue américaine - alors qu'elle est la nôtre. Vous pouvez en juger de mes paroles parce que je crois qu'à parler le français comme je le fais, je produis à peu près le même effet ici en France. Le repli social n'est pas sans fondement, loin de là, mais c'est un instrument sur lequel les plus mal-intentionnés peuvent jouer pour, en réalité, dominer des territoires captives, tout en eux-mêmes étant les plus grands voyageurs. Personnellement, je ne voyage pas bien loin, j'ai appris de mes excès.
Le mot que je viens d'utiliser, c'est le mot "voyageur". Nuance. Les gens qui laissent des traces positives et durables sur les terroirs qu'ils occupent sont rarement des voyageurs volontaires. Africanus était réfugié de l’évèché de Comminges (Saint Bertrand de Comminges) et a donné
son nom à Saint-Affrique, il y a plus de 1000 ans, quand la liberté de voyager et l'ouverture sur l'autre étaient plutôt établies - n'oublions pas que la question de frontières est relativement nouvelle. En Ariège, j’ai fait des petits boulots chez un fermier du coin. Son parcours ? D’extraction espagnole
– ou au moins juste de l’autre côté de la frontière, son
grand-père venait faire les saisons régulièrement. Ensuite son
père est devenu métayer et propriétaire. Lui, fils du pays
maintenant, a hérité de cette lente intégration.
Peut-être nous devrions reproduire le même schéma, si nous voulons vraiment avoir des populations intégrées et investies, de nouveau, à la campagne. Par contraste, je viens d'une famille de néoruraux anglais, très sensible au paysage et à son histoire. Nous ne sommes plus là, bien que tout a été fait pour durer.
Une grande partie des néo-ruraux sera partie au bout de deux ou trois ans, sans jamais s'enraciner, bien qu'ils croient être dans une autre démarche. Sans voyages lents, une vraie hospitalité fonctionnelle, sans des points de réelle attractivité sociale pour toutes les couches sociales, cette précarité du paysage fera que rien ne peut s'enraciner. Les rentiers et les rentes vont prédominer, ceux pour lesquels le paysage est employé à des fins purement extractives et récréatives.
Ou prenons le cas des exploitants agricoles - c'est dans le nom, c'est tout à fait déclaré, pas caché du tout. Depuis De Gaulle, il y a eu des efforts conscients de couper le lien vivrier du paysan avec son territoire, pour tout convertir en opération industrielle et il me semble que par une sorte d'osmose, la culture industrielle des fermes actuelles s'est enracinée comme une culture du "vrai agriculteur du pays". Les champs, comme ils sont à ce seul usage, sont littéralement la moteur de la destruction écologique qui tue le vivant. On n'a qu'à voir une terre nue pendant des hectares, en train d'évaporer sa richesse en eau, à attendre les pluies qui ne viennent pas parce avec des telles organisations du terrain, l'air est trop sèche pour en générer, des pluies. Non-contents du résultat du pari annuel des récoltes ratées, ils demandent qu'on leur vient en aide avec des subventions exceptionnelles, pour refaire l'année prochaine ce qui a causé les dégâts de l'année dernière, c'est fou. Mais le problème de base est qu'il n'y a tout simplement pas assez de monde, maintenant. On dit que la terre coûte trop chère, mais je vois plutôt un désert.
Ce qui a changé entre temps c’est les distances parcourues et
les possibilités d’intégration véritable. Les migrations d’en
haut se font souvent dans l’ignorance des langues locales – et
imposent leurs modèles culturels sur le pays. Mais c’est pareil
lorsque les machines agricoles des paysans locaux raclent et
nivellent le paysage, comme si c’était un fond benthique.
Raccourcir les distances parcourues, en ralentissant les temps de trajet, recréer des emplois de temps à l'échelle humaine et pas constamment saccadées par des tiraillements de l'attention pour nous faire marcher, comme c'est le cas avec les téléphones portables et la série de mini-tâches qui nous rendent impossible la véritable concentration, encourager des relations
moins superficielles avec l’environnement tant social que physique dans lequel on vit, tout cela indique que la localisation n’est pas une affaire de paroisse mais de flux et d’échanges d’information, mais avec des relais conformes à d'autres échelles que l'industriel, plus petites.
Et en faisant ainsi, les porteurs d'intelligence collective sont forcément les voyageurs, mais l'information qu'ils portent, c'est de l'information localement pertinente et responsive, qu'ils ont reçu directement des "gens du coin". Sinon, nos yeux seront toujours rivés sur les échelons supérieurs, plus distants, et nous aurons toujours envie de jouer le jeux de dépassement du local pour trouver des renforts et des rapports de force avec des forces extérieurs lointaines.
C'est un fils de néo-rural qui le dit. Nous devrions remplacer les intérêts sectoriels, de classe, avec une cohésion et une coopération sociales physiquement localisées, mais en mouvement et sans faire des jeux d'exclusion et d'inclusion par catégorie sectorielle - ou par localisme. Si quelqu'un est là et il est humain, il a son rôle à jouer. Et c'est cela la solution proposée, de transition réelle, qui quitte le système industriel, ô trop dépendant des forces extérieures qui s'en foutent de nous. Il est vrai que cela peut nous laisser très exposés à des ennemis extérieurs, comme la Russie. Il est même probable que notre note de crédit, national et européen, s'écroulera, de manière transitoire. Mais à vrai dire, c'est de l'innovation, sans laquelle rien ne se fera.
C'est là que la stratégie politicienne devient explicable. Pourquoi prétendre qu'une transition écologique peut se faire en gardant nos voitures individuelles, nos portables, notre style de vie d'hyperconsommation d'énergie industrielle ? Pour la même raison qu'il n'aurait pas fallu dire qu'on ne va pas tirer sur la Russie avec des armes nucléaires si elle tire sur l'Ukraine avec des armes nucléaires. C'est du bluff. Un discours de vérité va sans doute bientôt se matérialiser, au niveau du gouvernement. Dans un état de guerre, on maintient la fiction de sa force et de sa résolution - tout le monde est censé le faire. Par contre, à d'autres niveaux de la société, y inclus au niveau individuel, il y a beaucoup plus de marge de manoeuvre pour des expériences taille vrai vie.
Ne pas flouer les réalités physiques
Juste une observation, mais notre concentration sur les points chauds de la pollution, comme les villes, en ne pas parlant du massacre industriel de la campagne, cela pourrait être considéré anti-écologique. La catastrophe écologique en cours est assurément d'envergure globale. La montée des eaux, la fonte des glaciers, l'expansion thermique des océans, la sécheresse, la désertification, ce sont des phénomènes qui se passent sur des grandes surfaces - ce que nous appelons ici la campagne, la nature. Les villes ont une surface très réduite par rapport aux campagnes. Normalement, le point de levier le plus rentable, écologiquement, c'est l'action à la campagne - la réoccupation de la campagne. C'est un peu le même argument que l'argument qu'on utilise actuellement de la ré-localisation en France ou en Europe - le discours varie - des industries critiques au niveau stratégique - le lithium, les micro-processeurs, etc.
Ce qui change, c'est l'échelle à laquelle on applique cette logique. Une logique écologique, c'est une logique qui marche à l'échelle où on ne doit pas utiliser des véhicules motorisés, mais du transport vivant, principalement nous. Cela n'a jamais empêché le commerce de choses de suffisamment de valeur, comme le sel ou le café, à grande distance. Mais cela fait penser deux fois avant de transporter du béton dans des cimentières (ou du chanvre super-bio d'isolation) du nord au sud de la France, ou du sud de l'Espagne au marché de gros de fruits et légumes de Perpignan, si on a d'autres matières à proximité, de la main d'oeuvre, de l'outillage et des compétences très localement déplaçables.
Comment convaincre. Je viens d'entendre une bribe ... "aller dans les villages, parler avec les gens, expliquer pourquoi cela peut les intéresser", ... c'était par rapport aux néo-Zadistes des Bassines. Pour moi, l'explication, c'est dans l'acte. Il ne suffit pas du tout d'y aller pour expliquer - comme si c'était un exercice de vulgarisation scientifique, même le mot "vulgarisation" est arrogant et horrible. Il faut faire, et faire partie de la vie locale, dans une coopération réciproque.
C'est pour cela qu'il est tellement important d'établir des circuits réguliers, des gîtes de passage, tout ce qu'il faut pour faciliter l'accueil de gens à pied et à vélo. Ils peuvent faire le transport et la transmission par d'autres moyens que les moyens de la haute technologie - c'est à dire du monde industriel. Mais on ne les croira pas s'ils ne le font pas. C'est mon avis, en tous cas. De ce point de vue, le problème avec ces appels à l'attention des militants écologiques, c'est qu'on essaie d'appeler l'attention des puissants, mais les puissants, ce sont ceux qui doivent leurs positions à la maîtrise d'une technologie du passé - de l'époque industrielle super-consommatrice déjà passée.
L'avenir, pour nous tous, c'est le vivant, la biologie, la biotechnologie, mais, j'ai presque envie de dire, dans la socio-biologie plus que dans la biologie directe. Il faut, et très vite, réorienter l'éducation et les formations pour avoir des compétences surtout dans ces domaines. Même les outils de l'informatique sont en train de devenir bio. Nos disques durs, en tant qu'ils existeront, risquent de devenir des brins d'ADN lus et écrits par des enzymes - et sans métaux rares. Continuer de préférer l'industriel très primitif basé sur des métaux, des mines, etc., etc., c'est ce carcan conceptuel qu'il faut briser. Mais son transfert, dans une conception identique, envers des matières bio, n'est pas plus malin.
Dans une prochaine émission, je lirai un texte qui est déjà sur
le site des émissions www.cv09.toile-libre.org
« une chanson, une symphonie, un film, un algorithme des
prises dans le mur d'escalade » dans la section « concepts ».
Ce texte traite de la réalité somatique qui peut advenir –
l’expérience qu’on a, dans son corps et sensoriellement, selon
le milieu – l’environnement dans lequel on se trouve, et aussi du
coût énergétique impliquée dans ces métaverses que l’on a
projeté de créer.
Je constate après l’écoute de France Inter que le métavers
qui était Facebook est en train de foirer, pour à peu près les
raisons que j’ai deviné dans l’écrit mentionné ci-dessus. Il
me paraît que là où des réalités virtuelles pourraient
intéresser, c’est lorsqu’ils permettent d’accompagner des
tâches réelles – l’inspection d’un modèle en trois-D, la
chirurgie, des danses synchronisées, l’apprentissage de gestes,
l’entretien de l’attachement à des gens qui font déjà partie
de son univers proche physique ou relationnel, etc.
Les vidéoconférences, par contre, ont déjà réussi pas mal à
créer des groupes sociales – à remplacer l’interaction physique
en présentiel. Je le sais parce qu’il y a des personnes qui
m’ignorent parce que leur monde social est devenu l’écran, les
sons, les voix et les personnes qui se trouvent là-dedans. Je ne
suis pas sûr, par contre, que cela les aidera beaucoup dans leurs
relations sociales avec les gens qui sont vraiment là, étant donné
la réaction probable de gens qui se sentent ignorés.
Mais souvenons-nous que le remplacement du réel par le virtuel a
déjà eu lieu – par nos voix physiques et nos récits, ensuite par
la lecture, d’abord à haute voix, ensuite de plus en plus
silencieusement, de mots écrits. Avant, on s’imaginait tout un
monde à travers des contes et des écrits. Ce monde continue
d’exister, mais il est peuplé de plus en plus par la jeune élite,
ambidextre, qui lit des livres et utilise des smartphones.
Pour la majorité d’entre nous, il reste peu à imaginer, tout
est déjà construit. Les images sont là, nous ne devons plus les
développer nous-mêmes, ni le timbre de voix des personnages, ni le
fond sonore de ce que nous regardons. Nous pourrions, c’est vrai,
les changer, les customiser à nos goûts, mais il est plus facile
de laisser cela à des algorithmes.Et pourtant, c’est étrange que
ces images se voient sur des tous petits écrans et les sons sonnent
au milieu de nos propres têtes, comme si elles étaient en nous ou
devant nos yeux comme des petits génies dont on conjure l’existence.
Les ajustements cérébraux qui ont lieu actuellement, surtout
avec cette distinction claire entre présentiel et distanciel qui
nous a été présenté par la covide, sont préoccupantes.
L’autre essai se trouve également sur le site avec le titre
infostruck, section pratique.
L’hypothèse est que pour regagner le contrôle sur la
pertinence de l’information que nous recevons, pour nous, nous
passerons obligatoirement par une retraite du cloud et une reprise en
main de la communication humaine directe ou par messager humain
interposé.
Ceci en partie parce que les alternatives coûtent trop chères,
écologiquement. On déploiera des machines pour faire ce que font
déjà très bien et fort à propos les humains, se communiquer et
agir ensemble. Pourquoi faire, donc ? Qui veut être réduit à
une passivité et une inertie très grandes, face à la vie, tenu à
la bonne volonté de machines qui ne sont pas là ?
Pour mettre mes cartes sur la table depuis le début, je suis pour
un chemin moyen, entre la globalisation et la localisation. Et c’est
le mot chemin, l’aspect dynamique, la manière de faire le lien
entre les acteurs de notre destin collectif qui m’intéresse. Je
suis donc contre le retranchement chez soi et le survivalisme
égoïste, que ce soit au niveau individuel, communal, national …
Or, la voiture et tous les moyens de transport et de communication à
énergie de machines sont à la fois ce qui est en train de détruire
notre terre et ce qui donne un avantage massif à ceux qui sont les
plus dépensiers et les plus riches, en termes d’influence et de
pouvoir décisionnaire. Comme l’eau, on prend les ressources
nécessaires à la vie, on les séquestre et on les utilise pour
alimenter les machines. Les riches – les riches qui deviennent
souvent pauvres en les achetant, détournent ce qui pourrait
alimenter la nature pour alimenter des styles et des méthodes de vie
qui n’ont plus rien à voir avec l’intérêt général.
Comme on l’a dit sur une émission de radio récente, le
libéralisme a eu comme supposition une possibilité de croissance
constante de production et de consommation, mais aujourd’hui, nous
voyons bien que ce n’est pas le cas.
Il est donc urgent de créer des infrastructures et des habitudes
de transport et de communication très, très frugaux et de créer ce
qu’on appelle, pour le moment, une démocratie participative en
étroit lien avec ce qui est autour de nous. Je rajoute que les
seules ressources avec lesquelles il ne faut pas être parcimonieux,
ce sont les ressources humaines, il faut rehausser notre
considération pratique de nous-mêmes.
Dans le Monde du weekend (samedi-dimanche 5-6 novembre) il y a un
supplément qui traite de la COP27. Un article traite du peu
d’importance, surtout au niveau financier, donné à l’agriculture,
par rapport au secteur « transport ». Je ne suis pas trop
d’accord.
Le transport – les véhicules motorisés, y inclus les machines
agricoles comme les tracteurs, ce sont eux qui déterminent très
largement le type d’agriculture que l’on pratique et qui engendre
notre dépendance sur une échelle d’approvisionnement mondial qui
tue ce monde. C’est cela qu’il faut changer, dans le monde
industriel. Radicalement. Et cela a des implications. Il faut qu’il
y ait beaucoup plus de main d’œuvre non-motorisé dans la
campagne, alors qu’actuellement on fait tout pour résister aux
intrus, à la campagne – sauf s’ils apportent de l’argent à
dépenser – ce qu’on appelle le tourisme de consommation.
Actuellement, en France, on dit qu’il manque de main d’œuvre.
Il y a énormément de monde, en Afrique et au Moyen Orient, qui
voudrait bien travailler chez nous. Mais imaginons un avenir tout
proche où on arrête de dépendre des voitures et autres véhicules.
Les chômeurs du secteur automobile risquent de devenir les paysans
de demain.
Jusqu’à là, les politiciens, tout au moins en France, n’ont
pas du tout été courageux à cet égard. Courageux, en jargon
politique, cela veut dire dire les choses qui risquent de leur faire
perdre les élections. Pire, ils n’ont pas lancé les projets
pilotes qui démontrent comment on peut se passer des véhicules
lourds – on a donc un manque d’expérience dans ce domaine
quasi-totale et un genre d’omerta sur le sujet, fidèlement
maintenue par les médias.
Le tabou touche tous les partis politiques, qui sont dans une
rhétorique absolument idiote de remplacer les voitures à essence
par des voitures à électricité, tout en maintenant des parcours et
des trajets habituels qui ne peuvent se faire qu’avec
l’infrastructure routière existante.
J’ai dit « courageux » - il est sûr que celui qui
essaie de mettre en pratique des politiques raisonnées à cet égard
perdra les élections, parce que, justement, une majorité des
citoyens ne voteront pas pour lui ou elle. Surtout pas à la campagne
désertifiée, occupée à présent par des populations réduites qui
dépendent de la voiture pour leur existence.
On est donc dans un « écosystème » politique qui
favorise les pires des excès anti-écologiques, exactement là où
il est le plus urgent d’agir, à la campagne, à la nature.
Et la rhétorique, aussi bien que les actes de ceux qui se
présentent comme les experts de l’écologie, de la nature et de
l’agriculture, n’inspire pas confiance, chez ceux qui votent. Ils
donnent l’impression qu’ils n’aiment pas les humains et qu’ils
défendent la nature contre les humains. Ils proposent des réserves,
des endroits où les humains sont interdits d’aller et d’interagir.
Quand j’étais à la ZAD, j’ai observé et j’ai rencontré
plusieurs de ces personnes, j’ai même inventé un sobriquet pour
eux : les brigades « pas toucher ». Ils avaient
l’impression, je pense, que dès que l’humain touchait à la
nature, il la cassait, donc qu’il fallait mieux qu’il n’y
touche pas.
Que ce soit vrai ou pas, priver les gens de contact utile avec la
nature, tout en ne leur promettant rien que des sacrifices et des
pertes de travail, n’est pas censé leur parler au moment des
élections. Et on le constate.
Encore pire, si l’on voit des collectifs qu’on appelle des
écohameaux, souvent très éloignés des centres de population et
donc encore plus dépendants de la voiture, qui ne pourraient exister
que par l’achat de terrains – qui favorisent donc le capital –
où l’utilisation de tracteurs et de camions est totalement
habituel. De nouveau, ces îlots de paradis terrestre ont existé en
quantité non-négligeable depuis l’aube de la conscience populaire
écologique moderne – disons les années 1960. En plus, cela a
toujours existé, dans la forme de deuxième résidences à la
campagne pour les riches.
Ils n’ont jamais dépassé une infime minorité d’adhérents,
venant des classes moyennes et supérieures, dépendants d’autres
sources de finance ou utilisant les moyens industriels pour tirer
bénéfice de leurs biens – modèle capitaliste. On peut prendre
comme exemples de ces deux tendances – conservation de la nature et
agriculture « raisonnée » avec d’autres sources de
revenu qui permettent de vivre dans des lieux très agréable, d’un
côté Pierre Rab-hi, de l’autre Nicolas Hulot. Ou bien le Prince,
maintenant le Roi Charles, qui fait les deux, conserver la nature et
de l’agriculture bio, sur « ses terres ».
Il existe d’autres modèles écologiques beaucoup plus
correctes, dans des pays comme l’Inde, où les salaires sont
suffisamment basses pour rendre faisable l’utilisation de beaucoup
de main d’œuvre et peu de machines. Du fait qu’on est trop
pauvre pour se payer des voitures, on utilise d’autres modes de
transport, la marche, le vélo, etc. Étant donné qu’une voiture
coûte autour de 7000 euros par an, et pas beaucoup moins, même dans
un pays pauvre, les gens peuvent bien vivre et en relativement bonne
santé sur des revenus moins élevés.
Selon des reportages récents, bien que pendant des décennies les
paysans sont devenus dépendants d’engrais chimiques et de semences
industriels achetés, ils sont maintenant en train d’utiliser des
méthodes naturelles très intelligentes, avec des rendements
également performants, qui améliorent santé humaine et santé de
la nature, ensemble.
Take Two
J’arrive à la médiathèque. La première chose que je vois,
c’est le titre du Monde weekend : « Climat : la
COP27, sommet de l’urgence absolue ».
On ne peut pas, depuis un certain moment, nier que notre élite
est sensible aux enjeux écologiques. Par contre, au niveau local, la
rhétorique et surtout les actes sont souvent désespéramment à
côté de la plaque.
En termes de praticité, on est encore à l’époque de
l’enfance – on n’a même pas lancé un débat pratique et
sérieuse sur comment faire, si on voulait vraiment vivre de manière
écologiquement cohérente. Cela va de soi que c’est une question
d’infrastructure, mais nous devons subir une série d’analyses et
d’émissions qui cherchent à nous provoquer des émotions, à nous
remettre émotivement en contact avec la nature – actuellement
j’attends d’écouter une émission sur un employé municipal
reformé qui protège les arbres en grimpant dedans et en faisant du
bruit. Cela aura sans doute un bel effet, mais ce n’est pas ou pas
encore un homme politique, qui prendra des décisions sur la
prochaine autoroute.
Or, on sait deux choses – on en a la preuve.1 ; «
Ils parlent de la fin du monde mais pour nous, c’est la fin du mois
qui compte ». Ca, on le sait grâce aux gilets jaunes. On le
sait aussi parce que ce n’est que lorsque cela nous touche dans
notre chair, la sécheresse et la chaleur accablantes, que nous nous
mettons à penser sérieusement à comment faire. Comment faire ?
Déjà faudrait-il commencer à écouter et à mettre en position
de responsabilité décisionnaires ceux qui ont de l’expertise et
qui ont été mis en marge et stigmatisés de radicaux ces longues
années, on n’a plus le temps à perdre. Je ne vois aucune signe de
cela et je suis bien placé pour le savoir. On a tendance à chercher
les plus performants dans la société actuelle, comme si le fait
d’être un soi-disant succès dans un monde où pour être
identifié en tel, il aura forcément fallu s’enrichir, ou être
« adopté » par l’élite, parce que l’on n’est pas
méchant, on n’est pas un « challengeur », un
concurrent sérieux, à l’âge de 17 ans.
Une série de femmes de plus en plus jeunes sont donc recherchées,
pour se plaindre devant les grands de ce monde. Je ne les reproche
rien, à elles, si ce n’est de jouer la jeune femme capable de
provoquer toutes les émotions, donc d’assumer les rôles qui ne
font que renforcer le stéréotype. Si j’étais dans leurs peaux,
j’aurais du mal à choisir à jouer le pantin, l’influenceuse. Je
pourrais très bien me dire que le jeu vaut la chandelle, finalement
– et c’est très motivant de trouver un sens à sa propre vie. Je
pourrais très bien essayer ensuite d’utiliser mon renom pour
mettre en avant dans un livre la pensée d’autres gens que j’ai
rencontré au cours de voyages en yacht et de serrages de mains avec
des présidents.
Mais où est le sérieux, pour faire que la fin du mois des
messieurs et mesdames tout-le-monde coïncide avec l’agenda de la
fin du monde ? Cela ne peut que se faire avec des
investissements de temps humain dans la création d’infrastructure
non-industrielle, et surtout en arrêtant de le détruire. Le
désavantage avec la notoriété de personnes peu plausibles pour
gérer les affaires, c’est qu’on continue de vouloir les traiter
sans sérieux.
J’ai dit qu’il y avait deux points. Le deuxième point, que
l’on peut même déduire à partir du premier, parce que les gens
ne sont pas complètement bêtes, c’est que l’élite politique et
administrative essaie de nous leurrer, de nous berner, mais de
manière complètement transparente – elle ne parle pas droit, mais
de manière elliptique, elle introduit des mesures en tous cas, mais
en trompe l’œil. C’est comme le non-dit, on paraît croire ici
que si on ne le dit pas, mais qu’on emploie juste un ton de voir ou
on invente des prétextes indirectes, c’est toléré de traiter les
gens comme des idiotes.
Ce discours de la fin du monde, par exemple, est en train de se
matérialiser en un discours d’investissement colossal en
infrastructure industrielle – éoliennes, nucléaire, bassines,
etc. Et à la fois, des mesures anti-voitures à petit feu mais
soutenu. Or, on le sait déjà, ce n’est pas comme ça que l’on
va solutionner nos problèmes écologiques, mais cela permet de
donner du boulot, dans le meilleur des cas, et de maintenir un
rapport de force relatif aux autres puissances mondiales et leurs
citoyens, au niveau financier et militaire – de tenir les gens en
respect, au niveau international. Dans l’intrahumain, donc, tout va
bien, mais par rapport à la réalité naturelle, c’est plus que
nulle.
On le sait. On connaît les incohérences parce qu’on est
complice. C’est comme une dégradation de soi, amoindrissante.
Praticité ! On n’a même pas abordé la question de quoi
faire au niveau pratique.
Gouvernance mondiale ? Cela veut dire démocratie mondiale.
Est-ce que cela pourrait vraiment marcher, déjà que le niveau
national est très dépersonnalisant ? Comment se constituer en
corps décisionnaires ? Si l’on ne veut pas être
décisionnaire, comment faire déléguer ces responsabilités à
autrui ? Les politiciens ont tendance à acheter leurs
électeurs. Ils n’ont qu’à choisir une minorité agissante pour
gagner des élections. Ce n’est pas vraiment la démocratie et cela
veut dire que la majorité de la population, ou d’autres minorités,
sont à dos contre les gouvernements dès le départ.
Lorsqu’on pense aux batailles rangées de nos ancêtres, on ne
peut que leurs féliciter pour leur humanisme relatif, comparé à
nos guerres contre les populations civiles, d’une inhumanité
totale et englobante. Je généralise, sans doute, mais je ne pense
pas qu’ils étaient moins humanistes, ni moins sages que nous, au
niveau de l’humanisme, de la sophistication de leur pensée et du
réalisme politique.
Rappelons-nous que le changement climatique et la perte de
bio-diversité ne sont pas des sujets séparés, pas du tout. Je
viens d’écouter une émission où le ministre de l’agriculture
n’a pas arrêté de dire des choses idiotes, sans que les
journalistes lui lancent des challenges là-dessus, c’était
presque criminel et mine encore plus la confiance que l’on peut
porter au média d’état français. Je cite « on ne peut pas
faire du maraîchage sans eau ». C’est vrai, mais c’est si
évidemment vrai que personne ne dit le contraire ?
Cela ne justifie pas les mégabassines, telles qu’elles sont
conçues. L’agriculture industrielle et le pâturage/foin élimine
les accidents de terrain et les volumes d’air humide surtout quand
on se base sur des vastes champs entourés de clôture électrique.
Les mégabassines, mais également l’abstraction d’eau à grande
échelle dans des puits ou par pompage des rivières, se fait partout
déjà. Le rendement par hectare de petites surfaces est supérieur à
celui de ces grands champs industriels. La valeur rajoutée par la
transformation permet aussi d’augmenter le rendement, par hectare.
Utiliser une partie de ces mêmes surfaces pour un habitat humain
écologiquement positif est aussi très utile, j’ai développé pas
mal de modèles qui le démontrent, visibles sur mon site.
Les jardins forestiers et le paillage limitent drastiquement
l’usage d’eau. Les haies, les arbres et les accidents de terrain
réduisent le dessèchement par le vent. Mais le ministre n’a pas
été une seule fois bousculé dans ce qu’il a dit. Les
journalistes n’étaient tout simplement pas équipés mentalement
pour le contredire. Si j’étais Ellen Musk, je les virerais à
l’instant même. Ils étaient en train de justifier notre méfiance
à leur égard et de jouer un jeu sordide avec le ministre,
porte-parole du lobby industriel. Lui, de sa part, apprendra qu’il
peut dire n’importe quoi. Cela ne favorise ni lui, ni son groupe
politique, ni son média, c’est juste con. Il paraît qu’ils
sous-estiment totalement l’intelligence des gens et qu’ils
pensent pouvoir les encourager à se comporter comme des bébés
émotifs, irraisonnés. Pas de sérieux. Pas pointu. Pas un bon
exemple.
En revenant sur cette histoire de globalisme et de localisme, il
faut questionner la prémisse que le monde fonctionnerait mieux si le
localisme était prédominant dans la prise de décisions. Avec les
voitures et les routes, il est vraiment facile de vivre des doubles
vies dans des doubles résidences. En excluant les pauvres, sauf la
classe de servitude aux riches, on sera toujours majoritairement
pro-élite à la campagne, puisqu’on en fait partie ou on en
dépend. Les états unis sont en avance sur nous sur cette
gentrification, cette zonification de la campagne en réserve des
riches. Ils apprécient aussi les peuples premiers, dans leurs
réserves.
Manque de sérieux, de nouveau. On peut créer un monde que pour
les riches comme cela – comme les états unis – comme la campagne
française, mais que faire avec ceux qui ne sont pas riches ? On
ne peut pas les laisser traîner. La richesse peut protéger, mais
elle peut aussi détruire, c’est ce qu’on est en train
d’apprendre. Et ce qu’on a pu mettre à l’extérieur de chez
nous, les guerres, les problèmes, la pauvreté extrême, ne cessent
de s’approcher de nous.
Mais comment faire, dans tous ces cas ? Je propose que le
problème se trouve surtout dans notre manière de nous relier, trop
instantanée et dernière minute, trop détaché de là où nous
sommes, ce qui favorise l’irresponsabilité dans la prise de
décisions, la non-prise-en-compte des autres.
Pour trouver de la traction sociale, il faudrait une bonne dose de
reliement à moyenne distance – à distance de marche ou de voyage
vélo. Cela donne aussi la possibilité d’injecter des populations
non-riches, fortement motivées à travailler, à la campagne, mais
plutôt en relation avec les résidents existants de la campagne. Il
faudrait comprendre que les humains et les bêtes ont des rythmes
circadiennes, qu’ils se fatiguent et se nourrissent et se côtoient.
L’implication est de développer beaucoup plus d’infrastructure
et de fonctionnalité pour les gens de passage sans véhicules –
donc par définition actifs.
L’imbrication de populations complexes et variée, sur des
projets communs qui s’adressent au vivant, est une solution
pratique de ces dilemmes.
On m’a suggéré la semaine dernière qu’il manquait, dans mes
émissions, le côté pratique, le passage à l’acte. Au contraire,
cela fait maintenant quinze ans que j’agis, et de manière très,
très précise – je vis sans argent, sans essence, de préférence
de fruits et légumes que je produis et je glanes moi-même, pour
avoir une consommation d’énergie équivalente à moins d’une
tonne de CO2 par an – c’est-à-dire une consommation suffisamment
réduite pour ne pas parasiter mes confrères et sœurs humains et
autres.
Ceci à titre personnel. Je pense que ceux qui prêchent – qui
prescrivent des modes d’action sans eux-mêmes agir de la sorte
auront du mal à convaincre les autres. On le voit – les
écologistes et autres gauchistes ont eu beaucoup de mal à
convaincre, politiquement, au niveau de l’action concrète. Moi
aussi, mais mes suggestions auraient eu beaucoup plus d’attention
si l’on n’avait pas fait amalgame entre tous ceux qui proposent
des solutions écologiques – s’il y avait eu un vrai débat
rationnel. Je note que dans les récentes confrontations autour des
bassines, on a tagué la voiture de Yannick Jaddo. Je ne suis donc
pas le seul à ressentir le manque de logique des écolos politiques.
Je me demande comment, même avec ceux qui se disent écolos, on peut
débattre. Je dois me fier à des manifestations comme ce taguage
pour savoir que les questionnements existent.
On sait maintenant que l’important, c’est de créer des
possibilités pour la grande majorité, que cela ne sert à rien de
créer des éco-hameaux sans proposition pour l’infrastructure qui
va avec – ils ont tous des voitures, voir des camions, ce n’est
vraiment pas comparable à une vie pauvre en banlieue. Je passe mon
temps à étudier et à parler de l’infrastructure nécessaire pour
que la grande majorité de mes concitoyens terrestres puissent
adopter le même style de vie frugal, sobre et agréable que moi,
tout en sachant que si cela continue comme ça, ce ne sera ni
agréable, ni même faisable, de vivre dans une campagne de plus en
plus exclusive et industrielle, en canicule et en sécheresse. Avec
infrastructure oui, sans, non. Avec travail écologiquement utile,
sans machines, oui. Sans, non.
J’ai pratiqué pendant des années en Ariège les circuits sans
essence, sans argent que je propose comme solution à plusieurs
égards à notre impasse écologique. Lorsque je termine ces
émissions radio, en décembre, je propose de les reprendre, ici en
Aveyron. Je sais pertinemment que tout cela ne servira à rien à
moins que d’autres personnes me rejoignent. J’estime que le
niveau d’hostilité actuelle à la campagne contre de telles
initiatives est énorme – c’est-à-dire que je ne donne pas cher
pour ma peau si je continue de creuser ces chemins dans un climat de
plus en plus dangereuse, sans soutien. Par analogie, je peux
considérer que peu de gens auront envie de me rejoindre.
Par contre, la rhétorique me rejoint de plus en plus souvent,
sans passage à l’acte suffisant.
On m’a même dit hier que mon problème était que j’étais en
avance sur mon temps. Le temps est en train de nous rattraper, nous
tous, et on me dit que je suis trop en avance ! C’est à se
désespérer.
Du fait que j’ai pu exister pendant plusieurs années dans ce
contexte, j’ai pu mûrement réfléchir, selon les paroles de la
chanson, sur la conséquence de telles actes. Ayant participé à
plusieurs initiatives contre la pauvreté, la guerre civile et les
vies détruites qui créent les problèmes de populations déplacées,
de l’Amérique Latine jusqu’aux ZADs.
Au lieu de devenir plus radical, j’ai tendance à comprendre que
le problème est structurel – qu’en ayant des manières de
s’organiser et de nous déplacer qui nous mettent à distance du
territoire que nous occupons physiquement – avec nos corps, avec
nos réseaux de contacts physiques, nous nous mettons dans
l’impossibilité d’agir dessus. En fait, c’est les machines qui
agissent pour nous – sauf que non, cela ne marche pas comme ça.
Comme nous ne sommes pas dans l’environnement physique, il ne fait
pas partie de nos priorités, surtout, nous ne le connaissons pas,
nous n’interagissons pas avec. Par exemple, dans des endroits que
je fréquente au bord de la rivière, des gens viennent en camion
déposer des déchets verts – justement parce que c’est une zone
inoccupée par les humains et qu’ils ne risquent pas de se faire
choper. Ou ils grignotent du bois, souvent du bois vert, ils sont
tellement peu informés, pour leur feux ouverts. Ces zones inondables
doivent être les plus bio-diverses de toutes. Qui s’en occupe ?
Personne. Dès qu’une zone est déclarée inhabitable ou réserve
naturelle, elle est en danger. Dès qu’il y a moins d’habitants
humains, on a le droit d’avoir des voitures polluantes. Des
chasseurs avec des chiens viennent semer la terreur et déstabiliser
ces zones qui, auparavant, étaient les axes principaux de mouvement,
tout au moins en bas, dans les gorges.
Or, le système de propriété et de pouvoir local actuel
favorisent, c’est-à-dire empirent cette situation, en coupant la
possibilité d’installer des populations humaines capables de
régénérer la biodiversité et la résilience de la campagne. On a
un besoin urgent de jeunes actifs qui peuvent remplacer les machines
agricoles, qui peuvent faire du travail manuel de jardinage et de
transport à petite échelle. S’ils n’utilisent pas le transport
routier et surtout s’ils n’ont pas de voitures individuelles,
s’ils se déplacent et ils déplacent les denrées sans machines,
ils gagnent en pouvoir d’achat à peu près 8000 euros par an.
Toute la logistique de tels réseaux sert aussi pour accueillir
des écoliers et des étudiants, qui peuvent, en suivant ces écoles
linéaires, apprendre comment interagir avec la nature de manière
constructive.
Comme nous tous, je me trouve face à des évidences qui cependant
ne donnent pas lieu aux changements radicaux qu’il faut. Ces
émissions radio font partie des réflexions là-dessus. En mieux
comprenant les problèmes, en tentant d’appliquer des solutions, on
peut s’en sortir – c’est mon opinion.
Globalisation-localisation – le sujet de cette émission No.9,
je pense que cela pourrait aussi bien s’appeler « l’intelligence
collective bafouée ». Le terme « intelligence
collective, je ne l’ai jamais aimé. Consensus, mieux dit.
Historiquement, on voit bien l’intolérance sociétale à l’œuvre
– la possibilité de se désigner « athée », par
exemple, n’a pas existé vraiment avant Galileo. Intelligence
collective ? Transmission ? Ce que l’on voit aujourd’hui,
c’est une série d’Omertas.
Nous sommes presque tous dans l’emprise d’un système qui ne
cesse de nous déséquilibrer selon des critères qui viennent de
loin, sur lesquels nous n’avons pas prise. Le marché du blé, la
guerre lointaine, les prix qui montent, il n’est pas étonnant
qu’il y a envie d’un repli sur soi et d’une autonomie locale,
surtout chez les gens éduqués qui cherchent à se protéger et les
siens. Rappelons-nous que ce n’est pas cela, la fonction de la
campagne, d’être une réserve pour les riches, les privilégiés,
les deuxièmes résidences et les touristes nantis.
Il est très très difficile à supporter de voir ces gens de
deuxième résidence se proclamer contre la venue de pauvres ou de
réfugiés, en nombre suffisant pour s’occuper des terres.
Le grand pays le plus riche, les plus industrialisé et le plus
polluant au monde – les états unis – est aussi l’un des pays
les plus repliés sur ses propres intérêts. Sa puissance fait qu’il
est souvent le décisionnaire – c’est comme si l’on mettait les
clés de notre maison qui brûle dans les mains du pompier-pyromane à
l’origine du problème.
Une politique de « self-reliance » d’autonomie dite
locale, c’est-à-dire de la communauté politique européenne
commence à être à l’ordre du jour. Sans l’Angleterre. Sans la
Norvège. Avec l’Allemagne qui ne fait qu’à sa tête. Sans la
Turquie, etc., etc. Avec des programmes identitaires chaque fois plus
détraqués.
Pour les questions d’intelligence collective, face à des
crises, rappelons-nous que les nouvelles politiques viennent d’abord
des marges, et qu’une fois des systèmes autoritaires et
intolérants installés, cela peut prendre plusieurs décennies avant
qu’ils ne tombent.
Si je propose des systèmes de mouvement local, c’est pour
maintenir notre capacité d’interagir avec l’altérité – de
trouver notre intérêt et notre plaisir à rencontrer et travailler
avec plusieurs types de personnes, plutôt que de vivre dans des
communautés fermées.
Une caractéristique commune entre ces états désunis, tant les
états unis que les nôtres, est un consensus des oligarchies et des
élites de partout dans le monde à partager le butin entre elles. Si
l’on voit de plus près, c’est pareil – même la forme dite
démocratique représentative joue en faveur des élites à chaque
échelle fractale locale, qui au niveau national ou supra-national se
mettent d’accord pour partager le butin.
Le culte de la personnalité, du charisme et de la performance,
commun à tout régime existant, qu’il soit autoritaire ou
supposément non-autoritaire, favorise, bien sûr, les personnages
qui ont su profiter, en abandonnant toute éthique et raisonnement
collectif, de la situation.
Ce sont nos héros – la plupart d’entre eux par le hasard de
la naissance. Disons que chacun d’entre nous, s’il arrive à
parler et à marcher, est à peu près à niveau – si l’on voit
des gens qui deviennent des super-héros, si on crée des cultes de
la personnalité, la réalité est que les humains sont surtout des
émulateurs, c’est-à-dire hyper-conformistes et qui cherchent à
se trouver approuvés par les autres « My name is Joe Biden and
I approve this message ».
C’est-à-dire, à peu près l’exacte contraire d’un super-héro.
Ceux qui osent agir d’une autre manière, ou lancer des vrais
défis argumentés à cet état d’affaires sont persécutés,
vilipendés, leurs œuvres détruites et ainsi de suite. Il est même
nécessaire – pour soutenir ceux qui ont su profiter de la
destruction rapide du monde, d’accabler l’opposition qui, ayant
pris son élan, se trouverait très rapidement en position de force
et de popularité.
Les preuves sont manifestes. La destruction d’habitat alternatif
et de jardins, la persécution injustifiée de personnes sont
tellement systématisées et incrustées dans la loi, les us et les
coutumes que le succès individuel ou collectif est plutôt indicatif
du compromis de trop. On présente toujours les succès en termes
relatifs – on fait donc mieux que « les industriels ».
La critique de l’autre, sans auto-critique véritable, visible.
Exemple : on critique les mégabassines qui ne feront
qu’augmenter la sécurité et les profits des quelques peu de
grandes exploitations agricoles.
On essaie de tuer dans l’œuf toute proposition raisonnée pour
sauver l’humanité, la nature, les êtres vivants.
Les seuls qui ont pu tenir sont ceux qui proposent des solutions
non-viables. La confédération paysanne, le collectif de Larzac, de
la ZAD de Notre Dame des Landes ou maintenant des Bassines, par
exemple, rentrent bien dans le cadre de l’exploitation agricole à
moyenne échelle (plus de 5 hectares), avec des tracteurs, avec des
camions, avec besoin de beaucoup d’infrastructure routière et avec
très peu de transport et de labour humaine, si on le calcule en
kilojoules injectés. Pour contextualiser, si on appliquait leurs
méthodes à des pays comme l’Inde, il y aurait des centaines de
millions de morts, à cause de l‘élevage qui remplace les régimes
végétariennes.
L’un des actes les plus forts que pourraient prendre les
européens, c’est de vivre bien avec beaucoup moins – d’élever
le statut social de ceux qui vivent correctement, au niveau de leur
empreinte écologique.
Actuellement, la plupart des pauvres ne peuvent pas avoir des
jardins vivriers, ces endroits sont possédés par les riches. Les
riches eux-mêmes se pensent pauvres – du fait que pour être à
peu près bien, il faut consommer beaucoup d’énergie.
Les mouvements de protestation qui font des actes de désobéissance
civile utilisent les mêmes moyennes de transport et de communication
qui favorisent la dominance des forces anti-écologiques. Des
voitures, des minibus, des tentes, des portables et ainsi de suite.
Tweeter et Ellen Musk sont très intéressants à cet égard –
puisque ce sont les élites mondiales qui utilisent ce média en
particulier. Pourquoi est-ce que les médias nationaux mettent les
logos d’entreprises privés américains à être cliqués par leurs
audiences ?
C’est l’un des aspects de mes études – je m’abstiens de
tous ces médias, j’ai passé des années sans internet, je n’ai
pas de portable. C’est à peu près invivable. Les médias locaux
n’existent quasiment plus. Comment peut-on s’attendre à une
prise en considération de ces réalités o trop physiquement réelles
par des gens qui en sont détachés ? Il me paraît évident que
retisser les communications physiques au niveau local est une simple
reconnaissance de notre existence.
Si c’était une question d’intelligence collective, on ferait
tout autrement que ce que l’on fait maintenant. On émet des forts
doutes sur l’utilité de cette rencontre de « 40,000
personnes venues de 196 pays » à Charm El-Cheik en Égypte, le
COP27. 40,000 personnes – mais qui sont-elles ? Celles qui
peuvent se déplacer à de telles distances. Quel intérêt a-t-on
vraiment à donner notre attention à celles-ci, qui, surtout si
elles viennent des pays pauvres, feront partie ou dépendront des
oligarchies qui exploitent leurs propres co-citoyens ?
La manière tout-à-fait pragmatique et pratique de contourner ces
problèmes et de créer une interactivité responsable et responsive,
c’est de retisser des liens à travers les mouvements sans machines
à essence ou à électricité, à moyenne distance. Pour cela, il
faut une infrastructure minimale d’accueil et de mise en activité
utile de ceux qui participent à ces réseaux. Or, c’est exactement
l’inverse qui se passent actuellement. Les gens qui sont
physiquement présents sont de plus en plus méprisés, les
vidéo-conférences sont visiblement beaucoup plus importantes que
ceux qui sont là. On rend la vie difficile aux réfugiés et aux
pauvres, au lieu de les accommoder. Comme dans la politique nationale
annoncée, on essaie de favoriser ceux qui sont utiles et rejeter
ceux qui ne le sont pas. Ceci, pour faire les boulots qui
raccourcissent la vie et qui rendent malade. Chauffeur de camion.
Femme (ou homme) de ménage. Agent de nuit. Soudeur. Je souligne en
particulier que les travaux d’aide à la personne et d’entretien
signifient respirer des produits ménagers hyper-nocifs, respirer les
poussières qu’on soulève en nettoyant, etc., etc.
C’est un peu comme un néocolonialisme, un néo-esclavage qui
est proposé. Moi, ce que je proposerais, ce serait plutôt
l’équivalent des travaux saisonniers, décontractés, en
déplacement, de maraîchage et de jardinage, bons pour la santé et
pleinement socialisés.
Je suis presque obligé de prendre comme exemple les aides
alimentaires. Actuellement, les systèmes de distribution se font à
l’imitation du système Walmart, à grosse échelle. Que ce soit à
Ganges, à Toulouse ou à Millau, les principales instances d’aide
alimentaire dépendent de la fourniture à distance en camion.
Dans le cas de Millau, c’est Rodez, le « hub ». Ces
denrées de basse qualité, dites de l’Union Européenne mais à
vrai dire qui viennent des industriels surtout français de produits
laitiers, de poulet et autre, invendables à tous ceux qui ont le
choix, parce que nocifs pour la santé et le bien-être, sont
partagés avec les gens en état de famine en Afrique et en zone de
guerre secondaire des pays riches (Afghanistan, Syrie, etc.).
Ces produits sont aussi les produits avec le plus d’emballage et
de frais de stockage. Dès que l’on doit stocker et redistribuer,
il faut une chaîne de froid et des emballages longue-durée, ce qui
veut dire que tout produit périssable non-emballé est hors circuit.
C’est-à-dire, la plupart de tout ce qui est bon – le saucisson,
le foie gras, le lait cru, les légumes et les fruits mûrs pour la
confiture, les produits passés de date d’un jour du boulanger,
etc., - bref les produits locaux. Il n’est tout simplement pas
rentable de s’occuper de ces produits, selon le modèle Walmart. La
perte de bon goût, de savoir faire et de connaissance culinaire des
français est très très rapide, avec ces normes. Sachons que la
conservation, en cave, sans emballage en plastique, fait partie de ce
savoir faire et permet aux gens de s’auto-alimenter.
Cette semaine dernière, on a entendu au média national qu’il y
a des propositions d’en haut de remplacer ce système néfaste et
totalement anti-écologique avec des produits frais, sourcés
localement.
Mais dans les instances alimentaires, on va dire que l’on ne
donne que ce qu’on reçoit. Je prédis, très sincèrement, que si
l’on continue comme ça, même avec les initiatives centralisées,
on ne fera que générer de plus en plus de ressentiment, de moins en
moins de bénévoles, et de plus en plus d’abus des usagers du
système, rendus totalement passifs et traités de manière de plus
en plus humiliante.
Il faut y réfléchir un moment – les restaus du cœur était
une initiative populaire, à l’origine, pas une organe d’état
créé pour empoisonner les pauvres, mais, il me semble, l’idée de
donner un bon repas par jour en toute convivialité aux plus démunis.
Les restes qui sont aujourd’hui jetés aux cochons et à
d’autres animaux, dans le meilleur des cas, mais le plus souvent
dans des sacs en plastique à pourrir et créer de la méthane sous
terre, pourraient servir à faire des repas collectifs pour les gens.
Mais pas dans le cadre actuel.
Le sujet reste ce sujet de globalisation-localisation.
« On n’a pas vocation à aller sur le
territoire de l’autre »
Je citerai le contexte plus loin, mais le sens, le sens de cette
expression porte loin déjà. Il démontre qu’il peut exister des
collusions à distance, des mutualités d’intérêt qui servent à
neutraliser la vie démocratique chez soi. Plus loin, qu’il peut
exister … qu’il existe des coalitions d’intérêt qui nient
leur responsabilité, tout en étant les acteurs déterminants.
Prenons l’exemple de notre empreinte nationale énergétique -
l’énergie venant d’ailleurs. Le travail et l’exploitation
venant d’ailleurs. Total donne l’exemple. Mais nous profitons
tous des produits de Total. Notre économie ne marcherait même pas,
sans ses opérations extérieures.
Ne pas y aller, ce n’est pas ne pas recevoir ce qui en vient ...
J’ai capté cette bribe en écoutant l’explication d’un
responsable d’une radio locale. J’ai subitement compris qu’il y
avait tout un iceberg de décisions administratives qui allaient
déterminer la localisation ou l’universalisation d’une radio
dite « locale », que le diable était dans les détails,
élaborés au cours des années, depuis les premières radios libres
du début des années 1980.
Il faut savoir qu’à un moment donné, les émissions qui vont
s’entendre sur une radio dite locale ne sont ni lives, ni locales –
que les lives sont le plus souvent syndiqués. C’est un vrai
problème – il faut pas mal de production locale pour justifier les
subventions.
Et je pense que, comme la fédération paysanne, les radios
locales doivent être d’entre les meilleures qui restent,
écologiquement – mais qui se trouvent face à des réalités
parfois intraitables.
On est presque démuni face à l’enregistrement, les podcasts,
les compétences à d’autres échelles. Mais, comme avec les
bénévoles et les employés d’autres assocs., il ne faut pas
pratiquer l’auto-censure ou défendre ce qui est à vrai dire
indéfendable, cacher les vérités ou en discuter seulement à huis
clos.
L’analyse du « tout local » tient bon si on ne se
tient qu’aux opérants et décisionnaires, en principe, bien qu’il
existe des autorités plus centrales qui détiennent souvent les
reines du pouvoir. En ce qui concerne ce qui est sélectionné et
produit pour être inclus dans la programmation, et donc l’expérience
réelle des auditeurs – la raison d’être de la radio,
normalement – c’est une toute autre histoire – on ne se prive
pas de radio venant de toutes parts. Qu’est-ce qui se passerait si
l’on appliquait une analyse systémique des sources et des
productions de flux d’information, d’énergie et de matière à
la radio locale – qui est aussi sur internet ? Qu’est-ce que
deviendrait cette profile si l’on arrêtait d’émettre sur les
ondes FM, au niveau local ? Et qu’est-ce qui se passe, avec
cette histoire de syndication des émissions – ce qui signifie
qu’une radio locale, ou plusieurs, se mettent ensemble pour
partager des émissions ?
Je mets un petit b-mol , il existe des producteurs de radio
errants, qui ne paraissent pas inassimilable à l’organigramme,
l’organigramme que je rappelle, dit « On n’a pas vocation à
aller sur le territoire de l’autre ». Cela m’amuse – cela
montre que le fait d’avoir un style de vie « bouger »,
d’être nomade, permet des exceptions à la règle. Avec plus de
gens qui bougent et qui prennent des sons, cela pourait être
vraiment intéressant.
En tous cas, cette question de territorialité moule les
possibilités actuelles. Territorial, en rapport avec d’autres
territoires, ou fiefs, j’ose dire. Un peu à l’instar du sénat
et d’autres institutions de pouvoir qui se fédèrent pour mieux
exercer le pouvoir de décision. L’état nation en dépend. Cela
suit le modèle d’élite locale qui fait élite nationale.
Si je prends la radio comme exemple, c’est pour quelques raisons
assez pertinentes. D’abord, j’y suis – près de l’information
ce concernant, je peux y connaître quelque chose, tout en étant
étranger. Bref, j’ai, bien que ce soit peu, accès à
l’information parce que je suis là.
Deuzio, la radio, c’est la communication, la communication à
distance – distance courte, dans le cas de la radio locale, et
longue, puisque c’est sur internet et en podcast, en principe. La
communication donne naissance au pouvoir, pouvoir d’agir sur les
choses – de les bouger, de manière coordonnée, par exemple. Le
transport mais aussi l’habitat. Ce n’est pas rien.
Mais la radio locale, face aux groupes sociaux, face au média
national, est presque rien, aujourd’hui. Je pense que cela fait une
bonne analogie avec les gens qui se côtoient physiquement mais qui
vivent des vies à part, plus unis avec des gens lointains. C’est
évident que cela peut miner la confiance en soi et créer des
surcompensations de tous bords.
Troisième, la radio locale fait partie du vieux modèle,
essentiellement non-interactif, des acteurs devant une audience.
Un groupe social ou un influenceur dépendent des followers et de
ceux qui interagissent, bien que l’on voit se rétablir, de plus en
plus, le même vieux modèle d’acteur/audience. Cela peut
ressembler à une antenne de radio en termes de taille et même de
fonction. La différence étant que l’on est producteur-participant
– en principe.
On peut dans les deux cas cerner des groupes de pouvoir – des
groupes décisionnaires – qui se déterminent plus par secteur que
par localisation géographique. Il y a des liens forts
d’interdépendance sectorielle, mais relativement peu de
responsivité par rapport à l’avis de l’audience, les
consommateurs, les clients, les usagers ou utilisateurs … vous
voyez ce que je veux dire – il manque un mot.
Et ça, c’est en ce qui concerne la radio « locale »
- c’est dans le nom.
J’ai été proche de la vie associative, c’est un terme que
j’apprends à décortiquer avec un étonnement croissant. Comme on
n’est pas en Chine, mais dans le pays de la liberté et de la
solidarité librement accordée, le carcan administratif des
associations – je me demande comment les gens peuvent s’y plier.
De toute évidence, les Gilets Jaunes ont partagé mon avis, sauf que
j’ai l’impression que pas mal d’entre eux n’ont jamais eu de
problèmes à faire partie d’associations loi 1901 ou 3 – je ne
sais pas – caritatives et autres – tout en rejetant la
structuration de ce mouvement en particulier.
Mais, comme je l’ai dit, le diable se trouve dans les détails –
lorsque les gens se fédèrent, ils le font pour se fortifier, pour
faire que leurs voix comptent.
Ce que j’ai pu observer dans l’évolution des associations, au
cours des 15 dernières années, c’est une très rapide
professionnalisation, de telle manière que les décisionnaires
exécutifs – les exécutants, se réduisent en nombre et deviennent
déterminants dans les décisions prises. Les soi-disant bénévoles,
particulièrement dans les sphères médiatiques ou les stagiaires ne
sont pas ou peu payés, côtoient des employés rémunérés
correctement, souvent en CDI. L’obsession français avec les CDIs,
je ne l’ai jamais compris, mieux vaut partager les fruits de notre
labour entre plusieurs que le réserver au petit nombre de
super-privilégiés. Mieux vaut assurer les bases de la vie pour la
majorité que dépendre de la charité et le bénévolat qui ne l’est
pas vraiment.
Mais je digresse, la superstructure qui rend tout cela possible,
qui rend possible que peu de gens qui ont pu négocier des termes
favorables, comme les cheminots, les livreurs de pétrole et de gaz,
les employés de la média, … c’est justement cette structuration
politico-géographique, par antenne, qui joue.
Vous voyez – globalisation-localisation, où ça nous mène ?
Du haut en bas, de gauche à droite, les mêmes structures, qui nient
la prise en compte du monde physico-social. Mais ce monde, c’est
l’environnement. Si on peut l’ignorer – et profiter de cette
ignorance socialement, économiquement, il faut pas s’étonner que
le monde va mal.
Jusqu’à cette année, les climatologues que j’ai entendu
indiquaient que la France et l’Europe n’allaient pas subir en
premier les conséquences du réchauffement climatique et de
l’extinction des espèces. Aujourd’hui, c’est-à-dire après la
canicule et la sécheresse de cet été, ils prédisent que c’est
l’Europe et la France qui vont être les premiers à subir le
réchauffement et les extinctions. Après coup.
Subtile différence, n’est-ce pas ? L’Europe est toute
une région du monde – si cela monte de quelques deux ou trois
degrés, dès maintenant, les dégâts aussi. Nous devons vraiment
créer, au maximum, un grand mur vert chez nous, et pas juste en
Afrique. J’ai déjà élaboré les plans pratiques, vrai vie,
relatés sur mon site, section « pratique ». Le problème,
comme en Afrique, c’est la protection de ces murs verts, ces haies,
contre les forces anti-écologiques. Les miens ont été détruits, à
deux reprises. Donc, sans tomber dans le syndrome des milices, il
faut sérieusement penser à comment défendre, en profondeur, les
tentatives de créer un monde vert viable pour demain. Il faut déjà
être présents, sinon la nature devient notre déchetterie, de toute
évidence.
Défendre ce monde comme si c’étaient nos enfants. En fait,
c’est la vie de nos enfants qui est en jeu. Le vieux qui dit qu’il
s’en fout, il n’a que quelques années à vivre, …, c’est
difficile ça, je l’ai entendu à plusieurs reprises maintenant,
cela m’a choqué.
stringly partout (buis pyralisé et ensuite cauterisé) contre jour
🖶
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vendredi 28 octobre pour le jeudi 17 novembre 2022
10. Réalité somatique : les sens, la proprioception
graffiti blur
Proprioception – ré-éducation
Les sens : vue, ouïe, toucher, odorat, goût,
inertie/équilibre, vibrations, sens du corps, effort, plaisir,
fatigue, stress, éveil-sommeil.
Préambule
Je pourrais me limiter à ne parler que de ce sujet, sauf que je
trouve que cela ne marche pas, les sens, ce qu’on vit dans son
corps, ne se limitent pas aux sensations – le ressenti est un
amalgame des sensations et de la connaissance du grand monde, du
mappemonde qui existe dans nos « boîtes noires » ou nos
« têtes de choux ».
Il existe donc cette boucle de retro-action, pré-eminente. On ne se rend pas compte d’un
manque de forme physique que lorsqu’on se trouve à bout de
souffle, si dans sa vie journalière on n’a jamais à s’exercer.
L’inexercice d'une capacité, on n’y pense que lorsqu’on en est privé,
fonctionnellement, de par le manque de réalité incarnée de sa vie
somatique.
La réalité somatique est donc autant une question de son univers
d’immersion cognitive – le bien-être et le mal-être peuvent se
manifester face à un même stimulus, si le bagage mental est
différent. La facilité et le confort, deux mots qui n’ont cessé
de surgir, ces derniers temps, sont trompeurs, préoccupants, on se
demande de plus en plus à quoi on sert, si ce n’est qu’à
soi-même, ce qui ne paraît aucunement suffisant. L’auto-suffisance,
l’autonomie et le survivalisme font d'étranges partenariats,
déterminés par le vide ressenti, autour de soi.
On peut sentir le dégoût ou l’appréciation d’une même
chose, selon les codes culturels autour de soi, mais aussi selon les
événements précis qui ont créés des traumas ou des sensations
agréables. Chaque "sens" a une qualité de proximité ou éloignement différenciée, par rapport à l'émotif - ce qui nous motive et nous permet d'attribuer des ordres d'attention. Ils fonctionnent en unaison. Ce n'est pas exactement le cas avec nos technologies de communication actuelles.
physico-socialisation – réalité virtuelle
Il m’arrive de penser que la familiarité que les plus jeunes
d’entre nous, nous avons avec les portables, les écrans et les
moyens de transport rapide font naître plus de « réalité »
sensorielle que les aspects physiquement présents de cette réalité. Que
l’inclusion sociale, le « faire partie de ce monde » se
trouvent plus dans des mondes virtuels que réels, que l’on a parfois
envie de fuir, par manque d'adresse.
PRISES
Lecture de « une chanson, une symphonie, un film, un
algorithme : des prises dans le mur d'escalade »
reprise
Il y a à peu près dix ans, en 2012 donc, j’ai voulu conduire
une expérience vraie-vie, de m’absenter assez rigoureusement de ce
monde de l’informatique, etc., d’observer un peu à distance
l’évolution des choses. Je me sens de plus en plus comme Rip Van
Winkle, ou comme un vieil indien, coupé de la vie moderne.
L’évolution a été extrêmement rapide, envers une société dite
tout-numérique, et au combien déficitaire, à tellement d’égards.
Les nouvelles générations ne connaissent souvent que cette manière de voir et de concevoir, les gens
d’âge moyenne sont, eux-aussi, plus de la génération des joueurs
de jeux vidéos que de joueurs de jeux de rôles, ou de joueurs de
jeux de société. Tout devient genre.
Je prends quelques exemples de réalité altérée. Pour quelqu’un
né en ville, les pelouses sont souvent suspectes – sales, du fait
que ce sont les lieux où les chiens, ils font leurs crottes, tout
comme les trottoirs, incrustés d’on ne sait pas quoi. L’espace
public, il est sale, la voie publique, encore plus. Une moue de
dégoût instinctif est générée, même d’y penser, on ne
s’assoit donc pas sur l’herbe. Pour un rural, habitué à la
ruralité, les pelouses ne sont pas sales, le sol non plus. Il faut
se mettre dans la peau de l’autre, pour comprendre.
N’oublions pas que ces habitudes de détection des menaces ont déjà été
révolutionnés par l’époque de l’hygiénisme, qui naît avec
Pasteur, ou Florence Nightingale, à la fin du dix-neuvième siècle.
Toujours paradoxale, cette terreur des microbes a fait naître
l’usage de linoléum, qui dans l’occurrence peut être encore
plus nuisible à la santé, par les fumées qu’elle exhale, et des
surfaces comme le formica (la fabrique à Quillan est maintenant fermée, c’est
cancérogène), on ne peut plus propices aux pellicules de microbes,
que l’on trouve encore partout, dans les hôpitaux, les écoles,
tout endroit du service public. Pour un mal, on échange un autre.
Pour ceux habitués à rouler en voiture, ils ne voient que des
paysages, que j’appelle voituresques. On ne voit pas le détail et
on n’interagit pas avec. Il est donc normal que ce qui nous
concerne, c’est le grand plan, pas le menu détail. Les machines
deviennent nos yeux. Nos yeux, faute d’entrainement, deviennent
dépendants aux verres, aux lunettes et, bien sûr, aux écrans.
Si l’on vit dans une maison de ville ou un appartement, sa
fenêtre sur le vaste monde, c’est l’écran. Les gens qui parlent
et qui font des choses, ils s’écoutent et ils se regardent par ces
instruments techniques.
La réalité somatique ou sensorielle est composé de tous ces
éléments, mais aussi la réalité sociale. Prenons nos animaux
domestiques. Ils font essentiellement pareil – ils s’adaptent au
milieu, deviennent attachés à nous. Les chiens aboient sur tout ce
qui leur est étranger, puisque cela génère la méfiance. Ils sont nos odorats, nos ouïes, mais aussi nos formateurs de caractère.
Un aspect de cette culture, coupée du monde du vivant non-humain, non-humain-friendly,
c’est un bascule entre incertitude (manque de confiance) et
dominance – on cherche souvent à conquérir, plier à notre
volonté ce qui nous gène, ce que nous appelons en général
« sauvage » ou « barbare ». Bien sûr que
l’inverse, le ré-ensauvagement, devient vigoureux à son tour,
mais cette pensée reste dans le cadre de la dominance et la
sous-dominance, elle s'est simplement inversée. Si nous cherchons à ré-ensauvager, c’est aussi à
nous-mêmes que nous pensons, mais nous ne nous en croyons pas capables.
Nous préférons la sous-dominance qui domine, les dominants qui
nous sont favorables. Tout comme les animaux domestiques.
De telle manière que nos connections neurales, nos sens, sont
subvertis à d’autres exigences que ceux auxquels ils étaient
adaptés, dans l’intérêt général, la survie de l’espèce. Ils commencent à se morceler, à force.
Cela me fait penser aux habitudes mal adaptatives à la voiture et
aux routes des hérissons, qui se mettent en boule et se figent sur
place pour se défendre contre des menaces, ou des salamandres mâles,
qui trouvent, une belle nuit, sur une route mouillée, une magnifique opportunité
pour se mettre en valeur. Tous aplatis.
Pour le mieux ou pour le pire ?
Probablement pour le pire. Nos sens et nos cerveaux, bien que très
plastiques, ne sont pas moins liés à notre réalité de bipède
voyageur, dans toute sa complexité et sa spécificité.
Du fait que nous utilisons ces facultés pour nous adapter à un
monde virtuel, et que les instruments virtuels que nous utilisons
sont assez neufs, assez rudimentaires, nous avons tendance à faire
avec, jusqu’à ce que cela se montre vraiment inintéressant pour
nous. Nous en faisons une fierté, même.
À titre personnel,
nos habitudes d’usage, une fois établies, surtout pendant
l’enfance, sont difficiles à rompre, pas si plastiques. L’auto-pilote, la voiture
automatique, sont symptomatiques de cette préférence pour
contourner le problème de l’interface humain, en ne plus utilisant
les ressources humaines, l'adaptation devient à ce point un genre de rénoncement, de rétraction, de sur-simplification. Surtout lorsqu'il n'y a plus de vraie cohérence entre les sens possible.
À titre
sociétal, le challenge est encore plus préoccupant. Cela prend des
générations pour changer des logiciels de pensée collectif, pour
changer des équilibres de pouvoir entre une doctrine et autre. Mais
il existe aussi des cas où cela s’est montré possible. Il ne faut
pas oublier qu’il y a toujours eu des courants écologiques de
pensée, même noyés, ignorés ou éradiqués par la pensée
industriel dominant.
La figification de l’humain, son immobilisme, est de ce point de
vue hautement dangereux. Il peut penser qu’il n’a plus besoin de
s’adapter. Par sa seule consommation, il engraisse les machines qui
lui donnent vie. Sa loyauté est le prérequis, on joue beaucoup sur l'affect.
À l’instar
des voyages de croisière, où dans un monde de luxe, protégé de
l’environnement, entouré de ses co-gériatriques, on voit des
icebergs passer devant les yeux - "vraie-vie".
C’est surtout au niveau de la pleine utilisation, du plein
épanouissement de nos sens et de nos corps, que nous souffrons le
plus de dégâts. Nos champs visuels se rétrécissent – qui a
besoin d’une grande angle si toute son attention est captée par un
petit écran ? Nos champs auditifs sont encore plus abîmés,
nous vivons souvent dans des endroits mouflés et restreints, des
tous petits espaces, des grottes. Nous écoutons des sons amplifiés,
à petite distance, même au centre de nos têtes, spatialement –
c’est l’effet « écouteurs ».
C’est un choc, de se retrouver sur une plaine ou au bord de la
mer, où les sons viennent de loin. Le silence, pour un urbain, c’est
l’absence de vrombissement de fond, et le fait que les sons qui
sont là n’ont pas plus de sens détectable pour lui que son
cœur qui bat. Paysage sonore.
Ce n’est plus la peine de fuir – les drones vont nous trouver.
Tout ce monde s’ouvre à nous maintenant, et c’est un monde où
la réalité somatique se trouve de plus en plus dans le creux de nos
mains. Je pense aux jeunes africains, qualifiés de « réfugiés »,
assis sur des bancs, qui entretiennent des relations vibrantes avec
leurs familles, dans leurs terres d’origine, sans besoin de se
parler.
Bien sûr que l’écologie prend des coups lorsqu’on est
tellement divorcé de sa proche environnement, et que la question se
pose, pour les adultes autant que pour les enfants, de comment
préserver la fonctionnalité et la pertinence de nos vies en société
réelle. Les riches ont moins de problèmes là-dessus – ils
peuvent se déplacer et accéder aux services qui leur sont
nécessaires, au gré. Le bilan écologique est désastreux – il
est donc parfaitement légitime de chercher des alternatifs, dans
l’intérêt général.
une petite journée
J’ai passé un après-midi à laver mes vêtements et à errer
au bord de la rivière. Toute la journée les nuages se sont montrés
menaçants, sans jamais qu’il tombe une seule goutte de pluie.
Typique. J’ai été saisi par la forme des arbres, qui ont su
résister aux forces des crues en prenant des formes fantasques. Un
saule, penchant de plusieurs mètres au-dessus du Tarn devient
iridescent chaque fois que le soleil couchant sort de derrière un
nuage. Le paysage est impossiblement varié, à petite échelle, en
assemblage, les crues, la sécheresse, ce qu’apporte la rivière,
des dizaines d’essences. Les bébés-truites et tous les autres
poissons se ruent sur moi dès que je me montre, pour picoter mes
pieds, pour guetter les miettes. Je les trouve adorables.
Il y a énormément de vie. C’est l’un des seuls endroits
sanctuaires ici, parce que, justement, les inondations rendent
impossible la propriété de l’humain, la constante bascule d’un
état à autre, l’impermanence créent cette niche de diversité et
de richesse.
Je dois dire que j’ai vu une jeune femme avec une petite vache
et un chariot plein de trucs, en train de suivre sa route, de la
Bourgogne vers Albi. Comme moi, elle vivait sur le chemin. C’est
très rare, de rencontrer quelqu’un qui vit un peu comme moi.
Comment dire, comment communiquer aux gens dans les voitures qu’il
y a tout simplement d’autres manières, plus riches, de vivre, que
leurs vies de riches ?
Comment expliquer que le monde n’est pas ce monde de sauts en
avion, en train, en panique, d’une réunion à autre pour décider
du sort du monde ? On ne fait que suivre le sort du monde, en
live virtuel.
Le président Macron, je peux même croire qu’il est peut-être
un homme décent, mais s’il n’y avait plus d’avions, de TGVs,
de centrales nucléaires, est-ce que nous serions plus mal ?
Cela coûte tellement d’argent pour si peu de gain réel.
Comment peut-on comparer positivement un train, des rails, une
voiture, du bitume, à l’incroyable diversité et le
perfectionnement constant des formes de vie ? Ces objets
industriels sont si primitifs, si inefficaces, comment est-ce qu’on
a pu croire en eux ? Quelle naïveté étonnant !
Pour être si naïf, il faut être soi-même un robot, qui pense
sur des rails.
colonialistes sans éducation
… ou bien des coloniaux – j’ai entendu cette explication,
l’idée étant que l’élite n’a jamais voulu éduquer les
masses, que les pauvres qu’ils ont d’abord conquis sont devenus
les premiers à coloniser d’autres terres, et ainsi de suite.
Macron, dans ce sens, est en train de maintenir en vie un système
de dominance mondiale, en utilisant des machines, des finances et une
classe de super-privilégiés, dans une société où la hiérarchie
est préservée.
Je peux observer qu’en cela, la France correspond à
l’Angleterre, et que la France et l’Angleterre, étant les toutes
dernières puissances coloniales, il est permis de reconnaître que
cette pensée prend encore beaucoup de place dans leurs systèmes de
gouvernance.
Par rapport au peuple, il y a un changement – avant, l’absence
d’éducation menait souvent à des éducations sur le tas dans des
conditions sémi-naturelles. Aujourd’hui, les conditions de vie
ressemblent souvent à celles d’un canari.
La vie de l’esprit : objectif / subjectif
Les fourmis : l’auto-construction d’un univers dans le
noyau d’une pomme … coupés des siens, dans un aéroport lambda
Tout est fait pour nous caler dans l’espace-temps que nous
vivons. En diphase – avec les nouvelles technologies peu adaptées
à nos biorythmes et nos besoins spatio-temporels en lien avec le
cycle diurne-nocturne – ou les cycles des saisons
Ces boucles proprioceptives sont encore peu accommodées, et de
moins en moins. Et c’est nous qui nous effaçons.
On parle de la pénibilité, du manque de main d’œuvre dans
certains secteurs. On note que le nucléaire manque de recruter les
gens qui seraient nécessaires s’il veut construire une nouvelle
génération de réacteurs.
Dans d’autres cultures, à d’autres époques, on a souvent
trouvé préférable de développer des armées de mercenaires,
plutôt que de risquer d’armer sa propre population.
🖶
↑
↓
vendredi 28 octobre pour jeudi 24 novembre 2022
11. Solutions vivantes; obstacles sociales
Cette émission, le Profrugal numéro 11, s'appelle "solutions". Donc je vais commencer avec les solutions !
il en existe plusieurs, des solutions, des solutions discrètes, dans les deux sens du mot "discret" : séparés, ... et, malheureusement, modestes et moitié cachées. J'ai horreur de la fausse modestie, je trouve ça prétentieux. Je ne vais pas faire une liste, de ces solutions tout-à-fait évidentes. Sans en faire un flux amorphe, il faut y faire des initiatives conjointes, qui se complétent, qui se complémentent, il faut donc coopérer, si l'on veut y réussir.
Désolé de le dire de manière aussi brutal, mais c'est comme ça. Il ne suffit pas de faire tout modestement dans son coin - c'est souvent pire que de ne rien faire. Par contre, il est bien temps que ceux qui essaient de se concentrer sur la pub., en abusant des chefs d'oeuvre, se mettent à trimer, et à marcher ensemble - l'événémentiel, c'est toutes les semaines maintenant, comme le dirait un certain Ellen Musk, maudits soient ses os.
coopérer, cela veut dire, dans le cas de la France métropolitaine, bouger ensemble, sans voitures, parler ensemble, sans portables - pour que le bruit court. De l'énergie humaine, là où il n'y avait que de l'énergie fossile. Cela implique des structures d'accueil pour les humains, et pas leurs voitures. Des gîtes de passage, des lieux de stockage, des ateliers vélo et des jardins. Un espace public fait pour s'asseoir, se sentir un peu chez soi. De la logistique, de l'infrastructure dédiée à ces fonctions-là - pour nous, sans voitures. On dégage cette volonté en y allant, en étant là - manque pas d'infrastructure dans ce pays, suffit juste d'y penser.
Les gens qui font cela, qui se présentent régulièrement chaque semaine aux marchés, peuvent ainsi apporter de l'information, toute sorte d'approvisionnement, des savoirs faire et une énergie de travail.
comme dans une guerre ou sur une ZAD, ces combattants de l'écologie font le travail, on ne les demande pas de payer pour ce privilège - on les soutient.
On combat frontalement des gens comme Bruno Lemaire ou Gérard Darmanin qui font tout pour rendre la vie impossible pour ceux qui essaient de divaguer de l'exploitation des pauvres du monde. Le productivisme où des agriculteurs riches essaient de faire passer leur dépouillement des ressources et des gens lointains pour une plus grande productivité personnelle, on l'attaque frontalement aussi.
Le "en même temps" rendu célèbre par le président français, on le décode et on le dit tout haut. On ne peut pas en même temps casser les baraques des pauvres, interdire la production indépendante de méthane bio-sourcée, et donner de plus en plus d'argent aux industriels qui sont en train de tuer le monde. Cela crée beaucoup d'animosité et ne peut que mal terminer.
les bisounours de l'écologie qui raisonnent comme si le monde était neutre doivent comprendre cela maintenant - ceux qui essaient de retenir leur pouvoir et leurs privilèges, cela les importe peu qu'ils le fassent en faisant sauter leurs enemis plutôt qu'en faisant marcher leur propres oeuvres. Les résultats, en termes de pouvoir, c'est les résultats qui comptent. Il faut que le gouvernement et les institutions arrêtent d'empêcher les vrais écologistes d'agir en leur mettant des bâtons dans les roues, en les harcelant, en les méprisant, ça suffit. L'ancien régime, où on téléguidait les gens envers des boulots de merde, c'est fini. Fini, en tous cas, au niveau de la cohérence globale.
Avant que ce pays ne devienne un état policier dominé par la mafia, on a encore de la marge pour faire ce que je propose, c'est-à-dire, faire que sur le terrain, les bonnes pratiques prennent racine et que les gens sont là pour les défendre. Cette cohésion sociale manquera, tant qu'il n'y a pas de gens qui interagissent là où ils se trouvent, là où ils peuvent avancer, constructivement. Ne nous laissons pas réagir constamment contre les dernières outrages de l'opposition industrielle primitive, comme des taureaux contre des matadors. Comme ça, on aura des gens qui savent construire avec nous et pas que des casseurs et des réactionnaires.
Tout en tenant bien compte des anti-solutions - il y a une bataille en ce moment où tout le monde essaie de se faire paraître en faveur de l'écologie, en rémâchant et en régurgitant les solutions technologiques, en essayant de paraître raisonnables par rapport aux "réalités" de la transition. C'est très nouveau, ça fait un peu rigoler, est-ce que les gens se rendent bien compte du chemin déjà parcouru, en si peu d'années? Si cela continue comme ça, ce qui est dit maintenant sera passé de date d'ici deux ou trois mois - on va même arriver au point de départ - pas de voitures à la campagne !
Très bien. Mais ne nous laissons pas dévier le regard, il y a bien un axe de mouvement vers ce qu'on appelle la sobriété énergetique prioritaire, mais rien n'est encore fait. Faisons cela, faisons que toutes ces autres daemons de notre passé industriel ne soient pas en train de lui revenir dans la gueule, faisons la guerre de l'attention en ne leur prêtant pas attention.
dimanche 20 novembre 2022
solutions annexe
« On ne peut
pas retourner 50 ans en arrière. » C’est ça le problème
avec le progrès. Les arguments coups de massue qui ne
permettent pas de réponse raisonnée. Disons que le progrès, c'est humain, que le but n'a jamais été de produire des humains en surpoids, avec des cancers, qui ont des vies qui ne font plus de sens. Et ça tombe bien, de parler de cela, je dois être devin - à 16h, sur France Culture, leur émission va parler de ... "arrêter le progrès" !
Le solutionnisme écologique tombe dans le même camp que les "on ne peut pas revenir en arrière". Vous me soupçonnez déjà de
ne rien proposer comme solution ? Mais si mais si ! Je dois juste débroussailler un peu, à la main, tout ce que disent les solutionnistes.
Si, par maladresse,
j’ai l’air de dire qu’il n’y a que moi qui ai pensé à ça, ça, ça ou ça, rassurez-vous que je pense tout-à-fait le contraire –
pour cela que je veux que le courant passe. Je pratique plein de choses pour voir si elles marchent et je constate que c'est la transmission qui nous est souvent difficile, parce que nous y avons perdu la main, ces dernières années. Faut s'y remettre, voilà toute l'histoire.
Pour trouver des
solutions écologiques, il ne faut pas cloisonner nos raisonnements. Il y a des choses auxquelles nous croyons, aujourd'hui, dur comme fer, que demain on va dire "mais comment est-ce qu'ils ont pu croire ça, alors que c'était si évidemment faux ?" Peut-être qu'on n'y croyait pas vraiment, mais on ne voulait pas créer des vagues ... honte à nous !
Solidarité humaine avec tous les êtres humains, solidarité du vivant avec le vivant,
pas juste notre tribu, ou groupe, ou ethnie, ou écosystème, celui qui « mérite » une sympathie particulière, ou qui exige
une attention particulière. D'abord la dignité, ensuite la condéscendance.
Et pas de révérence particulière pour les peuples premiers, nous sommes tous des peuples premiers.
J'ai lu des choses souvent niaises, cette semaine, par exemple "Sciences et Avenir" s'est mis, en prenant beaucoup de chiffres et projections de l'association "Négawatt", à adresser le problème de réduction de l'énergie que nous utilisons. Il en advient une sorte de science technique qui ignore l'humain. C'est la même chose pour une émission de France Culture le vendredi soir à 21h - "le meilleur des mondes", de nouveau, pro-technique, comme si les humains étaient des moutons.
Mais ce n'est pas parce que c'est fait en métal ou en silice, ou parce que cela produit des tonnes et des tonnes d'énergie que c'est scientifique. Ce n'est pas parce qu'il y a plein de chiffres et de gros mots techniques que c'est scientifique. Les sciences qui sont en croissance, actuellement, ressemblent de plus en plus à la fonctionnalité de la vie, les algorithmes sont les nôtres.
Quelques exemples
- l'isolation thermique, telle qu'elle est avancée actuellement, est une anti-solution, ficellée pour contenter les ayant-fric, les ayant-droits du bâti. Pour avoir un effet bénéfique sur l'empreinte carbone et le biosphère, il faut être physiquement là, avec le minimum de machines et le maximum d'intelligence participative humaine. Beaucoup plus d'habitat léger, mais pas mobile. J'ai développé des méthodes de construire avec les arbres vivants - cela vous intéresse, allez voir le site www.cv09.toile-libre.org.
Nos véhicules ont tendance à devenir des genres d'habitat - mais cela coûte trop cher à l'écologie. Nous avons besoin d'un bâti mutualisé, adaptable, récupéré, accessible. Juste pour donner un exemple, la quantité de travail que l'on fait en automne et en hiver dans le jardinage est très grand, pourquoi ne pas utiliser les campings et les gîtes ruraux qui restent vides pendant ce temps, pour servir aux populations qui créent des potagers ? Cela coûterait sûrement moins cher que d'isoler une maison de riche et de payer l'hôtel à un sans abri. Avec plus de mobilité et plus d'occupation du bâti existant, on est plus libre, plus autonome.
- télétravail - sciences et avenir propose que le télétravail peut réduire nos dépens énergetiques de manière signifiante. Dans le même rubrique, le covoiturage et le vélo pèsent relativement peu en termes de gain énergétique. Mais cela veut dire quoi, que ça coûte plus cher de se parler et de se rencontrer que de ne pas se parler et de ne pas se rencontrer ? C'est presque comme si on disait que cela coûte trop cher d'exister en tant qu'humain. Ce sont des subterfuges qui minent la confiance collective dans la science. La valeur du télétravail dépend de la manière de construire le travail ensemble - à quel rayon physique, à la convénience de qui, avec quelle matière ?
Supposons, en prenant l'exemple de la Grande Bretagne, que l'on cesse d'y construire des vehicules - même électriques. Ensuite, cela deviendra de plus en plus intéressant d'utiliser le vélo ou la marche, l'organisation à grande distance de la société deviendra moins intéressante, la production locale n'atteindra même pas les grandes surfaces, on l'aura déjà mangé dans les pubs sur le chemin, la perspective logistique change totalement. Tout cela peut se faire aussi rapidement que, par exemple, la révolution du portable, ces dernières années. Ces chiffres cités dans "science et avenir" sont des hypothèses farfelus, parce qu'ils dépendent de raisonnements cloisonnés.
- Si l'on utilise beaucoup moins d'énergie que prévu à l'avenir, c'est que ce ne sera plus le sujet. Rappelons-nous le sujet - nous, nous tous.
Pertes et dommages
J’écris le jour
de la fin hypothétique de la COP21 en Égypte.
On nous représente dans le média des petits pays qui n’ont guère
contribué aux gaz à effet de serre courant le risque de disparaître
sous les vagues, ou de grands pays comme le Pakistan subissant par
tours l’extrême sécheresse et les inondations. Ces
pays promettent de se camper là, jusqu’à ce que les grands pays
riches et puissants cèdent sur le principe : pertes et
dommages.
On
demande un fond international exprès pour pouvoir soutenir ces pays
qui subissent les conséquences climatiques des
politiques de deux siècles des pays riches qui les ont colonisés.
Plus de 50 pays de l’Afrique soutiennent cette demande. La France
offre 1 milliard d’euros, sauf que ce sont des fonds qu’elle a
déjà alloués – elle compte deux fois les mêmes sommes d’argent, sauf que c’est en forme de prêt (quelle gifle) et que beaucoup de cet
argent est attaché à des contrats avec des
entreprises françaises. Les États Unis et la Chine refusent d’y
participer. Peut-être ce positionnement changera avant mon émission
de jeudi 24 novembre 2022, on verra. Je note que oui, il a changé, et que la France propose une réunion pour le mettre au point.
A
Dohar, la Coupe Mondiale se lance. Il n’y a jamais eu un si grand
mécontentement autour d’une Coupe du Monde. Les Qatariens
encaissent sur tous les fronts, les excès de consommation, les abus des droits humains. Et nous, nous avons Saint Germain. Le clime, l’abus des ouvriers, le racisme, le sexisme, tous fournis par notre achat de leur pétrole. Je
vois un petit problème, là, symptomatique des petits problèmes qui
nous hantent de plus en plus, tous. Que celui qui n’a pas commis de
péchés jette la première pierre, ah, j'ai oublié, ça compte pas, c'est dans le cloison religion. Ce
club parisien dont j’oublie le nom, financé par ce même Kuweit, …
l’entreprise française Total qui se
spécialise dans l’ouverture de nouveaux gisements et pipelines
dans des pays pauvres, les élus français déjà compromis dans ces
affaires. Et pour comble, après avoir dit qu’ils allaient le
permettre, l’interdiction de bière près des stades. Mais pas les cannettes, sans doute, l'alu n'est pas contre la religion. Compliqué, hein ? C’est
un petit pays qui sert de souffre-douleur, sans grande menace, en fait.
Pertes et dommages bis, …
Justice, …
La loi du plus fort, ou pas de loi du tout? La vaste majorité du média se concentre sur des supposés spécialistes et des supposées autorités écologiques, qui se sont miraculeusement matérialisés ces toutes dernières années. Or, chacun d'entre ces experts a eu un mal fou à se faire entendre et à se faire rémunérer, jusqu'à il y a très peu d'années, et il est complètement habitué à défendre et à faire valoir sa chasse gardée, en se déclarant incompétent dès qu'il sort un peu de ce champ où il maîtrise les chiffres et le jargon. On peut supposer que la chasse gardée des politiciens, c'est quoi, à ce moment-là ? C'est, bien sûr, l'économie du pays, la globalisation, la guerre, les conférences internationales, la consultation de l'électorat.
Pendant ces derniers jours, les émissions de proue du média national
interviewent des chefs de la FNSA, de l’aéronautique, Bruno
Lemaire, quelqu'un de la Fondation Abbé Pierre pour le logement, etc., souvent
de manière assez critique.
Bon vous voyez le tableau. Les pauvres veulent du fric, les riches ils en
ont, suffit de les harceler pour en avoir. Cela a bien marché en
Amérique, en Allemagne aussi, en France énormément, …
Après tout, ce sont des pays riches.
Et cette sobriété dont on parlait, …
Je n’ai jamais entendu autant d’adultes en train de se
comporter comme des petits enfants. On est sur
la voie du hara kiri collectif et on passe son temps à discuter sur comment
partager le butin. Du vrai "île aux trésors".
Mais il n’y en aura bientôt plus, de butin ! Si les puissants
d’aujourd’hui jugent bien leur coup, lorsqu’ils cèdent,
finalement, les coffres seront vides.
Et si l’on doit vraiment parler de pyramides de pouvoir, il est
intéressant de noter que le biogaz viendra d’en bas, d’abord il
ira aux alentours, ce qui reste ira sur le réseau. Cela ne viendra
pas du haut, pour être distribué vers le bas.
La logique donc est que les
riches occuperont de plus en plus le bas, domineront de plus en plus la
campagne – cette fois-ci, libres des contraintes de s’occuper des
pauvres – ils auront des machines, des vaches et du biogaz, ils n'auront plus vraiment besoin de pauvres. Pour être absolument sûrs d'avoir la main-mise sur la campagne, ils adoptent la méthode qatarienne, employer des sans-droits à bas salaire qui ne viennent pas d'ici et qui s'en vont dans le plus court delai.
Ces riches qui adorent les réserves de la nature, puits de carbone et peuples premiers.
Bien joué, les riches ! Vous
n’avez qu’à ériger des frontières et des murs de plus en plus
accomplis, peut-être avec des drones militaires en mode « tir
automatique » pour surveiller les circonférences. Les
instances sociales alimentaires prendront les grosses miettes qui
tomberont de vos tables, pour les distribuer aux pauvres sur place –
ces pauvres qui n’auront, en fait, plus le droit de bouger hors
leurs camps de concentration et leurs mal logement en périphe, comme l’a prédit Doris Lessing.
Analyses conventionnelles
Je tire les analyses que je présente
en bas surtout de la revue « Pour la Science »,
novembre 2022. La lacune majeure, bien sûr,
est que l’on n’incorpore ni le mouvement – le transport, ni le
social – la politique, dans l’analyse dont j’essaie
de suivre la logique. Ce sont des logiques parcellaires et partielles, articulées par des
experts.
Mais si l’on faisait une analyse
dynamique, chacun de ces éléments rebondirait
sur un autre,qui créerait des répercussions ensuite.
Mais
dans cet état de stupidité collective, on pense que les mensonges
par l’omission, ça va. Lorsqu’une logique ne tient
plus, on va se replier sur une autre – par exemple importer les
denrées qui manquent. Parler du Quatar alors qu'on fait la même chose chez soi. Etc.
En faveur de la Science, donc, on y va
2 400 Kilo-calories (10 000
Kilojoules) par jour, c’est l’énergie nécessaire pour vivre,
travailler, se déplacer. 1 Kilocalorie = 4,184 Kilojoules (kcal→kJ).
La femme (à Madagascar) qui repique
du riz à la main, sans aucun engrais, ne peut pas repiquer plus de
0,5 hectares par an. Le rendement ne dépasse pas 1 tonne par
hectare, ce qui équivaut à 500 kilos par actif par an. Son
concurrent en Arkansas (États Unis) cultive 100 hectares, avec un
rendement de 5 tonnes par hectare : 500 tonnes par actif par an.
Il a utilisé des engrais, des carburants, des pesticides, des
tracteurs, des moissonneuses-batteuses, etc., ce qui a réduit sa
valeur rajoutée par cinq – c’est-à-dire qu’il lui reste 100
tonnes, 200 fois plus que la demie tonne de la femme de Madagascar.
Elle a besoin d’environ 200 kilos
de céréales par an pour remplir ses besoins alimentaires de base,
rappelons-nous qu’elle a produit deux fois et demie cette quantité
(500 kilos). La moyenne mondiale de production par habitant est
actuellement de 330 kilos – 130 kilos de plus que le nécessaire
théorique pour alimenter tout le monde.
Mais … on utilise une quantité
croissante de cette production végétale pour l’élevage de viande
(de 3 à 10 fois moins de rendement calorifique que pour les plantes,
33 % des terres agricoles mondiales dédiées à cet usage –
FAO, 2009), ou pour les agrocarburants. Le gaspillage est un autre
facteur important.
Rappelons-nous que la femme à
Madagascar cultive 0,5 hectares, le fermier d’Arkansas 100
hectares. Le bilan du rendement par hectare est le même ! Il
produit, net, 200 fois plus de riz, sur 200 fois plus de surface.
Enfin, je dis lui, on y reviendra.
D’autres chiffres intéressants
que j’ai entendu, tout dernièrement, sur l’hypothèse
démographique de la fin du monde. On a calculé que si tout le monde
vivait comme dans les pays riches, on pourrait vivre à 700 millions
de personnes en restant dans les clous écologiques. Mais on a
rajouté cette analyse que je trouve intéressante à plus d’un
égard.
En Amérique du Nord, on relâche en
moyenne plus que le double de l’Europe, par personne – on occupe
bien plus de place, les maisons sont bien plus grandes et spacieuses,
etc. En regardant une carte mondiale de la pression exercée et la
dégradation des sols (p34, Pour la Science novembre 2022), on
observe qu’aux pays riches, les sols sont plutôt en train de
s’améliorer et que la pression est faible, l’Europe et
l’Amérique inclus.
p>J’ai noté que les américains se
réfèrent souvent à « The American Way », d’une
manière que je trouve vaniteuse. « Faîtes comme nous et vous
le vivrez bien, comme nous », c’est à peu près ça que cela
veut dire.
OK. On va tous occuper à peu près
200 fois, au moins, les terres qu’il nous faut pour
l’autosuffisance, y inclus vos terres, aux États Unis, ou en
France, ou en Angleterre ! Ça vous va ?
C’est une réponse possible. Mais
cela va bien plus loin – pour cela que j’ai dit que les réponses
que l’on trouve sont intéressantes à plus d’un égard.
Beaucoup, beaucoup d’européens
mais surtout d’américains du nord, et je mentionne spécifiquement
Naomi Klein, étant identifiée avec les mouvements de défense des
peuples premiers et de conservation de la nature, promeuvent le
concept de la réservation de vastes espaces naturelles à la nature
– de sa biodiversité, de ces forêts primaires, très peu peuplés.
Mais moi, je me demande : ça change quoi, pour les êtres
humains, globalement ? » D’après ce que j’observe, on
change l’usage de 100 hectares par un fermier plutôt riche en 100
hectares de nature protégée par un riche.
Dans d’autres parties du monde, où
il y a une plus grande densité de populations par rapport à la
qualité et la quantité de terres disponibles, la pression sur ces
terres s’intensifiera, elles se détériorerant, c’est
mathématique, dans la mesure que les industriels prennent la plupart
des terres – et des ressources, ou directement ou indirectement.
Logiquement, la redistribution qui
permettra à la population mondiale de vivre est une redistribution
du poids écologique de cette population, une utilisation plus
efficiente des terres disponibles pour à la fois nourrir et caser
les gens. Le céréalier des États Unis occupe et consomme le
produit d’une surface qui permettrait à au moins 200 paysans de
Madagascar de vivre.
Dans sa tête, ses terres ne sont
cependant pas « disponibles ». Si les américains du nord
sont très « libéraux », très dans le seul droit de
l’homme qui compte, le droit à la propriété, tout est cool pour
lui, il peut invectiver les politiques, parce qu’il y a inflation,
parce que sa « fin du mois » n’est pas aussi fourni
qu’avant.
Les arguments que j’ai utilisés,
jusqu’à là, n’ont pas pris en compte des questions écologiques,
comme l’impact adverse ou autre des différentes méthodes de
culture.
Je vous rappelle que le fermier
américain est pile poil à l’image de « l’exploitant
agricole » français. On l’a juste labellisé américain pour
objectiver.
Nous savons exactement ce qu’a été
la politique depuis De Gaulle : « préférence aux
industriels et à l’économie d’échelle ». De telle
manière que nous pouvons métaphoriquement compter sur les doigts
d’une main la population agricole, ceux qui restent. Nous restons
radicalement dans le camp du toujours plus, pour toujours moins de
profiteurs du travail caché des autres – ces autres qui ont
rajouté l’engrais, les pesticides, même les semences, spécialisés
pour tout aspirer de la terre jusqu’à l’épuisement du sol. Mais
en général, en laisse tout ça aux autres, les brésiliens (maïs
et soja), les indonésiens (huile de palme), les russes (gaz), etc.
Cela va jusqu’au salaire minimum et aux CDIs, toujours une
séparation nette entre nantis et assistés, supposément.
Il faudrait cinq Frances, en
surface, pour que chaque français, en moyenne, ait une vie
« décente », selon les critères « modernes »
de confort et d’aisance, en toute chose. On voit bien l’intérêt
de parler exclusivement de la productivité de « l’exploitant »,
en oubliant tous les « exploités » sur la chaîne
d’approvisionnement style Walmart qui maintiennent cette illusion.
Comme les servants, invisibles.
Regardons de nouveau la pauvre
paysanne Malgache. Étant, par force majeure, bien obligée de se
débrouiller, elle s’est faite une chaumière en paille de riz et
boue, entre autre, avec du genêt pour le toit. Bien sûr que cela
lui a pris un petit moment, mais elle est au-dessus des inondations
fréquentes et il y a un creux de colline qui lui abrite un peu de la
force des vents et des pluies diluviennes qui arrivent deux ou trois
fois par an. Et comme les autres paysans, accrochés à la montagne,
chaque fois qu’elle va à sa parcelle de soixante-dix par
soixante-dix mètres, à 300 mètres de dénivelé, elle y apporte
quelque chose, de la merde de poule ou de pigeon, de la coquillage
d’œuf, quelques pierres pour renforcer la terrasse, et ainsi de
suite.
En fait son semis, elle l’a de sa
récolte. Et on n’a pas tout dit, elle a déjà un mari, ses
enfants grandissent, et ça fait 5 fois ses 5 000 mètres carrés de
riz qu’on cultive, avec la famille, ce qui donne un excédent de
1 500 kilos annuels de riz, une tonne et demie. Ils ont accès à
un vieux portable et un groupe social par SMS pour négocier en
collectif le prix du riz et la logistique du transport.
En fait, sa maison ne lui a
peut-être pas coûté même un rond, mais, voyons, elle a sa petite
cabane à la montagne, et elle s’est assurée les bases de sa vie,
tout sans se plaindre de l’inflation, du coût de la vie – et
elle a déjà son CDI.
Pas mal pour pas un sous. Très
efficace, comme opération. Bien sûr que le prix du riz, tellement
bas à cause des prix que peut lui donner l’industriel à Kansas,
c’est un sale coup. L’agriculteur de Kansas s’en fiche pas mal,
il en a des tonnes.
Pour elle et sa famille, il reste
que le fait de le manger sans même devoir aller au supermarché
récompense déjà un peu, il y a les mil kilos qu’il faut pour la
famille déjà engrangées. Il y a d’autres récoltes à proximité
que l’on peut échanger. Non. Le vrai type de problème que l’on
peut rencontrer, à part son anxiété constante par rapport à
l’érosion, les coulées de bout et l’épuisement physique dû à
la chaleur du soleil croissante, c’est les possibilités
d’intimidation ou de violence en bande organisée, le vol,
l’accident de vie. La vie est assez précaire parfois, dans ce
sens. Il y a surtout la sécheresse, elle vit dans le sud de l’île,
où ces problèmes groupés ont eu tendance à s’enchaîner comme
les 7 fléaux de Moïses, ces dernières années.
On voit bien pourquoi De Gaulle a vu
comme nécessaire de couper le lien, dans la tête du paysan, entre
la terre et la culture vivrière – tout doit passer par l’argent,
sinon cela ne marchera pas, c’est à peu près ça, son analyse, de
l’époque.
Dans un cadre colonial, bien sûr, …
plus les temps courent, plus ils changent, n’est-ce pas ?
Vous voyez où cela nous mène,
cette logique ? Droit dans le mur, soixante ans après.
C’était ça, la bonne idée.
invectives futiles ?
Le journal Le Monde du vendredi 28
octobre 2022, une semaine avant le COP27, porte le titre :
Climat : des efforts « terriblement insuffisants ».
Il paraît qu’à un certain
moment, nous allons nous plier au défi, mais il y a un petit
problème, … presque par définition, les décisionnaires actuels
ou potentiels se sont montrés déficients, inadéquats, autant dans
leurs prises de position que dans leurs actes.
La manière d’agir, jusqu’à là,
a été de sauter dans un avion et aller sur place, ou bien d’envoyer
des gens, à forte dépense énergétique, pour faire la même chose.
Plus ça allait, plus ça allait, c’est une manière de parler,
pour ne pas dire un élément de langage, c’est comme ça qu’ils
passent leur temps, les communicants.
Notons que les solutions vivantes
existent – le problème, qu’elles n’arrivent pas à prendre,
que cela ne fait pas boule de neige. J’ai fait exprès dans ces
émissions et écrits de ne pas passer trop de temps à parler de
choses spécifiques – pour ne pas tomber dans l’erreur de donner
des listes de solutions techniques, sans solutions sociales. J’ai
cassé mes propres règles là-dessus en parlant de manière assez
pointue sur les chiffres de rendement, par demi-hectare cultivé de
l’industriel par rapport au paysan sans moteurs et sans les sous.
Je viens d’écouter une Terre
au Carré (mardi 15 novembre 2022) plutôt perturbant à cet
égard, qui montre bien le dilemme. On a demandé au cinéaste Dion,
célébrité montante de l’écologie, quelles seraient les cinq
mesures phares à prendre, dans l’ordre de leur importance. La
première, selon lui, a été les frigos, qui contiennent des gaz
réchauffants très nocifs. À ce point précis, il m’a perdu. Et
la biodiversité, et la destruction des milieux ? Il a accusé
le Président Macron de fourberie, et lui-même ? On va tous
s’affairer autour des frigos qu’on n’a pas, c’est ça le
grand plan ?
Il a dit aussi qu’il avait la foi
dans le bon sens de la démocratie participative, que c’étaient
les gérants qui posaient problème. Ce n’est pas mon avis. Les
membres des conventions citoyennes ne se voient pas dans l’obligation
de se faire élire – ils sont déjà élus, par le tirage au sort –
par conséquence ils ont les mains relativement libres. C’est tout.
Ce n’est pas un système, ce n’est guère rien et il reste tout à
faire, au niveau de la démocratie participative, soyons
raisonnables. Que de l’incrémental.
Les politiciens et autres gérants
sont dans un pacte avec leurs électeurs, même les chefs
autoritaires courent le risque que leurs peuples tournent contre eux.
Sur l’idée que les grandes
victoires se font par plusieurs petites victoires, oui, mais cette
thèse coupe dans les deux sens – tout le monde est capable de
l’appliquer, pour le bien ou pour le mal. Et le dessin risque de ne
pas être clair du tout, c’est un peu ma critique.
solutions
analyse et passage à l’acte dynamiques
C’est le fait de créer des
structures qui accommodent et facilitent les mouvements des
populations, de l’information et des denrées, tout en maintenant
d’étroits liens productifs entre elles et les lieux par lesquels
elles passent. La frugalité des moyens déployés, avec une absence
d’énergie non-vivante et l’effet bénéfique des interactions
créent les bons résultats. Cet effet est à plusieurs dimensions,
que je vais essayer de présenter en bref ici.
Les essais présents sur le site
www.cv09.toile-libre.org
traitent de manière plus fine les divers aspects de cette
problématique.
Stress démographique
Ces mesures – la marche-à-pied,
le vélo sans assistance, etc., détendent le stress démographique. Essayez-les - vous verrez bien que c'est le cas.
Populations sédentaires et populations mobiles trouvent de chaque
côté leur bonheur dans l’échange. Ils se familiarisent, les uns avec les autres, ils établissent des modes de vie ensemble, mais pas trop. Au contraire de ce que l’on
pourrait penser, ce sont des politiques d’intégration, de respect
pour les lieux et pour les cultures de chacun. On est à la recherche
d’un certain équilibre.
D’autant plus que ceux qui bougent
véhiculent et transmettent les savoirs aussi bien que les produits
des terroirs qu’ils traversent. On peut tolérér la présence de populations migratoires s'ils ne risquent pas de rester, ou de s'imposer, il faut donc renforcer leurs droits en tant que semi-nomades, pour établir des termes de respect à titre égal.
Écoles linéaires
La méthode : « écoles
linéaires » crée, par l’interactivité et la confrontation
avec l’altérité, un apprentissage efficace et durable qui prend
en compte l’intérêt écologique et productif des lieux par
lesquels on passe. On apprend à connaître leur topologie et leur
fonctionnalité. L’économie locale en est régénérée, par
l’accueil et l’encadrement de cette main d’œuvre mobile.
Jardins linéaires
Les routes, chemins et passages
parcourus sont de cette manière entretenus, leurs produits vivants
sont récupérés et utilisés. C’est une manière de spatialiser
et temporaliser ces actions, la saison des récoltes, l’utilisation
des espaces aux bords des routes, qui ne sont que les contours des
champs, des bois et des jardins. Cet aspect géométrique de
l’analyse mérite une attention plus assidue. La circonférence
d’un champ est relativement plus grande, si le champ est plus
petite. Une ligne d’arbres est une forêt linéaire. La nature
utilise déjà ce genre de principe, d’économie de geste,
d’économie d’énergie et de ressources, pour en extraire le
maximum de bénéfice. La section du tronc d’un arbre est très
petite par rapport à la surface de sa canopée. Les architecte
cherchent, dans leurs défis structurels, à comprendre comment la
nature a fait. Les arbres suspendent tout d’un pilon, étayé par
ses confrères, les grands immeubles aussi.
Concret
Concrètement, je suis en train de
considérer comment m’y prendre pour rétablir le modèle de Boucle
des Marchés, la où je me trouve, en terre plutôt hostile (jusqu’à
preuve du contraire), peuplée de plus en plus par des riches, des
visiteurs/deuxième résidence et des pastoralistes plus ou moins
industriels, plutôt irrémédiables (jusqu’à preuve du
contraire). Comme nous tous. La prochaine émission, la douzième,
est titrée « Conclusions », de manière assez originale,
je trouve.
🖶
↑
↓
jeudi 1 décembre 2022
12. Conclusions
mont blur
intro
On a parlé d'indicateurs économiques, d'indicateurs qui seraient plus pertinentes à nos vies que le PBI (Produit Intérieur Brut). Je propose un indicateur "mouvement, déplacement", qui mesure et sépare les mouvements strictement humains des mouvements des machines.
l'économie du geste
Je n'ai pas tout clair dans ma tête, parce que je viens d'inventer l'idée, mais ce serait question d'une échelle glissante (sliding scale) entre l'énergie dynamique humaine et du vivant et l'énergie dynamique industrielle ou artificielle.
Par voie d'exemple, on peut prendre "taper à l'ordinateur" (plus la dissémination de ce qui est écrit), les sms ou parler au téléphone, bouger physiquement, bouger machinalement, bouger de l'information. L'idée, ce serait de créer quelque chose qui communique non pas le bonheur, mais le niveau d'activité - l'animation et de là la cohérence de nos corps et du biosphère ou écosystème dans lequel ils se situent.
repoussoir
L'écologie est un répoussoir. On ne veut pas croire que nos inventions industrielles, notre connectivité numérique et nos automates, des robots qui nous remplacent, conçues pour nous faciliter la vie, pour rendre nos actes plus productifs à moindre coût, nous amènent sur un chemin sans avenir. Nous portons, collectivement et individuellement, toutes les signes d'une maladie mêmetique, une addiction à cette vieille conception du progrès. Bien sûr que nous avons aussi une tendance croissante à nous imaginer faisant partie de la nature, de la biosphère, mais "avec voiture", "avec portable", avec la médécine et les produits pharmaceutiques modernes.
mercredi 30 novembre 2022
vulnérabilité, fragilité
maintenance, restauration
dichotomies
- Biosécurité, règles internationales.
Mafia international hors contrôle, drogues de synthèse.
- Protection de l’environnement.
Fracturation hydraulique, gaz de schiste, infrastructure portuaire, pipelines.
- Jardins forestiers, biodiversité, régimes sans viande.
Insecticides, tracteurs, stérilisation des sols.
- Famine, désertification.
Biocarburants, méthanisation, irrigation industrielle.
- Transport doux, la marche, les vélos.
Vélos électriques, trains, tramways et encore plus d'infrastructure routière (bétonnisation).
- Pauvreté, sobriété, la vie frugale.
Richesse, hyperconsommation, croissance.
rondélous
oui, on tourne en rond. C'est sûr que l'on tourne en rond. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de gens dans des positions de pouvoir décisionnaire en ce moment, à toute échelle, qui peuvent, au niveau intellectuel, apprécier le besoin de changer de cahier de charges, mais qui, au niveau des décisions clés, ne vont pas le faire.
D'en haut, on regarde le monde à travers un vitrail qui illumine les couleurs fortes, l'économie, la finance, la production industrielle, ce qui rend bien difficile de penser hors ces cadres - en tous cas c'est ce qui peut s'observer, lorsqu'on écoute la rhétorique politique. Il sera intéressant de voir à quel point les innovations techniques peuvent être des game changers - changer la nature du jeu. On arrive à des objets hyperlégers, très petits et très portables, ce qui joue en faveur de l'humain mobilisé. C'est pour dire qu'en tous cas, que ce soit avec ou sans machines, les humains seront peut-être assez libres de leurs actes.
Jusqu'à là, ça va, mais pour que des corps constitutifs d'un nouvel ordre se forment, le problème est posé, on va, par inaction, par simple instinct reflexif d'auto-défense, bloquer les réformateurs, les casseurs de modèle, en ne leur prêtant aucune attention, on ne leur donnant aucun plateforme, ni statut. Dans la situation actuelle, bien que dans le monde virtuel on n'a jamais vu autant d'effervescence, la traduction de cela dans la vie réelle est très peu réussie - il n'y a pas ou peu la courroie de transmission qu'il faut. On n'a qu'à voir l'évolution des mouvements de contestation en Iran ou en Chine pour noter jusqu'à quel point les aspirations des peuples peuvent être anéanties par les forces du status quo. Les agendas secondaires - par exemple le féminisme - réussissent à casser les lignes de force, sans que de groupes alternatifs complexes, à plusieurs strates, puissent se former à leur suite.
Cela commence par le non-débat. S'il n'y a ni rapport de force ni intérêt politico-social à faire intervenir des interlocuteurs radicaux, on ne le fera pas. Ceci, malgré le fait qu'il est dans l'intérêt collectif de faire propspérer des idées fraîches. C'est ici que les actions au niveau national donnent le la au retranchement social. Les tentatives d'Emmanuel Macron de déstabiliser la cohérence écologique, en étant illisible, en ne donnant pas une logique claire de sa version de la sobriété énergetique, sont intégrées - pas la peine de songer à une vraie initiative collective et solidaire.
On peut noter ici qu'au contraire de ce qui est dit, les initiatives les plus sobres sont rejetées parce qu'elles ne coûtent pas cher et parce qu'elles remplacent d'autres projets qui eux, coûtent super-chers. Pour avoir une base industrielle dans un domaine, il faut une taille minimale critique - on le voit dans les problèmes de recrutement et de compétences dans le domaine du nucléaire, actuellement. Si on a les machines, il faut les utiliser pour les rentabiliser. Les initiatives les plus sobres ne les utilisent pas. Pour changer de système, il y a besoin de réhausser la valeur purement humaine du travail - mais on vit dans un monde où l'humain coûte trop cher et la machine paraît plus intéressant.
vendredi 28 octobre 2022
Nos problèmes sont imbriqués, les uns dans les autres et on
s’immobilise mutuellement. Faut être mobiles – libres – pour
changer cette situation. Mais, au contraire, on se trouve de plus en
plus bloqués et contraints. En libérant nos machines, de transport,
de télécommunications, nous délitons nos propres capacités
individuelles et collectives.
Je traite brièvement du contentieux sur les mégabassines, qui est, globalement, une question de la biodisponibilité de l'eau, il me semble. Un agriculteur a dit qu'il produisait de quoi nourrir 3 500 personnes, si j'ai bien entendu. Je suppose que si ces 3 500 personnes se trouvaient sur ses terres, ils pourraient s'y nourrir et y habiter. Je note que dans les débats sur ces thèmes, personne ne parle de tracteurs, ni de débroussailleuses, ni de tronçonneuses, parce que des deux côtés, ils les utilisent et qu'ils ne sont pas près de les lâcher. On ne parle donc que de l'agriculture, ou, à la limite, du maraîchage - alors que j'ai tendance à parler du jardinage. La différence d'échelle est importante. Pareil pour les haies, les arbustes et les arbres - s'il y en a beaucoup, dans un terrain complexe et accidenté, cela transforme l'hydrologie d'un lieu et la nature d'un sol.
Rappelons-nous que le Président Macron est en train de proposer une expansion du transport en commun en périurbain, pas en milieu rural.Mais pour changer la biodiversité, il faudrait augmenter la présence humaine et la force de travail humaine en milieu rural, sinon, on n'aura que des grands agriculteurs industriels, bios ou pas bios, des deuxièmes résidences et des réserves, tous entretenus et visité en machine.
samedi 26, dimanche 27 novembre 2022
douce par nature
On a fait une remarque que la nature n’était ni gentille ni
bienveillante et que les gens pouvaient embrasser les arbres, mais
que les arbres, ils s’en foutaient.
Si je l’ai retenu, cette remarque, c’est que cela m’a
troublé. Je passe la plupart de ma vie en pleine nature, ici en
Europe, et je n’ai peur de rien.
Je ne la trouve pas hostile et absolument pas indifférente – ce
qui ne s’est pas accommodé à l’homme, en Europe, n’est plus.
Quelqu’un me dira que ce n‘est pas ça, la vraie nature, je leur
dirai que moi non plus, mais que je suis un animal parmi d’autres,
et que je suis entouré de tout type de bestiole, d’acarien, de
végétal ou de virus, depuis bien des années.
J’ôte déjà mon chapeau à toutes ces formes de vie, qui ont
su perdurer, face à nous, les plantes de la garrigue et des marais,
les orties et les ronces, les peupliers et les joncs, les moustiques
et les mouches.
Je suis tout franchement admiratif.
Aucun animal ne m’a menacé, sauf quelques frelons brimeurs,
mais on est vite arrivé à une entente. Ces ententes cordiales
paraissent possibles entre plusieurs formes de vie, elles
s’établissent de manière personnelle, comme avec tout voisin, et
permettent de focaliser sur les vrais dangers. Je ne dis pas qu'il y a toujours une étincelle de reconnaissance entre deux êtres sentients, mais qu'à force de se cotoyer et d'identifier les propriétés des autres, on baisse sa garde lorsqu'on estime que l'intentionnalité de la menace n'est pas là. Cela, d'ailleurs, explique le concept très fort de trahison ou de désabusement ressenti lorsqu'un être que l'on pensait ami se montre ennemi.
Les limaces m’ont causé beaucoup de peine, je les ai jeté vers
le bas et je leur ai donné des repas succulents ailleurs.
L’être humain, il est vraiment tout en haut de la pyramide de
la vie, il n’a pas besoin d’avoir peur de ses congénères
non-humains.
Les oiseaux, comme les mammifères, les reptiles, les serpents,
les poissons, les crustacés sont, il me semble, des créatures de
l’affect, du tactile, des caresses et de la tendresse, comme nous,
ce qui signifie qu’il peut s’établir, entre nous, des liens de
confiance – que cette potentialité existe. En effet, je soutiens
que ces liens entre individus d’un même ou un autre espèce font
partie du puzzle du vivant.
Nos naturalistes parlent de toute une série de concepts pointus, au niveau des mesures et des mécanismes physiques et bio-chimiques,
mais je parle plutôt de l’hypothèse que tout être vivant peut établir
un rapport avec tout autre être vivant, rencontré dans son
« écosystème » - à nous, un peu quand même, de
déduire comment et pourquoi, parce qu’il y a plusieurs manières de le faire
et de le cacher.
Lors des cinq ou six dernières extinctions de masse, les peu d’espèces
restantes, parfois une mère 4 %, après l’extinction, ont su
garder des combinaisons de gènes qui ont pu ensuite repeupler et réconstituer
l’ensemble de l’écosystème global. Il y a ici des phénomènes
encore mal-saisis, de retro-actions systémiques, qui donnent aussi
lieu à la production d’oxygène libre, ou à la séquestration du
carbone, qui favorisent l’existence d’une certaine vie, un
certain axe de progrès évolutif. Ce qui dépasse très largement la
survie spécifique ou individuelle.
On ne devrait pas s’étonner de l’échange sensible entre
êtres vivants. Les sciences sociales sont des vraies sciences,
aujourd’hui, et on commence à comprendre les mécanismes et les
lois sous-jacents de ces communautés inter-spécifiques. On commence
à comprendre leur « socialisation ».
L’âge industriel et du numérique, dans la mesure qu’il
ignore ou qu’il remplace ces mécanismes du vivant social, se crée
la sixième extinction – il détruit l’équilibre dynamique,
évolutive, du monde du vivant, mais il ne réussit pas à le remplacer.
Ce n’est pas inévitable, si je peux aider à créer des
interactions plus propices, je me porte volontiers. Plusieurs d’entre
nous diraient la même chose, il y a toujours eu une certaine
dichotomie dans nos sociétés industrielles et productivistes, entre les pro-vivant et les pro-machine, pro-productivisme, pro-rapport de force.
Une extinction a deux axes, il y a la réduction en quantité de matériel –
le biomasse, et la réduction quantitative – et qualitative – d’espèces
– de la biodiversité. Ce n’est pas la quantité d’individus qui
compte, bien entendu, sauf dans le sens combinatoire.
Il n’y a pas, proprement dit, un opposé à l’extinction, la
vie se perpétue, elle évolue, à travers des milliards de petites
extinctions, localisées, inéluctables, sinon contingentes.
Si la vie est plurielle, c’est pour cela qu’il vaut mieux
employer le terme « le vivant », et pour juste cause :
dans sa vaste pluralité, elle retient beaucoup de choses en commun :
notre ADN nous en informe. Nous sommes faits, en partie, de virus,
les codages nous les tenons en commun, à travers les phyla et les
éons, elles peuvent rejaillir et se ré-transmettre, gardées, même en forme non-expressive, récessive, au sein d'autres organismes.
Les vies sont donc des petites capsules de mémoire, d’une
génétique toujours potentiellement mélangée, avec une
épigénétique toujours prête à ressusciter ces mémoires, plus
qu’ancestrale, depuis l’aube du temps.
Face à cette complexité imbriquée naturelle, les machines des humains, aussi bien que les formes de vie ersatz sont d’un
primitivisme profond.
Plus rapidement nous nous mettons à écouter les harmoniques de
ce grand fleuve de vie, plus sûrement nous nous en tirerons à
l’avenir. Il n’y a pas à avoir plus peur qu’avant, nous
restons tous mortels, tout en faisant partie du fleuve.
politique de la terre
= géopolitique. Géographie = dessiner la terre. Géologie = la
logique « le sens ») de la terre.
modèle de liberté de mouvement et d’association,
horizontal, qui naît du bas et migre vers le haut, en solidarité –
des échanges.
Cet « Érasmus des frugaux » est, dans son ensemble,
les institutions
participatives, délibératives, auto-constitutives et plastiques
que peut valoriser une société libre.
En ce qui concerne les humains, ce sont les deux libertés ou
droits fondamentaux, la liberté de mouvement et la liberté
d’association, qui permettent d’agir. Lorsqu’on parle
d’égalité, cela peut être conçu dans le sens de
« empowerment », de possibilité d’agir –
d’auto-réalisation ou d’autonomie d’action, dans un cadre
forcément collectif.
Il est très clair que l’atomisation de nos responsabilités,
notre tendance à attribuer notre destin individuel à une
responsabilité exclusivement personnelle, casse le collectif et le
social, laissant aux égos des individualistes les plus puissants le
soin de prendre des décisions pour nous. En cela, le libéralisme
d’un Musk – qui cherche à donner l’internet libre aux
militants iraniens, ou l’hégémonie totalitaire d’un Xi Ping, en
Chine, sont tous les deux des formes de gouvernement totalitaires et
arbitraires.
Ce que j’aborde, surtout, ce sont des méthodes très pratiques
de créer des consensus dans l’action et dans le mouvement, dans ce
sens mes propositions sont autant politiques que techniques.
J’envisage une manière d’auto-constituer l’action
écologique, du bas vers le haut, en facilitant le mouvement et
l’engagement territorial, à l’échelle humaine. Une sorte de
solidarité et d’échange humaines qui permettent une bonne
intégration sociale, là où on se trouve. On pourrait aussi
l’appeler l’Érasmus
des frugaux, sauf que je n’envisage pas d’exclure ou inclure les
gens sous des critères d’être ou ne pas être des européens, ou
des étudiants. C’est justement l’idée d’ôter cette question
de l’exclusion et de l’inclusion territoriales du domaine
politique qui me motive.
Et en ceci, il est pertinent de noter que je suis anglais et que je ne suis pas Brexiteur. Ceux qui cherchent, en France, à renforcer l'identité" européenne, construite autour de la centralité de l'état français, sont brexiteurs - ils vont jusqu'à marginaliser la Grande Bretagne et redéfinir le fait d'être européen autour du fait d'appartenir à cet état non pas fédéral mais centraliste européen.
Dire qu’il y a certains qui ont le droit de bouger et d’autres
que non, que les retraités non, sans argent, que selon la couleur de
ton passeport ou de ta peau, oui ou non, que selon ton sexe ou ton
âge, oui ou non, cet agenda est partagé entre les forces les plus réactionnaires de l'Europe.
On arrive jusqu’au point où des gens qui voudraient bien
rentrer dans leurs pays ne peuvent pas, par crainte de ne plus
pouvoir revenir, au point de nier la vie familiale et d’autres droits
fondamentaux aux enfants et d’empêcher aux professionnels dont on
a besoin, de travailler, sous le prétexte que leurs titres d’études
ne sont pas homologués en France ou en Europe !
Des institutions participatives délibératives
auto-constitutives et plastiques
Cela pourrait servir de titre de papier scientifique (!).
On pense acheter la liberté avec ce qu’on gagne, mais il faut
gagner de plus en plus pour de moins en moins de liberté réelle. Le
marge de manœuvre disponible pour faire des vraies travaux d’utilité
écologique et sociale diminue. Pour vivre une vraie vie écologique,
il faut renoncer à presque tout.
Il s’ensuit que ceux qui cherchent sincèrement à contribuer à
un avenir écologique, doivent surtout créer de l’infrastructure
sociale, réelle, qui permet une vie écologique en société.
Nous avons l’impression que nos machines nous libèrent, mais de
manière plus objective, elles nous tiennent en servitude culturelle.
Par exemple, en attendant de rentrer dans la médiathèque avec
cinq autres personnes, j’ai été frappé par le fait que chacun
d’entre elles avait un portable à la main, qu’il fixait
attentivement, dans un silence absolu. J’ai songé à mon enfance –
un luthier vivait dans la maison d’à côté, je visitais souvent
son atelier, qui avait toute sorte d’outil à main, pour tourner,
pour scier, pour poncer le bois, le métal. Lui-même était grimpeur
assez bien connu. On pourrait dire que le corps et ses extensions
faisaient fusion.
Aujourd’hui, la culture qui compte, surtout, est celle des
machines, on déprécie, culturellement, les applications, les
manipulations et la dextérité humaines, surtout si elles ne passent
pas par l’ordinateur ou le portable. Nos machines nous libèrent de
faire, on pourrait dire. On investit beaucoup, par contre, dans
l’avoir. Il n’est pas si étonnant que la finance et les enjeux
de pouvoir territorial, de transport et de communications, deviennent
les points focaux du « faire » humain, puisqu’il ne
fait guère rien, sauf aller chercher pour ensuite assembler ce que
les machines ont fait pour lui.
Je ne pense pas que cela puisse durer longtemps, cette culture, je
parle de cette mode passagère qui existe. Je suis tout content
d’apprendre un peu sur la pensée de William Morris, il y a 130
ans, qui nous donne des leçons aujourd’hui.
J’ai été frappé par le remarque d’une femme bien remontée
sur la crise révolutionnaire en Iran – elle a dit quelque chose du
genre « mais vous savez, les 10 % qui soutiennent les
Mullahs, les traditionnalistes à la campagne – la campagne ne
représente qu’à peine 25 % de la population, 75 % se
trouve dans les grandes villes ».
Et j’ai pensé – mais c’est pareil en France. Et d’après
ce que nous pouvons observer, la population rurale devient plus
riche, plus éduquée, il y a plus de deuxième résidences, de gîtes
rurales. Ou aux États Unis, pareil. Les riches cherchent à avoir la
mainmise sur la terre, ici et ailleurs.
Les exemples que je prends, là, sont bien sûr parsemés
d’exceptions, mais ce sont des exceptions qui prouvent la règle.
Et puis j’ai entendu une émission tôt le matin où on
interviewait les restaus du coeur ou la Fondation Abbé Pierre, sur
notre comportement avec les plus démunis, les SDFs. Pour les
instances d’aide alimentaire, 70 % de la population touchée
est étrangère, ou n’a pas ses papiers en règle pour pouvoir
travailler, ou reçoit un salaire de moins de 500 et quelques euros.
Mais en fait SDF, c’est une définition tautologique, malsaine,
pareil pour le DAL – droit au logement. D’abord, le droit au
mouvement, le droit à s’associer. Si on n’a pas ça, on n’a
rien. On ne peut pas vivre dans un monde où les machines bougent,
les machines se mettent en contact et se parlent, tandis que nous,
nous restons confinés dans nos maisons, par ordre d’état. C’est
pire que la vie d’un animal dans une Zoo à l’ancienne, ou une
poule en batterie. L’infrastructure qu’il nous faut créer, c’est
une infrastructure qui nous permet de bouger sans machines, en créant
des jardins et de la biodiversité.
Et par rapport à la situation présente, ceux qui créent
l’appauvrissement, ce sont surtout les préfectures, avec leur
obligation de faire un politique de chiffre, qui interdisent aux gens
les papiers qui les permettent de travailler et de se domicilier
légalement. Ensuite, les administrations locales prennent le relais,
de manière hautement variable. C’est comme dans une histoire de
Daniel Pennac, où le père, il vend les bonbons qui pourrissent les
dents et la mère, elle est dentiste. Ils ont leurs boîtes de chaque
côté de la rue qui donne sur l’école.
Dans le cas de l’administration française, les préfectures
précarisent, et les autorités locales et les assocs. assument les
frais – parfois ils se comportent bien, parfois ils deviennent les
instruments de la bureaucratie, il n’y a que très peu d’exigences
déontologiques parce qu’ils sont tous d’accord pour ne pas être
tenus responsables. Les abus sont fréquents, pas la peine de
chercher les lanceurs d’alerte ou les représentants syndicaux,
trop risqué. Un vrai cauchemar, quoi.
Je propose un tissu social positif, pour sortir de cette situation
apparemment négative.
Je note qu’à la radio, divers experts suggèrent des actions
qui pourraient remédier à ces situations – il y en a une qui a
proposé que les meilleurs inspecteurs, ce serait les pauvres qui
subissent ces iniquités. Elle a peut-être mal compris que ces
services ne sont pas faits pour être efficaces, le contraire.
Le 115, le numéro utilisé pour demander un hébergement
d’urgence, est un autre élément. Beaucoup de gens n’ont pas
besoin d’un logement d’urgence, sinon un logement dans la durée.
Plus cela dure, plus cela devient difficile. Sont-ils inéligibles ?
Pas du tout, il faut juste qu’ils suivent le parcours de tri,
c’est-à-dire qu’ils prétendent être dans l’urgence. Après,
souvent, on les trouve le gîte pendant des semaines, voir des mois.
Donc, pourquoi cette histoire de faire semblant d’avoir besoin
d’un logement d’urgence ?
Quelle histoire ! Paraît que la France est beaucoup plus
généreuse avec les pauvres que l’Allemagne ou l’Angleterre, ou
à Berlin ou à Londres on ne permet pas aux gens de dormir dehors …
hmmm, pas totalement convaincu. On a expliqué ou plutôt on n’a
pas expliqué le système de mettre les SDFs dans des hôtels –
cela coûte un bras après tout, ne serait-ce pas plus simple et
moins coûteux de les loger ? Je pense qu’une manière
d’acheter la paix avec les forces conservatrices et riches, c’est
de mettre les problèmes sous le tapis, et de les offrir de l’argent
– pour les hôteliers de bas-de-gamme, par exemple, en hébergeant
des SDFs.
Ce cas d’urgence peut s’expliquer de la manière suivante –
c’est un mise-à-l’abri in extremis, qui justifie l’absence
transitoire de pleins droits et dignités humaines. On ne peut pas
recevoir, on doit quitter sa chambre à une heure déterminée, on a
un petit déj sans choix, etc. Pas pour des raisons objectivement
fondées, mais parce que c’est le choix qu’on propose. Cela pue
la charité. Cela crée le racisme anti-pauvre.
Mais SDF, pour moi, c’est presque de la noblesse – c’est des
gens qui vivent libres, comme leurs ancêtres. Pourquoi est-ce que
cette société industrielle s’en prend autant contre les nomades,
les chiffonniers, les chasseurs-cueilleurs ? Pourquoi est-ce
qu’elle leur rend la vie si misérable, si harcelée ? C’est
une très longue histoire – en France, par rapport aux gitans, par
exemple.
erronée
L’erreur serait de se laisser prendre son attention en otage,
par les préoccupations qui nous absorbent à présent, les moments
de crise.
Il faut garder son sang froid et penser à créer d’autres
infrastructures, d’autres pensées systémiques. Ces actions seront
très difficiles à mener dans un monde industriel qui n’est pas
fait pour elles. L’industrie est une subvention massive qui fausse
la compétitivité de l’alternatif.
Nous avons l’exemple récent de la résilience des fermes bio,
face à la hausse des prix, lorsqu’elles ont choisi d’avoir des
cheptels qui peuvent être nourris à partir des surfaces qu’ils
occupent, qui les rendent relativement auto-suffisantes. Ce sont les
grandes exploitations industrielles, les plus exposées aux cours
mondiaux de l’énergie.
On a ce grand paradoxe, toutes ces firmes assistées par l’état,
pour maintenir la puissance industrielle. On comprend qu’ils
essaient de jeter la faute sur l’autre – les assistés sont
toujours ailleurs, n’est-ce pas ? L’avenir, c’est la
croissance. Mais pour croître, il faut être assisté, n’est-ce
pas, Monsieur Bruno leMaire ?
Faire croître la sobriété, redéfinir la productivité comme le
résultat de la labour humaine, ne serait-ce pas plus logique ?
Le profit il est où ? Et quand ?
La géopolitique, conçue comme une histoire inter-étatique –
c’est, pour certains, la politique internationale – entre nations
– par un autre nom, mais rien ne le pré-ordonne d’être comme
ça.
Que les gens bougent lentement ou rapidement, ils terminent par
arriver.
Des flôts de cadeaux électoraux
Macron ne cesse de proposer des conneries en ce moment. D’abord
c’est la crise du DAL : du droit au logement. Des squatteurs
sans toit sont criminalisés s’ils se mettent à l’abri, le RSA
est radicalement réduit dans sa durée, comme si c’était la
guerre aux pauvres, la cour faite aux propriétaires. Il y aura
bientôt une règle pour tout. Tout acte de solidarité humaine sera
gratuite, parce que le seul droit et deevoir qui reste, ce sera de
gagner et de dépenser de l’argent.
Pourquoi donner de l’argent aux pauvres ? Parce que c’est
efficace, paraît-il.
Ensuite d’énormes éléphants blancs commencent à cumuler dans
le ciel – de l’infrastructure, de l’industrie lourde – le
nucléaire, les éoliennes mais aussi les trains, les tramways, les
métros, les voitures électriques, le lithium, les ports, le gaz de
schiste, les microprocesseurs, tout le kit de survie industrielle
rapatrié – avec la plupart des coûts en carbone en amont, qui
prendront bien plus que les quelques années qui nous restent encore
à s’amortir.
C’est comme si on faisait pire que rien. Des quantités
astronomiques de béton coulé, de métal extrait et fondu, de
véhicules électriques et à hydrogène, toute la farimbole du
cirque de l’hyperconsommation structurelle devant nous. Sûrement
pas la vie. Encore les 30 glorieuses. Et encore. Et encore !
Sans doute Emmanuel pense passer à la vitesse supérieure en
adoucissant les coeurs tendres, les Amish, les éco-terroristes et le
GIEC en deuxième moitié de mandat.
Sans doute. Mais c’est mal parti, cette partie présente du « en
même temps.
Décalé. Très décalé. Pas avec l’électorat qui vote, par
contre, qui sont bien plus industriels dans l’âme que les
politiciens, mais c’est quand même étrange. Il ne faut peut-être
donner aucune signe de bienveillance vers des changements qui ne sont
pas purement cosmétiques, si l’on veut être élu ? Il est
connu dans des systèmes bipartisans que le parti qui n’est pas
nécessairement identifié avec une cause progressiste peut souvent
porter la réforme « couragfeuse » - exemles :
Giscard D’Estaing – l’abolition de la peine de mort ;
Pompidou – la légalisation de l’avortement ; Angela Merckel
– l’acceptance d’un million de réfugiés syriens. Selon cette
logique, Marie Le Pen sera la mieux à même de porter des réformes
progressistes sur la crise des réfugiés et l’écologie.
Bono a dit que Macron était comme un chef de start-up, qu’il
voulait passer au chantier, mettre en actes les idées. Soit. Mais
les idées, elles ne peuvent pas être éternellement des formes
rassasiées de l’industrio-capitalisme, cette boîte-à-outils qui
n’a pas les clés qu’il faut.
Pour cela qu’on a l’impression que la ou les solutions ne
peuvent plus être espérées à ce niveau du national, de
l’international, du « système de finances mondial ».
Il est donc logique qu’il casse. Parce que, de solutions, il en
faudra bien, il en faut déjà.